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Full text of "Recueil des Notices et Memoires de la societe archeologique de la province de constantine"

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RECUEIL 



DES 



NOTICES ET MÉMOIRES 



DE LA 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 



DU 



DÉPARTEMENT DE CONSTANTINE 



1" VOLUME DE LA QUATRIÈME SÉRIE 



TRENTE-DEUXIÈME VOLUME DE LA COLLECTION 



ANNÊIE 1898 




CONSTANTINE 

IMPHIMERIE D. BRAHAM, 2, RUE DU PALAIS, 2 



ALGER 

iliQKouverncmont 









PARIS 

J. ANDRÉ et O" 
Librairie africaino ot «coloniale 



2 / <'f -M nie RdUMiLirlf' 



1899 






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UNIVERSITY 
OF FLORIDA 
LIBRARIES 




RECUEIL 



DES 



NOTICES ET MÉMOIRES 



DE LA 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 



DU 



DÉPARTEMENT DE CONSTANTINE 



l"' VOLUME DE LA QUATRIÈME SÉRIE 



TRENTE-DEUXIÈME VOLUME DE LA COLLECTION 



ANNÉE 1898 



* *- 1 




CONSTANTINE 

IMPRIMERIE D. BRAHAM, 2, RUE DU PALAIS, 2 



ALOER 

JOURDAN, Libraire-Editeur 



Place du Gouvernement 



PARIS 

J. ANDRÉ et Ci« 

Librairie africaine et coloniale 

27 et 31, rue Bonaparte 



1899 



Vwerslt) of Flor/da Ubnmi. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 



PHESÏDEHTS D'HOHNKlOrH 

MM. Tartrat, g. ^, Général de Division, commandant 
la Division de Constanline. 

DuFOix, #, 1 tl, Préfet du Département. 

E. Mercier, #, A ||f, Maire de Constantine. 

PouLLE, #>A'||, Directeurdes Domaines, en retraite. 



Composition du Bureau pour 1898 



Président : 
i" Vice-Président 
2^ Vice- Président 
Secrétaire : 
Trésorier : 
Bibliothécaire : 



M. Ernest Mercier. 
M. Maguelonne. 
M. Vars. 
M. Gustave Mercier. 

M. ESCURRÉ. 

M. Prud'homme. 



Commission des Manuscrits 



MM. Mercier (Ernest). 
Prud'homme. 
Vars. 



MEMBHES HONOHAÏHES 



1893 MM. Berger (Philippe), % 1#, membrede l'Inslitut, 
professeur au Collège de France, membre 
du Comité des travaux historiques et scien- 
tifiques, Paris. 

1893 BoissiER (Gaston), C ^, I ^, membre de 

l'Institut, administrateur et professeur au 
Collège de France, membre du Comité des 
travaux historiques et scientifiques, Paris. 

1894 Bréal (Michel), C ^, I t|, membre de l'Ins- 

titut, professeur au Collège de France, 
Paris, 70, rue d'Assas. 

1893 Gagnât (René), ^, I #, professeur d'épi- 

graphie au Collège de France, membre du 
Comité des travaux historiques et scienti- 
fiques, rue Stanislas, Paris. 

1866 Charouillet, O ^, I tl^. conservateur hono- 

raire du Département des Médailles et An- 
tiques à la Bibliothèque nationale, vice-pré- 
sident de la Section d'archéologie du Comité 
des travaux historiques et scientifiques, 
boulevard Malesherbes, 65, Paris. 

1885 HÉRON DE ViLLKFOssE, ^, A %^ , membre de 

l'Institut, conservateur des antiquités grec- 
ques et romaines au Musée du Louvre, 
membre titulaire du Comité des travaux 
historiques, Section d'archéologie, 15, rue 
Washington, l^aris. 



MEMBHKS TXTULAÏHIGS 



1892 MM. Arripe, I tl, conseiller de Préfecture. 

1892 AuBRY, #, docteur, maire de Sétif. 

1890 Aude, pharmacien à Constantine. 

1897 Blanchet, A i^, professeur agrégé de l'Uni- 

versité. 

1897 BoNNAFÉ, docteur à El-Milia. 

1896 BusQUET, I ^, proviseur du Lycée de iCons- 

tantine. 

1898 Calassanti Motylinski (de), #, I. ^, inter- 

prète militaire, directeur de la Médersa, 
professeur ù la Chaire publique d'arabe, 
Constantine. 

1895 Camdu7.at-Roy, propriétaire, Seignelay 

(Yonne). 

1876 Carbonnel, propriétaire à Constantine. 

1875 Ceccaldi, notaire à Philippeville. 

1883 Charrier (L.), A ^, sous-chef de bureau h 

la Préfecture de Constantine. 

1898 Descorps, A i^, inspecteur des Etablissements 

de bienfaisance, Constantine. 

1890 DoMERGUE, A il, géomètre principal, en re- 

traite, correspondant du Ministère de l'Ins- 
truction publique ù Sainl-Geniès (Lot). 

1888 Duprat, a ^, receveur des Douanes à la 

Guadeloupe. 

1892 p]scuRPÉ, A %^, directeur de l'école primaire 

supérieure à Constantine. 



VI 

1878 MM. Farges, ^, I tl, commandant, directeur des 
Affaires indigènes de la Division, corres- 
pondant du Klinistère de l'Instruction pu- 
blique à Constantine. 

1893 FoNT-RÉAUX (de), sous-préfet. 

1877 FoRCiOLi, avocat, ancien député. 

1891 Glorieux, professeur au Lycée d'Alger. 

1874 GoYT, géomètre principal du Service topo- 

graphique (Oran). 

1891 GsELL, I tl, professeur à l'école supérieure 

des Lettres d'Alger. 

1892 Jean, directeur de l'école de la rue Damré- 

mont, à Constantine. 

1877 Laurichesse, conservateur des Hypothèques, 

en retraite, à Montignac. 

1891 Le Clerc, chef du Service des Douanes, Alger. 
1881 Lesueur, %, ingénieur, à Paris. 

1878 LuciANi, A fl, chef de bureau au Gouverne- 

ment Général, à Alger. 

1892 Maguelonne, inspecteur des Domaines à 

Constantine. 

1891 Mejdoub Kalafat, A tl, professeur d'arabe 

au Lycée de Constantine. 

1895 MÉNETRET, A %^, administrateur de la com- 

mune mixte d'Kl-Milia. 

1867 Mercier (E.), ^, A t|, interprète traducteur 

assermenté, membre associé de l'école su- 
périeure des Lettres d'Algor, lauréat de 
l'Institut, correspondant du Ministère de 
l'Instruction publique, maire et conseiller 
général de Constantine. 

1896 Mercier (Gustave), avocat, interprète mili- 

taire de réserve, Constantine. 

1880 ■ Mollet (Charles), propriétaire à Jemmapes. 

1890 MoRiNAUD, député et conseiller général du dé- 

partement de Constantine. 



VJI 



1878 MM. Papier, ^, I tl^, chef du Service des tabacs, 

en retraite, président de l'Académie d'IIip- 
pone à Bône. 

1880 PoiNssoT, A tl, avocat, rue Nicole à Paris. 

1862 PouLLE, ^, A tl. directeur des Domaines, en 

retraite, correspondant du Ministère de 
l'Instruction publique, membre non rési- 
dant du Comité des travaux historiques, 
à Montauroux (Var). 

1891 Prévost, A #, professeur de rhétorique au 

Lycée de Constantine. 

1881 Prud'homme, ^, A i$, capitaine en retraite, 

conservateur du Musée de la Ville, corres- 
pondant du Ministère de l'Instruction pu- 
blique à Constantine. 

1894 Rebuffel. conducteur des Ponts et Chaussées 

à Constantine. 

1884 Reclus, (Onésime), géographe à Paris. 

1894 Sarrazin, A ^, architecte à Constantine. 

1879 Stépiianopoli, conservateur des Hypothèques 

à Bône. 

1863 SuQUET, I 'II, inspecteur primaire à Constan- 

tine. 

1890 Vars, a tl, professeur do philosophie au 

Lycée, adjoint au maire de Constantine. 

1891 Villa, avocat à Constantine. 



VIII 



MEMBHES COHHESPONDAHTS 



1885 MM. Allote DE La Fuye, ^, général de brigade. 

1880 AnBOis (Firmin d'), ancien magistrat, à Paris. 

1891 Arripe, administrateur de la commune mixte 

de l'Aurès. 

1875 Baudot, ^, chef d'escadron d'Etat-Major. 

1882 Beedham, à Kimbolton (Angleterre). 

1889 Bernard, architecte, 23, rue des Cordeliers 

ù Compiègne. 

1891 Bertrand (Louis), I %^, receveur municipal, 

conservateur du Musée à Philippeville. 

1898 Besnikr (Maurice), ancien membre de l'Ecole 

française de Rome, chargé de cours à 
l'Université de Caen. 

1890 BiGONNET, propriétaire à Bord-jbou-Arréridj. 
1895 Blondel, juge de paix. 

1874 Bourgogne (Geslin de), colonel. 

1864 Caiien, ^, grand rabbin à Paris. 

1883 Chédé, î^, chef de bataillon de Zouaves, en 

retraite, à Aix. 

1877 Daemers de Cachard, professeur à Bruxelles. 

18î)2 Damichel, huissier à Sousse (Tunisie). 

1888 DELATTRE(le R. P.), I tl prêtre missionnaire 

d'Alger, membre correspondant de l'Ins- 
titut, conservateur du Musée archéologique 
. de Saint Louis de Carthage. 

1860 Delociir, O ^, membre de l'Instilut. 

1882 Denizi, ancien magistrat, ù Marvejols. 



IX 



1882 Drouin, avocat, rue Moncey, 15, à Paris. 

1895 Eldin, architecte à Sétif, correspondant du 

Ministère de l'Instruction publique. 

1890 EspÉnANDiEU, I i^, capitaine au 61*^ régiment 

d'infanterie, correspondant du Ministère de 
l'Instruction publique. 

1894 Fagnan, I 'II, professeur à l'Ecole supérieure 

Lettres d'Alger. 

1891 Garuot, publicisle à Alger. 

1894 Gauckler, A '||, directeur du Service des 

Antiquités tunisiennes è Tunis 

1894 Gessard (Carl), pharmacien en chef de l'Hô- 

pital de Sétif. 

1892 Gœtschy, ^, colonel du 4« Tirailleurs, à 

Sousse. 

1892 GoNSON, A %^, propriétaire à Lambèse. 

1893 GuÉRiN, A tl, sous-directeur des Contribu- 

tions diverses à Tizi-Ouzou. 

1892 IIannezo, ^, I '||, capitaine d'infanterie à 

Bergerac. 

1886 Hoffmann, secrétaire de la Société d'anthro- 

pologie à Washington. 

1890 Jacquot, substitut à SaintJean-de-Maurienne. 

1898 Laskine (comte Gabriel de), à Soletz. gou- 

vernement de Radam (Russie). 

1897 Leroy, A tl, explorateur, Biskra. 

1881 LuBAwsKi (comte de), à Viazna (Russie). 
1888 Marty, médecin-major. 

1882 Maury, maître de conférences ù la Faculté 

des Lettres, ù Aix. 

1879 Méritens (de) inspecteur de l'Assistance pu- 

blique ù Alger. 

1888 Milvoy, architecte, rue des Trois Cailloux, 3, 

à Amiens. 



1892 MM. MoLiNER-VioLLE, A %^, sous-chef de Bureau 
au Gouvernement Général. 

1888 Fallu de Lessert, avocat, rue de Tournon, 

17, à Paris. 

1880 Peyrot (le docteur), rue Laffîte, 18, Paris. 

1892 Ponté, maire à Mila. 

1885 Reinacii, I '||, ancien élève de l'Ecole 

d'Athènes, rue de Berlin, 31, à Paris. 

1893 Restouin , inspecteur primaire à Saint-Af- 

frique. 

1891 Robert, A fl, administrateur de la commune 

mixte d'Aïn-M'lila. 

1875 Roy, ^, I |^, secrétaire général de l'Ouzara 

à Tunis. 

1885 Saladin, ^, I ^, architecte, rue de Belle- 

chasse, à Paris. 

1892 TouTAiN, I tl, professeur de Faculté. 

1862 Vaysettes, ancien interprète-traducteur as- 

sermenté, à Espalion. 

1893 Viré (C), avocat è Bordj-Ménaïel. 

1878 Weill, grand rabbin à Tlemcen. 

18G8 Zotkniîkrg, ^, bibliothécaire à la Bibliothèque 

nationale ù Paris. 



XI 



SOCIKTKS CORHESPOHDANTKS 



Agen. — Société d'agriculture, sciences et arts. 

Aix. — Académie des sciences, agriculture, arts et belles- 
lettres. 

Alais. — Société scientifique et littéraire. 

Alger. — École supérieure des Lettres. 

— Société historique algérienne. 

Amiens. — Société des antiquaires de Picardie. 

Angers. — Société académique de Maine-et-Loire. 

Angoulême. — Société archéologique et historique de la 
Charente. 

Autun. — Société éduenne. 

AvESNE. — Société archéologique de l'arrondissement. 

AviGNON. — Académie de Vaucluse. 

AuxERRE. — Société des sciences historiques et naturelles 

de l'Yonne. 
Bar-le-Duc. — Société des lettres, sciences et arts. 

Beaune. — Société d'archéologie, d'histoire et de littéra- 
ture. 

Beauvais. — Société académique d'archéologie, sciences 
et arts du département de l'Oise. 

Béziers. — Société archéologique, scientifique et littéraire. 

Bône. — Académie d'Hippone. 

Bordeaux. — Société archéologique. 

— Société de géographie commerciale. 

Bourges. — Société historique, littéraire et artistique du 
Cher. 

Brest. — Société académique. 

CiiAMBÉRY. — Société savoisienne d'histoire et d'archéo- 
logie. 

— Académie des sciences, lettres et arts de 

Savoie. 

Dax. — Société de Borda. 

Draguignan. — Société d'études scientifiques et archéolo- 
giques. 

Épinal. — Société d'émulation des Vosges. 

Gap. — Société d'études des Hautes-Alpes. 



XII 

Grenoble. — Académie delphinale. 

GuÉRET. — Société des sciences naturelles et archéologi- 
ques de la Creuse. 

Langres. — Société historique et archéologique. 

Laon. — Société académique. 

Limoges. — Société archéologique et historique du Li- 
mousin. 

Lyon. — Société littéraire, historique et archéologique. 

— Académie des sciences, belles-lettres et arts. 

Le Mans. — Société historique et archéologique du Î^Iaine. 

MARSEiLLE. — Société de statistique. 

MoNTAUBAN. — Société archéologique du Tarn-et-Garonne. 

Montbéliard. — Société d'émulation. 

Nancy. — Académie de Stanislas. 

— Société d'archéologie lorraine et du musée his- 

torique lorrain. 

— Société de géographie de l'Est. 

Nantes. — Société d'archéologie. 

Narbonne. — Commission archéologique. 

Nice. — Société de littérature, sciences et arts des Alpes 
Maritimes. 

Nîmes. — Académie du Gard. 

Oran. — Société de géographie et d'archéologie. 

Orléans. — Société archéologique de l'Orléanais. 

Paris. — Institut de France. 

— Journal des Savants. 

— Comité des travaux historiques et scientifiques. 

— Bulletin de l'Ecole des Chartes. 

— Société des antiquaires de France. 

— Société d'ethnographie. 

— Société de géographie. 

— Société d'anthropologie. 

— Association pour l'encouragement des études 

grecques. 

— Société des études historiques. 

— Reçue fjéorjraplùque internationale. 

— Musée Guimet. 

— Société académique indo-chinoise de France. 

— Revue des Colonies et des Protectorats. 
Perpignan. — Société agricole, scientifique et littéraire. 



XIII 

Poitiers. — Société des antiquaires de l'Ouest. 

Rambouillet. — Société archéologique. 

Reims. — Académie nationale. 

Rennes. — Société archéologique du département d'I Ile- 
et-Vilaine. 

RocHECHOUAUT. — Société des Amis des sciences et des 

arts. 

Rodez. — Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron. 

Rouen. — Commission des antiquités de la Seine Infé- 
rieure. 

Saint-Brieuc. — Société d'émulation des Côtes-du Nord. 

Saint- DiÉ. — Société philomathique. 

Saintes. — Société des archives historiques de la Sain- 
tonge et de l'Aunis. 

Saint-Omer. — Société des antiquaires de la Morinie. 

Saint-Quentin. — Société académique des sciences, arts 

et bel les- lettres". 

Semur. — Société des sciences historiques et naturelles. 

Sens. — Société archéologique. 

SoissoNS. — Société archéologique, historique et scienti- 
fique. 

Toulon. — Académie du Var. 

Toulouse. — Académie des sciences, inscriptions et belles- 
lettres. 
— Société d'archéologie du Midi de la France. 

Tours. — Société d'archéologie de la Touraine. 

— Société d'agriculture, sciences, arts et belles- 

lettres du département d'Indre-et-Loire. 

— Société de géographie. 

Tunis. — Institut de Carthage. — Association tunisienne 

des lettres, sciences et arts, à Tunis. 
Valence. — Bulletin d'histoire eccléaiastique et d'archéo- 
locjie religieuse du diocèse de Valence. 

Valenciennes. — Société d'agriculture, sciences et arts. 
Vannes. — Société polymathique du Morbihan. 
Vervins. — Société archéologique. 



XIV 



SOCIÉTÉS ÉTRANGÈRES 



Alsace- Lorraine. — Société d'archéologie et d'histoire de 

la Moselle, à Metz. 

— Société pour la conservation des mo- 

numents historiques de l'Alsace, à 
Strasbourg. 

Angleterre. — Société des antiquaires de Londres. 

— Ecosse. — Société des Antiquaires, Edim- 

bourg. 

— Société des antiquaires de Cambridge. 

— Institut canadien de Toronto (Canada). 

— Société de numismatique et d'archéologie 

de Montréal. 

Autriche. — Société impériale de géographie de Vienne. 

Autriche-Hongrie. - Société archéologique croate (Za- 
greb Agram), musée national. 

Belgique. — Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège. 

Brésil. — Musée national de Rio-Janeiro. 

Egypte. — Institut égyptien, au Caire. 

— Comité de conservation des monuments de l'art 

arabe. 

— Société khédivale de géographie, au Caire. 

États-Unis n'AMÉRiQUE. — Musée Paebody d'archéologie 

et d'ethnographie américai- 
ne de Cambridge. 

— Institut Smithsonien de Wa- 

shington. 

— Commission d'inspection géo- 

logique des Etats-Unis (Dé- 
partement de l'Intérieur), à 
Washington. 

— Société d'anthropologie, à Wa- 

shington. 

— Académie des sciences natu- 

relles de Davenport, lowa. 



XV 

États-Unis d'Amérique. — Musée américain d'histoire 

naturelle. 

— Association américaine pour 

l'avancement des sciences, 
à Washington. 

— Société historique du Kansas, 

à Topeka. 

Italie. — Institut archéologique d'Allemagne, à Rome. 

— Nouveau bulletin d'archéologie chrétienne, à 

Rome. 

— École française de Rome. 

— Société africaine d'Italie, à Naples. 

— Société africaine d'Italie, à Florence. 
NoRWÈGE. — Université royale, à Ghristiana. 

Russie. — Commission impériale archéologique, à Saint- 
Pétersbourg. 
Suède. — Académie royale archéologique de Stockholm. 

— Institut géologique de l'Université d'Upsala. 

Suisse. — Société d'histoire et d'archéologie de Genève. 

— Société de géographie de Berne. 



«/P\,T' /rV/n;TT7'i 



DU 



CANTON DE BORDJ-MENAIEL 



PAR 



Camille VIRE 



PREMIÈRE PARTIE 



PHEPIISTOIRE 

Le pays qui constitue le canton actuel de Bordj- 
Menaïel a la forme d'une figure pentagonale irrégu- 
lière, délimité au nord par la mer Méditerranée, de 
l'embouchure de l'Oued-Isser à celle de l'Oued-el- 
Arba, à l'est par le cours de Tisser jusqu'au ch. ta 
Kessari et par la ligne de faîte des hauteurs sépa- 
rant le bassin de l'Isser proprement dit de celui de 
son atïiuent, rOued-Djemù!), au sud par une ligne 
irrégulière suivant les crêtes secondaires de la chaîne 
des Plissas, enûn, h l'est, d'abord traversant l'Oued- 
Bougdoura, par la limite administrative du douar 
Beni-Arif jusqu'à Mirabeau, puis par le cours de 
rOued-Sebaou jusqu'à Rebeval, de là par une ligne 



— 2 — 

convexe, — frontière du douar Ouled-Aïssa et du 
douar Bouberok, — aboutissant à l'embouchure de 
rOued-bou-Sôada, affluent de l'Oued-el-Arba, enfin, 
par ce dernier cours d'eau jusqu'à la mer. Le pays, 
ainsi délimité, d'une profondeur idéale d'environ 40 
kilomètres sur une largeur d'environ 50 kilomètres, 
se compose de deux parties : d'une part, la chaîne 
des Plissas et le massif éruptif de Djinet, — terrains 
de formation ancienne ; — d'autre part, les vallées 
proprement dites de l'Isser et du Sebaou et les ma- 
melons intermédiaires, — terrains en général de for- 
mation ou d'émergence plus récentes. 

Laissant de côté le massif éruptif de Djinet, — îlot 
particulier jadis battu par la grande mer, — c'est en- 
tre 400 et 500 mètres, à mi-hauteur de la chaîne des 
Plissas, que se trouve l'ancien cordon littoral, carac- 
térisé par des dépôts de fossiles nombreux. 

Les vallées proprement dites des deux fleuves, 
risser et le Sebaou, sont composées de terrains d'al- 
luvion très riches, mais n'ofïrant rien de particulier. 
Quant aux mamelons intermédiaires, formés d'argile 
grise, brune ou jaunâtre, ils sont des plus curieux, 
avec leurs formes plissées ou contournées. Ils cons- 
tituent les fonds restés intacts de l'ancienne grande 
mer. Aujourd'hui, nus ou couverts de palmiers 
nains, ils portèrent, ù l'époque romaine, d'épaisses 
forêts d'oliviers, dont de rares vestiges subsistent 
encore à l'état sauvage, notamment sur les flancs de 
ja vallée du Bougdoura, où des bois importants de 
Tarbre cher à Minerve verdoient encore. 

Tel qu'il est aujourd'hui, ce pays est très riche, 
comptante d'orangers, cultivé en blé, orge, vignes et 



^ „ , T B n » A SBlio,^, 









fUl,M^ hufrtl U^flnt 



— 3 — 

surtout en tabac dans les parties de plaine, en ovg;e 
et sorgho dans les parties mamelonneuses et portant 
des vergers d'oliviers, de figuiers et d'arbres fruitiers 
dans les parties élevées. 

Ce pays, ouvert sur deux vallées reliées par des 
plateaux d'altitude médiocre, de parcours facile, a dû 
être habité de très bonne heure. De fait, les vestiges 
de l'époque préhistorique se présentent sous trois 
formes : 

1° Outils de pierre gisant à la surface du sol ; 

2° Abris naturels sous roches renfermant des os- 
sements humains, des ossements d'animaux, des ou- 
tils de pierre, des os taillés, — et abris artificiels 
creusés dans le rocher, soit chambres d'habitation, 
soit simples postes de surveillance ; 

3° Sépultures. 



CHAPITRE PREMIER 



Outils de pierre gisant A la surface du sol 

D'une manière générale, les pierres taillées trou- 
vées ù la surface du sol l'ont été sur des plateaux. 
Quelques échantillons ont été rencontrés sur les pen- 
tes ou dans les vallées, mais ils avaient été entraînés 
par les eaux. La pierre taillée dans la région de 
Bordj-Menaïel est généralement d'une matière autre 
que le silex qui est très rare. Ce sont des variétés de 
roches éruptives qui existent en affleurements nom- 
breux dans la zone littorale (liparite, calcite), parfois 
du grès nummulitique, rarement du silex. 



— 4 — 

A. — Prison 

Dans les environs de la prison civile, entre les co- 
tes 60 et 69, j'ai ramassé cinq spécimens de l'âge de 
pierre (fig. 1, 2, 3, 4 et 5). Le dernier, qui est un 
coup-de-poing ocheuléeii dont les angles ont été ar- 
rondis par l'eau, a dû, d'ailleurs, être apporté dans 
un dépôt de matériaux pierreux destiné à recharger 
le chemin. Sa provenance n'est donc pas certaine. 

B. — Dra-Zeboudjt 

Le plateau des oliviers « Dra-Zeboudjt », (impro- 
prement appelé « Dra azib boujet » sur la carte au 
1/50,000"'^), à 1,500 mètres de Bordj-Menaïel, m'a 
fourni un assez grand nombre de pièces curieuses. 

Pas de silex, du granit ou du grès nummulitique. 

Sur ce plateau assez étendu, j'ai ramassé, à l'est 
des vestiges d'une bourgade libyco-romaine, une sé- 
rie d'outils en granit et grès nummulitique qui tran- 
chent par leurs formes avec les types connus. Il y a 
là des outils en forme de boyaux, pioches, houes qui 
rappellent les types d'outils de l'ancienne Egypte et 
ceux en silex encore en usage chez les sauvages de 
rOcéanie (Planche n° 1). 

C. — Pentes du Dra-Zeg-et-Ter 

Un fait digne de remarque dans ce pays, c'est que 
la plupart des points occupés à l'époque romaine 
l'ont été également à la période préhistorique et vrai- 
semblablement aussi à la période intermédiaire ber- 
bère. 

Sur la face nord du Dra-Zeg-et-Ter, dans la paroi 
de l'énorme falaise rocheuse qui forme de ce côté un 
rempart naturel uu plateau, se voient de nombreux 
abris ayant seulement quleques mètres carrés de su- 




_ Fiq. J _ 






1 Fig.% __ 



1 



Cpalnlc. 



■Il :ii .yrtvM \ ' . ' 




Cj li-V loti t| J . - Tiq s. 



Plaiulu' I. 






•^•J 



v 



y 



Plaïuho II. 




— 5 — 



perficie. J'ai trouvé au niveau du plateau quelques 
gros outils de pierre, notamment une massue pesant 
2 kilogrammes et demi (lig.1,2, 3 de la planche n" 2). 

D. — Atelier de taille de Haouch-ben-Chaban 
Sur un petit plateau en pente, vers la limite des 
douars El-Raïcha et Ouled-Smir, d'assez nombreux 
échantillons de roche granitique taillée gisent sur le 
sol suivant un axe de 200 à 300 mètres de dévelop- 
pement. En raison de l'abondance des éclats ou 
pierres entières, je vois là le siège d'un atelier de 
taille analogue à ceux qu'on a rencontrés sur d'au- 
tres points de l'Algérie et dans l'Europe occidentale. 

E. — Cote 101 

Les plateaux des Ouled-Smir et des Oule.d-Aïssa 
paraissent avoir été un terrain de chasse à l'époque 
préhistorique. 

De ci, de là, on y ramasse sur le sol des spéci- 
mens d'instruments en granit taillés généralement en 
forme de pointes, tel que celui ci-dessous trouvé à la 
cote 101, au-dessus de l'Oued-bou-M'zar. 




Grandeur naturelle. 



— 6 — 

F. — OUENOUGHA 

Près du cimetière libyque d'Ouenougha, ou mieux 
tout autour de ce cimetière, on trouve à la surface 
du sol quelques grands éclats de granit taillé. 



CHAPITRE II 



Grottes et abris sous roche et postes-vigies 

A. — Abris sous roche de la Cascade 

(Gorge de l'Oued-Menaïe!) 

A 4 kilomètres au sud-est du village de Bordj- 
Menaïel, l'Oued-Menaiel, descendu de la chaîne des 
Plissas, rencontre venant de l'est la ligne des colli- 
nes rocheuses de Bou-Ifri parties de la rive gauche 
de rOued-Chender et arrivant de l'ouest, la ligne des 
hauteurs de Baghia, nées à la rive droite de l'Oued- 
Djemâa ou Dra-Zeg-et-Ter. Elle se fraie, en sautant 
de roches en roches et en formant dans le gi'anit ces 
trous circulaires appelés dans certains pays « mar- 
mites de géants », un étroit passage de 5 à G mètres 
de largeur. 

Le point culminant de la gorge est sur la rive 
gauche, au cimetière de Sidi-Tadjïne, à 228 mètres 
au-dessus du niveau de la mer, éloignée en ligne 
droite de 12 kilomètres environ, et sur la rive droite, 
à 188 mètres seulement. 

Le point culminant de la rive droite forme un pla- 
teau cii'culaire de moins do 100 mètres de diamètre. 
A [)eu près au milieu, près d'un rocher qui se dresse, 



vaguement semblable à un dolmen et qui paraît avoir 
été dégrossi de main d'homme, se trouvent des amas 
de pierres et les vestiges d'un mur en gros blocs. 
Sur le sol, on remarque quelques débris de poteries 
et de briques de la période romaine. 

De ce plateau, une pente rapide mène, dans la di- 
rection de l'oued, sur un deuxième plateau plus 
étroit, A cet endroit, une ligne de rochers tombe à 
pic du côté du sud. Du côté du sud-ouest, face à la 
rivière, deux abris sous roche. Le premier se com- 
pose d'une petite caverne de 5 mètres de long sur 
2 mètres de large et l'"45 de hauteur. Dans la paroi 
nord, un conduit de 0'"80 de largeur et de 0'"30 de 
hauteur à l'entrée s'enfonce à 0'"75 du sol dans la di- 
rection de l'est. Je n'ai pu en déterminer la profon- 
deur. Une tranchée ouverte à l'entrée, dans le sens 
de la largeur de l'abri, découvre sous une couche de 
0'"08 d'humus et de fumier une glaise jaune, mêlée 
de pierrailles, non remaniée. A 0'"15 de profondeur 
dans la glaise, apparaissent un fragment de maxil- 
laire humain inférieur dans lequel est encore encas- 
trée une molaire ; à deux ou trois centimètres plus 
bas, le milieu de la même môchoire dont toutes les 
dents manquent, puis des os longs engagés dans 
une terre brune, moelleuse, très friable, mélangée de 
cendre. Quelques os sont noircis par le feu ; avec 
ces os, sont plusieurs instruments en silex, en gra- 
nit ou en pierre dure, notamment un burin triangu- 
laire bien fini, en beau silex brun jaunâtre, ayant 
0'"03 de longueur, 0"'005 de largeur et autant de 
hauteur ; une pointe de flèche en silex noir dont la 
pointe est cassée et dont les dimensions sont de 



— 8 — 

0"'025 en longueur et 0'"015 dans sa plus grande 
largeur ; une autre pointe en pierre dure, à grain 
très fin, également cassée, de 0'"02 de longueur sur 
0'"012 de largeur; une troisième, intacte, ayant O'^Oi 
de longueur et 0'"022 de largeur à la base ; une boule 
en silex brun clair ayant subi l'action du feu, écla- 
tée en plusieurs endroits et ayant 0"'03 de diamètre; 
une autre boule en granit ayant O^OS de diamètre; 
un tranchet en pierre dure de 0'"042 de longueur, 
0'"041 de largeur à la base et 0'"026 de largeur au 
sommet. Parmi ces instruments, se trouvaient deux 
minuscules fragments de poterie noire, très gros- 
sière, et un os taillé sur les deux côtés et aminci en 
biseau 5 une extrémité, ayant 0"'036 de longueur, 
0"'002 de largeur et autant d'épaisseur. 

En avant de cet abri, un chemin tracé dans le ro- 
cher conduit à une plate-forme de 17 mètres de lon- 
gueur sur 9 mètres de largeur, fermée par un demi- 
cercle d'énormes blocs placés avec symétrie. Un 
troisième abri est situé à 5 mètres en contrebas. 

A 25 ou 30 mètres encore plus bas, un rocher est 
évidé circulairement en forme de puits. L'évidement 
du rocher détermine les trois quarts d'un cercle dont 
le quatrième quart est formé par une sorte de mu- 
raille en pierres sèches s'élevant en retrait, de ma- 
nière à former les degrés d'un escalier. La longueur 
de l'ouverture au ras du sol est de l'"50 et sa lar- 
geur de l'"40. Une terre noire, grasse au toucher, 
ti-ès légère néanmoins et très meuble remplissait 
l'orifice jusqu'à 0"'50 du sol. A 1"'20 de profondeur, 
se dessine l'ouverture cintrée d'une galerie s'enfon- 
çanl au sud. Celte galei-ie n'a pas été déblayée. 



- 9 — 

A 2"'50 de ce puils et à 1"'50 en contrebas, un ro- 
cher plat de G mètres de longueur est engage dans 
la terre ; du côté de la hauteur de la montagne et du 
côté de la pente, il est barré par une muraille demi- 
circulaire en gros blocs bruts. Quelques blocs enle- 
vés me montrèrent un abri rempli de terre jusqu'à 
0'"20 du sommet. Une tranchée me permit de cons- 
tater que l'entrée primitive était au sud-est. La terre 
qui remplissait l'abri était compacte, remaniée par 
les eaux. Il ne semblait pas y avoir de couches dé- 
terminées par suite du remaniement des eaux. La 
terre, à partir de 0'"G0 de profondeur, contenait de 
nombreux ossements brisés dont beaucoup avaient 
subi Taction du feu, des fragments de charbon, des 
iiistruments en pierre éruplive, notamment une énor- 
me massue pesant 2 kilogr. 600, des haches à un 
seul tranchant, une belle hache rappelant la forme 
des haches néolithiques, de rares fragments de pote- 
rie très fruste et de nombreux os taillés. Mais l'ob- 
jet le plus curieux est un petit hameçon en fer très 
oxydé, de 0"'025 de longueur. Cet hameçon de fer, 
trouvé à plus d'un mètre de profondeur parmi des 
outils de pierre fort grossiers, déroute au premier 
abord. On a tendance, en effet, 5 considérer le bronze 
comme le premier métal connu. Faudrait-il admettre 
avec le docteur L. Faure (1) que le fer est réellement 
\e premier métal connu et que si on n'en retrouve 
que rarement des restes, c'est à sa prompte oxyda- 
tion qu'on le doit ? Aucune trace de bronze n'existe 
à la Cascade. D'auli-e part, l'imperfection des outils 

(1) Recherches liistorico-mvtallurgiqucs tendant à prouver que 
le fer est le premier des métaux connus et utilisés par l'homme. 



-io- 
de pierre semblerait donner une haute antiquité aux 
abris de la Cascade. Pourtant, je les crois relative- 
ment peu anciens, contemporains de peuples déjà ci- 
vilisés. L'homme civilisé et le sauvage coexistent en- 
core aujourd'hui ; à plus forte raison ont-ils coexisté 
jadis et ce n'est pas toujours sans raison que les 
Grecs et les Romains ont appelés Barbares tout ce 
qui vivait en dehors d'eux. L'hameçon de la Cascade 
pourrait être le produit d'un échange ou d'une trou- 
vaille. 

D'autres abris voisins sont encore inexplorés. Un 
dernier est une grotte naturelle avec plate-forme pro- 
tégée. Un simple puits de 0'"30 de diamètre, foré 
dans un angle, me permit de juger de la richesse de 
l'abri s'il était fouillé complètement. Ici, il n'y a pas 
eu de remaniement par l'eau. Les porcs-épics seuls 
ont peut-être amené quelque dérangement dans les 
couches. Jusqu'à l'"20 de profondeur, la couche est 
kabyle et romaine, offrant quelques rondelles de 
bronze et des fi'agments de grande poterie romaine. 
Au-dessous, une série de foyers, des ossements 
noircis, des outils en pierre éruptive, des os taillés, 
un os estompé, une raie horizontale, des raies per- 
pendiculaires. 

Aucun des abris n'ayant été fouillé complètement, 
je ne les étudierai pas avec plus de détails pour le 
moment. Je reproduis seulement ci-dessous quel- 
ques-uns des types de pierres taillées qui, en som- 
me, se rapprochent du type acheuléen français. 

(Planche n» 3) 



IMaiiclM- III 




r 




IManchc IV. 







— 11 — 

El ci-contre les principaux os taillés. 

(Planche n" 4) 

Les ossements recueillis sont ceux du petit bœuf 
d'Afrique, de la chèvre, du porc-épic, du chacal, d'un 
équidé de grande taille, d'hommes de petite taille. 

Aucun vase entier, des fragments en terre rougeâ- 
tre, brune ou noire. Un seul présente des traces d'or- 
nementation faites avec l'ongle. 




B. — Grottes du Chender 
L'Oued-Chender, en quittant les ravins des Plis- 
sas, passe dans des gorges où il forme plusieurs 
grottes. L'une a été retaillée 5 l'époque romaine. Les 
autres offriront vraisemblablement, lorsqu'on les 
fouillera, des vestiges préhistoriques. J'ai ramassé 
dans l'une d'elles le spécimen ci-dessous : 




— 12 — 

C. — Grotte d'Afir 
A Afir, dans les Beni-Chenacha, une grolte amé- 
nagée aussi de main d'homme devra donner égale- 
ment des résultats intéressants. 

D. — Abris de Kara-Ahmed 

Entre Bordj-Menaïel et la mer, non loin de Tisser 
et de la route du Gap Djinet, s'élève sur un plateau 
dominant la mer et le cours inférieur de Tisser le 
village indigène de Kara-Ahmed. 

A 50 mètres au sud du village, est un gros rocher 
isolé. Une sorte de sentier tracé par un fréquent pas- 
sage permet de monter le long de ce rocher jusqu'au 
sommet, lequel forme une double plate-forme avec 
double abri de l'"30 de profondeur. 

A 100 mètres au sud-est, un autre rocher isolé 
présente sur sa face nord-est une excavation de 2'"50 
environ de hauteur sur 3 mètres de largeur et 2"'50 
de profondeur avec ])lateforme extérieure de 5 mètres 
de long sur 4 mèti*es de large, à 0"'80 en contrebas. 
Des bancs taillés dans le rocher existent tout autour 
et ù l'intérieur; il y a, à différentes hauteurs, de pe- 
tites niches. Dans le fond de l'excavation même, à 
2 mètres du plancher, une lunette circulaire de 0"'25 
de hauteur sur 0"'33 de largeur communique avec 
une plateforme en arrière délimitant un poste cou- 
vert de guetteur. Le guetteur devait se tenir assis, la 
hauteur de son poste n'étant que de un mètre sur 
une largeur de 2 mètres et une profondeur de l'^ôO. 

Un peu en arrière, une autre masse rocheuse pré- 
sente cinq étages d'abris avec escaliers dans le roc et 
sur le sommet un bassin de 50 mètres carrés envi- 
ron destiné à recueillir les eaux pluviales. 



— 13 — 

Les indigènes utilisent encore ces abris pendant 
l'été à cause de la brise de mer qui les rafraîchit 
alors. 

Une plateforme défensive avec épaulement proté- 
geait ces abris du côté de la montagne. 

Non loin de là, se dresse la masse de Sidi-Zerzor, 
énorme bloc rocheux qui monte ù 261 mètres au- 
dessus du niveau de la mer. L'accès en est relative- 
ment facile. Son sommet est une plateforme de 25 à 
30 mètres carrés avec épaulement de 1"\30 de hau- 
teur du côté du sud. 

Au pied occidental de Sidi-Zerzor, se voient les 
restes de trois habitations circulaires en pierres bru- 
tes, ayant 5 mètres de diamètre. Je ne saurais me 
prononcer sur l'âge de ces constructions. 

Les abris de Kara-Ahmed, en raison de leur na- 
ture et de leur facilité d'accès, n'ont conservé aucun 
mobilier. 



CHAPITRE III 



Sépultures et tumulus 

A. — Les tombes de Kara-Ahmed 

En avant et au sud-ouest de Kara-Ahmed, se 
dresse un monument que les indigènes appellent 
Qbar-eL-Djaliel (le tombeau de l'idolûlre). C'est un 
amoncellement de blocs plus longs que larges, rudi- 
mentairement façonnés. On reconnaît un cercle de 
cromlechs de 2 mètres de largeur et intérieurement 
à ce cercle une masse de monolithes obliquement 



— 14 — 

dressés et convergeant vers une masse centrale lon- 
gue de 2 mètres et large de l"\ôO. Une sorte d'allée 
de 2 mètres de largeur sur 2"'50 de longueur mène à 
cette partie centrale. Peut-être faut-il voir dans ce 
monument un dolmen avec allée couverte dont les 
tables de recouvrement ont disparu. 

Derrière ce tombeau, s'en trouvent deux autres 
formés d'un simple cercle continu de cromlechs d'as- 
sez grande dimension et non équarris. Au milieu du 
premier et sur le sol, j'ai ramassé une jolie pointe 
en pierre éruptive brune, de même forme que celle 
trouvée au-dessus de l'Oued-bou-M'zar, à la cote 
101, d'ailleurs pas très éloignée de Kara-Ahmed. 




En arrière des abris, existait un autre Qbar-el- 
Djahel. Ce Qbar a été détruit au printemps de 1895 
par les khommès du propriétaire du champ Khiali 
Ahmed, de la famille des Ben Grich. A en juger par 
les matériaux gisant sur le sol, il devait avoir un 
caractère dolménique. Au dire des indigènes, il se 
serait composé d'un cercle de pierres et, au milieu, 
de blocs dressés supportant un couvercle. Ce cou- 
vercle que j'ai vu avait 0"'35 d'épaisseur, 1"'20 de 



— 15 — 

longueur et l'^Oô de largeur. Il était légèrement ar- 
rondi à l'un de ses bouts. La destruction de ce tom- 
beau est d'autant plus regrettable qu'il était le der- 
nier type de sépulture franchement dolménique en- 
core intacte dans la région. Les sépultures dolméni- 
ques du cimetière inférieur de Bridj, dans la vallée 
du Sebaou et dans lesquelles les morts sont couchés 
sur le côté droit et repliés sur eux-mêmes, dans la 
position du fœtus dans le ventre de sa mère, sont, 
en effet, recouvertes de terre et non pas plus élevées 
que le sol. 

B. — TuMULUs DU Coudiat-Ter 

Lorsqu'on va de Ménerville à Tizi-Ouzou par la 
route départementale, on aperçoit en avant du village 
alsacien de Camp-du-Maréchal, à droite de la route, 
à 3 kilomètres environ du Sebaou et sur la rive gau- 
che, un monticule très régulier et dont le sommet 
nettement découpé semble travaillé de main d'hom- 
me. En effet, si l'on monte les pentes de ce mame- 
lon, on remarque qu'à 15 mètres environ du som- 
met, la nature du terrain change tout d'un coup. Au 
lieu de la terre argileuse de couleur jaunâtre qui 
forme le sol naturel, c'est une sorte de gravier de ri- 
vière de couleur plus brune. On se trouve en pré- 
sence d'un tumulus artificiel de 15 mètres environ de 
hauteur dressé sur une butte naturelle d'un peu 
moins de 80 mètres d'élévation, le tout étant coté 
93 mètres sur la carte au 1/50, OOO'"". Sa longueur 
d'un bout à l'autre de la plateforme qui est légère- 
ment convexe est de 60 mètres, sa largeur de 5 mè- 
tres environ. 



— 16 — 

Orienté nord-sud, ce tumulus est parallèle aux 
buttes en forme de tumuli du Djebel-Faraoun et du 
bordj turc du Sebaou. Son nom arabe est Goudiat- 
Ter (butte de l'épervier). 

Le Coudiat-Ter est-il analogue aux tumulus de 
Bretagne tels que le Kairin de la forêt de Carnoët, 
fouillé en 1843 par M. Peyron, la butte de Tumiac, 
le Manè Bras de la presqu'île d'Arzon, fouillé en 
1853 par la Société polymathique du Morbihan, le 
Manè Mikel, le mont Saint-Michel de la plaine de 
Kermario, près de PIou Carnac, au centre duquel 
M. Galles, sous-intendant militaire, a trouvé une 
chambre sépulcrale analogue aux chambres sépul- 
crales des Pyramides d'Egypte? Il est permis de le 
supposer. 

En attendant des fouilles complètes, quelques fouil- 
les superficielles m'ont fourni les constatations sui- 
vantes : 

11 m'a paru qu'il y avait eu jadis une ligne ellip- 
soïdale de sépultures autour de la plateforme. Les 
débris de ces sépultures sont visibles encore du côté 
de l'est (vigne Knecht). Du côté sud, dans la direc- 
tion de la voie ferrée, et du côté ouest, direction 
d'Haussonvillers, aucune trace apparente ne permet 
plus de déterminer la ligne des tombeaux; mais de 
ces côtés, il v a eu défrichement et descente des ter- 
res le long de la pente. Du côté nord seulement, j'ai 
entrepris des fouilles à un mètre environ du sommet 
sur une longueur d'environ six mètres. A l'endroit 
où M. Eininger, maire de Gamp-du-Maréchal et pro- 
priétaire du sol, m'avait dit avoir remarqué en la- 
bourant de larges pierres plates, est apparu h. 0°'40 



— 17 — 

de profondeur, enfoui dans le gravier de rivière, un 
crûne humain couché sur le côté droit. Tout auprès 
étaient les os de la partie supérieure du corps allon- 
gés sur des pierres plates, posées elles-mêmes sur 
des cailloux ronds cimentés avec de la glaise verte, 
le tout formant une sorte de banquette de 0'"55 de 
long sur 0'"20 de large, soutenue d'un côté par une 
dalle de 0°'25 d'épaisseur au pied de laquelle, à O^^SO 
au-dessous de la première, se trouvait une seconde 
banquette supportant les os inférieurs du même in- 
dividu. Il y avait eu vraisemblablement enfouisse- 
ment après désarticulation du squelette, comme cela 
se pratique encore chez certaines tribus sauvages. 

Le crâne, qui est celui d'une femme, ne rappelle 
que de très loin, d'après M. le docteur Verneau, as- 
sistant de la chaire d'anthropologie au Muséum d'his- 
toire naturelle de Paris, les types connus de l'Afri- 
que du Nord. Il fait penser à certaines pièces des 
dolmens de Roknia. Son indice céphalique horizon- 
tal n'atteint que 7G,27 environ. Le front est beau, 
bien développé dans tous les sens. La courbe antéro- 
postérieure, régulière en avant, s'infléchit à partir du 
tiers postérieur des pariétaux, par suite d'un méplat 
assez marqué qui se prolonge jusque sur la partie 
supérieure de l'écaillé occipitale. La base est un peu 
aplatie. 

Tous ces caractères se rencontrent à Roknia sur 
les individus qui rentrent dans le type de Gro-Ma- 
gnon, mais les bosses pariétales du crâne du Cou- 
diat-Ter sont peu marquées et c'est là surtout le 
trait qui le différencie le plus des crânes typiques. 
L'orbite est un peu élevé (indice 84,02), mais la face 
est en même temps basse et large (indice 06,66). 

3 



— 18 — 

En somme, cette tète, avec son crûne dolicho- 
céphale et sa face courte, est dysharmonique à un 
haut degré. Par d'autres caractères, elle se rappro- 
che aussi des crânes féminins de Cro-Magnon, mais 
tous ces caractères sont quelque peu atténués. Ils ne 
le sont pas plus, d'ailleurs, que sur la très grande 
majorité des têtes extraites des dolmens de Roknia 
qui renfermaient, comme on sait, des types fort di- 
vers (1). 

Au pied de la seconde banquette dont j'ai 

parlé plus haut, la pioche mit au jour une autre tombe 
sensiblement perpendiculaire à la première. Mais 
alors que celle-ci était orientée est-ouest, celle-là 
était disposée sud-nord. Cette deuxième tombe, qui 
avait environ 0™55 de long, était nettement délimitée 
par des lignes de pierres plûtes jointées de glaise 
brune et formant une sorte de caisse. Au milieu, un 
crâne posé à plat et autour du crâne un certain nom- 
bre d'os disposés régulièrement. Une troisième tombe 
analogue fut trouvée à côté de la première, mais les 
ossements contenus dans cette dernière étant ceux 
d'un tout jeune homme, se brisèrent dès qu'on les 
sortit. 

Il est probable que le tumulus du Coudiat-Ter ne 
m'a pas livré tous ses secrets. Cette butte artificielle 
de 15 mètres de hauteur n'a pas dû servir qu'à en- 
sevelir à 0"'50 ou 1 mètre de son sommet quelques 
corps humains. 

Polissoïr. — Aux deux tiers de la pente sud-est 
du Coudiat, une épaisse pierre de grès à demi en- 
ci) A Bridj, vallée du Sebaou et caalon de Dellys, des sépultures 
dolméuiques m'ont donné un crâne court qui ne paraît pas se ratta- 
cher à une race connue. 11 sera l'objet d'une étude spéciale. 



— 19 — 

terrée dans le sol présente sur une faible partie de 
sa surface un creux de 0'"065 de profondeur, 0'"35 de 
longueur et 0'"06 de largeur d'un côté et O""!! de 
l'autre. Ce creux, produit par un frottement répété, 
avait acquis le poli du marbre. Il est possible que ce 
soit un polissoir analogue à ceux de France. Une 
petite source aujourd'hui tarie, mais dont les traces 
se voient encore à 200 ou 300 mètres de là, permet- 
tait de prendre l'eau nécessaire au polissage des 
outils. 




C. — TUMULUS DE LA COTE 83 



A la cote 83, sur la rive gauche du Chender, entre 
Bordj-Menaïel et Haussonvillers, près de la route, 
une butte de même forme que le Goudiat-Ter, mais 
orientée est-ouest, est peut-être aussi un tumulus ar- 
tificiel. Je ne Tafïïrme pas, l'ayant très sommaire- 
ment examinée. 



— 20 — 
CHAPITRE IV 



Sépultures et monuments dits libyques ou libyco-berbères 

La préhistoire de l'Algérie s'étend presque encore 
jusqu'à l'apparition des Romains dans l'Afrique du 
Nord. Cependant, dès avant répo(|ue romaine, des 
groupes de population de l'Algérie actuelle avaient 
une certaine civilisation. Ils dégrossissaient la pierre, 
connaissaient les métaux, élevaient de grandes cons- 
tructions, savaient écrire.^ L'usage a prévalu généra- 
lement jusqu'à présent, faute de dénomination plus 
précise, d'appeler libyques ou libyco-berbères les ves- 
tiges qu'ont laissés ces populations évoluant déjà 
vers la civilisation. 

Peut-être les abris ou postes-vigies rencontrés 
dans les rochers, à Kara-Ahmed notamment, sont- 
ils de la période libyco-berbère. Quoi qu'il en soit, je 
désignerai sous le nom de libyco-berbères les cons- 
tructions en pierres ou les tombeaux symétriques 
avec cromlechs taillés, dans lesquels le mortier ou 
le ciment ne me paraissent avoir été que peu ou 
point employés. 

Section V 

Cimetières et sépultures 

El-Anjoub el-Alimar (le champ rouge). — Entre Bou- 
lendjas et Bechala, à quelque distance du poste-vigie 
ou tombeau romain appelé « Qbar-Roumia », au mi- 
lieu des terres d'argile rouge couvertes de pierres 
calcaires, au lieu dit Argoub-el-Ahmar, un petit tu- 
mulus est entouré d'un cercle de pierres taillées. 

Sidi-Mansour. — Il en existe un autre, mais en ma- 



— 21 — 

tériaux moins bien préparés, près de Sidi-Mansour 
(douar Ouled-Aïssa), sur le chemin. Ce dernier est, 
d'ailleurs, en partie enfoui sous des moellons kaby- 
les et des broussailles. 

Cimelière près de Hacli-Assès. — Au-dessous de 
Bach-Assès (douar Ouled-Aïssa), le long du chemin 
allant à Bois-Sacré (ancienne voie romaine), au nord- 
ouest de ce chemin, un petit monticule est couvert 
d'un grand nombre de lombes entourées d'un ou de 
plusieurs cercles de pierres. Il y a également en ce 
lieu quelques tombes arabes anciennes. La plus re- 
mai-quable des tombes avec cromlechs se trouve sous 
un olivier millénaire qui a poussé quatre gros troncs. 
Celte tombe est entourée de deux cercles forts nets, 
le jilus grand étant à 0"'30 en dehors du plus petit, 
lequel est lui même d'un diamètre de deux mètres 
environ. Le diamètre du plus grand est, par suite, 
de 2'"()0 environ. Les deux cercles forment un mur 
continu et quelques-unes des pierres qui les compo- 
sent sont taillées. Ayant commencé à faire déblayer 
l'intérieur du petit cei'cle, je me trouvai en présence 
de pierres plates enchevêtrées recouvrant des briques 
grossières. Ces briques, qui ont 0"'22 de longueur, 
0™10 de largeur et C^Oi d'épaisseur, sont formées 
d'argile grise à peine battue et mêlée de gravier. La 
cuisson est ti-ès imparfaite. Une sorte de mortier ex- 
trêmement friable joignait ces briques entre elles. Les 
couches de briques et de pierres plates se poursui- 
vaient jusqu'à 0"'50 de profondeur. A cette profon- 
deur, les pierres cessaient et un véritable mur de 
briques s'enfonçait sous les racines de l'olivier. A 
1"'20 de pi'ofondeur, n'étant pas encore à la base du 



22 

mur et les racines de l'olivier rendant le travail diffi- 
cile, il fut interrompu. 

A 5 mètres de là, dans la direction du sud-est, je 
fis ouvrir une fosse au centre d'un cercle simple de 
2 mètres de diamètre. Une couche de terre végétale 
de 0'"05 ayant été enlevée, apparut un dallage de 
0'"95 de longueur sur 0'"50 de largeur. A 0f"15 au- 
dessous de ce dallage, dans une terre jaunâtre, des 
ossements gisaient pêle-mêle, et à 0'"10 encore plus 
bas, plusieurs crânes se voyaient à côté les uns des 
autres, mais tous éclatés et écrasés, soit par la pres- 
sion des terres, soit par toute autre cause. Aucun 
objet, aucun mobilier funéraire. Orientation : sud- 
ouest, nord-est, les têtes au sud-ouest. 

Une deuxième tombe présente le même enchevê- 
trement d'ossements appartenant à plusieurs indivi- 
dus adultes. 

Peut-être se trouve-t-on en présence d'un enseve- 
lissement fait après un combat. 

Cimetière d'Ouenougha. — Sur le versant nord de la 
chaîne des Plissas, regardant la mer, entre 350 et 
400 mètres d'altitude, près de vagues restes d'un che- 
min romain, au lieu dit Tarikt-Idghaghen (la selle 
de pierre), une vaste nécropole libyque couvre ap- 
proximativement un espace de 400 mètres de long 
sur 200 mètres de large. Les tombes sont nombreu- 
ses, délimitées les unes par un seul cercle de pier- 
res, les autres, et c'est le plus grand nombre, par 
une double ligne de cromlechs. Les dimensions des 
tombes sont variables. Les unes ont la forme d'un 
cercle parfait, les autres d'une ellipse. Les cromlechs 
sont généralement de dimension régulière. 



— 23 — 

Mesure d'une tombe avec double cercle : 
Cercle iiUéi'ieur, l'"r)0 de long sur l'"40 de large ; 
cromlechs de 0"'40 sur O^IO environ, espacés de 0"'10 
les uns des autres ; cercle extérieur, 3 mètres de 
diamètre ; cromlechs plus volumineux, grossièrement 
taillés. 
Mesure d'une tombe avec cercle simple : 
2'"50 de longueur sur 1"'50 de lai'geur. 

Restes (Tun cimetière entre BorJj-Mmdiel et la Fontaine 
romaine. — Sur le chemin qui de Bordj-Menaïel mène 
à la Fontaine romaine, dans le col que domine de 
ses 320 mètres la colline de Sidi-Mohamed-el-Agrib, 
se voient encore quelques tombes en cercle. La plus 
caractéristique est au milieu même du chemin qui 
emprunte à peu près le tracé d'un ancien chemin 
romain. 

Comme on le voit, les cimetières liby(|ues existent 
aussi bien dans la plaine que dans la montagne. La 
plupart sont dans le voisinage de chemins anciens. 

Section II 
Refuges et postes Jortifiés 

Plateau de la Cascade. — Sur le plateau au-dessus 
des abris de la Cascade, rive gauche de l'Oued-Me- 
naïel, existent des vestiges de murs faisant le tour 
du plateau. Ces murs sont en blocs bruts non ci- 
mentés. Ils dominent d'un côté El-Ksar-Tala-ou- 
Roumi, bourg romain, et font face, de l'autre, aux 
collines d'EI-Kaïcha. 

Tour brute au lieu dit Saf-Saf Tatclba. — Sur le pro- 
longement oriental du plateau de la Cascade, en ar- 



— 24 — 

rière de la grotte de Bou-Ifi-i, mais sur le versant 
nord, près de la propriété d'Amar ou el Hadj, restes 
d'une tour en matériaux bruts, au-dessus de la val- 
lée du Chender, de Bordj-Menaïel à Haussonvillers, 
presque en face de Castellum Tuleï. Probablement 
dernier poste de surveillance des Isaflenses sur la 
plaine. 

Sidi-Brahim. — Sidi-Brahim, point culminant au- 
dessus de risser et dernier contrefort des hauteurs 
de la rive droite de l'Oued-Chender, offre à son som- 
met dominant le village actuel d'El-Raïcha et un an- 
cien petit centre romain des restes de murs en pier- 
res brutes. Il y a sur ce sommet de Sidi-Brahim, 
qui a vue par la gorge de l'Oued-Menaïel sur El- 
Ksar-Tala-ou-Roumi, un éparpillement considérable 
de pierres. C'a été plus qu'un simple poste-vigie. Les 
vestiges de Sidi-Brahim remontent, à coup sur, à 
une haute antiquité. Ils sont contemporains proba- 
blement du refuge qui existait sur le versant nord 
des hauteurs dont Sidi-Brahim est le point extrême 
vers l'ouest, contemporains du foi't de Sidi-Argoub, 
antéi'icurs peut-être à la tour de Saf-Saf-Tatelba qui 
est en face, antérieurs certainement à la venue des 
Romains. Comme les autres points que je viens de 
nommer, ils voient la mer. Au reste, dans ce pays, 
avant la conquête romaine, la mer paraît avoir été la 
grande préoccupation des habitants. Trafiquants sé- 
mites ou pirates divers, c'était de la mer, dans celte 
vallée do pénétration facile, que venait le danger im- 
prévu. A. ces âges de férocité native, qui pouvait se 
croire jamais en sûreté ? 

Enceinte au pied nord des collines d'El-llaicha. — Les 



— 25 - 



collines sur la croupe desquelles sont bàlis les villa- 
ges d'El-Raïcha et d'El-Guenana tombent sur la 
plaine du côté du nord en falaises rocheuses. Dans 
ces falaises ont existé jadis des abris aujourd'hui 
écroulés, la pierre calcaire dans laquelle ils étaient 
forés s'effritant à la longue au contact des pluies. 
Entre les deux villages précités, du pied nord de la 
falaise part pour y revenir un mur rectangulaire en 
pierres brutes ayant environ 100 mètres de longueur 
sur 50 de largeur, rasé au sol. Ce mur a dû for- 
mer un abri ou un enclos destiné à enfermer des 
habitants de la falaise. 

SidiArgoub. — Au-dessous et au nord de Guenana, 
sur le prolongement de l'enceinte dont je viens de 
parler, est un tertre appelé Sidi-Argoub par les indi- 
gènes. Sur les flancs de ce tertre, il y avait un ci- 
metière, labouré aujourd'hui, indice de son antiquité 
et preuve que ce n'était pas un cimetière musulman. 
Couronnant ce tertre et en serrant la bordure, on 
dislingue au ras du sol une construction elliptique 
en gros matériaux bruts, ayant 6 mètres de longueur 
et 5 de hirgeur. La porte était à l'est et mesurait 
l'"50 de largeur. De cet endroit, la vue s'étend im- 
mense, surveillant à l'est, en arrière, la descente des 
plateaux des Ouled-Aïssa, ayant au nord une échap- 
pée sur la mer, au sud-est dominant la plaine des 
Issers et b l'ouest surveillant la côte de la baie de 
Djinet à Alger. 

Fort ou tumulus de Kara-.ihmed. — Près de Sidi- 
Zerzor, au lieu dit Aïn-Chegga, est une sorte de tu- 
mulus de 15 mètres sur 12, de deux mètres d'éléva- 



l'nWeremc*non^r;ibnri''< 



tiou du côté de la pente, de jDlain pied avec le sol du 
côté de la montée. Des pierres brutes en font le tour. 
Amas de pierres sur la pente du côté de l'ouest. 
Dans l'intérieur, apparaissent des sortes de murs de 
refend. Y a-t-il là un tumulus ou les restes d'un pe- 
tit fort avec chambres intérieures ? Je pencherais 
plutôt pour la dernière hypothèse. 

Section III 

Inscriptions 

Inscription libyque aux Oukd-Moussa. — Voir celte 
inscription et la magistrale étude qu'en a faite 
M. Mercier dans le Bulletin de la Société archéolo- 
gique de Gonstanline (volume trentième de la collec- 
tion, années 1895-1896, pages 124 à 302). 



IF PARTIE 



VESTIGES CAÏITIIAGINOIS 

Au cap Djinet fut un emporium carthaginois. Môme 
les pierres de taille des constructions romaines y 
sont façonnées à la mode carthaginoise, dernière sur- 
vivance des usages puniques; mais quelle fut, à 
Djinet l'œuvre des Carthaginois et quelle fut l'œuvre 
des Romaiiis? Une étude patiente et prolongée per- 
mettrait seule de le déterminer, étude difficile en pré- 
sence du bouleversement des ruines et de la destruc- 
tion qui se fait actuellement des derniers vestiges. 



— 27 — 



Celle étude méi-ilerail d'être tentée mais serait coù- 

teuse 

Faut-il voir les restes d'un marché carthaginois 
dans les singuliers vestiges qui existent sur le Kou- 
diat-Zouidia. Le Koudial-Zouidia est un mamelon 
d'une cinquantaine de mètres, séparé par un petit col 
d'un piton un peu plus élevé. Il est situé en arrière 
du cap Djinet, entre le cap et Dra-Zeboudjl avec une 
vue sur la mer éloignée de 6 kilomètres environ. Une 
enceinte de 12 mètres sur 10, rasée au sol et formée 
de gros moellons est visible au milieu. Dans l inté- 
rieur de cette enceinte se trouvent une série de cer- 
cles en pierres ayant 1 mètre ou 1"^20 de diamètre. 
L'intérieur de ces cercles forme une petite dépression 
et est rempli de fragments de poteries fines bien 
cuites, à formes élégantes. Il y a notamment des de- 
bris de pots ventrus à double oreiUon qui ont un air 
de parenté avec la poterie de Carthage. . 

L'influence punique s'est également fait sentir à 
Dra-Zeboudjl. H y a sur le sol des pierres taillées a 

la mode punique. ^ 

Les marchands de Carthage établis a Djinet ont 
certainement remonté la vallée de l'Isser dans un but 
commercial. Jusqu'où ont-ils pénétré? Je ne sais, 
mais ils ont dû établir des marchés réguliers dans 
les bourgades numides ou dans des lieux choisis, sans 
pourtant trop perdre de vue la mer. 



28 — 



Iir PARTIE 



PERIODE ROMAINE 

De la mer jusqu'à 400 ou 500 mèlres d'altitude, 
sur le revers nord de la chaîne des Plissas, la mon- 
tagne des anciens Isaflenses, des Ifiissen actuels, 
l'influence romaine dans le canton de Bordj-Menaïel 
s'est fortement fait sentir. Les ruines sont nombreu- 
ses, mais loin de ressembler aux merveilleuses cités 
de Tunisie et du département de Constantine. 11 n'appa- 
raît plus sur le sol que les Romains aient occupé la 
crête de la chaîne des Plissas; sans doute, à raison 
de la densité de la population kabyle, les vestiges 
ont disparu. Il y a bien une série de chemins paral- 
lèles entre eux qui, partant du pied de la montagne, 
gravissent jusqu'à mi-côte, puis disparaissent, mais 
il semble que ces chemins, grossièrement pavés, 
aient été des chemins d'exploitation forestière (ex- 
ploitation forestière proprement dite ou exploitation 
de l'olivier). 

Quant à la partie occupée (versant nord des Plis- 
sas, vallées de l'Isser et du Sebaou, plateaux d'El- 
Raïcha, des Ouled-Smir et des Ouled-Aïssa, il est 
probable que la romanisation du pays s'est faite par 
assimilation des indigènes. L'inscription inédite de 
Guenana,les deux inscriptions voisines de Castellum 
Tuleï qui sont au musée d'Alger, la première, la 
plus ancienne, datée de l'année provinciale 192, sont 
des inscriptions funéraires païennes de Berbères lati- 



— 29 - 

nisés. Elles démontrent que la Kabylie était plus ou 
moins romanisée avant la pénétration du christia- 
nisme. Mais cettj population romanisée à la surface 
est restée, ou fond, toujours berbère. La preuve en 
est dans l'appui que les chefs de révoltes ont toujours 
trouvé dans ce pays contre les Romains. Nous som- 
mes dans le pays de Firmus et je ne serais pas éloi- 
gné de croire qu'il ne faille chercher le fameux Fan- 
^dus petrensis, le fief de la famille des Firmus, où 
fut étouffée, en 372, la première insurrection, sur les 
plateaux des Ouled-Aïssa, du côté des Ouled-Ameur 
ou de Bekkouche. 

La romanisation apparente du pays a dû se fan-e, 
d'ailleurs assez facilement. Il n'y avait pas, comme 
il y a aujourd'hui entre conquérants et conquis, dif- 
férence absolue de deux religions jalouses l'une de 
l'autre de la suprématie (christianisme et islamisme). 
Les populations idolâtres de l'Afrique n'avaient rien 
à craindre, au point de vue religieux, du vainqueur 
idolâtre comme elles et tout disposé à adopter, com- 
me complément de ses dieux nationaux, les dieux 
locaux. 

En outre, la différence était mince entre le genre 
de vie et le vêtement des deux races. Les Romains 
étaient à peu près vêtus de la môme façon que les 
Africains, dont le costume n'a guère varié depuis 
l'époque romaine. Quant à la nourriture elle n'avait 
même pas de ditïérence marquée. La galette indigène, 
arrosée d'huile, devait être à peu de chose près, la 
galette arrosée d'huile des basses classes romaines. 
Les olives, les ligues se retrouvaient dons l'alimen- 
tation des deux peuples. Jusqu'à la manière de cul- 
tiver la terre qui ne devait guère différer. Le soc de 



- 30 - 

charrue romaine que j'ai trouvé dans les fondations 
d'une maion au Dra-Zeg-et-Ter est analogue, sauf un 
commencement de versoir que l'indigène ne connaît 
pas, à la charrue encore actuellement en usage dans 
le pays. 

Fraction de la Maurétanie césarienne, province ro- 
maine depuis l'an 40 de notre ère, le pays entre le 
Serbeiès (Isser) et le Sebaou, dont le nom ancien 
n'est pas connu, était habité par les Isajlenses, les 
montagnards flissas, dont le nom actuel est en kabyle 
Iflissen. Contrairement à l'opinion du Berbrugger, je 
ne ne crois pas que Castellum Tuleï (ÛiarMami, ait 
été la résidence du chef des Isafienses. Castellum 
Tuleï n'est pas dans le pays des Isaflenses, qui ne 
comprend que la montagne entre l'Oued-Djemâa et 
rOued-BoLigdouro, mais dans celui des gens des pla- 
teaux et de la vallée, race différente. Loin d être une 
forteresse isaflensienne, Castellum Tuleï a dû èire au 
contraire un poste destiné à surveiller les Flissas. 
Une des inscriptions de Castellum Tuleï parle des 
Nababes (Nababo). Le princeps de ce castellum était 
un Nababe. Faut-il conclure de ce fait que les gens 
autour de Castellum Tuleï, c'est-à-dire ceux de la 
région actuelle d'El-Raïcha et des Ouled-Aïssa étaient 
des Nababes? Je n'oserais l'affirmer. Au contraire, le 
fait de rappeler, dans l'une des inscriptions, que le 
princeps mort à Castellum Tuleï était un Nababe peut 
indiquer que ce fonctionnaire était étranger au pays. 
Dans l'autre inscription, la nationalité du princeps 
n'est pas mentionnée. 

On peut dire, d'ailleurs, en sens opposé que l'indi- 
cation de la nationalité a pu être gravée pour rappe- 
ler l'honneur que Rome avait fait à la nation nababe 



— 31 — 

en confiant à un de ses membres, dons son pays 
même, les fonctions de princeps. M.iis à mon avis, 
les Nababes habitaient sur la rive di-oito du Sebaou 
et ne dépassaient pas cette rivière. Cette dernière opi- 
nion peut se réclamer de l'autorité de la Table de 
Peutinger, qui place les Nababes entre Rusuccurum 
(Deilys) et Saldae (Bougie). 

Quant aux Tulinses, cités par Ptolémée, je ne sais 
trop s'il faut voir dans le nom de Castellum Tuleï la 
preuve que ce Castellum était situé dans leur pays. 
Si l'on adopte l'affirmative, il faut alors placer les 
Tulinses entre les deux rivières, Tisser et le Sebaou, 
et les Nababes sur la rive droite du Sebaou, dans les 
montagnes entre Deilys et Bougie. Sur le littoral 
même, l'embouchure du Serbetôs (Isser) et le pays 
entre Rusubbicari (Port aux poules) et Cissi munici- 
pium (Djinel), étaient occupés par les Icampenses 
(Table de Peutinger). 

Ainsi les douars actuels du canton de Bordj- 
Menaïel étaient occupés jadis : douars Tala-Imdran, 
Beni-Mekla, Rouaffa, Chender jusqu'à Haussonvillers, 
Beni-Chenacha et Sidi-Ali-bou-Nab par les Isaflen- 
ses, Ouled-Smir par les Icampenses, El-Guious, 
Bordj-Menoïel, nord du Cliender, El-Raïcha, Ouled- 
Aïssa et Kouanin par les Tulinses, Beni-Arif par ?? 
Les Beni-Arif sur la rive droite du Bougdoura ne 
sont pas des Iflissen d'origine. 



— 32 — 
CHAPITRE PREMIER 

Villes, villages, forts et fermes 



Section I 

Le Dra-Zeg-et-Ter et ses flanquements (Ouled-Saïd, Akboii, Lalla- 
Touïla, Camp du Menaïel'». 

Le poste central de la vallée du bas Isser, la posi- 
tion militaire de la région fut à l'époque romaine au 
Dra-Zeg-et-Ter entre Bordj-Menaïel et Isserville. Quel 
fut le nom de cet établissemnnt important, puisque 
ses ruines couvrent 20 hectares de superficie? Aucun 
indice, aucune inscription sur place ne permettent de 
le déterminer. La position est admirable. Le Dra-Zeg- 
et-Ter, rameau isolé et dernier des collines de Baghla, 
s'étend en forme de langue de chat, dont la base est 
au col de Makhlouga et la pointe au-dessus de la 
vieille route des Issers à Dra-el-iMizan, laquelle fut 
construite, en 1859, par les troupes de la division 
d'Alger. 

Du côté du Sud, le Dra-Zeg-et-Ter, est sur toute 
sa longueur, bordé par une longue arête rocheuse qui 
tombe à pic sur la vallée de l'Oued-Cheragas, affluent 
de rOued-Djemâa. Il se trouve, par suite, naturelle- 
ment fortifié du côté de la montagne, toujours turbu- 
lente. Les Romains avaient encore aidé à la nature 
en découpant le sommet des rochers et en aména- 
geant, de la vallée au plateau, un chemin couvert 
montant 6 l'abri de la muraille rocheuse. 

Piesse, dans son Routier archéologique indique, 
d'après le baron Aucapitaine, un oppidum romain, 
Vasara, sur l'emplacement occupé aujourd'hui par la 



— 3S — 

prison civile de Bordj-Meiiîiïel, laquelle est elle-même 
un ancien bordj turc. Mac-Gorlhy, d'après Plolémée, 
(Oùic7ava Y) Ojjava, par 18°20 de longitude et 31°40 de 
latitude), donne l'ethnique de Vasana pour Bordj- 
Menaïel et en fait comme la tète d'une route du Bas- 
Isser au centre de la Grande Kabylie. De Vigneral 
(Raines romaines de l'Algérie), p. 187, place Va- 
sana près de Bordj-Menaïel, exactement à El-Ksar 
M'ta Imrourassen (la fontaine romaine), car il ne 
connaît pas les ruines du Dra-Zeg-et-Ter et fait par 
suite passer la route signalée par Mac-Carthy, au pied 
même des Plissas. Or, ni le fort turc du Menaïel, ni 
El-Ksar M'ta Imrourassen n'ont été des oppida. Pour 
le bordj turc, en particulier, sa position sur les colli- 
nes basses de la rive gauche de l'Oued-Menaïel n'offre 
qu'une très minime importance stratégique, et les 
rares pierres qui gisent, deci delà, sur le sol sont 
tout au plus les preuves de l'existence de quelques 
fermes isolées. L'oppidum dont on parle, ce n'est ni 
au Bordj-Menaïel ni à la Fontaine-Romaine qu'il faut 
en chercher l'emplacement, mais sur le Dra-Zeg-et- 
Ter. S'appelait-il Vasana? C'est une autre question. 

Position stratégique de premier ordre, le Dra-Zeg- 
et-Ter surveillait le débouché de la Kabylie, et par 
Dra-el-Mizan et par Tizi-Ouzou. De son sommet, la 
vue planait sur une étendue immense de pays, com- 
muniquant avec le fort du col des Beni-Aïcha, le bourg 
de Sidi-Fredj, Akbou, Lalla-Touïla, la mer, El-Raï- 
cha, Guenana, les centres de Bekkouche et des Ouled- 
Ameur, Dra-Zeboudjt, le camp du Menaïel, Caslellum 
Tuleï, la station de la cote 83 dans la vallée du Chender, 
Tala-Isly, l'Haussonvillers actuel. 

Forteresse à l'origine, comme le prouve la décou- 
pure du plateau à son point culminant, autour de 
cette forteresse se sont bûties des maisons, s'est 
groupée une population vivant en partie de la culture 



— 34 



de l'olivier. Les nombreux pressoirs, avec cuve de 
réception qui existent encore, le démontrent surabon- 
damment. L'espace étant mesuré, on a dû serrer les 
constructions. Les rues, dont quelques-unes sont 
encore reconnaissables, étaient fort étroites. 

Les constructions restantes sont en majeure partie 
en moellons cimentés, reliés de distance en distance 
par des chaînes verticales de pierres de taille. Quelques 
autres sont en simples moellons à peine cimentés. 

Dans les fondations d'une des premières j'ai trouvé 
une lampe commune, sans marque particulière, des 
débris de vases en verre et un soc de charrue en fer 
avec patin et commencement de versoir qui la diffé- 
rencie de la charrue arabe actuelle. 




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— 35 



Dans une des secondes, un chapiteau grossier el 
une agrafe en bronze. 




Ce qui reste, à l'heure actuelle, de la ville du Dra- 
Zeg-et-Ter, c'est un éparpillement de pierres taillées, 
dessinant des alignements et des carrés de maisons 
avec des pans de murs encore en place, et deci delà, 
des assises puissantes de gros monuments. La ca- 
ractéristique de ces ruines tout à fait dégradées est 
la grandeur des pierres de taille. 

La falaise, qui formait le rempart naturel de la 
ville du côté du sud, avait été aménagée et rendue 
inattaquable. A l'angle sud-est, un bastion artificiel 
avec lunette de surveillance, protégeait le débouché 
du chemin couvert extérieur montant de la vallée. 
De place en place, des mortaises sur le sommet de 
la falaise, laquelle est de 1-50 à 3 mètres plus élevée 
que le sol du plateau, démontrent un travail complet 
d'aménagement défensif. Des murs en maçonnerie 
aidaient à la défense des points faibles. Des bastions 
flanquaient les angles rentrants. 

Le long et sur la falaise même, se voient de nom- 
breux grands pressoirs h huile et dans une sorte de 
cave, j'ai trouvé un beau mortier en granit avec 
oreillons. 



— 36 — 



Le faubourg des tailleurs de pierre. — Vers la partie 
occidentale de la langue de chat, après les deux né- 
cropoles dont je parlerai plus loin, les constructions 
deviennent rares et grossières : nous sommes dans 
le faubourg des tailleurs de piei're. Le travail a cessé 
brusquement sur ce point. Des blocs sont sur le sol, 
à l'état brut, à peine ébauchés, déjà dégrossis, pres- 
que achevés. On saisit sur le vif le procédé de la 
taille, le dégrossissement des blocs bruts, puis leur 
éclatement au moyen de trous réguliers dans les- 
quels on enfonçait des coins de bois que l'on faisait 
gonfler à l'eau bouillante. 

Les deux nécropoles. — La partie la plus curieuse 
des ruines du Dra-Zeg-et-Ter est la nécropole, ou 
plutôt les deux nécropoles. Elles sont, toutes deux, 
creusées dans le roc. Il y a plusieurs formes de tom- 
beaux, tombeaux simples, doubles, caveaux de fa- 
mille. Les uns sont en forme de simples cercueils 
de pierre, les autres en forme de caissons ou en 
forme de grottes. Il y en a, de ces derniers, aussi 
grands qu'une chambre d'habitation. La nécropole 
supérieure compte une trentaine de tombes réparties 
sur une longueur d'une soixantaine de mètres. La 
nécropole inférieure en compte un peu plus. Entre 
les deux s'étendaient d'abord des constructions en 
grand nombre, puis une vaste place en pente douce 
sur laquelle s'élevaient deux mausolées. 

Le premier, bien conservé, est en forme de caisson. 





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— 37 — 

Le soubassement a 3'"72 de longueur et 3'"22 de 
largeur. Sa hauteur, non compris la partie enterrée, 
est de 1"'90. L'ouverture de la poi'le, qui est en forme 
de porte de four, a 0'"G6 de hauteur et 0'"65 de lar- 
geur. La construction est en moellons cimentés, sauf 
les encoignures, le seuil, le linteau et les supports 
de la porte, qui sont en pieri'es de taille. Les moel- 
lons étaient revêtus extérieurement d'un placage de 
ciment blanc. Le système de construction intérieure 
est le même. Le plancher n'existe plus. La hauteur 
de la voûte, au-dessus du sol actuel formé de maté- 
riaux de démolition, est de 2'"40, la longueur de la 
chambre sépulcrale de 2"'55, sa largeur de 2 mètres. 
La porte est tournée vers l'est. 

A 80 mètres à l'est de ce tombeau, s'en trouve un 
second de construction différente. Il se compose 
d'une première chambre formée d'assises l'égulières 
de blocs taillés. La longueur de celte chambre est 
de 2"';-l4, sa largeur de 2"'50. Elle semble avoir été 
couverte par de longues dalles (3"'23 de long, 0'"74 
de large et 0'"25 d'épaisseur) (|ui gisent sur le sol. 
Dans les déblais intéi-ieurs se voient les débris d'un 
sarcophage en calcaire ordinaii-e, avec des ossements 
de femme, notamment des fragments de maxillaire 
dont les dents de devant, fort petites, avaient été 
régulièrement limées en biseau. L'ouverture était au 
nord. 

En arrière est aCcolée une deuxième chambre sé- 
pulcrale en moellons cimentés, ayant 1"'80 de large 
et 2'"30 de longueur. L'ouverture, de 0"'G3 de largeur 
et 0"'6G de hauteur, faisait face à l'est. 

C'est au nord de ces deux tombeaux que se trouve 
la nécropole inférieure dont les tombes sont creusées 



— 38 — 

dans le roc. Extérieurement à plusieurs des caveaux 
de famille, il a été aménagé « ces sièges hospitaliers 
que le mort offre aux vivants comme pour leur con- 
seiller le repos bancs, en hémicycle disposés ex- 
près en forme de scholœ pour que les passants y 
vinssent se reposer, causer et se disputer ! C'est une 
pensée aimable du mort qui offre à ces survivants 
une minute agréable et, par-dessus tout, ce bon 
conseil de goûter les joies de la vie, sans s'imaginer 
qu'elles dureront toujours. » (Renan). 

Comment cet oppidum, assez vaste en somme, 
s'alimentait- il en eau? Il n'y a aucune trace d'aque- 
duc amenant l'eau du dehors. L'approvisionnement 
devait se faire : 1° d'abord par des citernes. J'en ai 
retrouvé une intacte, en forme de carafe debout; 




2° ensuite et surtout par un certain nombre de 
sources, dont quelques-unes sont taries mais visibles 
encore, et qui coulaient sur la |)enle nord ; 

3° enfin par la rivière (Oued-Djemâa) à laquelle 
menait le chemin couvert. 



Les flanquomonts du Dra-Zeg-et-Ter 

yo Ouled-Said. — Le Di-a-Zeg-et-Ter était fîanqué 
des quatre côtés par des ouvrages militaires impor- 
tants. Au sud, à gi'ande distance, se trouvait en 
pleine montagne, à environ 500 mètres d'altitude, le 







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c- 

^ 



— 39 - 

poste des Ouled-Saïd. Une voie bien construile y me- 
nait. Il reste de cette voie un (i-onçon en bon état qui 
aboutit à l'une des faces du village actuel, lequel oc- 
cupe l'emplacement même du poste romain. Les trois 
autres faces sont presque inaccessibles. Le poste des 
Ouled-Saïd domine de son escarpement le croisement 
de plusieurs vallées profondes, débouché de la région 
de Dra-el-Mizan. Le mui- d'enceinte qui avait l'"70 
d'épaisseur est en blocage avec chaînes verticales de 
pierres de taille. Il a encore une hauteur de plus de 
2 mètres du côté du sud-ouest. La longueur du fort 
était de 80 mètres et sa largeur de 75 mètres. Il y a 
dans l'intérieur du mur quantité de belles pierres de 
taille ornementées généralemenî, ainsi : 







Plusieurs chambres de construction romaine servent 
d'habitations aux Kabvles. Les murs inf'rieurs de 
ces chambres, revêtus de ciment blanc, simulent de 
fausses briques : 




De Vigneral voit dans les Ouled-Saïd qu'il appelle 
Taksebt des Aït-Mekla, VAuximis des Itinéraires. 



40 



Adrart-Roumi 



Au nord-ouesl des Ouled-Saïd, près de la maison 
du président des Beni-Meklo, Aoùn-Amar, la fon- 
taine dite Adrart-Roumi a fait l'objet d'un aména- 
gement à l'époque romaine. Les restes de la chambre de 
prise montrent que, jadis, la source sortait de terre 
à une dizaine de mètres de l'endroit d'où elle sort 
aujourd'hui. La chambre centi'ale de la prise romaine 
avait ^""50 de longueur sur 1 mètre de largeur. 

A 150 mètres à l'ouest de cette fontaine, restes d'une 
construction formant cintre avec muraille de 1 mètre 
d'épaisseur. Des murs de refend de 0"'40 d'épaisseur 
délimitent plusieurs compartiments. Dans l'un de ces 
compartiments qui a 2"'50 cari'és, à 0"M0 au-dessus 
du niveau du sol actuel, beaucoup plus élevé que le 
sol primitif, se voient trois niches ayant respective- 
ment O-^SO, 0"^25 et 0'"20 de profondeur. 

Cette construction dont je ne m'explique pas la 
destination (citerne, prison ou monument funtraire?), 
est en moellons avec pierre de taille aux encoignures. 

T Fort d'Akbou. — Si les Ouled-Saïd formaient 
fîanquement en arrière et protégeaient le Dra-Zeg-et- 
Ter contre une attn(|ue des Isaflenses ; le fort d'Ak- 
bou, dans le douar El-Guious, le flanquait ù gauche 
et surveillait les gorges de Palestro et les montagnes 
des Beni-Khalfoun. Point culminant de la ligne sépa- 
rativede l'Oued-Djemôa, d'avec l'Oued-Isser, du ma- 
melon conique de 400 mètres de hauteur sur lequel 
il s'élevait, le fort d'Akbou dominait toute la mer de 
RusubJjicai-i (Port aux Poules), à Cissi (Djinet) et 
toute la |)laine du Has-Isser. Il communiquait avec 
les Uulcd-Saïd, le fort de Souma (Ménervillo), le 



— 41 — 

bourg de Sidi-Fredj et son mausolée chrétien, Raicha, 
Guenana. 

Au sud-est, le Djurdjura estompait sa masse jus- 
qu'aux nuages. C'était un fort carré de 30 mètres de 
côté. L'enceinte qui a encore de 1"^50 à 2 mètres de 
hauteur sur une épaisseur de 0'"50, été formée de 
moellons cimentés avec harpes de pierres de taille de 
2'"50 en 2"'50. 

Des lignes de blocs, presque enterrés, marquent 
les compartiments intérieurs. Au centre, une dépres- 
sion du sol semble indiquer une cour. 

Un sondage fait à 4 mètres de l'angle nord-ouest, 
rencontre, à i"^bO au-dessous du sol actuel, le plancher 
d'une chambre constitué par un lit de mortier suppor- 
tant des pierres plates et par dessus celle-ci, un par- 
quet de madriers. Le bois carbonisé forme une couche 
régulière de près de 0"^30 d'épaisseur. 

,9° Fort de Lalla-Touila. — Flanquement nord du Dra- 
Zeg-et-Ter et flanquement est de la route de Port aux 
Poules, ce fort bâti sur un mamelon isolé élant situé 
sur le territoire du canton de Ménerville, je ne le 
décrirai pas. 

4° Camp de la rive droite du Mena'iel. — Ce camp pro- 
tégeait non seulement le liane droit du Dra-Zeg-et-Ter 
et les fermes de sa banlieue, mais aussi Ksar-Tala- 
ou-Roumi, le bourg de la Fontaine romaine surveil- 
lait les villages de la vallée du Chender. Situé sur 
l'extrême frontière des Isaflenses, il s'élevait sur la 
rive droite de rOued-Menaïel entre, d'une part, la col- 
line (jui est au sud de la route de Tizi-Ouzou et qui 
porte plusieurs tombes anti(|ues analogues à celles du 
cimetière est de Dra-Zeboudjt et, d'autre part, la ligne 



— 4-2 — 

des hauteurs de Bou-Ifri. A 200 mètres, au sud, un 
autre ouvrage en terre est de construction française. 
L'ouvrage romain semble avoir été un camp fixe, 
castra statioa; sa forme est celle d'un terre-plein 
d'un relief de 5 mètres environ au-dessus du sol. 
Longueur du front, 120 mètres ; largeur, 50 mètres 
environ. Bastion aux quatre angles ayant 5 mètres 
de petit côté et 19 mètres de grand côté. 




La porte, avec rampe d'accès sur la face nord, 
est ti'ès bien conservée, ainsi que la face ouest. 
Fragments de poterie dans l'intérieur et aux alen- 
tours. J'y ai ramassé une balle de fronde en terre 
cuite et la moitié d'une hache d'un bronze extrême- 
ment dur. 

Section III 
Le voisinage du Dra-Zeg-et-Ter 

/" Tala-Ouranim. — Du Dra-Zeg-et-Ter, un chemin 
contournant le pied sud des montagnes de Baghla 
menait au bourg de la Fontaine romaine. Il laissait 
en dehors Tala-Ouranim (la fontaine des roseaux). 

Les ruines de Tala-Ouranim situées enti'e le Dra- 
Zeg-et-Ter et les Ouled-Saïd, à mi-côte des hauteurs 



— 43 — 

rocheuses au-dessus de l'Oued-Djemûa, montrent plu- 
sieurs restes de constructions isolées et une série de 
pans de muis pres(iue enterrés et allant dans des 
directions divergentes. Tala-Ouranim présente néan- 
moins un certain intérêt ô cause d'une construction 
singulière, à 200 mètres au-dessous de deux petites 
sources, dont le débit a beaucoup baissé depuis la 
conquête française, au dire des habitants du pays. 
Cette construction revêtue d'un ciment blanc imitant 
de fausses briques est en moellons, coupés, à distan- 
ces irrégulières, de chaînes de pierres de taille. Elle 
offre une série de murs épais (C^TO, C^SO et plus) 
paraissant former entre eux des angles aigus. Le 
plus long fragment a 35 mètres de développement. A 
trois ou quatre mètres en arrière, sur un plan plus 
élevé, se voient deux: citernes à ciel ouvert ayant 3'"25 
de long sur 2"^20 de large et C^GO d'épaisseur de 
muraille. 

Je crois que cette construction énorme a servi de 
barrage-réservoir avec château d'eau pour l'emma- 
gasinement des eaux des sources qui se trouvent 
plus haut. 

A Tula-Ouranim, comme au Dra-Zeg-et-Ter, on 
exploitait l'olivier. J'y ai trouvé deux mortiers, l'un 
tronconique, l'autre rectangulaire. J'y ai ramassé 
également une grande tuile analogue à nos tuiles de 
Marseille avec double crochet. Sa hauteur est de 
0"'49, sa largeur de 0"'36, son épaisseur de 0'"02. La 
hauteur des crochets est de 0'"04. 



— 44 - 





2^ Ksar-Tala-ou-Roiimi. — Lorsqu'on fait le tour 
des hauteurs de Baghla par la route romaine qui 
suivait la vallée de l'Oued-Cheragas, laquelle était 
elle-même protégée sur son flanc droit par le fortin 
de Takorabt-Fira et jalonnée de fermes, notamment 
à son point de départ entre les anciennes propriétés 
Bruat et Ferrandi, où existent les vestiges d'une 
construction en grands matériaux, on se trouve au 
pied est de l'Azerou-Khelil après avoir décrit à peu 
près un demi-cercle. On est alors presque sur le 
prolongement et h environ 5 kilomètres en ligne 
droite du Dra-Zeg-et-Ter. Le paysage à cet endroit 
n'est pas beau. La vue, sauf une échappée pai' les 
gorges du Menaïel sur le petit centre de Raïcha, est 
de toutes parts bornée par des hauteurs : à l'ouest, 
l'Azerou-Khelil ; au nord, les hauteurs de Bou-Ifri ; 
à l'est, au premier plan, les renflements glaiseux qui 
séparent l'Oued-Menaiel du Chender ; au sud, les 
premiers contrefoi'ts do la chaîne des Flissas. Des 
rochers de l'Azerou-Khelil sort une source d'une 
grande pureté et d'une remarquable abondance. Son 



— 45 — 

trop-plein va grossir l'Oued-Menoiel. Celle source a 
déterminé l'établissement d'un centre relalivement 
important dont il reste pas mal de vestiges. 

La source elle-même avait été ca|)tée et conduite 
dans deux réservoirs. Le réservoir inféi'ieur sei-t en- 
core de chambre d'enu pour l'alimenlation du village 
de Bordj-Menuïel, distant de 6 kilomètres, derrière 
les hauteurs de Sidi-Mohamcd-el-Agrib. En avant 
des deux réservoirs, un barrage permettait d'élever 
le niveau de l'eau et d'entretenir des thermes assez 
étendus qui paraissent remonter au III^ siècle (cons- 
truction en blocage coupe de rangs de briques avec 
})ierres de taille aux angles). Sur la face nord de ces 
thermes, huit ou neuf petites consoles faisant saillie 
en plan incliné sont les amorces d'un plancher mon- 
tant de ce côté en penle douce. 

Un peu plus loin, restes d'une église chrétienne 
du V° siècle (pierres sculptées, chapitaux et fûts de 
colonnes dont quelques-uns en place). 

Adossés à cette église, sont deux bassins bien 
conservés, et, à une centaine de mètres plus bas, 
une grande construction rectangulaire en moellons 
avec harpes de pierres de taille, se fait remarquer par 
l'épaisseur de ses murs. Trois côtés sont enterrés. 
Je crois qu'il faut voir là des réservoirs d'eau. A 
part les chambres de prise d'eau, les thermes, les 
bassins, l'église, les réservoirs, aucun monument 
n'est debout. Il n'y a plus que des enceintes de mai- 
sons marquées par des alignements nombreux de 
gros blocs. 

Le nom ancien de cette localité est tout à fait in- 
connu. 



- 46 — 

50 Fermes de la banlieue du Dra-Zeg-el-Ter. — Les 
fermes et habitations isolées ont été nombreuses au- 
tour du Dra-Zeg-et-Ter. Il y en avait dans la vallée 
de rOued-Cheragas, le long de la voie conduisant à 
la Fontaine romaine, près de l'ancienne ferme Bruat, 
autour du fortin de Tokorabt-Fira, oi^i il y a peut- 
être même en un petit hameau dépendant de la Fon- 
taine romaine. Près de là, près de la fontaine des 
Aït-Ahmed (Tala-N'aït-Ahmedj, dans le ravin, se 
trouve un gros rocher découpé en gradins. Ce rocher, 
de forme carrée, a 10 mètres de longueur sur 5 de 
largeur et 6 de hauteur. Tout auprès est un éparpil- 
lement de pierres de taille sur les bords du ruis- 
seau. Il y avait encore des fermes dans la vallée 
de rOued-Djemâa, entre le Dra~Zeg-et-Ter et le fort 
d'Akbou, dans la plaine des Issers, sur le revers 
nord des collines de Baghla, depuis la ferme Ville- 
neuve jusqu'à la prison civile de Bordj-Menaïel, en 
passant par la source du Figuier. Il y en avait donc 
non seulement dans la partie aujourd'hui colonisée 
par nous, mais aussi et en grand nombre, dans la 
partie laissée aux indigènes. Dans cette dernière par- 
lie, on devait cultiver l'olivier et se livrer à l'élevage. 

Section IV 

La vallée du Chender, de Bordj-Menaïel 
à Haussonvillers 

/° Dra-Zeboudjt. — Le plateau des oliviers (Dra- 
Zeboudjt) est peut-être, archéologiquement parlant, 
le point le plus intéressant de toute la région de 
Bordj-Menaïel, non pas qu'on y trouve des ruines 
étendues, — il ne reste plus rien qui soit visible à 



— 47 - 

première inspection, — mais parce qu'il y a là réu- 
nion ou supei'position de tous les âges et de toutes 
les civilisations. Outils de pierre du préhistorique, 
monnaie numide, stèles ou se sent l'influence puni- 
que, bijoux romains, monnaies du haut et du bas 
empire indiquent une continuité d'habitation de ce 
lieu pendant une longue suite de siècles. 

Dra-Zeboudjt constitue un renflement de terrain 
entre l'Oued-Chender à l'est et l'Oued-Menaïel au 
sud et à l'ouest. C'est une presqu'île à 1,500 mètres 
de Bordj-Menaïel, au pied nord-ouest des collines 
d'El-Raïcha. Son altitude maxima est de 38 mètres 
au-dessus du niveau de la mer. C'est le point le plus 
bas habité jadis autrement que par des habitants iso- 
lés. Mais l'escarpement des bords du plateau au- 
dessus des deux rivières, les marais qui l'entouraient 
des quatre côtés dans les temps anciens en faisaient 
un lieu de facile défense. 

De ruines proprement dites, il n'en reste pas, sauf 
quelques substructions sur le milieu du plateau. Ces 
substructions ne sont pas romaines. Le ciment qui 
lie les murs est blanc et ti'ès friable. Il y avait là 
une bourgade peuplée de natifs qui se sont plus ou 
moins civilisés, mais qui n'ont eu que des rapports 
administratifs avec leurs vainqueurs. Cette bourgade 
a eu deux nécropoles, l'une au nord-ouest, l'autre 
au sud-est. Ces deux nécropoles ne sont ni de la 
même époque, ni de la môme civilisation. Celle du 
nord-ouest est la plus ancienne. Dans les deux né- 
cropoles, les tombes sont orientées à l'est. Elles ont 
dû être surmontées de stèles dans celles du nord- 
ouest. 



— 48 — 



Deux entières (fig. 1 et 2) gisaient sur le sol avec 





les fragments de deux autres. Ces stèles anépigraphes 
et fort grossières, sont sculptées sur grès tendre. La 







%.4. 



K,.S. 



— 49 — 

hauteur de la stèle n» 1, la seule bien conservée, est 
de 0"'98, sa largeur de 0"'58. La hauteur des person- 
nages est de O'^oO pour l'homme et de 0"'48 pour la 

femme. 

Ayant fouillé remplacement d'une tombe, je trou- 
vai dans la couche superficielle du sol trois fragments 
côte à côte (fig. 3, 4 et 5). Le fragment 3, sculpté à 
plat, représentait un cône, surmonté d'une tôte radiée, 
rém.iniscence possible des religions phéniciennes. Di- 
mensions, de la base au sommet des rayons, 0"45. 

(Voir planche n« 4) 

Les fragments 4 et 5 sont sculptéo en relief. Hau- 
teur des figures O""!!, largeur au crâne 0"^08, relief 
0'n02. 

Au fond du tombeau, à côté des débris d'un sque- 
lette, une stèle (fig. n» G) était couchée sur le côté 
formant un morceau d'une des parois de la tombe. 

Hauteur de la stèle, 0'"77. Hauteur do l'homme, 
0"'48 ; de la femme, 0"^50. 

Aucun mobilier funéraire. 

La nécropole du sud-est est contemporaine de la 
période romaine. Les tombes ne sont pas apparentes. 

Sous une épaisseur variable de terre, une large 
dalle les recouvre généralement. J'ai fouillé un tom- 
beau d'adulte et un tombeau d'enfant. 

Le premier était fermé par deux dalles de grès pla- 
cées bout à bout, ayant chacune 0™30 d'épaisseur, 
iHO de largeur et 0'"95 de longueur. 

Elles reposaient sur une double ligne de pierres 
carrées de 0'"5!) de hauteur et U'^GO d'épaisseur, join- 
tées par des pierres plus petites déterminant une 
fosse de 0'"63 de largeur et 2^10 de longueur. Cette 

4 



— 50 - 

fosse contenait d'abord des pierres placées sans or- 
dre, puis une glaise brune mêlée de gravier et forte- 
ment tassée. Au fond, à 0"^9z> au-dessous du sol su- 
perficiel, des ossements très fortement engagés dans 
la glaise et brisés. Le mobilier funéraire se compo- 
sait d'un vase de fabrication romaine à col étroit et 
large panse ronde, engagé sous une sorte de niche à 
l'angle sud-est du tombeau, d'un plat en terre rouge 
vernissée de fabrication romaine également, placé au- 
dessous du menton du mort, de grains de verrote- 
rie sur la poitrine, de fragments de verre, de clous 
de fer engagés dans la terre de chaque côté de la poi- 
trine et le long du vase à large panse. 

Tout à côté, un tombeau d'enfant renfermait un 
vase à embouchure large, col rétréci et panse étroite 
et une sorte de bol en terre brune analogue aux bols 
kabyles, mais Jait au tour. 

D'une tombe de Dra-Zeboudjt vient également la 
curieuse agrafe en bronze à double palette formant 
ressort, reproduite ci-dessous : 




En somme, Dra-Zeboudjt a dû être un centre ana- 
logue à ceux que Masqueray, dans sa chronique 
d'Abou-Zakaria, décrivait ainsi : « Parquées dans de 
grands villages dont nous surprenons encore les 



il — 



maigres vestiges, les populations indigènes n'avaient 
point accès dans les villes monumentales de leurs 
maîtres, sinon les jours où ils venaient y porter, comme 
des tributs, leurs huiles et leurs laines. » 

5° Les deux établissements du Chender (Castellum Tuléi 
[Diar-Mami\ et village de la cote 439). — Dans la lon- 
gue coulée de 10 kilomètres qui va de Bordj-Menaïel 
à Haussonvillers, deux stations à l'époque romaine, 
l'une sur la rive droite, l'autre sur la rive gauche, 
assuraient la traversée de rOued-Ghonder. Lu, pas- 
sait une voie importante, si l'on en juge jjar les 
substructions considérables du pont que les Ro- 
mains avaient cru devoir jeter sur un simple torrent. 
Cette voie se dirigeait au sortir du pont, par J)inr- 
Mami, le col des Uuled-Moussa, les plateaux des 
Ouled-Aïssa, sur le Sebaou. 

A l'endroit où la route enjambait le pont romain, 
rOued-Chender vient de sortir de gorges étroites. 
Au-dessus du pont, à gauche, entre les cotes 80 el 
139, un village ou poste militaire, dont les maté- 
riaux ont été employés à la construction de la voie 
ferrée, surveillait le débouché des gorges et |)roté- 
geait le côté droit de lu route. Ce village était sur 
l'extrême frontière des Isatlenses. 

Sur la rive droite, la route commençait h 800 mè- 
tres au nord-est du pont l'escalade des mamelons, et 
à 193 mètres d'altitude, traversait un petit col autour 
duquel se dressait Castellum Tuleï ayant vue j^lon- 
geante et d'enfilade sur les Bibans de l'Oued-Chender. 

Ce Castellum se composait de deux parties : un 
village le long de la route et un ouvrage fortifié en 
dehors et à l'ouest du village. Cet ouvrage, d'après 



- 52 — 

les assises de tours en énormes blocs de grès su- 
perposés, fut de construction berbère. 

La synonymie de ce lieu a été donnée par deux 
inscriptions funéraires qui sont aujourd'hui au Mu- 
sée d'Alger. Voici ce qu'en dit Berbrugger (Epoques 
militaires de la Grande Kabylie^ page 273) : 

« Le Musée d'Alger possède deux épitaphes de 
chefs berbères qui avaient leur maison de comman- 
dement au Castellum Tuleï, dont les ruines sont si- 
tuées à 2 kilomètres et demi du fondouk de l'Azib 
Zamoun, dans la direction 0. 1/4 N., en face de la 
gorge de l'Oued-Chender et sur la rive droite de ce 
ruisseau. De nombreuses pierres taillées existent 
dans cette ruine d'un établissement militaire qui se 
divisait en deux parties bien distinctes séparées par 
une vallée profonde. L'endroit s'appelle aujourd'hui 
Diar-Mami, les maisons de Mami. C'était peut-être 
jadis la résidence des chefs des Isaflenses, dont les 
descendants, sous le nom de Plissas, en kabyle 
Iflissen, habitent encore le même canton (1). 

« La première des épitaphes dont nous venons de 
parler a été recueillie à Tala-Isli (la fontaine du 
fiancé, en kabyle) par M. le général Pâté. Les gens 
du pays l'avaient apportée des ruines voisines avec 
d'autres matériaux antiques pour couvrir la fontaine. » 
Elle est ainsi conçue (2) : 

DIS.MANIb"^S TABVL A VMAT 

sinei-amdievmanVfn/^ababo ex 
castello.tvlei.princep^vixit annis lxviii 



m Castellum Tuleï n'est pas situé dans le pays des Iflissen qui ne 
pépassenl pas rOued-Chender. C'était, au contraire, un poste de sur- 
veillance contre les IsaOenses, 

(2) Je donne non la lecture de Berbrugger, mais le texte du Cor- 
pus. De même pour la seconde épitaphe. 



— 53 — 

Aux dieux mânes. Tubleau d'Aumatsineus (Cor- 
pus, n° 9,006), fils d'Amdieuma, Nababe, princeps 
de Caslellum Tulei. Il a vécu 68 ans. 

« La seconde inscription a élé trouvée sur l'em- 
placement même des ruines du fort de Tuleus par 
M. Raoul, adjoint de l"'*' classe à l'Intendance mili- 
taire, qui en a fait cadeau au Musée. » 

En voici le texte (n" 9,005 du Corpus) : 

D-MANIBVS TABLA MILCINMIOIEDIN///// 

RINCIPIS EX CASTELLO TVLEI VIXIT ANIS LXXI AN CCXX/// 

ETV 

Aux dieux mânes. Tableau de Milcinmioiedin, 
princeps de Castellum Tuleï. Il a vécu 71 ans. An- 
née 225. 

« Ces deux inscriptions sont accompagnées de 
bas-reliefs grossiers qui constituent un type que 
nous n'avons rencontré jusqu'ici que dans la Grande 
Kabylie. 

« Le tableau annoncé par l'épitaphe se compose de 
deux parties, l'une placée au-dessus et l'autre au- 
dessous de l'inscription. 

« La première représente le héros dans la force de 
lage et la plénitude de la vie; il galope au milieu de 
ses serviteurs dont l'artiste a rendu l'intériorité de 
condition sensible à l'œil en ne leur accordant que 
des proportions moitié moindres qu'au chef. Les 
chevaux même n'ont pas échappé ô cette manière de 
rendre les inégalités sociales, et leur taille est pro- 
portionnée au rang des cavaliers. Autour de ce 
groupe, plane une aigle éployée tenant la foudre 
dans les serres. Le tableau inférieur, la contre- partie 
de celui-ci, se divise en trois compartiments. Au 
centre, étendu sur un lit, on voit l'homme arrivé au 



- 54 — 

terme de la vie ; pour l'acquit de sa conscience, un 
médecin tend b ce moribond un vase renfermant 
quelque potion. Derrière le médecin, se tient debout 
un homme ù longue chevelure bouclée qui rappelle 
d'autant mieux notre tabellion traditionnel qu'il tient 
précisément un rouleau ù la main. Un enfant est de- 
vant le lit sous lequel on a figuré au trait un chien 
semblable, de tous points, à ceux que l'on rencontre 
encore aujourd'hui dans ce pays. A gauche du lit, 
quatre personnages debout semblent méditer sur le 
néant des choses humaines ; ce sont sans doute des 
parents qui attendent l'ouverture de la succession : 

(( La date de notre seconde inscription, 225, nous 
reporterait à l'année 265 de J.-C. » 

Cette position de Castellum Tuleï est voisine de 
celle de Guenana, où j'ai trouvé une inscription an- 
térieure. 

Au sortir de Castellum Tuleï, la route plongeait 
dans un ravin et remontait vers la fontaine de Dje- 
nan-Kara, aménagée par les Romains, mais enterrée 
aujourd'hui, par suite du glissement des terres, tra- 
versait le col des Ouled-Moussa, où des restes de 
pavage existent encore, conlournait en tranchée la 
butte des Ouled-Moussn, puis filait par Bled-Ayadi 
(ruines), dans la direction du Sebaou (ferme Bonnet). 

Le col d'Haussonvillers, où passe la route actuelle 

de Tizi-Ouzou, ne semble pas avoir été occupé à 

l'époque romaine. Il n'est même pas certain que la 

fontaine de Tala-Isli ait fait l'objet d'un aménagement 

romain. 

Section V 

Le pied des I/h'ssen 
/" Akbou des Ikni-Chenacha. — Sans en avoir jus- 



— 55 - 

qu'ù présent la preuve absolue, je crois qu'une roule 
l'omaine circulait parallèlement à la chaîne des Iflis- 
sen et au pied de celle chaîne. Partant de la route de 
Rusubbicari, elle reliait le Dra-Zeg-et-Ter ù Tala-el- 
Ksar par la vallée de l'Oued-Cheragas (ce tronçon 
est certain). De Tala-el-Ksar, elle devait remonter le 
sentier kabyle actuel, passer derrière Ilaussonvillers, 
suivre les mouvements de terrain des Chenacha du 
côté de la voie ferrée actuelle, passer au pied de l'Ak- 
bou des Beni-Chenacha, après avoir laissé au sud le 
petit établissement de Tala-Allel, et finir sur le Boug- 
doura à la jonction d'une voie venant du sud. De ce 
chemin, des ramifications montaient dans la monta- 
gne, ramifications dont on trouve des traces sur les 
deux versants, mais dont aucun vestige n'existe plus 
sur les crêtes, soit que ces ramifications se soient 
arrêtées à mi-côte, soit plutôt que les traces en aient 
disparu sur les sommets. 

L'Akbou des Beni-Chenacha est à environ 2 kilo- 
mètres sud-ouest de Camp-du-Maréchal. 11 y avait 
là, sur un petit plateau, un ensemble de construc- 
tions soignées, partie en moellons, parties en jiierres 
de taille de grandes dimensions. Les restes de ces 
constructions ont été détruits par le projiriétaire ac- 
tuel, M. Fund, de sorte que l'on ne peut plus guère 
se prononcer sur la destination primitive de l'établis- 
sement. Était-ce un poste militaire? Je ne is crois 
pas, la position, en effet, dominée de toutes parts à 
petite distairce, ne commande à i-icn et n'a de vue 
qu'au sud-ouest sui" un coin du Sebaou. Peut-être y 
a-t-il eu là une villa avec grande ferme fortifiée ex- 
ploitant l'olivier et élevant le bétail. Peut-être y a-t-il 
eu aussi un temple, car M. Fund a tiré des ruines 



— 56 — 

plusieurs colonnes et chapiteaux de marbre blanc 
qu'il a mis dans le mur de sa maison du Cump-du- 
Maréchal. Les chapiteaux, de bon style, semblent 
être du II* siècle. 

5° Tala-ÀUel. — L'Akbou des Beni-Chenacha dé- 
pend géographiquement du bassin du Sebaou. De 
celui de l'Isser dépend Tala-Allel, au pied également 
des Plissas, mais à l'ouest d'Akbou et au sud 
d'Haussonvillers. 

Il y a là une fontaine aménagée à l'époque romaine 
tombant dans une chambre cimentée et des restes de 
murs hauts de 4 à 5 mètres et longs de 10 mètres, 
en blocage, ainsi que quelques pierres de taille, le 
tout au fond de gorges rocheuses et pittoresques. 
Une grotte au-dessus de la rivière a été retaillée à 
même le roc probablement à la même époque. 

Section VI 

Les Raïcha, les Ouled-Aïssa et les Ouled-Smir, 

(fraction est) 

Les Rnïcha, les Ouled-Aïssa et la partie orientale 
des Ouled-Smir forment une région de plateaux for- 
tement ondulés avec des |)ics d'émei'gence, depuis la 
ligne des hauteurs de la rive droite du Chender h 
l'ouest, jusqu'au Sebaou à l'est. Dans cette région les 
traces romaines sont nombreuses. 

Près d'El-Raïcha, au-dessus de la" maison des 
Belounis, ù côté de la « Seguia du Caïd, » sur un 
petit plateau dominant la plaine des Issers, restes 
comi)Iètement dégrades d'un hameau agricole. Des 
h-agments de poterie, des pierres de taille, des moel- 



— 57 — 

Ions sont éparpilles sur le sol, mois plus rien n'est 
debout. 

Si de ce point on suit duns In direction de l'est la 
crête des collines, on ne turde pus ù arriver au 
Dra-Mta-Sekhrat, en avant du village actuel d'El- 
Guenona. Il y a là toute une nécropole creusée dans 
le roc et analogue à celle du Dra-Zeg-et-Ter. Je ne 
m'y arrêterai pas. Seule, une tombe de 3 mètres de 
hauteur, en forme de coffre, dressée sur gradins 
taillés à même le rocher et présentant en son mi- 
lieu un 



M 



de grande dimension, offre quelque intéi'êt. 

Au-dessus de la nécropole, à l'ouest, sur le point 
culminant de la colline, poste optique aménagé sur 
un rocher et communiquant avec le Dra-Zeg-et-Ter. 
Des marches taillées dans le bloc rocheux mènent 
au sommet qui est aplani et creusé. 11 y a de la sorte, 
tout autour, un parapet naturel avec mortaises de 
distance en dislance, dans lesquelles étaient peut-être 
fixés des supports de toiture. 

Au-dessus de la même nécropole, à l'est, village 
arabe d'El-Guenana, sur l'extrême arête du banc ro- 
cheux. Position splendido avec vue sur Fort-Nalio- 
nal d'un côté, Alger de l'autre. Quelques pans de 
murs, un gi'and pi-essoir h huile taillé en plein ro- 
cher, de nombi-eux morceaux de poterie, un puits 
ti'ès profond indiquent un centre i)eut-êlre fortifié de 
l'épotiue romaine. Le cimetière musulman, dont les 
tombes sont monumentales, est sur l'emplacement 



— 58 — 



de vestiges antiques. En creusant une tombe, les in- 
digènes ont mis à jour une inscription gravée sur 
une pierre calcaire de l'"15 de hauteur, 0'"48 de lar- 
geur et 0"'27 d'épaisseur. Cette inscription était scel- 
lée dans la maçonnerie d'un mausolée aujourd'hui 
détruit. 

M. S. Gsell, l'éminent professeur de l'École d'Al- 
ger, la lit ainsi : 



SALCAMAH, avuvei fi 

Cl^ AVSNVFAE VIXSIT 
/l /V /5 C XV T^CERVfvrFVA/PA 




J.FDV /////// .yt Lf er VE r\Ti^^ 




Le mot MENSELEV doit être lu mausoleum. 

« Mausolée de Salcamar. Salcamar, fils d'Auli- 
veus ; sa mère fut la douce Gellia, fille d'Ausnufa. Il 
a vécu G5 ans. Ses fils Fundanus et Edulianus et sa 
fille Vertumna ont élevé ce monument. Année pro- 
vinciale 192. » 

Cette inscription funéraire est remarquable ù deux 
points de vue : 1" pai'ce qu'elle confirme l'opinion 
que les habitants des villages romains étaient des 
Berbères d'origine (Salcamar); 2° que, dès le com- 
mencement du IIP siècle (l'épitaphe est de l'année 



- 59 — 

232 de notre ère), ces Berbères parlaient tant bien 
que mal la langue romaine et qu'ils étaient suffisam- 
ment assimilés pour employer, même dans leur épi- 
taphes funéraires, la langue de leurs vainqueurs. 

Guenana était relié par un chemin à une voie se 
dirigeant sur le Sebaou, le long de laquelle, en face 
Bechala, se voient sur un petit monticule les restes 
de deux chambres. Les murs en moellons et pierres 
de taille, ont l'^OO d'épaisseur. Les dimensions de la 
première de ces chambres sont de 3f"80 sur 3'"50 ; 
celles de la seconde de 5 mètres de chaque côté. Les 
indigènes appellent cette ruine Qbar-Roumia ou Be- 
nian-N'sara. Elle a vue sur la mer par une étroite 
•coupée de la montagne. Benian-N'sara est probable- 
ment le tombeau de famille des propriétaires d'une 
villa située dans la vallée et dont il reste quelques 
chapiteaux corinthiens en pierre calcaire. 

La voie du Sebaou i)ar les Ouled-Aïssa se conti- 
nue à travers les ruines importantes d'El-Senadek, 
en face des Ouled-Ameur, laissant en dehors celles 
d'Aïn-Tertera (Ouled-Guesmia) et de Bekkouch. 

ElSenadek. — En face les Ouled-Ameur et à partir 
du café maure qui est le long du chemin, une grande 
étendue de terrain jusqu'à l'Oued-el-Arba est cou- 
verte d'un éparpillement de pierres de construction, 
moellons, pierres de taille, pierres de voùle, cor- 
beaux, etc. Dans la partie noi'd est un tombeau dou- 
ble creusé dans le roc et orienté nord-sud. Ce tom- 
beau double dont les couvercles ont disparu a donné 
son nom a toute la ruine (El-Senadek : les caisses). 
Ce vaste établissement romain, situé sur les plateaux 
mamelonnés entre El-Raïcha et les Ouled-Aïssa et 



- 60 - 

que la colonisation française a eu le tort de ne pas 
occuper, communiquait optiquement avec le Dra- 
Zeg-et-Ter. En face, s'apercevait la mer. Indépen- 
damment des céréales qui poussent bien dans les 
terres noires des mamelons, l'olivier recouvrait les 
pentes aujourd'hui dénudées des Ouled-Ameur et de 
Bechala, où des vestiges de l'arbre cher à Minerve 
se reconnaissent encore. 

El-Senadek, centre de nombreuses fermes isolées, 
dans le détail desquelles je ne saurais entrer, a pro- 
bablement été fortifié. En tous cas, des fortins isolés 
jalonnaient la route et défendaient le passage de 
l'Oued-el-Arba. Faut-il voir à El-Senadek le poste 
de Rapida Castra, mentionné dans l'Itinéraire d'An- 
tonin ? Rapida Castra était sur la route de Calama à 
Rusuccurum, à 16 milles de cette dernière ville. 
C'est à peu près la distance qu'il y a entre El-Sena- 
dek et Dellys et il est certain qu'une voie importante 
venant de Dellys passait à El-Senadek. 

Ouled-Guesmia et A'in-Teriera. — Pierres de taille 
éparpillées dans des jardins de figuiers. Deux sour- 
ces aménagées. A 500 mètres au-dessus du village 
d'Ouled-Guesmia, le cimetière arabe de Sidi-Larbi 
occupe l'emplacement d'un poste romain. 11 y a des 
vestiges de murs avec pierres de taille au ras du sol. 
Le tombeau du mai-about Sidi-I.nrbi est entouré 
d'un cei'cle continu de pierres de taille empruntées 
aux ruines romaines. 

Mausolée de Bekkonche. — A 2 kilomètres environ à 
l'est des Oulcd-Guesmia, un plateau dénudé porte le 
nom caractéristique de Mont Romain. Aucun vestige 
antique n'ajjparaît plus : des lignes de fossés indi- 



— 61 — 

quent un travail de destruction complet. Les indigè- 
nes du pays racontent, en effet, que les villages voi- 
sins ont été rebâtis, après l'occupation française et 
après l'insurrection de 1871, avec les matériaux tirés 
des ruines antiques du plateau. 

Le versant qui regarde le Sebaou porte encore un 
mausolée élevé sur trois gradins, ayant environ 6 
mètres de hauteur, bâti en pierres do taille. La forme 




extérieure de la toiture est celle d'un caisson impar- 
fait. L'intérieur forme une coupole avec travées cin- 
trées. De fausses portes sont simulées sur les trois 
faces sud, nord et ouest. L'entrée, située à l'est, était 
formée d'une porte de 1 mètre de hauteur roulant 
sur gonds creusés dans la pierre. Cette porte ouvrait 
à l'intérieur. Les murs n'ont que l'épaisseur de la 
pierre de taille. Les cintres s'appuyaient sur une 
corniche qui reposait elle-même sur des piliers au- 
jourd'hui disparus. Le plancher était bétonné. 

Ce tombeau, en grands matériaux, doit dater de la 
fin du IV® siècle ou du commencement du V* siècle. 



— 62 — 

De même que du mausolée que j'ai fouillé près de 
Ménerville, du mausolée de Bekkouch la vue était 
très étendue, des cimes du Djui'djura au Dra-Zeg-et- 
Ter en passant par Fort-National, Tizi-Ouzou, Haus- 
sonvillers, etc. 

Le village voisin des Ouled-Debbou passe chez les 
indigènes pour être habité par des descendants de 
Romains. 

El-Senadek, les Ouled-Guesmia, Aïn-Terlera, Bek- 
kouch sont situés dans le voisinage des sources de 
rOued-el-Arba. C'est peut-être dans cette région qu'il 
faut chercher Fundus Petrensis, où le comte Théo- 
dose battit Firmus en 372. 

Un chemin s'amorçant vers la ferme Bonnet (Se- 
baou) au chemin venant du Chender par Castellum 
Tuleï lemonte vers le village indigène de Djerabet et 
paraît avoir suivi le cours de l'Oued-el-Arba. La rive 
gauche de cette rivière, limite des cantons de Bordj- 
Menaïel et de Dellys, présente les points intéressants 
de Bou-lendjas, où la ferme Brot est bâtie sur l'em- 
placement d'une grande ferme romaine avec tombeau 
romain depuis peu détruit. L'important mobilier fu- 
néraire trouvé dans ce tombeau par M. Brot a été 
dispersé. 

Haouch-el-Ondjani. — Vers le milieu à peu près du 
cours de l'Oued-el-Arba, près du Haouch-el-Oudjani, 
dans la propriété Schiafïino, sur un mamelon es- 
carpé, ruines d'un grand fort d'arrêt rectangulaire, 
point d'appui des nombreuses fermes de la région. 

Un autre fort existait sur le sommet d'un piton, à 
6 kilomètres de là en revenant vers l'ouest. Ce der- 
nier, qui surveillait le cours du bas Isser et séparait 



-ca- 
les Icampenses des gens des plateaux, probablement 
les Tulinses, protégeait en même temps le côté 
ouest d'une route qui passait en face des Ouled- 
Stiti et allait peut-être à Cissi (Djinet), mais plus 
probablement sur 1 Oued-el-Arba. 

Section VII 
Les Oaled-Smir (fraction ouest) 

Cissi Municipium (Djinel). — Fermes de l'Isser. — Dji- 
net, l'ancien Cissi Municipium, mérite mieux qu'une 
description sommaire. Mais en l'état actuel de ses 
ruines, complètement bouleversées depuis l'installa- 
tion du hameau français du Cap, il faudrait une 
élude patiente pour démêler sur le sol les traces de 
l'emporium carthaginois, de la ville romaine et pro- 
bablement d'une reconstruction byzantine. 

La ville romaine a vécu en partie de l'exploitation 
du basalte. Les deux énormes rochers basaltiques 
qui dominent la baie ont occupé, à l'époque romaine 
comme à l'époque actuelle, tout une population qui 
exportait dans les villes de la côte du basalte pour 
les constructions. Ce basalte se chargeait dans un 
port dont les traces se voient encore près de la 
pointe même du Djinet sous la forme d'une jetée en 
béton s'avançant à fleur d'eau dans la mer. 

La ville elle-même paraît s'être composée à l'épo- 
que romaine de deux parties : à l'ouest de la route et 
des maisons françaises, au-dessus du bloc balsati- 
que, une forteresse; à l'est, autour et au-dessus du 
marabout de Sidi-bou-Zid, la cité proprement dite. 
Un mur épais dont les fondations sont encore nettes 
descendait jusqu'à la mer et détachait une tour vers 
le Cap même. 



— 64 — 

Une église du IV* ou du V* siècle dont la dévas- 
tation va chaque jour se complétant était encore fa- 
cilement reconslituable il y a peu d'années. 

Des tombeaux en grand nombre, — chose bizarre 
à première vue, mais qui s'explique peut-être par la 
superposition d'une ville romaine à un emporium 
carlhoprinois et d'un réduit bvzantin à une ville ro- 
înaine, — existent de chaque côté du gros mur qui 
descend vers la mer et semble avoir été un mur 
d'enceinte. 

Si Djinet est Cissi Municipium, il est bien déchu, 
car Cissi Municipium fut un évèché et Djinet n'est 
même plus une paroisse. (Un Flavosus, episcopus 
cissitanus, donatiste, parut à la conférence de Car- 
thage en 411, et un Reparatus Cissitanus figure sous 
le n° 107 dans la Notice des évoques de la Maurita- 
nie Césarienne qui répondirent en 484 à la convoca- 
tion d'Hunéric.) 

Cette décadence de Djinet s'est, d'ailleurs, faite 
progressivement. Au moyen-âge, il y avait encore 
une grosse bourgade indigène là où il n'y a plus 
qu'un hameau français. Marmol parle, en effet, de 
Beni-Abdallah, près de l'embouchure de l'Huet-Icer 
(Oued-Isser) et qui, autrefois, dit-il, se nommait 
Sisli (1). 

Il a été plusieurs fois question d'installer à Djinet 
un village de pêcheurs. Il serait à souhaiter que ce 
projet puisse se réaliser. 

On devait également installer un village agricole 
entre Bordj-Menaïel et la mer. A l'époque romaine 
il y avait un petit centre près de Dar-Mendil. Quel- 



Cl) Il est possible que Beni-Abdallah de Marmol ait été situé à 
l'ouest de Djinet, près de Dar-Mendil. 



— 65 — 

ques pierres, plusieurs fonlaines aménngées en sonl 
les seules traces. 

Un autFe petit centi'e existait près de Haouch ben 
Ouali sur les premiers plateaux des Ouled-Serir, et 
dans la plaine des fermes près Je Haouch-Allel et à 
Aïn-Amrah. La tranchée de la route de Bordj-Me- 
naïel à Djinet avait même mis à découvert un tom- 
beau grossier sans mobilier funéraire. 



CHAPITRE II 



Hydraulique agricole. — Aménagement 

des eaux 



1° SOURCES 

L'aménagement romain de bon nombre de sources 
subsiste encore. Les princijiales de ces sources ro- 
■niaines, sont : 

Dans la montagne, chez les Iflissen, la fontaine dite 
Adrari-Roumi (chambre voûtée et bassin cimenté); 

A mi-côte, derrière le Dra-Zeg-et-Ter, Jala Oura- 
nim où peut-être fut un barrage-réservoir ; 

Sur le pied nord des Iflissen, El-Ksar-Tala-ou- 
Roumi (la fontaine romaine). Réservoir supérieur 
dans le ravin, chûteau d'eau servant encore à l'ali- 
mentation de Bordj-Menuïel, Tala Allel dans les 
gorges du Chender; 

Au col d'Haussonvillers, Tala Isly ; 

Entre Ilaussonvillers et Bordj-Menoïel, Am-Z)/'/2e/z 
Kara, derrière Castellum Tulei, construction enter- 
rée par glissement des terres ; 



— 66 — 

Sur les plateaux des Ouled-Aïssa, les deux sources 
d'Atn-Tertera; 

Plusieurs sources dans les Ouled-Smir, notamment 
deux sources près du bas Isser, la première présen- 
tant une chambre voûtée à Dar Mendil, la seconde 
formant bassin carré près des Jardins du Caïd. 

2» BARRAGES 

A part le petit barrage de la source d'El-Ksar 
(Fontaine romaine) et le grand barrage-réservoir de 
Tnla-Ouranim, je ne connais qu'un seul autre vestige 
de barrage. Il est situé sur l'Oued-Guettar, sous- 
affluent du Chender, entre Guenana et Bechala. Cons- 
truit en pierres sèches, ayent 4 mètres de hauteur, 
10 mètres d'épaisseur à la rive droite et 7 mètres à 
la rive gauche^ il fermait en biais le ravin dont la 
pente est très forte. Ce barrage a dû être construit 
par les propriétaires d'une villa voisine. 

30 CANAUX DE DESSÈCHEMENT 

La plaine des Issers, entre Tisser, l'Oued-Djemâa 
et rOued-Chender, est coupée par une série de ca- 
naux de dessèchement les uns à moitié comblés, les 
autres presque intacts, remontant à la période ro- 
maine. La plaine des Issers, cette plaine d'alluvion 
d'une très grande fertilité serait, en effet, inhabitable 
et incultivable sans canaux de dessèchement. Elle ne 
serait qu'un vaste marais. Les Romains avaient par 
des canaux reliés les cours d'eau entre eux et drainés 
l'eau stagnante à Tisser. Les arabes, puis les Turcs 
avaient laissé ces canaux s'engorger. Plusieurs ont 
été curés et rétablis depuis que les Français sont dans 
le pays. 



CANTON 
BOHOJ-MÉNAÏEL 

Héatau dee voies ramaines 
d'après le relevé Bur le lerram 
etlM directions genirales 
p.ir Carml/e Virê 

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Fl^iiUlit fumeut A/(.Ani 



— 67 



Le réseau de l;i calaiiisation de la plaine du bas 
Isser demanderait une élude spéciale, (^etle élude, je 
me propose de l'enlieprendre. 



CHAPITRE III 

Les routes 

Le canlon de Bordj-Menaïel a élé un point de 
traversée, non d'arrivée des routes. Les voies qui 
Tout sillonné à l'époque romaine venaient presque 
toutes du dehors. Seules les voies secondaires de 
localité à localité voisine, nos chemins vicinaux, 
(vice publicœ vicinales qiiœ de publicis divertant 
in agros, hœ muniuntur par pagos), peuvent être 
contenues toutes entières dans le canton. Dans ce cas 
sont quelques voies stratégiques, telles que celle du 
pied des Iflissen. Y étaient contenus également les 
chemins ruraux, viœ agrariœ, chemins de simple 
exploitation agricole. 

En plaine, il ne reste guèi-e de vestiges de voies 
antiques. Les substructions du pont du Chender, le 
long de la route actuelle de Tizi-Ouzou, indiquent 
seules le passage d'une grande voie en cet endroit. 
La direction générale des grandes routes traversant 
le canton est la mer, sauf peut-être pour la voie du 
Bougdoura qui a dû s'infléchir vers l'est, par les 
Beni-Kheliia et les Beni-Zemzer pour se diriger vers 
Bougie. 

Sur le Bas-Sebaou et probablement sur Dellys 
convergent : 

(a. La route qui traverse Castellum Tulei et dont 
le tracé est net jusqu'à la ferme Bonnet, près de Rebe- 



— 68 - 

val. Peut-être cette route a-t-elle traversé le Sebaou 
pour aller à Taourga ; 

(b. La route, dont deux tronçons se rejoignent der- 
rière Guenana et qui par Benion-N'sara, El-Senadek, 
file au-dessous de Bach-Assès et se continue vers 
Bois-Sacré. Cette voie importante est jalonnée de for- 
tins vers les sources de l'Oued-el-Arba. C'est vraisem- 
blablement la voie mentionnée dans l'itinéraire sous 
le nom de route de Caloma à Rusuccurum. 

Une voie divergente se détachait vers la ferme Bon- 
net de la route de Castellum Tuleï et remontant au 
nord-ouest i)araît avoir coupé la route de 'Calama à 
Rusuccurum vers Bach-Assès pour descendre ensuite 
le cours de l'Oued-el-Arba. 

Près du marché du TIeta (vallée de l'Oued-Boug- 
doura), on rencontre une voie venant du sud, laquelle 
descendait le Bougdoura jusqu'à la voie du Sebaou ou 
plutôt s'infléchissait vers Testetpénétrait dans la gran- 
de Kabylie par un tracé incertain, probablement par 
les mamelons des Beni-Khelifa et des Beni-Zemzer. 

A cette route du Bougdoura paraît s'être appuyée 
la route stratégique du pied des Iflissen, par Akbou, 
des Beni-Chenacha et la Fontaine romaine. Le point 
de départ de cette route aurait été au Dra-Zeg-et-Ter 
à l'arrivée d'une voie du sud descendant des Ouled- 
Saïd après avoir passé à Dra-ei-Miz«n et aboutissant 
à Rusubbicari (Port aux Poules). Ainsi la chaîne des 
Plissas si bien délimitée géographiquement par deux 
rivières, l'Oued-Djemûa et l'Oued-Bougdoura aurait 
été ù l'époque romaine longée à l'ouest et à l'est par 
une double voie, permettant de la surveiller par les 
deux bouts et cette double voie était elle-même reliée 
par une voie transversale. 



-69 — 



VOIES SECONDAIRES 



Voie reliant Dra-Zeg-el-Ter à la Fontaine romaine 
par le pied sud des hauteurs de Baghia. On peut, 
d'ailleurs, voir dans cette voie le premier tronçon de 
la route stratégique du pied des Iflissen. 

Voie montant de la Fontaine romaine dans la di- 
rection de Timzril, point culminant de la chaîne- 
Voie partant de Tala-Allel, se bifurquant en deux 
branches, l'une allant vers le nord probablement re- 
joindre la route stratégique du pied de la montagne, 
l'autre décrivant un arc de cercle et escaladant la 
montagne \mv Beni-Amram et Meghanin. Les vesti- 
ges cessent à mi-côte. 

Tronçon allant d'Afir (Beni-Chenacha) sur Camp 
du Maréchal ou mieux sur Akbou. 

Tronçon semblable de Tachadin dans la même 
direction. 

Ces deux tronçons traversaient probablement la 
montagne et se reliaient sur le revers oriental des 
Flissas, à deux voies de 6 mètres de largeur, l'une 
allant des Ouled-Maamar au Tléta, l'autre descendant 
par les Ouled-Saada à la rencontre de la voie du 
Bougdoura. 

Sur la rive droite du Bougdoura, voie montant 
dans les Beni-Arif, du côté de Berkana. 

Enfin, voie de Cissi Municipium (Djinet) à la jilaine 
de risser par la montagne. 

JMi résumé, le réseau des voies romaines du can- 
ton était le suivant : 

1° Route venant de la direction de Dra-el-Mizan et 
délimitant la frontière occidentale des Isaflcnses. Elle 
passait par les Oulcd-Saïd (Aujcimis), le pied du 



- 70- 

Dra-Zeg-et-Ter, et devait envoyer une branche sur 
Rusubbicari (Port aux Poules), une sur Cissi Muni- 
cipium (Djinet) et deux sur Rusuccurum (Dellys). 
Une de ces dernières n'était qu'un tronçon de la 
route de Calama (route n° 4) ; 

2° Roule venant de la direction de Boghni et déli- 
mitant la frontière orientale des mêmes Isaflenses. 
Elle descendait la vallée du Bougdoura probablement 
jusqu'à Aïn-Faci'-'i et de là filait sur la grande Ka- 
bylie par les mamelons des Beni-Khelifa et des Beni- 
Zemzer où sont des ruines, au sud de la route ac- 
tuelle d'Alger à Tizi-Ouzou ; 

3° Route stratégique du versant nord des Isaflen- 
ses, depuis Dra-Zeg-et-Ter jusqu'au Bougdoura, dé- 
tachant divers rameaux dans la montagne qu'ils 
devaient traverseï'; 

4° Route double sur le Sebaou, allant probablement 
à Dellys, passant toutes deux par Dra-Zeg-el-Ter, 
l'une continuant par Dra-Zeboudj, El-Guenana, Be- 
nian-N'Sara, El-Senadek, l'autre allant traverser le 
Chender sur un pont et par Diar-iMami se dirigeant 
sur Kouanin (Ferme Bonnet) et de là, peut-être, sur 
Taourga, live droite du Sebaou. 

Je n'indique ici que les tiMcés certains dont j'ai 
relevé des directions sur le sol. Je laisse de côté les 
tracés hypothétiques, tels que celui de la grande Kn- 
bylie i)ar JMénerville et Tizi-Ouzou, c'est-à-dire sui- 
vant le tracé de la l'oute actuelle. Rien ne permet d'en 

affirmer l'existence. 

Camille VIRÉ. 



(1) Il y aiirail eu un pnslc romain h Aïn-Faci Je n'en ai pas relrou- 
vn les restes, mais il y a des vesliycs plus au sud à l'endroit où la voie 
romaine descend de rigbil ou Meudou pour traverser le Bougdoura. 



SUR QUELQUES POINTS FORTIFIÉS 

DE LA FRONTIÈRE SAHARIENNE 

DE L'EMPIRE ROMAIN 

PAR 

M. BLANCHET, 

j'agrège D'HISTOIRE, 
^EMBRE TITULAIRE DE LA ^OCIÉTÉ 



J'ai pu, au cours de ma mission de 1895, étudier, 
dans la région comprise entre Gabès, les Chotts et 
la Tripolitainc, un certain nombre de postes fortifiés 
dont les uns avaient déjà été signalés par MM. Tis- 
sot (1), Carton (2) et Lecoy de la Marche (3) et dont 
les autres n'avaient pas encore été relevés (4). Leur 
connaissance permettra peut-être de serrer la vérité 



(1) H' Oum-El-Bagucul. — Tissot, Gcographic comparvc de la Pro- 
vince romaine d' Afrique, ii, |). G80. 

Kalaat-Bonia. — Tissot, Géoj rapide comparée de la Prooince d'Afri- 
que, II, p. O'JO. 

(2) II'' Madjeni. — Carton, Essai sur les travaux hydrauliques des 
Romains dans le sud de la Urgence de Tunis. — bulletin arr/tcologi- 
que du Comité des Travaux Historiques, 1888, n» 3, ]>. îil. 

(3) H' Skill'a { sous le nom do : " Barrage de rOued-13oI-Roclieb " ,. 
Lecoy do la Marche. Uul. arcli. 18'Ji, n* 2, p. 3yt3. 

(4) Ksar-Djeyacha, Ksar-Tarcine, Ksar-Benia des Ouled-Madhi. 



— 12 — 



d'un peu plus près, dans ce problème de la frontière 
saharienne de l'Empire, que l'on a posé à nouveau il 
y a quelques mois (1). 



* * 



Que fut d'abord cette frontière ? 

Elle dut comporter, comme dans le reste de l'Em- 
pire, des postes avancés, une ligne continue de dé- 
fense et de solides points d'appui. 

Les points avancés de la frontière saharienne, nous 
les connaissons : c'est Ksar-Rhelane (2) ; c'est Gha- 
damès (3); c'est Gharia-El-Gharbia (4); c'est Bond- 
jem (5). L'étude de Henchir-Oum-El-Bagueul, de 
Kalaat-Benia et de Henchir-Skifïa nous permettra 
peut-être de nous fî3ire une idée des défenses conti- 
nues du sud tunisien; celle de Ksar-Benia des Ouled- 
Mahdi nous mettra, je le crois, en présence d'un des 
points d'appui de la frontière. 



* « 



Henchir-Oum-El-Bagueul et Kalaat-Benia se trou- 
vent à quarante kilomètres au sud-ouest du Hamma 
des Beni-Zid, entre le Nefzaoua et l'Arad ; Ilenchir- 
SkifTa, dans le système de l'Oued-Bel-Recheb, sépare 
les montagnes de Douirel des plaines des Ouderna. 

M. Tissot signale le premier de ces ouvrages, mais 



(I) Toutain, NoU's sur quelques coiea romaines de l'Afrique Pro- 
consulairc. — Mêlantes d'Archéoloyie et d'/Jistoire de l'iicole de 
Rome ; octobre 1895. — Les Romains et le Sahara. — Ibid. Janvier- 
avril Ib'JO. 



(2/ Gagnai, L'armée romaine d'Afrique, p. 500. 
(3/ Gagnât, d'après Duveyrier ; op. cit. p. 555. 
(4) M. d'après Barth ; op. cit. p. ."k'^k). 
(,5j Id d'après Duveyrier; o/j. cil. p. 558. 



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— 73 — 

il en donne une description inexacte (1); M. Lecoy de 
la Marche a reconnu le second(2),mais il s'est trompé, 
à mon sens, sur son attribution ; j'espère que les 
croquis que j'en ai pris en montreront pleinement le 
véritable caractère. 

A mi-chemin environ de Gabès à Douz , entre le 
Djebel-Tebaga et le Djebel-Demmer, l'Oued-Gda-El- 
Begcl, qui aboutit à l'Oued-Souinia, un des affluents 
de rOued-El-Hamma, descend du Tebaga, court du 
Nord au Sud, et ne s'infléchit vers l'Est qu'après 
s'être heurté aux premières pentes des montagnes des 
Tamezred. Derrière ce fossé naturel, une muraille fut 
élevée; c'était un blocage épais de quatre mètres à la 
base, et qui, pendant douze kilomètres, d'une monta- 
gne à l'autre, courait au gré des accidents du terrain. 
La muraille est rasée aujourd'hui, mais on suit de 
l'œil jusqu'à l'horizon la jonchée de pierres qui en 
révèle remi)lacement (3) (Planche I, lig. 1). 

La porte s'ouvi-ait au sud; elle était surveillée par 
un ouvrage construit au sommet d'un mamelon très 
élevé, et défendue par un grand fort bàli en avant 
dans la nlaine. 



(Il « ^/cvic/«'r-0am--E'^-fîa,7ueai, tour romaine mesurant environ viii^'t- 
cinq mètres do circonférence. » op. cit. ii, p (WJ. 

^1. Kalaat-El-Benia quatre portes défemlues chacune par une 

tour carrt'o s'ouvrent sur les quatre faces de lédilice, dont les angles 
sont également protégés par des tours. » ii. p. G'.IO. — Cf., plus loin 
mon croquis. 

•2 Loc. cit. 

(3) Je n'ai pu, faute de temps, vérifier si la muraille s'arrête au Tebaga 
ou continue jusqu'au ravin d'KI-Fratis, et qui à raison de Tissot : « Cette 
« jiuissante clau.-<ura se prolonge sur une étendue de |»lus de quinze 
« kilomètros, jusqu'à un ravin appelé El-Fratis, rpii aboutit à la rive 
t méridionale du (Jhotl-KI-Djerid » (O/j. r/t. Il, p. OlK)» ou de la Blan- 
chère : « Etes vous sur que cette muraille atteigne le ravin d'El-Fratis ? 
• Pour moi, elle s'arrèlc au Tebaga. Je connais El-I'ratis et le ravin qui 
« le suit. H n'y a rien qui lasse de lui une barrière, plutôt (jue les autres 
« qui vont du Tebaga au Chott. » [Ibid., additions, p. 820;. 



— 74 — 

Le poste d'observation se compose d'une enceinte 
rectangulaire de 15"" x 24 mètres, à peu près au 
centre de laquelle se dressait une tour de 6"" X 10 
mètres. Les murs en sont soigneusement construits 
de belles pierres de taille, larges de O'^bO, et dont 
beaucoup sont à bossages. Il en reste à l'heure actuelle 
une ou deux assises en place. L'ensemble est intime- 
ment lié à la grande muraille (PI. I, fig. 2). 

Le fort, auquel les indigènes donnent le nom géné- 
rique de Ksar ou Kalaat-Benia, est un grand ouvrage 
rectangulaire, encore presque intact, qui mesure 
60"" X 47 mètres (1). Trois tours, sur la face méri- 
dionale, surveillaient le désert; un réduit solidement 
bâti s'appuyait sur la face orientale. La porte donnait 
accès dans un couloir qui tournait deux fois à angle 
droit, de façon à soumettre plus longtemps les assail- 
lants aux coups des défenseurs. Une tour carrée, où 
s'ouvraient une porte et une poterne, complétait la 
défense de l'entrée (PI. I, fig. 3). 

Tout cela est construit en très belles pierres, mais 
en pierres réemployées. Le fort, en son état actuel, 
est une restauration hâtive d'un ouvrage antérieur. 
Les deux assises inférieures remontent peut-êlre à 
cette première construction : elles sont, en effet, plus 
régulièrement construites , en pierres à bossages 
épaisses de 0™55. Encore, à deux mètres de l'angle 
nord-ouest, une pierre phallique a-t-elle été réem- 
ployée, au ras du sol. Les assises supérieures, qui 
montent à certains endroits, à 2 et 3 mètres, présen- 
taient d'assez nombreuses picri-es sculptées : un cor- 



(1) Tissot, loc. cit. : « G3 pas sur 47 ». 



— 75 — 

beau d'époque chrétienne (1) est engagé dans le mur 
nord de la grande tour, au voisinage de la porte. Il 
est décoré d'une torsade, d'un torques et de deux 
palmiers, assez grossièrement traités. Un fragment 
beaucoup plus fin mais très fruste, nous montre un 
petit atlas supportant de ses bras tendus les moulures 
d'une frise. Il gît dans les décombres de la porte 
d'entrée. 

Le réduit central mesure, en son état actuel, 
12*" X 12"'80. Un petit arc bien appareillé en gros 
matériaux donne accès dans un enclos de J2"'x7'"20 
qui semble n'avoir jamais été couvert en entier. Un 
petit massif de maçonnerie et cinq piliers carrés, de 
0'"50 de côté, dessinent, à 2"'80 des murs sud et 
ouest, un portique grossier, qui tourne sur deux faces 
d'une cour de ôn^-iO x 3 mètres. 

Une petite porte dans le mur nord vous introduit 
en une salle de 5'"30 x 12 mètres, recoupée par un 
mur aveugle à 2"'o0 de l'angle nord-est du l'éduit. La 
petite cour centi-ale, le portique que l'imagination en 
un moment revêt d'un appentis de bottes de diss ou 
d'alfa, et où des trous pi-aliqués dans la pierre i)er- 
meltent de voir une écui'ie, le corps de garde enfin 
où nous venons d'entrer, suflfisaient à loger la garni- 
son du Benia. Il y a là de la place pour quinze ou 
vingt chevaux : c'est bien peu : c'est exactement 
l'efTectif des postes que nous créons aujoui'd'hui sur 
la frontière tripolitaine. 

L'ouvrage découvert par M. Lecoy de la Marche (2) 



(1) Baladin, Description des AntiquiWs de la Réqcncc de Tunis. 
Mission de 1882-1883. pp. 4, 115. m, 202. Mission de i^8ô, \k 2 du 
tirage à part. 

Gavant, Etudes sur les ruines romaines de Tiijzirt, Dibliotlièquo 
d'Arvhéologio Africaine, fascicule li, pii. 30 et 31. 

(2) Loc. cit., p. 39G. 



— 76 — 

barre une des vallées qui permettent de passer du 
Sahara à la côte. M. Lecoy de la Marche l'appelle : 
« le barrage de l'Oued-Bel-Recheb ». J'ai peine à voir 
un barrage dans ce mur qui escalade les pentes, à 
cent mètres au-dessus de l'Oued, pour venir des deux 
côtés se souder à un surplomb rocheux; je ne puis 
accepter que le bûliment central, construit au point 
le plus bas, ait été destiné à loger — ou plutôt à 
immerger — les gardiens du barrage. Je m'explique- 
rais mal, dans un ouvrage hydraulique, la présence 
des tours qu'y signale lui-même mon prédécesseur, 
et je ne comprends pas comment, dans une région 
inclinée d'Orient en Occident, un barrage aurait eu 
pour effet « de retenir à l'Ouest des eaux destinées 
aux deux vallées de l'Est. » 

En vérité c'est encore un morceau de frontière : 
la muraille, ici comme tout à l'heure mesurait quatre 
mètres de largeur à la base(l); des tours circulaires, 
trois fois plus larges, la dominaient. Une citerne 
assurait aux défenseurs les eaux qui ruisselaient des 
vallons voisins. Une porte voûtée, accotée de deux 
corps de garde, ouvrait le monde romain aux cara- 
vanes barbares; des ouvrages extérieurs, dont il ne 
reste qu'un amas de pierres, semblent en avoir défendu 
l'approche. Des dalles posées de champ un peu plus 
loin, et précisément dans le thalweg de l'Oued, for- 
maient une sorte de grille qui laissait échapper, aux 
jours de pluie, les eaux inutiles (PI. II, fig. 1 et 2). 

Les ruines de l'Oued-Skiffa, selon le nom local, 
sont loin d'avoir l'imijortonce decelle de Ksar-Benia ; 



(1) M. Lccoy lU' la Marclie lui donne 'K^O : c'est la largeur île la par- 
tic la jilus apparente ; mais la muraille, aux endroits les moins envahis 
par le sable, mesure bien la largeur que je lui donne. 



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delà \>cuU£ eLciiL mun 



'^CcncJur fJ k'ijfa 



t?tIm.\laSi?oi;tc. 



i^chellc Ac i\ ivSy': /nièlPc. 



1 .5^*://'- 1" 




— 11 — 

les matériaux en sont plus grossiers, le travail plus 
rapide ; la conservation d'ailleurs en est bien moins 
parfaite; nous pouvonscependant y relever les mêmes 
parties essentielles : un mur de quel(|ues kilomètres, 
soudé des deux bouts ù la montagne, percé d'une 
porte que surveille une tour et que défendent des 
ouvrages extérieurs : telles semblent avoir été les 
clausurae sahariennes. 

Ce sont ces murs intermittents qui constituaient la 
ligne de défense continue. 

La nature, en effet, simplifiait la tâche des ingé- 
nieurs : du Tebaga au Nefousa, la plaine saharienne 
se transforme doucement, en s'élevant vers l'Est, en 
un plateau tourmenté creusé seulement de quelques 
ravins; les calcaires du sol se délitent facilement; 
éboulis, murailles naturelles, immenses plans incli- 
nés, polis comme du mai-bre, et où glissent, des 
quatre pieds, les chevaux qu'on essaie d'y pousser, 
les cavaliers sahariens ne devaient pas tenter de 
s'engager dans la montagne; Rome dressa ses murail- 
les et ses tours au creux des ravins qui servaient 
de passages ; elle laissa s'avancer, entre deux, les 
éperons rocheux du plateau, et ce fut une combinai- 
son de fortifications naturelles et artificielles qui fut, 
à une certaine époque tout au moins, la frontière saha- 
rienne de l'Empire romain. 



* • 



En arrière de cette frontière, des forteresses tenaient 
le pavs : il n'était région si difficile où les Romains 
ne se fussent établis : au cœur môme du Djebel- 
Demmer, près de Ksar-Ouled-xMahdi, dans une situa- 
tion analogue à celle qu'occupe aujourd'hui El-Hamlia, 



— 78 — 

à la jonction des routes qui de l'Ouest et du Sud, de 
rOued-Bel'Rccheb et de l'Oued-Haliouf, deGuermessa 
et de Douicel, du Sahai-a et de la montagne, gagnent 
le Nord, Gabès, la plaine et la mer, un fort avait été 
construit. 

Le quart de l'enceinte est encore debout ; le reste, 
plus ou moins écroulé, trace du moins très nettement 
sur le sol le plan de la fortification. 

C'est un carré de 43 mètres de côté, flanqué de 
neuf tours de 2'"60 de saillie. Deux d'entre elles com- 
mandent la porte qui s'ouvre sur un couloir à double 
tournant, analogue à celui de l'Oued-Gda-El-Begel, 
mais qui est certainement ici une adjonction très 
postérieure (Pi. III, fig. 1, 2 et 3). 

Nous sommes d'ailleurs en présence d'un monu- 
ment tout à fait identique : des assises de belles 
pieri'es de taille permettent de faire remonter assez 
haut la première construction. Mais le peu de hauteur 
actuelle (3"il0) l'absence de réduit central, et surtout 
les remaniements très visibles à la face sud (fig. 2, A), 
trahissent la hûte des restaurations byzantines : nous 
sommes ici dans le pays de Martae. C'est à juste- 
ment parler un enclos fortifié qui a remplacé le fort; 
pas de meurtrières, pas de créneaux, pas de chemins 
de ronde, quelques escaliers en bois pour monter aux 
remparts. Le souvenir revient des « Castella » à ciel 
ouvert du Virgile du Vatican (1). 

La porte même est ici plus sim])le que partout 
ailleurs : Je n'ai vu dans le Benia des Ouled-Mahdi, 
ni voussoirs, ni claveaux, ni pieds-di'oits, rien qui 



(1) Rich, Dictionnaires des Antiquités romaines et grecques, trad. 
Chéruel, s. v. Castellum, 



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14 



^^heftk de. c^ oo?â/ioiJr/y /rteÛ'eJ . 















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S^y.d dJ^JT éSen^ (S^.'0'..4fnÂÛ,-.) 



— 79 — 

indiquai une porte voûtée; l'ouvrage se fermait sans 
doute comme une cour de ferme. Les ingénieurs de 
Juslinien ne perdaient pas leur lemi)S en fantaisies 

décoratives. 

« 
» • 

Mais l'existence de ce poste, et surtout de l'ouvrage 
plus considérable, dont les ruines ont servi à l'édifier, 
peut avoir un autre intérêt. 

La Notitia Diijnitatum IJlriusque Impeni nous donne 
la liste suivante des « Limiles sub dispositione Viri 
Speclabilia Comitis Africae. » (1) : 

Praepositus Limitis Thamallensis. 

Praeposilus Limitis Montensis in caslris Leplitanis. 

Praepositus Limitis Bazensis. 

"Praepositus Limitis Gemellensis. 

Praepositus Limitis Tubunensis....etc. 

Ces derniers nous sont connus : ce sont les postes 
du Hodna et des Ziban. Le « Limes Thamallensis » 
était sans aucun doute Telmin du Nefzaoua. Mais où 
prendre ce « Limes Montensis in castris Leplitanis » ? 
Leplis Magna est bien loin ; Leptis Minor bien recu- 
lée de la frontière; il fViut, dit-on, conjecturer Aepù- 
tanis (2) et voir dans les Castra Neptilana les défenses 
de l'isthme du Djerid. Cette explication vaut pour les 
derniers mots de la ligne qui nous arrête : « mais elle 
n'explique nullement « comment l'ethnique « Mon- 
tensis » se trouve en un pays essentiellement plat. » (3). 

(1) Not. Dion. Occ. xxv, 1. 3G, citée d'après Gagnât, Armée romaine 
d'Afriqw. Je citerai la Notitia d'après le texte de Seeck, reproduit par 
M. "Cagnat. toutes les lois (jue cela me sera possible. Lorquc ces textes 
me feront défaut je citerai — à mon grand regret — d ai)res la seule 
édition que je possède, celle de Genève, 1G23, in-folio. 

1% M. Gagnât a fort bien établi (Armée romaine d'Afrique p. 754) 
rimpossibilité dadinottro, avec M. Masqueray, (lu'il s'agit ici de Leptis 
Magna et, avec M. le Capitaine Vavssières, de Mdila. Je ne reviendrai 
pas sur cette double réfutation, définitive. 

(3) Gagnât, op. cit. p. 754. 



- 80 - 

L'on a signalé depuis longtemps la négligence avec 
laquelle fut rédigée la notice et Ion sait combien d'in- 
terversions y ont été relevées. (1) 

Il est à remarquer, d'autre part, que l'expression 
« in castris » est assez rare dans la NotUia Occiden- 
tis. Indépendamment du passage qui nous occupe, 
nous ne l'y trouvons que quatre fois : 

« Subdispositione viri spectabilis Gomitis Africae, 
Praepositus Limilis Secundae forum in Castris Tilli- 
banensibus (2). 

« Sur dispositione viri spectabilis Ducis Provinciae 
Tripolitanae Milites Porteuses in Castris Leptitanis, 
Milites Munifices in Castris Madensibus (3). 

« Sub dispositione viri spectabilis Ducis Provinciae 
Pannoniae Secundae Riparicae, Auxilia praesidentia 
in Castris Herculis (4). » 

Le premier de ces passages est évidemment cor- 
rompu : peut-être faut-il lire, avec Seeck, nous dit 
M. Cagnat(5) : Seciindanorum. Mais jamais on n'a dési- 
gné un limes par les noms des troupes qui y tenaient 
garnison : il faudrait alors corriger complètement et 
lire, au lieu de : « Praepositus Limilis Secundae Furum 
in Castris Tillibanensibus. » « Praepositus Militum Secunda- 
norum in Castris Tillibanensibus. » (G). 



(l) Un exemple frappant en est donné par M. Gagnât (op. oit. p. 752, 
n» 1.) au sujet du limes tripolitain. La Notitia donne : Limes Talalatensis 
Tcnthcttanus. Bizerentaiii, Tiilibaronsis, Madensis, Maccomadensis, Tin- 
tiberilani, Bubensis, Maïauconsis. Baleusis, Varensis. Castra l.eptilana, 
Castra Madensia, Limes Sarcitanus ; l'ordre réel est : Bizerentanus, Tala- 
latensis, Tillibarensis, Tenlthetanus, Varensis, Maccomadensis ! 

(2i Not. Dign. Occ. Edition de Genève, p. 104. 

(3) id. id. p. 119. 

(4) id. id. P- 122. 

(5) Seeck, ad. Not. Dirjn. p. 175 (D'après Gagnât, op. cit., p. 758). 

(6) Cf.: « Praepositus Mililuin Tangricanorum Dubris, (sub dispositione 
comitis littoris Saxonici). » Ed. do (ienèvo, p. 101». 

M. Gagnât d'ailleurs a pressenti notre correction : « il s'açirait, si 1 on 
accepte la leçon de Seeck, de soldats appartenant à une légio secunda » 
(Op. cit, p. 758j. 



— 81 - 

Si cette correction est acceptée, nous nous trouvons 
en présence de quatre textes absolument analogues : 

M Milites in Caslris. » — Et ceci 

semble être une formule : l'expression « in Castris » 
ne se relève que quatre fois dans la Noiiiia Occideniis : 
l'expression « Milites » ne s'y trouve que quatre fois 
— et aux mêmes passages. 

L'explication en est simple : à part les « Castra 
Madensia » « sans doute identiques au Limes Mu- 
densis » (1), aucun des camps que nous avons de- 
vant nous ne s'identifie avec un chef-lieu de cercle : 
il n'y a pas de limes Leptitanus, il n'y a pas de limes Tilli- 
banensis, il n'y a pas de limes Neptitanus — Je ne parle 
que pour mémoire des Castra fJerculis de Pannonie. 

Cela semble indiquer quelque chose d'assez parti- 
culier : un poste, moins important qu'un limes, et 
sans garnison déterminée : il n'y a pas d'unité con- 
tinue qui y séjourne régulièrement, cuneus (2), ala (3) 
ou cohorte (4). L'officier qui y commande n'est pas 
toujours de même grade : on ne peut employer le 
litre de « Praefectus alae » (5) « Tribunus cohortis » (6) 
« Praepositus numeri » (7). On ne le nomme pas — 
ou quand on le nomme c'est d'une façon vague : 



(1) Cagnat, op. cit. p. 752, n. 1. 

(2) Not. Dign. occ. — Pannonic. Cuneus Equitum scutariorum Cornaco 
— et cinq autres. Ed. de Genève, p. 122. 

(3) Not. Dign. or. — Arménie. Ala Rizena Delearizae — et dix autres. 
Ed. de Genève, p. 232. 

(4) Not. Dign. or. — Arménie. Cokor.'i iv» Ulpia Milliaria Petraeorum 
Melitae — et neuf autres. Ed. de Genève, p. 23i. 

(5) Not. Dt'^/i.occ. — Tingitane. Praefectus a^ae Herculeae Tamuco. Ed. 
de Genève, p. 107. 

(Gi Not. Dign. occ. — Tingitane. Tribunus cohortis II " Hispanorum 
Duga. Ed. de Genève, p. 107. 

(7) Not. Dign.occ— LittusSaxonicum. Prat'A'cïHS /lumm Abulcorum, 
Anderidae. Ed. de Genève, p. 109. 

6 



— 82 — 

Pracpositus militum. La traduction exacte serait, je 
crois : « l.e Délacliement de Nefla » « Le cJief du Détache- 
ment de Tillibani » escouade, section ou compagnie — 
sergent, lieutenant ou capitaine — selon les besoins 
du service. 

Mais si l'expression « Milites — in Castris » est de 
style — et se comprend — celle de « Praeposilus limitis 

in Castris » se comprend mal — et ne se trouve 

nulle part. 

J'en concluerai, assez volontiers, dans le cas du 
limes Montensis, à la fusion de deux lignes suivies d'une 
interversion : La négligence des rédacteurs de la 
Notitia nous est encore une fois trop connue pour 
que cette hypothèse doive être rejetée a ipriori. 

Je lirai donc : 

Praepositus Limitis Montensis. 
Pracpositus Limitis Thamallensis. 

Milites in Castris Neptitanis. 

Praepositus Limitis Bazensis. 
Pi'aepositus Limitis Gemellensis. 
Praepositus Limitis Tubunensis. . . .etc. 

Et, en effet, les chefs-lieux des limites qui défen- 
daient ce pays sont Tillabari, Talalati, Bezereos et 
Tamalleni. 

Or, de Tillabari à Talalati, d'après les itinéraires, il 
y a quarante-cinq milles ; de Talalati à Bezereos, cent 
quatorze milles ; de Bezereos à Tamalleni, quarante- 
deux milles. 

La distance indiquée me semble bien considérable 
entre Talalati et Bezereos. 

Sans doute, si nous montons plus au Nord, nous 
trouverons quatre-vingt-dix-neuf milles entre Turre 
Tamalleni et Nefta, deux cent dix milles entre les 



- 83 — 

Castra ISeplUana cl le limes liazensis. Mais le ChoU 
Djerid sépare Nefta do Telmin; mais les Gholls Rharsa 
et Melghir se creusent comme un fossé au devaiU du 
pays que commande Badis. On comprend aisément 
que les postes se soient espacés. 

Au contraire, entre Bezereos, que l'itinéraire d'An- 
tonin place à trente-deux milles de Kebilli (ad Tem- 
plum) et Talalati, que M. Lecoy de la Marche a re- 
trouvé à Tlalet (1); les vallées parallèles qui s'enfon- 
cent dans le plateau, ouvrent vers l'Orient autant de 
routes naturelles; chacune d'elle sans doute était 
barrée d'une clausura ; mais il serait étrange qu'il n'y 
eût pas eu dans le pays un poste central d'où l'on 
pût régulièrement porter des troupes sur les points 
menacés, et qui commandât, dans la monlagne, les 
chemins dont l'entrée aurait été forcée. 

Ce poste central du Djebel-Demmer, je crois l'avoir 
retrouvé : c'est le Benia de Ksar-Ouled-Mahdi : ce 
devait être le chef-lieu du limes ïïontemis. Il n'est ja- 
mais mauvais en Afrique d'éclairer le passé par le 
présent; or, aujourd'hui deux positions commandent 
les montagnes du sud tunisien : Foum Tatahouine, à 
dix kilomètres de Tlalet, El-Hamlia à dix kilomètres 
du Benia. Est-il tout à fait téméraire de ci'oire que 
dans l'antiquité , Tlalet et le Benia jouaient le rôle 
de Tatahouine et d'El-IIamlia ? Je ne le crois pas. 

Dès lors, les distances étonnent moins. Il y a qua- 
rante-cinq milles deTillabari à Talalati ; trente milles 
de Talalati au chef-lieu du limes MonLensis ; quatre- 
vingt-quatre milles de ce point à Bezereos; quaranle- 
deux milles de Bezereos à Tamalleni — et, moyen- 



(I) Lecoy de la Marche, op. cit.jtp. 31>5 et 401 et Comptes Rendus do 
l'Académie des Inscri/ilions, 1895. 



- 84 - 

nant une légère irrévence envers la JSoùlia Dignitatum, 
les textes concordent avec les monuments. 

Des postes avancés dans le désert, comme Ksar- 
Rhelane, des Clausurae à l'entrée des vallées, au point 
de contact de la montagne et de la plaine, Kalaat 
Benia, Henchir-Skiffa; de solides points d'appui, chefs- 
lieux des limiies de la montagne, Tlalet et Ksar-Benia 
des Ouled-Mahdi, comment tout cela était-il relié ? 
Quel était, à proprement parler, le réseau des routes 
stratégiques du Sud? 

m 
« • 

La Table nous donne une route de Tacape à Aggar- 
sel Nepte (1) et une route de Tacape à Veri (2). 

L'Itinéraire porte une route de Tacape à Turris 
Tamalleni (3) et une route de Turris Tamalleni à 
Talalati (4). 

L'Anonyme de Ra venue indique une route de Tacape 
h Aggarsel Nepte par Veri (5). 

Celle-ci n'est évidemment que la seconde route de 
la Table, amorcée déjà au premier siècle (6), prolon- 
longée et achevée depuis. Nous restons donc en pré- 
sence de quatre routes : 

1» Tacape-Aggarsel Nepte (Table) soit : de Gabès 
au Djerid ; 



(1) Tissot, op. cit., II, p. 679. 

p. 692. 

p. 697. 

p. 697. 

pp. 691 et 696. 

(6) Tissot fait fort bien roinari|aer le caractère d'amorce que prôseiitent 
sur ia carte les deux crochets par les(iuels se réunissent, dans le vide, 
les deux routes partant de Tinzimedo vers lEst et de Martae vers l'Ouest. 
Ibid., II, p. 692. 



(2) 


id. 


id 


(3) 


id. 


id 


(4) 


id. 


id 


(51 


id. 


id, 



— 85 — 

2° Tacape Veri (Table) Aggarsel Nepte (Anonyme) 
soit : de Gabcs au Djerid, par la montagne ; 

3° Tacape Turris Tamalleni (Itinéraire) soit : de 
Gabès au Nefzaoua ; 

4° Turris Tamalleni Talalati (Itinéraire) soit : du 
Nefzaoua en Tripolitaine. 

1° De Gabès au Djerid : 

La Table donne Tacape 

xvni 

Avibus 

X 

Timezegeri Turris 

VI 

Mazatanzur 

VII 

Puteo 

XIV 

Aggarsel 
cxv 

Aggarsel Nepte 

Une chose saute aux yeux dès l'abord : ces chiffres 
n'ont pas de valeur : ce n'est pas tous les six ou sept 
milles que l'on trouve en ce pays des points d'eau 
dignes d'être portés sur une carte d'étapes ; il s'en 
faut d'ailleurs de cinquante kilomètres que la distance 
totale ne soit exacte entre Gabès et Nefta : nous pour- 
rons donc corriger sans trop de crainte. 

Aùbus est à seize mille de Tacape. Si, avec un 
compas, nous décrivons, de Gabès pour centre, un 
cercle de seize milles de rayon, le seul point imj^or- 
tant où passera noli'e cercle sera le Hamma des Beni- 
Zid, Aquae ou Ad Ac|uas de la Table et de l'Itinéraire, 
qui le place d'ailleurs à dix-huit mille de la côte. A 



- 86 — 

dix-huit milles au nord d'Avibus, la Table porto 
Silesua. Mois ù dix-neuf milles au sud de Silesua elle 
indique encore Ad Aquas. Tout cela me semble très 
étrange. Je veux cependant admettre, avec M. Tissot, 
qu'Avibus se trouve au sud-ouest de Tacape, vers 
Henchir-El-Hadjor (1), qu'il > a vingt-huit et non 
dix-huit milles entre Silesua et Avibus et je trace une 
ligne entre ces deux points, Henchir-El-Hadjar et 
Beloufia. Cette route doit traverser le chott ; or, le 
chott n'est praticable, nous dit M. Tissot, (2) qu'en 
un seul endroit. La route qui de Henchir-El-Hadjar 
gagne ce passage — celui, notons le bien, où passait 
la route deTacapeà Capsa, par les Aquae Tacapitanae 
— ne peut pas ne pas passer à Ad Aquas. Le copiste 
aurait-il fait encore une erreur de dessin? Ad Aquas ne 
figure pas sur la route Avibus Silesua. 

Enfin, les distances mêmes sont inexactes, que 
M. Tissot indique entre Henchir-El-Hadjar et Gabès : 
il faut, au moins, compter vingt et un milles et non 
dix-neuf (3). 

Ajoutez qu'il est singulier qu'El-Hamma, relié au 
premier siècle à Gabès et à Gafsa, n'ait pas été en 
relations avec la vallée à l'ouvei'ture de laquelle elle 
est bâtie : la vallée de l'Oucd-El-Hamma est la route 
naturelle de Gabès vers les chotts, le seul jiassage 
franc de montagnes et de ravins. Tissot lui-même (4), 



(1) Tissot, op. cit., Il, p. (ÎDO. 

(2) « La nappe salée du ( Imll, cnlrecoiipée de plaques sablonneuses, 
(iflic en ce ipoiiit \\\w suiface assez rrsistanlo pour (|uo le passage soit 
lualicalilc im'iiic a l"<''pt)i|iu' dos pluies liiviMiialcs. A l'v.<l vt ii l'oUOi^t tlo 
fc /j««.-<(//t', la tracvrt'iv prcacnto de aciicux ilanger.^. » Tissot, op. 
cit., II, p. (:5ô 

(3) Saloinon Reinacli, ap. Tissot, vp. cil., ii p. (J'JO, a. 1. 

(4) Tissot, op. cit., ii, p. 689. 



— 87 — 

et avec juste raison, y cherche Timezegeri Turris et 
les stations plus lointaines de la route du Nefzaoua. 
Pourquoi la route, au lieu de desservir le grand cen- 
tre des Aquae et de s'allonger ensuite très simple- 
ment dans la vallée, eût-elle été escalader les pentes 
et dégringoler les décHvités des collines perpendicu- 
laires à sa direction, qui s'alignent du Nord-Ouest au 
Sud-Est, entre l'Oued-Souinia et Gabès ? Enfin je 
prie que l'on jette un simple coup d'œil sur la carte 
de l'Etat-Major (1) : les ruines entre lesquelles M. Tis- 
sot a pointillé la route de Tucape à Timezegeri Turris 
ne sont pas alignées dans la direction de cette route : 
ce sont des restes d'établissements agricoles réguliè- 
rement échelonnés le long des oueds ; mais ces oueds 
convergent vers EI-Hamma ; les chapelets de ruines 
s'allongent du Nord-Ouest au Sud-Est, au lieu de 
suivre vers le Nord-Est une route capricante. 

Je ne sais trop comment sortir du chaos. Mais il 
me semble bien difficile — si l'on ne veut adopter un 
moyen radical — et identifier Avibus à Ad Aquas — 
de trouver une solution satisfaisante (2). 

Timezegeri Turris. — M, Tissot place ce point à Oum- 
El-Bagueul, près de la clausura dont j'ai parlé (3). 
M. Toutain se contente de noter la ressemblance de 
(( Timezeger » et de « Tamezred » et place, dans les 



(1) Etat-Major. — Carte do reconnaissance, au 1/200,000*. Feuilles de 
Kebilli et Gabès. 

(2) M. Toutain fXotes sur quelques coies romaines de l' Afrique 
Proconsulairi'. Mélanges, Oct. ISU.'i, ]>. 200 . — avec beaucoup de 
réserves d'ailleurs, propose do placer Avibus à Sidi-Guenaou : Je n'y 
connais pas de ruines (colles que signale Tissot Cnp. rit il, p. 70.^^ en 
sont à s('|)( kiloiiK'In's Noiil-K'si) et smlon'l Siili-Ciiicii.um étiint plus .m 
Suil onciiro ipio Iloncliir-Kl-Hadjar, toutes les iilijc'clioiis s'y ap|di<pu'iit — 
avec plus do force— (juo j'ai faites à l'idontilication proposée par 1 issot. 

(3) Tissot, op. cit., ii, p. 089. 



— 88 — 

parcours de cette tribu, au pied de la montagne, le 
poste du routier (1). Par malheur, aucune ruine ro- 
maine n'est signalée de ce côté : les « tours » de la 
carte au 1/200,000" sont le plus souvent des tours de 
guet berbères, fort récentes. Le point choisi, d'autre 
part, serait, comme Henchir-El-Hadjar tout à l'heure, 
excentrique à la vallée que devaient suivre les routes 
de caravanes. L'importance, enfin, des ruines que j'ai 
étudiées à Kalaat-Benia, la présence de la claiisura 
elle-même, dressée sur la grande route à l'endroit où 
elle sortait des sables pour entrer dans les cultures, 
suffit, je crois, à justifier l'hypothèse de Tissot. 

Mazalanzur, Puteo, Aggarsel, — Bir-Ghezen, Bir- 
Abdallah, Douz (2) — Je le veux bien ; mais l'unique 
chose que j'en puisse affirmer est que ces points 
étaient « par là ». 

Mais nous devons noter, en passant, qu'une route 
secondaire se détachait à Puleo de la grande route 
du Nefzaoua, montait à l'Est, gagnait Tinzimedo 
(Bordj-Zoumit) (3) dans la montagne et — à l'époque 
de la Table de Peutinger, — se prolongeait encore 
un peu plus loin ù l'Est. 



(1) Tnulaiii (Noies sur quelques cotes romai/ies de. l'Afrique Pro- 
consulaire. Mélaïujvs. Oct. 7695, j). 207;. 

(2) 1 issul, 0/1. cit,. II, pp. CSG ol 087; Toutaiii, v/i. cit., j.p. 207 et 208, 

(3) Tissot, op. cit., ii, p. 088. 



- 89 - 

2° De Gabès ou Djerid, par la montagne : 

Tacape col 

X 

Martae 

XXVI 

Afas Lupeici 

V 

Augarmi 

XXV 

Ausere flumen 
» 

Puteo 
» 

Laminie 
» 

Veri (Table) 

Tingimie 
» 

Putam 

» 

Aggasel (Anonyme) 

La route parcourt d'abord la plaine de l'Arad. Elle 
dessert Mareth (Martae) Ksar-Koutin (Augarmi) et 
de là court au Sud vers l'Oued-Neffelia (M. Tissot) (1) 
ou vers l'Oued-Bou-Ahmed (M. Toutuin) (2), ou peut- 
être vers quelque oued plus rapproché, qu'une cor- 
rection de XXV en xv nous autoriserait ù voir dans 
rOued Metameur ou l'Oued-Medeninc, ù l'entrée des 
routes de la montagne. 

De là, tournant très probablement à l'Ouest, elle 
gagnait des points que nous ne pouvons encore dé- 

(1) Tissot, op. rit., II, p. 094. 

(2) Toutain, loc. cit , p. 213. 



- 90 - 

terminer, Puieo, Laminie, Veri, où des philologues 
autorisés ont cru reconnaître la racine berbère \'r, 
Fr, caverne — ce qui nous amènerait chez les Tro- 
glodytes et nous autoriserait à chercher Veri dans 
le pays de Smerten ou d'El-Hamlia (1), puis, au tra- 
vers de la montagne, ainsi que nous l'apprend l'Ano- 
nyme de Ravenne, elle gagnait Tinzimedo, sur l'Oued- 
Hallouf et rejoignait, à Puteo, la route du Nefzaoua. 

3° De Gabès au Nefzaoua : 

Aquae — Agarlabas — Turris-Tamalleni ~- El- 
Hamma, Aïn-Fratis ou Aïn-Tasserah, Telmin (2). — 
Cela ne souffre aucune difficulté. 

4° Du Nefzaoua en Tripolitaine : 
Turris-Tamalleni 

XII 

Ad Templum 

XXX 

Bezereos 

XXXII 

Ausilimdi 

XXII 

Agma 

XXX 

Augemmi 

XXX 

Tu la la li 



(1) C"oFt avec la plus grande liiuidilé que je iircsonte cet enseniMe 
d'iiviiollièscs : je n'ignore pas notainnient (pio je suis en contradiction 
avec le tracé de la TaijUî qui mène droit au Sud la roule de Veri. Je ferai 
renianpier cependant (juc ce tronyon de roule ne semble pas dessiné sur 
des renscigncincnts très précis : c'est à partir du point où je crois néces- 
saiie (le faire tourner la roule à l'Oiu^st et où la Table le mène vers le 
Sud (Auscrc l-'liinicni rpu' niant|ue tout à coup l'indicalion des ilislances. 
On in'ai'ciirdera, d anhc pari, (pie si celte roule, conlbrnu'ment au l(>xte 
de i'Aimnvnic doil, d'Auyainii, gagner Tin/inicdo, il cj-l ('{range ipie Vi'ri, 
station intermédiaire, se trouve dans la direclion justement opposée ; 

(2) Tissot, op. cit., ii, p. 70<). 



— 91 — 

Celle-là a donné naissances aux hypothèses les 
plus fantasques. 

A n'en retenir que la partie tunisienne, nous en 
connaissons les deux houts, Telmin et Tlalet. Mais 
entre ces deux points se dresse le massif du Djebel- 
Demmer : M. Tissot a cru devoir le contourner par 
le Nord : la route, partie de Gabès sur Tehnin par 
le nord du Tebaga, serait revenue d'abord de Telmin 
à Gabès par le sud du Tebaga, en suivant la même 
direction que celle de Nefta à Gabès, mais sans avoir 
avec elle une seule station commune : elle aurait 
couru à ses côtés pendant cent trente kilomètres, 
dans une vallée large de trois lieues, sans la rencon- 
trer nulle part : après cent soixante-douze milles 
parcourus, le voyageur étonné se trouvait à six heu- 
res de son point de départ. De là, reprenant une 
nouvelle ardeur, la l'oute s'enfonçait vers le Sud (1). 
M. Toutain n'a pas eu de peine à démontrer toute 
l'incohérence de ce tracé (2). Il a témoigné de plus de 



enfin, j'ostimc quo Icxamen do la carte et la connaissance du pays doi- 
vent, en semblalile occurrence, passer avant le ros|iect dû aux copies des 
moines du moyen ;\îi;e : si quelque manuscrit nous montrait une chaussée 
romaine sur le front du Cervin, nous entrerions en défiance : — 11 n'y 
a, pour franchir le Djel)el-Demmei\ dOuest en Kst, «pie cinq passades 
])raticaldi's : la double, vallée (\o l'Oucd-Ciuermessi et de l'Oued-naiiira, où 
s'élevait Talalati. 11 non saurait être question ici; — celle de l'Oued-Kel- 
Rochel) et de rOued-Kl-Khil, où se trouve Ksar-Benia des Ouled-Mahdi 
que j'ai, comme on le verra plus loin, de fortes raisons de ne |ias identi- 
fier avec Veri ; — celle de rOuod-llallouf et du Foum-Ilalluuf (]in passe 
à El-IIamlia et aboutit à Mefanieur — celle île l'Oued-Smertcn et du 
Fi)um-Nci:uei) qui n-imit directement Tinzimedo à Aufjarmi ; Bordj-Zou- 
mit et Ksar-Koulin — le passa^'e, enfin, de Toujane entre Maretb et les 
Tame/red ; celte roule est hors de caus(\ comme trop sepl<Mitriimale. — 
Entre la route de Smerten et celle d'Kl-llandia j hésiterais assez. V(don- 
tiers ; mais la seconde permet de suivre les indications de la Table un peu 
plus loin, juscju'à l'Auscre Flunun (Oued-Melameur ou Oued-Mcdenine), 
rapporté à quinze milles d'Au^rarmi; idle jiasse ensuite auprès dEI-lIam- 
lia, iiù la carie au l/200,(IOl)« tfi'uill«> de Ksar-Mrdfiiinei M-nale de imm- 
breuses ruines romaines : ce serait vers El-llandia que je chercherais Veri. 

(1) Tissot, op. cit., 11, ]ip. 702,707. 
(2; Toutain, op. cit. pp. iiO, 222. 



- 92 - 

confiance dans le bon sens des ingénieurs romains, 
et il a montré bien aisément que c'est par le Sud 
qu'ils avaient tourné la montagne — comme ils eus- 
sent tracé un chemin couvert en avant d'un rempart. 

Mais je crois que le tracé de M. Toutain peut être 
amendé à son tour. Il croit retrouver le nom de 
Bezereos dans celui de Bir-Srea. Il relève, cinquante 
milles plus loin, comme le veulent les itinéraires, le 
poste de Ksar-Rhelane, et il y voit Ausilimdi. De là, 
il gagne Tlalet, mais il ne sait où placer Agma et 
Augemmi ; il reconnaît que le tracé proposé n'est que 
de quatre-vingt-dix kilomètres pour la portion Ausi- 
limdi-Talalati, alors que les routiers en exigent cent 
trente-deux, et il se contente de présenter comme 
vraisemblable un tracé qui, dit-il, à l'avantage de 
suivre la grande voie stratégique du sud tunisien. 

Mais cela malheureusement est une erreur : il n'est 
pas de grande route saharienne sans eau — et celle-ci 
en manque complètement : Bir-Srea est un pauvre 
puits; à El-Hagueuf (Ksar-Rhelane), au rapport de 
nos officiers (1) l'eau est rare, et le puits très sou- 
vent à sec en été. De là à Tlalet, pas un puits, pas 



(1) « La récrion sans eau du Sahara est délimitée par une ligne allant de 
Zouinit ;'i Bir-Bou-Bokour-En-Noiiji. Djobcl, ISir-Kli'b, AK»ilot-Kl-Mra7.isue 
et Bii-En-.Nouur. Au Nord, il y a de l'eau partout ; au Sud, nulle part. 
IL /l'y apas de puits, /nômvs r-omaiiis, à El-IJnfiW'uf. [Sic. — Ceci est 
en contradiction formelle, je dois le dire, avec le témoignage des OiTicicrs 
du service toi»o;;rapliique, rapporté i)ar M. Cagnat , Armée romaine 

d'Afrique, \) OfiO : « Les Oglot-Kl-IIagueuf où l'on remarque un 

graiid nombre do jiuits condilés aujourd'hui jiour la jikipart » ] « Peut- 
être |)ourrait-on y réussir un puits artésien — et encore ! La roche est 
dure et l'eau basse. » — « Kl-llaf;uouf est sur la frontière des Mrazigue et 
des Adara. L'eau est si rare dans la région, (pie dans l'été de IMW, année 
de sécheresse, il est vrai, ils perdirent autour de ce |)oint quatorze mille 
huit cent cintpianle chèvres et moutons » (Notes manuscrites\ — Arr/iircs 
du Bureau des iviiseinnements de KehiUi). « L'eau à Kl-IIagiu>iif est 
rare. On pourra peut-ôtréy laire un puits artésien, mais il faudrait creuser 
jus(ju'à cent soixante mètres). » Hap|port de l'ingénieur Cornelz, Arc/iiccs 
de heOilliJ, 



— 93 — 

un redir (2). La véritable grande route en ces régions 
est la vallée de rOued-lIallouf. 

En matière d'archéologie africaine, l'anachronisme 
est une méthode : c'est là que nous avons ouvert la 
voie carrossable qui du Nefzaoua gagne El-Hamlia et 
pénètre au cœur de la montagne : c'est là que je cher- 
cherai la route de Telmin à Tlalet. 

Quittons Tlalet, remontons la vallée de l'Oued- 
Guermessi, traversons la montagne : avant d'arriver 
au Sahara, à trente milles de Tlalet, nous devons 
trouver un poste romain : or, le Benia des Ouled- 
Mahdi, le chef-lieu probable du « limes Montensis » 
est devant nous. Il s'appellerait Augemmi. Je me gar- 
derai de m'engager dans les chemins périlleux de la 
philologie berbère : je ne puis pourtant m'empècher 
de signaler que M. de Calassanti Motylinski, dont on 
connaît les savants travaux sur le Mzab et les dialectes 
africains, n'a pas hésité un instant devant ce mot : 
« Augemmi, dialecte Nefousi. — Signifie : Champ, 
jardin planté d'arbres, terre cultivée dans la monta- 
gne, très vieille exiiression dont il y a des exemples 
curieux dans le Ciar Nefousa. » — Et je ne puis m'em- 
pècher de penser que nul paysage mieux ciue cette 
petite plaine circulaire piquée d'oliviers et entourée 
de montagnes, ne peut mériter le vieux nom Nefousi. 

Continuons notre route vers le Nord : à trente 
milles, nous devons trouver Agma. Etait-ce bien 
Agma ? Je n'en sais rien, mais à trente mille du 
Benia des Ouled-Mahdi, il y avait un poste romain. 

C'est, dans son état actuel, un travail de très basse 
éjioque, irrégulièrement dessiné en un quadrilatère 

C2) « Région inexplorée, accidenlée et sans eau » dit la carie au 1/200,000° 
(Feuilles de Douirat et d'El-Merhotta). 



— 94 — 

de trente mètres de côté, et grossièrement construit 
en blocage. Les murs, très épais et recouverts d'un 
enduit blanc ont été arrondis au sommet pour rendre 
l'escalade plus malaisée. 

Un réduit central semble recouvrir des chambres 
voûtées. Une citerne en forme de bouteille, de trois 
mètres de diamètre , est , à cinquante-huit mètres 
plus loin, enfoncée dans le lit de l'Oued, réserve bien 
précaire, mais indispensable, des défenseurs de Ksar- 
Tarcine, qui peut-être fut Agma (PI. IV, fîg. 1 et 2). 

A vingt-deux milles plus loin, nous devons trouver 
Ausilimdi. Nous y trouvons, en effet, un poste ro- 
main : celui deTinzimedo, car nous arrivons à Bordj- 
Zoumit ; et je ne puis, encore une fois, m'empècher 
de penser que le minuscule du septième et huitième 
siècles, comme la lombarde du neuvième au treizième 
rendait bien facile la confusion de Au et de Tin. 

Bezereos, à trente-deux mille plus loin, ne me 
semble pas plus facile à déterminer que Puteo, Maza- 
tanzur ou Aggarsel — mais tout autant : lui aussi, 
il devait être : « par là. » Après deux nouvelles étapes 
de trente et de douze milles, nous arriverons enfin à 
Ad Templum et Turre Tamalleni, Kebilli et Telmin. 

Je ne m'exagère pas le degré de certitude que peu- 
vent présenter ces identifications et je n'ignore pas ce 
qu'il y a toujours d'aléatoire en pareille besogne. Je 
crois pourtant qu'elles permettent de respecter le 
texte de l'Itinéraire et sont conformes aux nécessités 
du pays. 

Je croirai donc, jusqu'à preuve du contraire, que 
deux routes militaires suivaient les deux versants du 
Tebaga, pour relier à Gabès le Nefzaoua et le Djerid ; 
qu'une autre partant du Nefzaoua, remontait l'Oued- 
Hallouf et reliait les uns aux autres les postes de la 



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PI. V. 



— 95 — 

montagne, le limes Thamallensis au limes Bezerentamis , 
le limes Montensis au limes Talalalcnsis, qu'une autre, 
enfin, partait de Tucapc parallèlement à la route de 
Tripoli, abordait le flanc oriental du Djebel-Demmer 
à la hauteur du pays des Ti'oglodytes, le traversait, 
et aboutissait h Bordj-Zoumit, mettant ainsi en rela- 
tions directes le Sahara et la Méditerranée (1). 

• 
* * 

Clausurae, tours et forts, limites et routes militaires, 
ce ne fut pas encore assez pour la défense de la pro- 
vince : Quand, sous l'effort des barbares, la frontière 
céda, les murailles impériales tombèrent en ruines, et 
les forteresses romaines devinrent les places d'armes 
des rois maures. Chaque colon alors se fortifia chez 
lui. Et de toutes parts s'élevèrent des constructions 
nouvelles, petites, le plus souvent, mais bien closes. 
On n'en avait pas demandé le modèle aux ingénieurs 
romains, et des architectes grecs n'en avaient pas 
dessiné le plan : l'idée semble en être née à la fois 
chez tous les habitants de l'Afrique envahie : comme 
les Byzantins réduisaient les villes qu'ils ne pouvaient 
défendre, les paysans réduisirent leurs fermes : ils 
bâtirent seulement des greniers fortifiés : des voûtes 
en berceau, accolées parallèlement les unes aux au- 
tres, parfois superposées et recouvertes de terrasses, 
protégées souvent par un double mur, tel fut un pre- 
mier type que nous retrouvons à Ksar-Djeyacha, h 
quelques milles de Tlalet (PI. V, fig. 1 et 2). 

D'autres ouvrirent sur une cour centrale des écu- 
ries, des caves et des greniers. Ils y employaient de 



( I ] C'est une route analogue à celle-ci et destinée à unir la côte au Sahara 
que M. Lecoy de la Marche a retrouvée au sud de Gigthis. Mais les textes 
anciens n'en parlent pas, ce qui nous autorise à y voir une voie secondaire. 



- 96 - 

fort beaux matériaux qu'ils surent monter très haut. 
Ils élevèrent berceau sur berceau, étage sur étage, 
ménageant seulement des meurtrières dans les murs 
très épais ; dressèrent une tour menaçante sur une 
unique porte très resserrée, et compliquée de tour- 
nants multiples . Ils n'habitaient pas ces Ksour : 
ils recommençaient de vivre dans leurs champs, sous 
la tente ou sous le gourbi, mais, derrière les murs 
de pierre, ils enserraient leurs récoltes et du sommet 
de la tour, des veilleurs guettaient les razzias des 
cavaliers du Sud. 

De ce nouveau type fut par exemple le Ksar que 
l'on appelle aujourd'hui Henchir-Madjeni, à côté de 
Ksar-Koutin (1) (PI. VI, fig. 1, 2 et 3). 

Ces constructions ont leur très grand intérêt : elles 
nous racontent les transformations de l'Empire, Tim- 
puissance du Gouvernement, le moyen-àge succédant 
à l'antiquité, l'initiative individuelle à l'action de l'Etat 
la naissance des Seigneurs et des châteaux, la nais- 
sance aussi de l'Afrique moderne : elles sont le pro- 
totype romain des ghorfas de Metameur et de Mede- 
nine, de Ksar-Beni-Khezer et de Ksar-Beni-Barka. 

Mais je bornerai à les signaler ici : car elles n'ont 
apparu qu'au jour où l'on renonça au plan rationnel 
de défense que j'ai tâché d'exposer, qui avait dressé 
contre les Barbares trois lignes fortifiées, tracé dans 
la montagne un chemin de ronde, et lancé vers 
le désert trois routes de pénétration (2). 

P. BLANCHET. 

il) Carton. Eiiqw'to sur les tracaux hydrauliques des Romains, 
dans le sud de la Régence de Tunis (Bulletin archéologique du 
Comité des Tracauœ historiques, 1888, n" 3, p. 441). 

(2) Je n'ignore pas queje me trouve, au sujet des constructions « byzan- 
tines « de Ksar-Ouled-Khadi en contradiction formelle avec M. Diehl 
(Afrique byzantine, pp. '229, 232); mais ceci est une question queje 
demande la permission de réserver pour un prochain article. 



. ficncliirJlhniinu . 

i\-hAlcMo,L>û6i.<' I mclrc. 
À 




/T. .-> 



\Kcnclur- lUadiciii 
C?cni|.v .'Il A B 

it^cliclli: iic iWoS^y': lincbv. 



IM. \ I. 





RAPPORT 



/ > 



SUR LES TRAVAUX EXECUTES 



LA KALAA DES BENI-HAMMAD 

PAR 

M. BLANCHET, 

J^GRÉGÉ D'HISTOIRE, 
^EMBRE TITULAIRE DE LA ^OCIÉTÉ 



Monsieur le Président, 

Vous avez bien voulu proposer à la Société Ar- 
chéologique de Conslantine, dans sa séance du 12 fé- 
vrier 1897, de me confier la mission d'étudier les 
restes de la Kalaa des Beni-Hammad. La Société 
s'est empressée de déférer ù votre vœu. J'ai l'honneur 
de vous soumettre aujourd'hui le résultat de mes 
travaux. 

Mes fouilles, sans doute, n'ont duré que dix jours, 
du 15 au 25 avril ; mais les résultats acquis font 
déjà le plus grand honneur à l'heureuse initiative de 
la Société : tel est du moins l'avis des juges les plus 
compétents, en matière d'archéologie musulmane : 
MM. Houdas, Saladin, Van Berchem, Max-IIerz-Bey, 
à n'en citer que quelques-uns. 

7 



— 98 — 

L'élude de la Kalaa, en effet, nous introduit en un 
domaine peu connu : nous savons fort bien quelle 
fui la succession des dynasties africaines; les chro- 
niques nous ont gardé le nom des émirs et de 
leurs conseillers ; et le soin des chancelleries nous a 
conservé le souvenir des batailles et des traités ; 
d'excellents travaux modernes nous ont, en réunis- 
sant ces données, rendu l'histoire politique de la 
Berbérie au moyen-àge. 

Mais l'histoire de la civilisation berbère reste sin- 
gulièrement plus indécise : une histoire littéraire et 
philosophique de l'Afrique du Nord, depuis l'appari- 
tion de l'Islam ; une histoire de l'art, une archéologie 
du Maghreb, manquent encore à nos bibliothèques : 
je ne saurais trop. Monsieur le Président, vous 
remercier, et remercier la Société Archéologique de 
Constantine d'avoir bien voulu me choisir pour com- 
mencer de combler celle lacune. 






Les ruines de la Kalaa ont été signalées à maintes 
reprisco ; mais elles n'ont jamais fait l'objet d'une 
étude méthodique : 

Un article de VAhkbar, de février 1852, quelques 
lignes dans la iraduction des Prolégomènes (1) et de 



(1) « Kl-Cala, appelée aussi la Cala des Beni-Haniinail, était située à 
une journée nord-est d'El-Mcciia « Ibn-Khalioun, Prulvijomcnc,<, tr. de 
Siane, t. I, p. 3"20, n. 5. — « l.a Cala dos 13cni-Hanunad était située à 
environ sept lieues au nord-est d'El-Mwila. » Ibidem — t. ii, p. 11», n. 3. 
— « El-Cala, la capitale des états gouvernés par les Zirides-Haniniadites, 
était située à une journée au nord-est d'El-Mecila. » Ibidem — t. u, 
p. 'i'.W, n. '2. — K Le minaret de la Cala est encore debout : il est situé 
a environ sept lieues au nord-est d'El-Mecila, » Ibidem - 1. n, p. 243, u. 3. 



— 99 — 

l'ilisloire des Berbères (1) d'Ibn-Khaldoun, par M. de 
Slane; deux allusions de M. Féraud, dans sesflisloires 
de Msila{2)et de Bougie(3); une indication topographique 
dans V Histoire de l'Etablissement des Arabes en A/riqiœ, 
de M. Mercici" (4; ; des notes un peu plus dévelop- 
pées, de M. Goyt, dans le Ikcueil de Conslanline, 
de 188G (5) ; un article de M. Mécjuesse, dans la 
Reçue Africaine, de la nnème année (G) ; voilà, à ma 
connaissance, la bibliographie actuelle du sujet (7). 

Je voudrais retracer ici, en f|uclques mots, l'histoire 
de la Kalaa ; rechercher dans les auteui-s arabes les 
descriptions qu'ils nous ont laissées de la ville et de 
ses monuments ; et vous présenter, Monsieur le 
Président, ceux do ces monuments que j'ai pu re- 
trouver. 



(1) « Calât 13oni-IIammail, ville forfo à une journée nonl-ost d'El- 
Mecila. Rien no reste de la Cala, aiicieniie eajutale des nfiii-Haniiiiaù, 
excepté la tour de la grande mosciuce, inouunieiit eoiislruit eu pierres 
de taille et avec un certain goût »> de Slane, Table géographicfue, en 
tête de l'Histoire dos Berbères cZ'lljn-Khaldoun, t. i, p. Lxxv. 

et) «Dans une localité où les pierres sont rares (Msila\ les Arabes du 
dixième siècle ne pouvaient pas exécuter les travaux importants dont 
nous admirons les ruines à 'J lemcen, à la Kalaa et à Dougie. » Féraud, 
Histoire des cilles de la Vrooincc de Constantim'. Msila. Recueil 
do Consiantino, t. xv, p. 'Si'2. 

l3) M. Féraud reproduit dans cet article CHistofn s des c/7/c* de la 
Prooinrc de Cmistanti/ie. linuf/ie. Henieil de Constaiitiiu', t xni) les 
passages ilIbn-Klialdoipi relatifs à laKalaaqv litji: et les pages où M. de 
Mas Latrie a raconté, d'apiès la i'/nmiifiue du Mont Cassin, comment 
il y avait une chrétienté indigène à la Kalaa (p. Wi.) 

(4i « El-Kalaa 'appelée aussi Kalaa <les Beni-IIarMinad). Place fortifiée 
dont les ruines se voient encore à une étape au nord-e^t île Nh-cila. i 
Mercier, Histoire do rL't((ùlissenicnt dos Arabes eu A/ritfue^ p. 38:1. 

(5) I/arliclc est consacré aux • monuments mégalitliiqucs des Ouled- 
Ilanneche. » (Heeueil de CoNstandne, t. xxivi. l'est incidemment (|ue 
M. Goyt signale « l'aspect romain » des ruines de la Kalaa et indiijue, 
avec beaucoup de précision, d'ailleurs, ()uel(iues-ims des |)rocédés de 
consiruclion (piil y a remarqués ipp. 77 et 78;. 

(G) L'article de M. Méquesse n'est i|u'un recueil de traditions et légendes 
locales. La tiesi ription <|u'il donne des ruines est tout à fait insulfisanle. 
(Reçue Africaine, }f>àiO. p. 'MOj. 

(7^ Il y faut ajouter, depuis l'an dernier, un article de M. Fagnan, 
dans V Algérie Noucelle, article dont je nie réserve d'éludier plus tard 
les conclusions. 



100 - 



« 
* • 



L'on sait les grandes lignes de l'histoire du Maghreb 
au dixième et au onzième siècle : la révolte de l'héré- 
tique Abou Yezid qui vint menacer, jusque dans 
Mehdia, le Khalife Obeidite ; l'affermissement de l'au- 
torité d'Ismaïl El Mançour, par les victoires du Ber- 
bère Ziri ben Menad sur les peuples Zénatiens, le 
départ d'El Moezz-li-din-Illah pour l'Egypte, et la 
nomination comme gouverneur des provinces occi- 
dentales du Berbère Bologguin ben Ziri ben Menad. 

Le Khalife, avant toute chose, lui avait recom- 
mandé de ne jamais confier de commandement à ses 
parents. Bologguin n'en tint pas compte ; El Mançour, 
son fils, fît de ses provinces des apanages pour les 
siens; Badis, son pelit-fils, suivit les mêmes erre- 
ments ; l'ambition poussa un grand vassal à se dé- 
clarer indépendant, et un royaume nouveau naquit 
dans le Maghreb. 

Hammad, qui en fut le fondateur, était père d'El 
Mançour et fils de Bologguin ; c'était un général heu- 
reux qui avfjit délivré de Ziri ben Alia et de ses 
Zenata, Msila, Achir et Tehert (1); c'était un habile 
politique qui s'était t.iit nommer gouverneur d'Achir, 
et avait obtenu de son neveu Badis la promesse for- 
melle de ne jamais lui enlever son gouvernement (2) ; 
c'était un homme intelligent; il n'oubliait pas que 
cinquante ans i>lus tôt, il avait fallu à son aïeul Ziri 
de longues années et de dures campagnes pour triom- 
pher d'Abou Yezid, reti-anché dans les montagnes 

(1) lliii KIimUIouh, II'" des Bvrbvrc!^, Ir. de Slaiio, li, \k 17, cl ill, p. t2i7. 

(2) /(/. Ibid. II, p. 43. 



— 101 — 

inexpugnables du Hodna (1); il savait que les Ziridcs 
avaient dû leur grandeur à la force de leur capitale, 
Achir, perchée au sommet du Kef-Lakhdar (2) : avant 
de se proclamer indépendant, il commença de se 
construire une forteresse inabordable : il choisit un 
plateau abrupt au pied du Djebel-Tagarboust , là 
môme oîi si longtemps Abou Yczid avait bravé le 
Khalife ; et il y éleva le Château de Hammad, Kalaat 
Hammad (3). 

Il en confia la construction 5 des esclaves chré- 
tiens d'habileté renommée (4). Il ruina et vida, au 
profit de la nouvelle ville, les deux cités de Msila et 
de Hamza (5) ; il y appela, d'autre part, la tribu des 
Djeraoua (G) ; sa capitale aurait ainsi des citadins 
pour habitants et d'intrépides montagnards pour dé- 
fenseurs (7). 

Il avait raison de se hâter : Badis, inquiet, revint 
sur sa promesse; il voulut enlever à son oncle Tidgis 



(1) Ibn Ilammaci, fr. par Cherbonneau, Journal Asiatiqw\ 1852, 
pp. 487-493. 

(2) 11)11 KliaMi)uii,o/), cit., il, p. G. — En Noweiri, dans k's Appendices 
a Ibn K/iali/otui, appcnilice n» 1, t. il, p. i89 — Une noie inti'ressanle 
do M. BerijiuggcT (loc. cit.. p. WO) semble in(lii|uer(jue des fouilles faites 
a Achir pourraient elles aussi donner de sérieux résultats. 

(3) Ibn Kbaldoun op. cit. i, p. 28.J. 

(4) Je tiens à mentionner ici le nom de ce «• Houniache, esclave chrë- 
tien 1) (pii aurait construit les monuments de la Kalaa. et dont parle Ibn 
Hammad (J. .\s. 18.'il>, p. VJ'3). Je ne veux pas étuiiier on ce moment 
1 iiilluencei(ue oo i> chrétien " put avoir sur l'architoclure baunnadite : cette 
étude viendra mieux à sa place au cours d'un prochain article. 

l5} Ibn Kbaldoun, H'- des Berbères, il. p. 4:j. 

(6) Id. Ibid. 

(7) Ces Djeraoua étaient les descendants des sujets de la Kabona, et 
des soldats du patricc de Sufolula dbii Kbaldoun, i. pp 2(iH et ^KJ, m, 
p. 1'J2 . lis avaient Inn^^uemcnt lutté conlie b^s Arabes, et devaient être 
d'assez tièdes musulmans 11 est curieux de Imuvcr à i'<)ri(,'ine de celle 
ville où le clnislianisme fut toléré, comme nous le verrons plus loin, 
une population (lui avait iirofessé la religion juive (Ibn Kbaldoun, i' 
p. 208^ : les Berbères évidemment n'étaient pas des fanatiques. 



— 102 — 

et Constantine. Hammad refusa d'obéir, se déclara 
indépendant, revêtit la robe noire des Khalifes de 
Baghdad, envahit l'Ifrikiah, enleva Beja et menaça la 
capitale Ziride ; mais son neveu, pendant ce temps, 
envahissait le Maghreb central. Maggara était prise, 
Achir occupée, la Kalaa menacée ; les Berbères, à 
peine soumis par Hammad, s'enrôlaient sous les dra- 
peaux de son adversaire; l'armée hammadite fon- 
dait, au contact de l'héritier légitime de Ziri. Il fallut 
revenir en ai*rière, reculer du Chelif au Seressou et 
au Hodna, s'enfermer dans la ville nouvelle : Badis 
accourut, et l'assiégea (1). 

Sa mort soudaine lut le salut de Hammad. I! lais- 
sait un fils de huit ans, El Moezz; les contingents 
Zirides regagnèrent Mehdia pour y proclamer le petit 
Gouverneur; Hammad saisit l'occasion , reprend 
Achir, lève une nouvelle armée, marche vers l'Est, 
et se fait battre à Boghaï. Vaincu, il commença à 
parler de paix, et il envoya à Kairoaii son fils El Caïd 
pour en discuter les conditions (2). 

On lui fit grand accueil (3) et on lui céda tout ce 
qu'il voulut : les Zirides, malgré Baghaï, ne se sen- 
taient pas la force de lutter |)lus longtemps : le traité 
de408(1017)consaci'a l'existence du nouveau royaume : 
El Moezz laissait à son graiid-oncle Msila, Tobna, 
le Zab, Achir, Teliert, et tout ce qu'il pourrait con- 
quéi'ir au Maghreb (4). 

(1) Ibn Khaldoun, op. cit., ii, pp. 18 et 45. 

(•2) /(/. Ibid. II, p. 45. 

''M El Kairoani, tr. IVIissier CA'ir/'^ .'■•cifntipquc.'' c/c l'AIçfi'rlc) p. 139. 
El Moe//. lui assii,'iia une ponsion ilc trois inilio iliafliinos par jour, se 
chargea de reiitrelieii île l'auihassado ; lit délivrer de riches viMeinenls 
à la suite d'EI C aid et lui lit persoiuiellemeut don de treille junieiils 
carapaçimiiées d'or. 

(4) Ibu Khaldoun, //" des Bcrbcixs, il, p. J'J. 



— 103 — 

Plus tard, l'émir de Mehdiya déplora la faiblesse 
de ses conseillers ; il ténia la reconquête du pays 
cédé, et pendant deux ans assiéga la Kalaa (1040- 
1041), mais il dut renoncer à son enti-eprise, rentrer 
en Ifrikiah et respecter, dès lors, l'intégrité du royaume 
hammadile (1). 

Les Zirides ne devaient plus faire de conquêtes : 
en lOiS, El Moezz rejeta l'autorité fatimite et se pro- 
clama vassal des Abbassides. Le Khalife du Caire se 
vengea en livrant aux « loups ■> hilaliens le territoire 
du sujet infidèle. L'itrikiah fut mise à feu et à sang ; 
les Arabes bloquèrent l'émir dans Kairoan, et lui 
enlevèrent tour à tour toutes ses places fortes (2). 

Mais ils ne touchèrent pas au royaume voisin : 
El Caïd ben Hammad voyant venir l'orage, avait 
repris la livrée blanche ; le Fatimite l'en avait récom- 
pensé par le titre de Cheref ed Daula, « Noblesse de 
l'Empire», lui avait montré l'Ifrikiah sans défense, et 
l'avait convié à la curée (3). 

Rien ne résista au fils de Hammad, allié des Béni 
Hilal ; Tunis fut prise (4) ; Kairoan, vendu par son 
gouverneur (5) ; Sfax, le pays de Kastilya, Biskra, 
Ouargla même, reçurent des garnisons hammadi tes (6); 
Fez, dont l'émir, une première fois, s'était humilié, 
fut définitivement réduite (7) ; Tlemcen, un |)eu plus 



(Il Ibn-Klialdoun, //" des Berbères, li, p. lU. 
(2) Ici. Ibid. II, p. 21. 

(3i td. Ibid. II, p. iO. 

I*' /</• Ibid. II, p. 22, 

lij) Baian, ap. Ibii Klialdoun, II" des Berbères, ii. p. 2.3. n 1 — 
Je préfèro la version du liaian au lexto inexplicahle dlljii Khaldonu. 
(()) Ibn Khaldoun, op. cit., M, pp 47, iS et .'H). 

(7) En lOjJH, soumission de Hammam ben Ziri ben Alia à El Caïd ben 
lanunad ilbn Mialdoun, op. cit., ii. p. «i). En I0(V2, prise de Fez. par 
Bologguin ben Mohanuned ben Hammad (Id., Ibid., u, p, 47; 



— 104 — 

tard subit le même sort (1) : TEmpire hammadite au 
milieu du onzième siècle, s'étendait de Tunis à l'Atlan- 
tique, du Grand Désert à la Méditerranée (2). 

Le « Château de Hammad •> était devenu une 
grande ville ; c'était, nous dit El Bekri, « un centi-e 
commercial où affluaient les caravanes de l'Irak, du 
Hedjaz, de l'Egypte, de la Syrie et de tout le Mag- 
hreb (3). » La chute de Kairoan y fit refluer de nom- 
breux émigrants; les Kharedjites venus de Tehert et 
du Sahara y coudoyaient les fidèles de la « famille 
d'Ali » (4) « les artisans, les étudiants s'y rendaient 
en foule des pays les plus éloignés (5). » C'était une 
ville de ressources pour les commerçants, les savants 
et les artistes (G) « C'était la capitale des Sanhadja, 
nous dit Edrisi, l'entrepôt de leurs trésors, de leurs 
biens, de leurs munitions de guerre, et de leurs blés..,. 
On y vendait de prodigieuses quantités de fruits. . . . 
C'était une ville riche, populeuse, remplie de beaux 
édifices et d'habitations de toute espèce (7). 

Tout les peuples du Maghreb subissaient l'ascen- 
dant de la grande ville. Les tentes contaient sa ri- 



(1)En 1102, victoire d'El Mansour sur Tlcmcen (Ibn Klialdoun, ii, p. 54). 
Il est (Hraiige (|uc le Roalul- E l - Cartas ne fasse mention ni de cette 
expédition ni des deux précédentes, 

(2) Ibn KhrûAoun, ProlcQomcncs^ tr. de Slane, t. ii, p. 118, donne 
l'Auiès comme frontière méridionale : c'était là, sans doute, que finis- 
sait le pays réellement soumis : mais il y avait des postes isolés plus 
au Sud. 

(3) El Bekri, Description de l'Afrique, tr. de Slane, p. 120. 

(4) El Borradi, Catalofiue des licres sacrés des Ibadites, iV 50, ap. 
Molylinski, Bibliogra/j/iie du M'zab, p. 23. 

(5) El Bekri, op. cit., p. 120, 

(6) Ibn Khaldoun, //" des Berbères, t. ii, pp, 43 et 4i. 

(7) Edi-isi, Description de l'Afrique et de l'Espagne, tr. Dozy et 
de Goeje, pp. 99 et lOG. 



— 105 — 

cliesse : cent chameaux arrêtés devant une seule bou- 
tique y avaient reçu leur charge de soie jaune ; deux 
cents outres d'huile, sorties d'un même réservoir, y 
avaient été éventrées, parce qu'une souris morte — 
chose impure — avait été trouvée en l'une d'elles (1). 
Hammad, dans El-Bekri déjà nous apparaît comme 
un personnage légendaire, puissant, riche et sage 
comme Salomon (2). Et, deux siècles après sa mort, 
le peuple attribuait aux géants la construction du 
minaret de la Kalaa (3). 

Cette prospérité ne devait pas être de longue durée : 
la famille hammadite était déchirée de dissensions : 
Mohcen ben El Caïd donnait l'ordre d'assassiner son 
cousin Bologguin, qui le prévenait et lui ôtait la 
vie (4) ; Bologguin, soupçonnant sa cousine d'avoir 
empoisonné son frère Mocatel, le faisait mettre à 
mort (5) ; En Nacer vengeait sa sœur par le meurtre 
de Bologguin (6) ; El Mansour, de sa propre main, 
tuait sa femme et voyait son beau-frère se soulever 
contre lui (7) ; Belbar, son oncle, jîrenait les armes 
en même temps (8) ; Abou Yokni et Ouighlan ben 



(1) Mequesse, La Kalaa des Béni llaiumad, (Becuc Africaine 1886, 
p. 301. Ces légendes sont évidemment, en leur forme actuelle, bien pos- 
térieures à la destruction de la Kalaa. Elles indiquent, toutefois, com- 
bien la grande ville avait frappé l'imagination populaire. 

(2) El Bekri, op cit., p. 400, consacre un chapitre à la fmesse et à la 
générosité de Hammad. 

(3) Ibn Khaldoun, Prolégomènes, tr. de Slane, ii, p. 243. 

(4) Ibn Khaldoun, //" des Berbères, t. ii, p. 46. 



(5) 


Id. 


Ibid. 


t. 11, p. 47. 


t6) 


Id. 


Ibid. 


t. 11, p. 47. 


(7) 


Id. 


Ibid. 


t. 11. p. 53. 


(8) 


Id. 


Ibid. 


p. 52. 



— 106 — 

Mohcen, ses cousins, lui refusaient obéissance (1) ; 
les provinces éloignées s'agitaient : Il fallait, en 1074, 
cédei" le Zab et l'Oued-Righ (2), en 1094, reprendre 
Bône et Constantine (3). 

Les montagnards des environs de la Kalaa don- 
naient la n:iain à tous les révoltés, trop heureux si 
un coup de fortune leur eût permis de piller la capi- 
tale (4) ; et les Arabes, enhardis par leurs victoires 
sur les Zirides, commençaient d'insulter le territoire 
hammadite : ils tuèrent, en un combat, vingt-quatre 
mille hommes à En Nacer (5) ; ils forcèrent El Man- 
sour de signer un traité honteux dont les clauses fu- 
rent pendant cinquante ans religieusement obser- 
vées (6) ; ils couraient dans le Hodna, pillaient les 
villages et razziaient les troupeaux : on les voyait, 
du haut des murs de la Kalaa, guetter les impru- 
dents qui se hasardaient au dehors (7). 

En Nacer, dès 1067, sentit le besoin d'avoir une 
résidence mieux défendue ; il alla construire sur l'em- 
placement de l'antique Saldae, la ville à laquelle il 
donna son nom (8); sept ans ne s'étaient pas écoulés 
que l'on traitait la nouvelle ville à l'égal de l'an- 



(1) 


Ibn Khaldoun, 


W des 


Dor 


'bèrcs, p. 52. 


(2. 


Id. 




Ibid. 




p. 49. 


(3) 


Id. 




Ibid. 




p. 52. 


(4) 


Id. 




Ibid. 




t. 1. p. ^'85. 


(5) 


Id. . 




Ibid. 




t. II, p. 23, n. 2. 



(6) « Les Hilaliens continuèrent, après la défaite des Zirides. de mar- 
cher vers rOuost, juscpi'à ce (juils arrivèrent dans les états de Mansour 
beii Monlacir; ce prince lit la paix avec eux, à condition de leur aban- 
donner la moitié des récoltes de ses états, en dalles, froment, elc. . Ce 
fui Abdclmoumen le premier ([ui mit lin à ce tribut » Abd El Wahid 
El Marrekchi, Histoire des Alinohades, Ir. Fagnan, p. 192. 

(7) Ibn Khaldoun, //" des Berbères, t. ii, p. 52. 

(8) Id. Ibid. t. 11 p. 51. 



— 107 — 

cienno(l); en 1090, les incursions des Arabes ren- 
dant intolérable le séjour de la Kalaa, El Mansour 
transférait ù En Naceria, la Bougie actuelle, le siège 
de son empire (2). 

La Kalaa, sans doute, ne mourut pas en un jour ; 
mais le temps de la gi'andeur était passé. On en fit 
une prison : Belbar, en 1088, Abou-l' Fotouh ben 
Temim, en 1095, y expièrent leurs révoltes (3); l'éva- 
sion, en effet, n'en devait pas être facile; les Arabes 
tenaient la campagne, la garnison en était réduite è 
s'enfermer dans In ville, et il fallait une colonne pour 
. la ravitailler (4). 

En 1148, Yahyn ben El Aziz ben El Mansour, 
pauvre efféminé, (|ui gardait un fûclieux souvenir 
d'une pareille chevauchée faite du vivant de son père, 
renonça définitivement à la Kalaa : il y fil un dernier 
voyage, la dépouilla de tous ses ornements et fit por- 
ter à Bougie tous les objets de valeur qui y restaient 
encore (5). 

La Kalaa n'était |)lus qu'une ville de second ordre; 
elle ne put résister aux Almohades qui, en 1152, y 
entrèrent d'assaut, la brùlèi'ent et semèi-ent, nous 
dit-on, dix-huit mille cadavres dans les rues (G). Elle 
devait, trente-trois ans ])lus tard, l'ésister moins en- 
core aux pillards d'Ibn Gliania : trois jours leur suf- 



(1) Vois lOTi, un Chef Aiabo. Kl Moiitacor, se révullo contre les 
Hanmiaditcs ; il est pris et exéiulé : son corps est cnicilié à la Kalaa, 
sa léle exposé à Bougie, lîhn Khahloun, o/». cit., il, p. ÔO). 

(2) Ibii Khahloun, 11^' dos Dorhùres, l ii, p. 50. 

(3i Id. Ihid. t. II. |)p. 'i2 et 53. 

(4; Id. lùid. p. .50. 

15) td. Ihid. p. 57. 

(6) Edrisi, op. rit , p. 100 — Ibu Klialdoun, op. cit , t. n, p. 190. 



— 108 - 

firent à prendre la ville qui avait défié deux ans les 
efforts d'El Moezz bon Badis (1). Ils la ruinèrent de 
fond en comble , « comme ils avaient fait Chelif, 
El-Khadra, Metidja, Hamza et Mersa-Deddjadj (2). » 
Elle ne se releva pas de sa chute : les docteurs qui 
s'y étaient formés, les enfants qui y étaient nés furent 
professer et étudier à Bougie (3). Les Hilaliens s'éta- 
blirent en maîtres dans la montagne (4), et un dis- 
trict de plus fut rendu à la barbarie. 

Le souvenir pourtant en subsistait ; les chrétiens 
donnaient à l'émir de Bougie le nom de « Rex Cala- 
mensis » (5) ; les Berbères du quatorzième siècle re- 
connaissaient une culture plus fine aux familles dont 
les ancêtres avaient habité la Kalaa (6) ; et ils citaient, 
parmi les merveilles de l'Afrique du Nord, le minaret 
qui se dressait encore au milieu des ruines (7). 

Et puis, le souvenir même s'en effaça. Il nous faut 
venir aux traditions des Oulad Dei'radj, les habitants 
actuels de la Kalaa, pour entendre parler d'un « sul- 

(1; Ibn Khaldoun, H^" des Berbères, t. ii, p. 90. 

(2) Id. Ihid. t. m, p. 339. « Depuis lors, ces 
villes sont restées inhabitées, on n'y trouve plus un seul foyer allumé ; on 
n'y entend plus le chant du coq. » 

(3) El R'abrini, Galerie, des Littérateurs de Bougie, tr. par Cher- 
bonneau. Reçue Alc/'''rienne et Coloniale, Juin I8G0 : » Yahya ben Abou 
Ali Ez Zouaoui, qui avait étudié à la Kalaa, mort à Bougie, en l'ilT (p. 11, 
du tirage à part . Mohammed bon El Hassan ben Meimoun Et Temimi, 
Al)dallah ben Mohammed ben Ibadi, nés à la Kalaa, vinrent étudier et 
mourir à Bougie, en r270 et 1274 (p. 7 du tirage à part;. 

(4) Les Eiad, qui y sont encore, sont des Béni Ililal. Ibn Khaldoun, 
H" des Berbères, t. i, pp. 55 et i:95. 

(5) Chron. Mont Cassin. a. 1114. 

Il peut d'autant moins être question d'une autre ville que de la Kalaa, 
qu'eu un autre passage, nous trouvons que la capitale de ce « Rex 
Calamcnsis » s'appelle Alchila. Calameiisis est ici pour Kala-Haina- 
densis . 

(6 Ibn Khaldoun, Prolégomènes, Ir. de Slane, ii, p. 298. 

(7) kl. Ihid. I), p. 243. 



— 109 — 

tan » nommé « Lalam Medkour » qui y aurait été 
assiégé et vaincu par un « Moliammed Mokrani » (1). 
Si haut que puissent remonter ces souvenirs, ils n'ont 
rien de commun avec la ville hnmmadite : celle-ci, 
fondée en 1007 (2), cessa d'être cai)it;ile en 1090 (3) et 
disparut en 1185 (4). Son grand intérêt est de présen- 
ter à l'archéologue des vestiges de date 5 peu près 
certair.e, et dus à une dynastie réellement indigène. 

Quels seront ces vestiges ? — Et tout d'ahord 
savons nous quels monuments s'élevaient dans la 
ville de Hammad ? — Nous en connaissons quelques- 
uns. 

« Al Cala est une des villes les plus considérables 
de la contrée, — nous dit Edi'isi — ; elle est riche, 
populeuse, remplie de beaux édifices et d'habitations 
de toute espèce. Elle est située sur le penchant d'une 
montagne escarpée qui est d'un accès difficile et en- 
tourée par les murailles de la ville. Celte montagne 
s'appelle Tacarbost et est conligùe par l'un de ses 
côtés à une vaste plaine. C'est de ce côté que la ville 
fut attaquée, et prise d'assaut (5). » 

« Al Cala, — dit-il encore, — était, avant la fondation 
de Bougie, la capitale de l'empire des Hammadiles. Elle 
était l'entrepôt de leui's trésors, de leurs biens, de 
leui's munitions de guerre et de leui-s blés. Il y avait 
pour ces derniers des magasins tellement excellents 



(1) Méquesse, op. cit., p. 308 Le nom de Mokrani ne nous permet pas 
de remonter plus haut que le seizième siècle, où commence la grandeur 
des Béni Abbés. 

(2i Ibn Khaldoun, H'* dos Derbi-rcs, t n. p. 43. 

(3> Id. Ibid. p. .M. 

(4, ht. Ibid. p. 90. 

(ôy Edrisi, o/). rit., p. 99. 



— 110 — 

qu'on pouvait les gai-der une et mônne deux années, 

sans avoir à craindre la moindre altération Il 

nous reste à dire qu'elle est adossée à une grande 
montagne qui la domine et qui est entourée de tous 
côtés par les murailles de hj ville (1). » 

« Hammad, — nous dit Ibn Khaldoun, — entoura 
de murs sa capitale, après y avoir construit plusieurs 
mosquées, caravansérails et autres édifices publics (2;. » 
Et plus loin : a El Mansour ben En Nacer était doué 
d'un esprit créateui' et ordonnateur. Il se plaisait à 
fonder des édifices d'utilité publique, à bâtir des pa- 
lais, à distribuer les eaux dans des parcs et des jar- 
dins ; aussi, l'on peut dire que, par ses soins, le 
royaume hammadite échangea son organisation no- 
made contre celle qui résulte de la vie à demeure fixe. 
Après avoir érigé à la Kalaa le Palais du Gouverne- 
ment, le Palais du Fanal (Casr-el-Menar), le Palais 
de l'Etoile (Casr-el-Kokabj, et le F^alais du Salut 
(Casr-es-Selam) il construisit, à Bougie, ceux de la 
Perle et d'Amimoun (3). » 

Ce texte présente de sérieuses difficultés: El Man- 
sour monta sur le trône en 1088 et quitta définitive- 
ment la Kalaa en 1090. Devons-nous croire qu'il em- 
bellit avec tant d'amour une ville qu'il se préparait à 
abandonner, et qu'en deux années il ait fait édifier 
quatre palais ? — Au reste, tout ce passage est écrit 
avec beaucoup de négligence : Ibn Khaldoun attribue 
ici <à El Mansour le Château de la Perle, de Bougie, 
que trente-cinq lignes plus haut il attribuait à En 



(1) Jùlrisi, op. cil , p. 100. 

(2) Ibn Khaldoun, //" des Berbères, t. ii, p. 43. 

(3) kl. Ibid. p. 52. 



— 111 — 

Nacei' (1) ; il nous présente comme un palais de la 
Kalaa ce Palais de l'Etoile qui s'élevait à Bougie (2); 
Cependant, dès maintenant, et sans nous embarrasser 
de dates et d'attributions, nous pouvons admettre 
l'existence, à la Kalaa, de trois monuments portant 
le noms que leur donne Ibn Khaldoun : le Cheikh Et 
Tidjani, en effet, nous dit à son tour : « Il y a à Gabès 
un phare, une source nommée Aïn-Es-Sel!am et le 
Château de Kasr-EI-Aroucein. Ces différents noms 
se retrouvent à la Kalaa : son phare est un monu- 
ment extrêmement élevé, construit par Mansour ben 
En Nacer. Le monument appelé EI-Ai-oucein est 
dû à En Nacer ben Alennas ben Hammad, et la source 
d'Aïn-Es-SelIam est près de l'Oued-Djeraoua , qui 
coule près de Kalaa (3). » 

Suivent quinze vers d'un poème sur les beautés de 
la Kalaa, dû à un certain Abou Abdallah Mohammed 
ben Ali ben Hammad, qui semble apparenté aux émirs 
sanhadjieus, vers que M. Rousseau a cru devoir 
passer dans son " Voyage du Cheikh Et Tidjani, 
dans la Régence de Tunis" et dont je dois la traduc- 
tion à l'obligeance de M. Marçais, pensionnaire de 
l'Institut Thiers : 

« Où est le palais d'Aroussène? Il n'en reste ni 
w trace ni vestige. Ouest ce qu'avaient élevé les chefs 
« des temps passés? Et le pavillon du sommeil, le 
(( temps a fait passer sur lui le soufHe d'un événement 



(1) Ibn Khaldoun, H^" des Berbères, t. il, p. 5t. 

(2> De Slano. Table géographique — en tête de l'Histoire des Ber- 
bères d'Ibn Khalildun, t i., p Lxxvii. (Féraud, Histoire des villes de 
la prooincc. de Constantine — Bougie. {Recueil de la Société Ar- 
chéologique do Constantine, vol. xiii, p 156). 

(3) Et Tidjani, Voyage de la Régence de Tunis ; tr. Rousseau. Jour- 
nal Asiatique, 1852, p 164. 



— 112 — 

« aupi'ès duquel les plus grands malheurs sont peu 
« de chose. Les traces d'Almanar ne sont pas encore 
« complètement effacées; ce sont des damasquineurs 
(( dont la beauté est devenue proverbiale. 

« Plaise à Dieu que je puisse passer une nuit à 
« Ouadi-el-Djaoua, au milieu de ses rochers abrupts. 
« Me sera-t-il donné, au matin, d'entendre les oiseaux 
« se répondre en chantant dans les branches bnlan- 
<( cées. En proie à la soif, irai-je à la fontaine d'Aïn- 
« es-Salàm, apaiser par sa fraîcheur, la brûlure de 
« mon corps altéré. Reverrai-je les arcades d'Alma- 
« nar ouvertes sur des parterres toufïus de fleurs, 
« et ses hautes coupoles qui sur l'horizon semblent 
« les étoiles favorables du signe du Verseau. 

« Fontaine du salut, reçois le salut d'un amou- 
« reux, que ton eau fraîche et cristalline a bien sou- 
« vent désaltéré. Alentour le bosquet balance ses ra- 
<( meaux. L'eau coule et l'enveloppe comme ferait un 
« parfum pénétrant. Combien l'air y est frais et tem- 
« péré de rosée quand on cherche un asile contre 
« la chaleur de midi. Je ne sais si l'eau y coule sur 
« des perles, ou si ce sont des dents qu'un sourire 
« montre dans son jaillissement (1). 



(1) 
J_5^| ii^LL.M A.xj' ^U b ^Jj « JJLL^_^ ,^j>i j^-^. >«'l ^i^ 



— 113 — 

Un autre texte enfin nous révèle la présence à la 
Kalaa d'un monument plus inattendu : la Chronique 
du Mont Cassin, h l'année 1114, nous parle de moines 
jetés par la tempête sur la côte de Barbarie, et conduits 
prisonniers en la ville d'Alchila : un d'entre eux, le 
bienheureux Azzon, y mourut, et fut enterré « devant 
l'autel de l'Eglise Notre Dame » (1). — Je n'oserais 



Jit^l Oi' ^^L. ^cj4i^ ^ol^. * i--LJ ^\ J3 ^j^ ^^\ 
JjIjII ^^-^'I ^OLi" J ^jW' * i'-i-^i )jr^-'^ ^^-^* ^j^^^ J^j 

^,^ypi:' ,-'j-"-^^^ (j^-^ ^^-''j * L^à j.a:-' jj-^ ^-^ ^^h'j 



(1) Pierre du Mont Cassiii, en effet, dans Mon. Gcrm. Script., 
t. vir, p. 786, donne : « dornus Kniifae qua* ccclesiam luminabat. » — 
Cela n'a pas de sens. Pagi a conjecturé : • Liininabat. » — Mais, dans 
un autre ouvrage, publié par Mai, Sr/iptorum cxtcrum nora rollcctio, 
t. VI, chap. i.xil, et intitulé : « rli; ortu et obitis justoium cœnobii 
Casincnscs liber » Pierre Diacre donne : « qnœ ecclesiae imminebat. » 



- 114 - 
aller plus loin et compter dans les monuments de la 



Or, la Chronique du Mont Cassin nous indique que Téglisc était hors 
la ville : elle no pouvait être au Nord, sur la pente abrupte du Tagar- 
boust ; ni à l'Ouest où rien n' « immine » sur la plaine : mais à l'Est, 
sur la route du Nord, le long de TOued-Djoraoua, une maioon di' Kha- 
life surplondje : c'est le Ksar-El-Menar. L'église devait se trouver au 
pied du clifdeau. Je ne puis résistci' au plaisir de donner ici le texte, 
plein dt! saveur, où le bon chroniqueur italien raconte comment ses 
confrères furent faits pi'isonners par la gent sarrasine : M Kéraud, 
d'après M. de Mas Latrie, n'en a donné que des extraits : 

« Hoc etiam anno [1114] cum fratres noslri cfpuoljii a Sardinia romea- 
rent, pyratre Saracenorum super eos irruenles, in Afiicam vinctos du- 
xere . . . Igitur dum hœc ad notitiam Roggerii magnilici comitis pervc- 
nissent, . . .nuntios suos ad regem civitatis (^alamensis quod a Sarrace- 
nis Alchila dicitur, destinavit . . Annuit protinus Calamensis rex tantis 
postulafionibus, eosdemque fratres legatis ipsius comitis tradidit ; jam 
cnim Azzo hujus sancti loci decanus in eadem captione vita decesserat 
Qui per Africam Syciliam vcnientes. honorabiliter ab eodem comité 
suscepti, atque ad hune nostrum monasterium rctransmissi. 

« Operœ pretium rear ea quse omnipotens Deus ad jam dieti decani 
declaranda ostondit mérita opusculo prtescnti annectere. Hic igitur dum 
in eadem proviiicia defunctus esset, corpus ejus in ecclesia b. Marire 
anle altarium sepullum est. Factuni est autem in tempestate noctis si- 
lentio, Sarraconi^nde Iransountes duin luna radios suos emitleret, vide- 
lunt euni foris juxta hostium basilica? sedentom librumcfue in manu 
teiientem.. .Hoc igitur reliqui audientes, portas civitatis egressi illuc 
tei.dire festinaverunt ( umque ad eum ap[)ropin(juassent, vir Domini in- 
ter limen hostiumque basilic?n ingrcssus, nusquam comparuit. Quadam 
vero die mansionarius ingressus ecclesiam , repperit lampadan» , quœ 
super sepulchium ejus pondebat, ardentem. Tune iratus, puerum, qui 
ei jugiter in ecclesia serviebat , vocavit, eique dixit : C ur lanipadem 
accensam reliquisli ? Ad quem puer respomlit : Kgo quando eccle- 
siam clausi, hicernas oniiies extinxi ; banc autem quis accenderit 
ignoi'o. Aiiimadvcrlens anlciu vir illo quod in ro erat, lampadt'm extinxit, 
ecclesiam clausit alioque die ingressus ecclesiam eam aidciilem repperit. 
Hoc igiliu' dnin scepius lieret, nunliatum est régi ."^arracenorum, (pii ..., 
putansa christianis ista coniingi, destinât Sarracenosqui lauqiadem extin- 
guerent oleumque inde traherent. Quod cum faclum fuisset, aliodie eccle- 
siam ingressi, iampadem lucentem atcpie aipiam in nioduni olei ardentem 
invcnenint. Qui pra'pcte cuisu inde egredientes ad regem venerunt el 
cuncta ipi;eeveneranl per ordineia pandnnt Tune rex Iampadem exiingui 
el Sarra(cn()s die ac nocte ecclesiam custodire ])raH'epit, ne (|uis chi'istia- 
noriMM iliidem intiaret; ipii jna^ccplis ejus parentes, ecclesiam custodire 
C(i'p('i(\ Noclc autem advenienle Sarraceni (|ui ecclesiam obseivabanl ocu- 
los in co'lum levantes steliam de cœLi super Iampadem ecclesi;r radian- 
lem aspiciunt. Tune obstupefacti fores ecclesia> reserani, lau.padem 
lucentem aspiciunt, cursuque céleri ad régis tenilenles palatium, seriatim 
(jua» viderant narrare copperunt. Rex vero suorum talia dum audisset 
ab ore, diclis derogans lidem, Iampadem extingui et ecclesiam sicut prius 
custodire pra-cepii cxsurgenscpie ad donunii cal fa\ qui ecclesiaa^ innni- 
nebat perrexil. Cumipie jam nox advem«set, elevalis in cœlum oculis 
vidit sb'ilain super lanqiadcm eccit^sia^ radiantem. eanidemcpie ladio suo 
acceiidenlem ; stalimquc Sarracenos ad ecclesiam millens, lampaileni 
ardentem revei'si nunliarinil. Tune ri^x proposuit ediclum. ut cbrisliani 
liberam in ecclesiam ingrediendi facullatem haberenl. » 



— 115 - 

Kalaa(l), la « domus Kalifye » voisine de l'église où 
Pagi (2) et après lui M. de Mas Latrie, (3) voient la 
maison du dernier évoque berbère : le terme de Kha- 
life me semble un peu étrange appliqué à un prêtre 
chrétien ; j'y verrais sim|)lement un château de l'émir 
et, si l'on se rappelle que les chrétiens des villes ber- 
bères étaient le plus souvent des mercenaires, au 
service personnel du souverain (4), il nous paraîtra 
très naturel que leur église ait étécontigi'ie au palais. 

Des murailles entourant la montagne même qui 
domine la Kalaa, des greniei's, des mosquées, des 
caravansérails, quatre i)alais, le Gouvernement, le 
Fanal, le Salut, El-Aroucein, une fontaine, l'Aïn-Es- 
Sellam, une église : Voilà le résultat de notre inven- 
taire : que reste-t-il, à l'heure actuelle, de tout cela? 

Greniers, caravansérails, fontaine et palais du Sa- 
lut et d'El-Aroucein, Eglise de Notre Dame, je n'en 
ai pu encore trouver trace. — Mais les murailles, 
une porte, une fontaine publique, un pont, la grande 
mosquée et son minaret, le palais du Gouvernement 
et ses annexes, le palais du Fanal sont encore de- 
bout ou à peine recouverts de terre. 



(1) Je ne veux pas non plus m'engager dans la discussion relative à 
l'évèché de Guinrni : (De Mas Latrio — Traitrs do /mix et de com- 
merce — liilioiluction, pp. ITi. It>, •^\. Documents p. % n. I.i La solu- 
tion en serait très désirable Mais lien ne nous permet de conclure que 
Guinmi fut ou ne fut pas la Kalaa des Beni-Haininad. La Notice d'ailleurs 
dont parle M. de Mas Latrie est la Notice civile de Georges de Chypre 
qui a dû récrire dans les premières armées du règne de Pliocas : "elle 
est donc du vi« et non du xi* siècle comme il le croyait. 

(2) Pagi. Notes à Baronius, Annales Ecclésiastiques, 1H4, § 3. 
(cité d'après Mas Latrie). 

(3) De Mas Latrie. Traités de paix et de commerce. Documents, p. 2, n. 1 . 

(4. Ibn El Athir (Histoire des Berbères, d'ibn Khaldoun, app n» v 
§ 2, t. Il, p. 577.) - Rotulh El Carias (p. 358.) ' 



— 116 — 

Leur étude, si vous le voulez bien, Monsieur le 
Président, fera l'objet de la seconde partie de ce 
rapport. 

P. BLANCHET. 



-«00< 



L'EDOUGH 



PAR 



M. LE Capitaine A. DE POUYDRAGUIN 



L'EDOUQH 

Entre le Golfe de Bône et la partie orientale de la 
Baie de Stora se dresse un massif montagneux con- 
sidérable dont les derniei's contreforts tombent, au 
Nord, dans la mer en falaises abruptes, et vers le 
Sud dominent en moyennes collines les plaines basses 
de rOued-Sanedja, du lac Fetzara et de la Meboudja. 

Ce massif, complètement isolé du reste des chaînes 
algériennes, peut être représenté comme un vaste 
triangle montagneux dont la base est formée par la 
côte inhospitalière qui s'étend du Cap de Fer au Cap 
de Garde, et dont le sommet se trouve figuré par le 
Djebel-Bellout, centre de l'exploitation minière d'Aïn- 
Mokra. Les deux côtés continentaux de ce triangle 
orientés l'un au Sud-Ouest, le long de la rive droite 
de l'Oued-el-Kebir (Oued-Senadja), l'autre au Sud- 
Est où s'élèvent les cimes culminantes du massif 
tout entier, sont bordés par une vaste plaine basse 
qui s'étend, sous des noms différents, depuis les 
Guerbès jusque près de La Galle. 

(Planche 1) 



— 118 — 

C'est à cet ensemble que nous donnerons le nom 
de massif de l'Edough, suivant l'usage des géogra- 
l)lies, bien que sa constitution géologique soit loin 
d'être uniforme, et que les indigènes réservent cette 
dénomination ( pj j,.;! J.-X-9. ) pour la chaîne qui do- 
mine Bône et qui porte le villige de Bugeaud, avec 
le point culminant de toute la région, le pic de Bou- 
Zizi (l.OOS™). 

Un aperçu de la constitution géologique de ce mas- 
sif va nous permettre de pénétrer dans l'étude dé- 
taillée de l'Edough et nous servii'a ensuite de guide 
pour une description géographique rationnelle. 



J?IlE]Sd:.TE HE PARTIE 



GÉOLOGIE 

Le massif de l'Edough se compose de deux zones 
montagneuses bien distinctes l'une de l'autre par la 
direction de leurs crêtes et leurs caractères minéra- 
logiques. — L'une, part du Gap de Garde pour abou- 
tir à l'exti'émité nord-ouest du lac Fetzara, l'autre, 
du Cap de Fer pour venir buter contre la première, 
dont la séparent les cours de l'Oued-el-Aneb et de 
rOued-Sahel. 

La première, dirigée du Noi'd-Est au Sud-Ouest 
(système de la Côte-d'Or) se compose exclusivement 
de gneiss et de micaschistes avec bancs de calcaire 
saccharoïde et dykes de feroxydulé, d'amphibolite et 
pyroxénite grenatifère. Elle mesure, d'une extrémité 
ù l'autre, 35 kilomètres. 






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— 119 — 

L'autre, dirigée du Nord-Est au Sud-Ouest (sys- 
tème des Pyrénées), en sens inverse des chaînes al- 
gériennes, est formée exclusivement do porpliyres 
trachytiques avec dykes basaltiques et roches ser- 
pentineuses. 

(Carte n» 2j 

Un épais manteau de grès nummuliliques recouvre 
cette zone dans la plus grande partie de son étendue, 
ne laissant à découvert comme roches éi-uptives que : 
à l'Ouest, le triangle compris entre le Cap de Fer, 
Takouch (Herbillon) et l'embouchure de l'Oued-el- 
Kebir, et à l'Est, quelques pointemenls isolés orientés 
du Nord-Est au Sud-Ouest, le long de la ligne de 
séparation des deux zones, de la Voile Noire au cours 
supérieur de l'Oued-el-Aneb. 

En résumé, comme le montre nettement le croquis 
géologique ci-dessous, trois régions distinctes dans 
l'Edough : 

Croquis iV 1 




S/cr^ 



^/i'/f/ytr,/// 



A rOuesij le massif éruptif du Cap de Fer ; 

Au centre j des grès nummultiques recouvrant la 
formation précé'lente ; 

A l'Estj le massif gneissique de l'Edough propre- 
ment dit, et le long de sa lisière occidentale quelques 
pointements éruptifs. 



— 120 — 

Le massif de l'Edough contribue à former l'une des 
deux régions qui représentent, en Algérie, cristalio- 
phyliien. La première de ces régions et celle du Djur- 
juro, dans la province d'Alger, l'autre commence à 
Bône pour se terminer à hauteur et un peu au Sud 
de Djidjelli ; elle est souvent partiellement recouverte 
par le terrain ligurien et est traversée par des roches 
éruptives variées. Elle comprend les subdivisons 
suivantes : 

1^ Massif éruptij de Collo ; massif de 350 kilo- 
mètres, constitué spécialement en liparites; 

2° Massif du Djebel- Filfila ; constitué par deux 
petits groupes de quelques centaines de mètres carrés, 
de granulites à tourmalines; 

Jo Massif du Cap de Fer ; 

4^ MassiJ de l'Edough. 

Ces deux derniers massifs seuls nous intéressent 
et nous allons étudier, avec quelques détails, leur 
constitution minéralogique. 

1° Massif du Gap de Fer 

Le massif éruptif du Cap de Fer occupe l'extrémité 
Est de la baie de Philippeville et fait face à celui de 
Collo ; il a 90 kilomètres carrés de superficie et est 
limité vers l'Est par une ligne sinueuse partant du 
pied oriental du Djebel-Takouch pour aboutir dans 
le Golfe de Stora, au nord de l'embouchure de l'Oued- 
el-Kebir. Comme le massif de Collo, il est constitué 
presque exclusivement d'une même roche, que l'on 
peut considérer comme une micro-granulite ou une 
liparite micro-granulitique. Le seul terrain sédimen- 
taire se trouve près d'Ilerbillon et est constitué par 







^m _- - âimliqiw 

CD SchiiU nuimnuhtqu' 



CD Tuft -Mhmons J)unn 

FcheJh 





a Cop do Carde 

i' *' / -, . ^ ■ 



CARTE GEOLOGIQUE 
(lu Masairde 

I,Rn(l|I('.H 






PlaÎTf de Penihi'^rre 



I 



noiti-ih, htLHXfut hit I 



— 121 — 



de gros fragments de marnes liguriennes enclavées 
dans la roche éruptive témoin de sa postériorité. 

Cette roche qui forme la presque totalité du massif 
du Cap de Fer est donc post-ligurienne, mais doit 
être d'une époque peu éloignée, car la direction de 
la presqu'île et celle de la côte jusqu'à Bône sont 
celle des Pyrénées. 

Croquis n" 2 

'.' ■.'• ' ♦ ' ' ' V I ; • ' 




Ces liparistes microgranulitiques fo''ment depuis le 
marabout de Sidi-Mekrelouf jusqu'aux environs du 
phare des montagnes aux flancs grisâtres, arrondies 
en forme de dunes. Aux environs immédiats du Cap 
de Fer se dresse un immense rocher noir à parois 
escarpées dominant les monticules environnants (ToiV 
planche i); il est constitué par une dacite à horu- 
blende et a son analogue à la Koudiat-el-Gourau, 
près d'HerbilIon. 

En s'enfonçant dans l'intérieur de la presqu'île, les 
roches pi'ésenlent des types à crislallinité décroissante 
jusqu'aux lipai'iles pélro-siliceuses du Kef-en-Nouar. 
Si l'on s'avance plus loin, vers l'Est, jusqu'au pied 
oriental du Djebel-Takouch, ou que l'on descende 
vers la vallée de l'Uued-el-Kebir, les l'oches éruptives 
disparaissent bientôt sous le manteau des terrains 
sédimentaires. 



122 

2° Grès nummulitiqiies 

Les grès et schistes nummuliliques qui recouvrent 
toute la partie centrale du massif de l'Edough ne 
sont d'abord qu'une bande étroite sur le flanc Sud 
des nr.ontagnes du Cap de Fer jusqu'aux alluvions de 
rOued-el-Kebir. Bientôt cette bande s'élargit et s'épa- 
nouit en une énorme masse qui recouvre encore 
comme d'un manteau tout le terrain compris entre la 
côte du Djebel-Takouch à la Voile Noire au Nord, le 
massif gneissique de l'Edough à l'Est, et les alluvions 
de rOued-el-Aneb et de l'Oued-el-Kebir au Sud, en 
embrassant complètement le pied des deux massifs 
cristallins. 

A part la mine de cuivre d'Aïn-Barbar, cette zone 
ne présente aucune particularité géologique intéres- 
sante. 

Le ravin de l'Oued-Gueb prolongé vers le Sud par 
la haute vallée de l'Oued-el-Aneb forme la limite 
presque exacte de séparation entre la région sédimen- 
taire ligurienne et les terrains cristallins de l'Edough. 
Suivant cette ligne de contact et au pied du grand 
massif gneissique, pointent, avons-nous dit, plusieurs 
petits îlots éruptifs, d'âge post-ligurien. Ces pointe- 
ments sont au nombre de huit ou dix et de quelques 
centaines de mètres carrés seulement. Ils sont com- 
posés de la même roche micro-granulitique que celle 
du Cap de Fer et de Collo ; clic constitue générale- 
ment des dômes arrondis à sui'face désagrégée, comme 
au Koudia.t-el-Guelaa et à la Voile Noire, sauf ce- 
pendant une partie de ce dernier massif qui foi'me 
d'énormes dykes de rochers escarpés. Les principaux 
points d'émcrsion sont les suivants : la Voile Noire, 
Koudiat-el-Guelaa , El-Melah , Sidi-Mabrouk, Kef- 
bou-Assida, Sidi-Salah, Djebel-bou-Chouka. 



— 123 — 

3*= Massif ane^ssique de l'E(loii(jli 

A l'Est de la ligne ainsi jalonnée, se dresse le jduIs- 
sant massif gneissicjuc de l'Edough dont les crêtes 
dominent l'ensemble du soulèvement et le terminent 
brusquement vers l'Est. 

Il s'étend vers le Sud-Ouest, entre la vallée de 
rOued-el-Aneb et le lac Felzara jusqu'aux mines 
d'Aïn-Mokra et de là se prolonge encore vers l'Ouest 
jusqu'au cours de l'Oued- Sanedja par le pelit massif 
circulaire de Tebiga. 

Vers le Sud-Est, il projette en avant de la crête 
principale, entre la plaine de la Seybouse et celle des 
Karézas, un chapelet de hauteurs, aux reliefs décrois- 
sants, séparées les unes des autres par de petites 
plaines cultivées. Ce sont les monts Beleliéla, les 
monts Bou-Hamra, les deux mamelons d'Hippône, 
qui forment en quelque sorte le premier gradin de 
l'Edough. Ce massif de l'Edough a pour siratum 
fondamental le gneiss dont les divers tei-mes se pré- 
sentent dans l'ordre suivant, de haut en bas : 

1° Gneiss Jeuillelés supérieurs ; 

2° Schistes micacés et grenatifùrcs avec bancs 
subordonnés de calcaires, d'argile et de minerai de 
fer ; 

3° Gneiss schisteux avec amas de i)yroxénite et 
minerais de fer intercalés entre les bancs de gneiss ; 

4° Gneiss glanduleux de l'Edough. 

Le gneiss centi-al de l'Edough, dont le relief atteint 
1,000 mètres au sommet du Bou-Zizi, foime une 
ellipse allongée de l'Est-xXord-Est à l'Ouest-Sud- 
Ouesl, entoui'ée concentrifjucment |)ar une premièi'c 



— 124 — 

ligne de contreforts de gneiss schisteux à pyroxénite 
(altitude maxima : 600 mètres). 

Celle-ci est enveloppée à son tour par des chaînes 
ou séries de mamelons moins élevés (altitude : 300 
mètres) constituées par les schistes à cipolins et à 
minerais de fer. Enfin, les gneiss feuilletés supérieurs 
forment la dernière ceinture extérieure formée par des 
chaînons beaucoup moins élevées et discontinus. 

L'ensemble de cette formation présente, en résumé, 
une surface elliptique à zones concentriques dirigée 
de l'Est-Nord-Est depuis le Cap de Garde, à l'Ouest- 
Sud-Ouest jusqu'au Tebiga, sur une longueur d'en- 
viron cinquante kilomètres. 

La chaîne de la Beleliéta, compi-ise entre l'ancienne 
Hippône et le lac Felzara, suit dans son ensemble 
les inflexions de l'Edough, mais elle en est séparée 
par une dépression comblée par des dépôts quater- 
naires (plaine de Bône et desKarézas), dont le niveau 
dépasse à peine de quelques mètres celui de la mer. 

La chaîne est constituée par les schistes grenati- 
fères à cipolins et à minerais de fer avec quelques 
gneiss à la base, et par les gneiss supérieurs qui 
forment à l'extérieur un gradin abaissé et discontinu. 
Vers le milieu de sa longueur, entre la Beleliéla pro- 
prement di(e et le Bou-Hnmra, elle présente une 
coupure naturelle où coule la Mehoudja (jui met en 
communication la plaine des Karézos avec celle de 
Penthièvre. Enfin, elle se résout, en approchant de 
Bône, en une série de petits chaînons et en mame- 
lons isolés formant relief sur la plaine horizontale. 
Ces mamelons isolés, dont celui qui porte la basilique 
d'Ilipi'ône est le plus remarquable, sont en quelque 
sorte, les témoins des parties enlevées par l'érosion, 



— 125 - 

et leur résistance est due à ce qu'ils renferment des 
bancs de calcaires cipolins. 

Dans sa remarquable étude sur les gneiss de 
l'Edough, M. Parant détermine les caractères qui dis- 
tinguent les quatre termes de leur série : 

1° Dans les gneiss inférieurs de l'Edough , le 
quartz et le felspalh sont fréquemment disposés en 
amandes qu'entourent les feuillets de mica, d'où le 
nom de glanduleux qu'il leur a donné; 

2° Les gneiss schisteux qui forment les premiers 
contreforts de l'Edough renferment des enclaves d'une 
roche verte très caractéristique de la région, formée 
■ essentiellement de pyroxine et de grenat (Berlhier et 
Fournel l'appellent une cherzolile;, la pyroxénite de 
Botte qui, d'après l'analyse de Coquand, se trouve être 
un bisilicate à base de fer et de chaux. Cette roche 
est souvent associée à du minerai magnétique cris- 
tallisé ou à des amas de minerai siliceux; 

30 L'étage des schistes micacés grenati/ères avec 
cipolins et minerais de fer forme autour de l'étage 
précédent une ceinture continue : la pyroxénite y de- 
vient plus rare, les bancs de calcaire saccharoïdes y 
forment des bandes lenticulaires très allongées mais 
qui présentent des interruptions tout en restant dans 
le même plan de stralificalion. Les minerais de fer 
se présentent en amas lenticulaires entre les calcaires 
formant toit et les argiles ou des schistes imper- 
méables faisant mur. Les pyrites de fer se trouvent 
en veinules ou en rognons dans les calcaires du toit 
ou les argiles du mui-. 

C'est à celle formation qu'aj^parlienl le gisement 
célèbre du Mokta-el-IIadid qui forme une masse 
continue de 1,500 mètres de longueur avec une puis- 



126 — 



sance moyenne de 5 mètres; il est recouvert par des 
calcaires, et repose sur un schiste micacé grenotifère 
très serré et imperméable. Les sources principales 
de la région qui jaillissent au contact des calcaires et 
des argiles ou schistes imperméables étaient, à l'ori- 
gine, des sources thermo-minérales qui ont corrodé 
le calcaire et déposé à sa place les oxydes de fer que 
nous exploitons aujourd'hui. Les pyrites de fer qui 
existent au toit et au mur indiquent que le fer se 
trouvait à l'état de sulfate et surtout de sulfure en 
dissolution dans les eaux thermo-minérales; 

4° L'étage des gneiss supérieurs afïleure le pied et 
le revers extérieurs du Beleliéta, il se retrouve dans 
l'avant-port de Bône et à l'extrémité du Gap de Garde, 
et ne renferme ni calcaires ni minerais. 

Croquis n^ 3 et 4 



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— 127 - 

Comme le montrent les deux coupes ci-contre, les 
mincrais^de fer sont plus abondants dans la chaîne 
de In Beleliéln, tandis que la pyroxénile, les cipolins 
et les grenats abondent dans les environs immédiats 
de Bùne. Au Cap de Garde, les cipolins acquièrent 
un développement inattendu, et forment toute la pointe 
sur lacjuelle est établi !e phare; 5 la falaise du phare, 
ils se dressent en bancs verticaux et imposants sur 
une hauteur de 40 à 50 mètres. Ils sont exploités dans 
les carrières de mai-bre blanc du sommet de la mon- 
tagne où ils se montrent parfois très chargés d'am- 
phibole. 



Croquis n" 5. 



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Au-dessus se trouve la couche horizontale d'un 
calcaire très modei-ne, sorte de mollasse d'une agré- 
gation variable où les influences atmosphériques ont 
percé une série de grottes longitudinales qui bordent 
le versant nord du Cap. Celle mollasse paraît provenir 
d'une solidification des sables arrachés par la mer 
aux roches gneissiques du Cap. 

Les gneiss supérieurs qui forment la bordure du 
massif de l'Edough viennent à l'Est et au Sud plon- 
ger dans la lagune quaternaire sous la(|uelle nous 
avons déjà vu dispar.'tîlre les grès nummuliti(|ues, 
sur la rive gauche de l'Uued-el-Kebir et de l'Uued- 
el-Aneb. Le lac Feizara est resté comme un vestige 



— 128 — 

de cette lagune dont il avait été isolé par la formation 
d'une dune de sable de 5 à 6 mètres de hauteur, lui 
fermant à l'Est la seule issue vers la mer. 

;Planclie 2) 

Ce terrain lacustre règne sur une largeur de 10 à 
20 kilomètres, entre le Golfe de Stora et celui de 
Bône où il se prolonge jusque près du Cap Rosa. Il 
entoure, comme d'un bandeau demi-circulaire, le pied 
Sud des formations que nous venons de décrire, forme 
la vallée inférieure de l'Oued-el-Kebir, la plaine et les 
dunes du Guerbès, les marais de Feid-el-Maïz et de 
Felzara, les plaines de la Meboudja, des Karézas et 
de la Basse-Seybouse, et fait ainsi de l'Edough une 
véritable île géologique complètement séparée du reste 
des chaînes algériennes. 



r)EUXIEM:K PARTIE 

DESCRIPTION GÉOGRAPHiaUE 

Si du sommet de l'Edough, on jette ses regards 
vers l'Ouest, on voit se succéder à ses pieds jus- 
qu'aux limites de l'horizon un moutonnement confus 
de crêtes boisées qui s'abaissent par degrés d'un côté 
vers la mer, de l'autre vers les eaux du lac Fetzara, 
et évoquent beaucoup plus, au relief près, le souvenir 
du bocage breton que celui des arides montagnes 
d'Algéi'ie. 

De l'Est à l'Ouest, du Sud au Nord, sauf les envi- 
rons immédiats du Cap de Garde et la presqu'île du 
Cap de Fer, tout le massif est, en effet, couvert de 



— 129 — 

forêts de chênes-lièges et de chênes-zéens, dont l'Etat 
et quatre Sociétés rivales se partagent la fructueuse 
exploitation. Ce massif confus que sillonnent de pro- 
fonds ravins, (jue vient de temps en temps hérisser 
quelque piton rocheux, est, comme nous l'avons vu, 
le résultiit du croisement de deux soulèvements per- 
pendiculaires dus, au système de la Côtc-d'Or pour 
l'Edough proprement dit, au système des Pyrénées 
pour le massif du Cap de Fer, et au point de ren- 
contre desquels se dresse le plateau de Bou-Zizi, 
point culminant de la région. 

Ces deux soulèvements ont déterminé dans le mas- 
sif tout entier deux grandes directions : Nord-Est, 
Sud-Ouest, et Nord-Ouest, Sud-Est, sensiblement 
perpendiculaires entre elles suivant lesquelles sont 
alignées toutes les crêtes de l'Edough et les thalwegs 
qui les séparent. 

De là un quadrillage grossier de tout ce pâté mon- 
tagneux qui va nous être d'un grand secours dans la 
descri|)tion géogra|)hique du massif. 

Le soulèvement du Cap de Fer, le plus récent des 
deux, a donné à la pi-esqu'île toute entière sa forme 
générale et à la côte sa direction d'ensemble inverse 
de celle de la majorité des caps du Maghreb. C'est 
également suivant son orientation (|ue s'alignent les 
bas-fonds qui limitent au Sud notre massif : marais 
des Beni-Mahamed à l'embouchure de l'Oued-el- 
Kebir, marais de l'Oued-Magroun et de Feid-el-Maiz, 
prolongées par la grande dépression du lac Fetzara, 
et le seuil de la Mehoudjn ; c'est lui enfin qui donne 
leur direction générale à la plupart des cours d'eau 
qui drainent cette région. 
Le soulèvement de l'Edough domine, au contraire, 



— 130 — 

dans toute la partie orientale du massif, il donne 
l'alignement de la grande crête de l'Edough, son mur 
d'escar(De vers l'Est, et de ses avancées vers la plaine 
oriente le cours moyen de l'Oued-el-Aneb et de ses 
affluents, se retrouve enfin dnns la direction du 
Djebel-bou-Medine, le Djebel-Takouch et le cours 
inférieur de l'Oued-Ouïder. 

Comme nous l'avons fait au point de vue géolo- 
gique nous étudierons successivement les trois ré- 
gions de l'Edough : 

/o L'Edough proprement dit, de Bône à la ligne 
Oued-el-Aneb — Voile Noire ; 

2° La Chaîba, région intermédiaire comprenant 
les vallées des affluents de l'Oued-el-Kebir; 

3° La presqu'île du Cap de Fer. 

(Planche n» 3; 

1° L'Edough proprement dit 

L'axe de toute cette région est déterminé par la 
longue crête qui partant du Cap de Garde vient tom- 
ber dans le lac Fetzara et forme le mur d'escarpe 
oriental du massif tout entier. Naissant dans les 
plaines de marbre blanc qui soutiennent le phare du 
Cap de Garde, cette crête s'élève par ressauts suc- 
cessifs couverte de broussailles et de palmiers nains 
(doum) avec quelques plantations de vignes et d'oli- 
viers, et forme jusqu'au col des Chacals la presqu'île 
du Cap de Garde. Dans cette presqu'île, la crête borde 
de très près la côte septentrionale où elle tombe dans 
la mer en falaises abruptes et rocheuses. Vers l'Est, 
au contraire^ elle descend dans le golfe de Bône avec 
des pentes relativement douces qui dessinent le long 



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— 131 — 

du rivage des échancrures gracieuses. Ce sont les 
baies du Fort Génois, des Corailleurs et les trois pla- 
ges de Bône au large desquelles les bateaux des 
plus forts tonnages ti-ouvent, sous le canon du Fort 
Génois, un mouillage précieux par les gros temps 
d'Ouest. Au col des Chacals la crête rencontre le 
contrefort qu'escalade la route de Bône à Bugeaud et 
qui porte sur son dernier ressaut la kasbah de cette 
ville, puis elle pénètre brusquement dans la forêt sous 
l'ombre de laquelle on peut marcher pendant près de 
60 kilomètres. 

A cinq kilomètres de ce col, et à l'extrémité d'un 
plateau que balaye la brise du lai-ge, s'élève à 867 
mètres d'altitude le joli village de Bugeaud (782 habi- 
tants dont 393 européens), habité par une colonie 
alsacienne d'ouvriers liégeurs, et qui devient pendant 
l'été le rendez-vous des familles de Bône fuyant les 
chaleurs de la côte. 

(Planche n' 4) 

A la sortie de Bugeaud, la crête s'abaisse brusque- 
ment à 769 mètres au col de S'«-Croix de l'Edough, 
centre de l'exploitation des lièges de la Société de 
l'Edough (Berthon-Lecoq). Là, viennent passer la 
route de Bône à Herbillon carrossable pendant quatre 
kilomètres encore, la conduite qui amène à Bône les 
eaux captées sur le versant nord du plateau de Bou- 
Zizi et les ruines de l'aqueduc romain qui conduisait 
à Hippône le tribut des mômes sources. 

Au sud-ouest du col, la crête se relève pour s'épa- 
nouir à 988 mètres d'altitude dans les pâturages du 
plateau de Bou-Zizi que domine le Kef-5ba (1008""), 
point culminant du massif. A partir de là, la crête se 



— 132 — 

recouvre de son manteau de forêts et s'abaisse gra- 
duellement jusqu'à la borne du Koudiat-er-Roha, 
d'où elle lance entre l'Oued-el-Aneb et le lac Fetzara 
un éventail de collines boisées aux reliefs décroissants. 
Un chemin muletier utilisé pour le transport des 
lièges longe toute cette crête du col de l'Edough à la 
plaine d'Aïn-Dalia. 

Au pied Sud-Est de ce grand mur d'escarpe de 
l'Edough, et séparé de lui par les profonds fossés de 
rOued-Deheb et de l'Oued-Zied aux sources opposées, 
règne une crête absolument parallèle à l'Edough mais 
d'un relief inférieur de 4 à 50U mètres, le Djebel-bou- 
Kantas qui domine la plaine des Karézas de ses pen- 
tes abruptes et arides. Cette crête naît près de Bône 
dans les buttes boisées de la ferme d'Uzer et de Kef- 
Ensour, atteint son point culminant (559'") au seuil 
qui la rattache à l'Edough entre les sources de l'Oued- 
Deheb et de l'Oued-Zied, et où passe le seul sentier 
reliant l'Edough à la plaine des Karézas à travers le 
Bou-Kantas. Elle vient enfin se terminer au-dessus 
de l'embouchure de l'Oued-Zied dans le lac Fetzara, 
fermant avec le Djebel-Beleliéta le défilé des Karézas. 
Son flanc intérieur cjui regarde l'Edough est couvert 
de belles forêts de chênes-lièges appartenant à M. de 
Noireterre. 

En avant du Bou-Kantas, les massifs de la Beleliéta 
et du Bou-Hami'a, terminés au-dessus de l'embou- 
chure de la Seybouse par les deux mamelons d'Hip- 
pône, forment vers l'Est une deuxième et dernière 
avancée de l'Edough, de relief plus faible encore (287 
et 129 mètres). Entre cette chaîne et l'arrête du Bou- 
Kantas, rOued-bou-Djemûa autrefois petit fleuve qui 
tombait dans la darse de Bône, aujourd'hui atïluent 



— 133 — 

artificiel de lo basse Seybouso, vient recueillir les 
eaux de (ouïe la partie orientale du massif. 

Son cours tortueux et lent, aux nombreux bras 
morts, arrose jusqu'à Bône la plaine marécageuse 
des Karézas qu'un seuil de 35 mètres sépare du lac 
Fetzara. 

La Meboudja descendant de la plaine de Penthièvre 
et déjà réunie à la Seybouse par un canal de déi-iva- 
tion, traverse le défilé entie la Beleliéta et le Bou- 
Hamra et vient se joindre à la Bou-Djemàa à six 
kilomètres d'Hippône. Enfin, l'Oued-Deheb (le ruis- 
seau de l'or) que longe un bon chemin muletier et 
qui forme fossé entre l'Edough et le Bou-Kantas vient 
également tomber dans la Bou-Djemaa, aux portes 
de Bône, dont il draine la plaine. 

Les deux massifs de la Beleliéta et du Bou-Hamra, 
autrefois boisés, aujoui'd'hui recouverts de hautes 
broussailles et de quelques cultures ont, au point de 
vue économique une valeur considérable, avec les 
riches mines de fer qu'ils renferment dans leur sein. 
Le chemin de fer à voie étroite de Bône à Aïn-Mokra, 
exploité par la Compagnie du Mokla-el-Hadid, des- 
sert, par un petit embranchement, chacune de ces 
mines et en conduit le minerai à Bône. La mine du 
Bou-Hamra donne actuellement 14,500 tonnes de 
minerai, et emploie 50 à 60 ouvriers; l'exploitation 
s'y fait partie en galeries, partie à ciel ouvert. 

La mine des Karézas, où la Compagnie du Mokta 
n'expliote qu'un quart du massif de la Beleliéta, 
fournit actuellement 19,500 tonnes et occupe 150 à 
170 ouvriers travaillant partie en galeries, partie à 
ciel ouvert. Le reste du massif a été concédé à des 
particuliers et n'est pas exploité, sauf la mine d'El- 

10 



— 134 — 

Mkimeii (mine Nicolas), à l'extrémité occidentale du 
chaînon, qui donne 8,500 tonnes de minerai par an, 
avec 25 à 30 ouvriers travaillant exclusivement en 
galeries. 

On avait essayé, au début de l'exploitation, de 
traiter le minerai sui- place ; les hauts-fourneaux de 
la Société Talabot avaient été ci'éés à 4 kilomètres de 
Bône, sur les fi'uics du Bou-Hamra, avec la protec- 
tion et l'appui financier de l'Empereur Napoléon III. 
Mais la nécessité de faire venir le charbon de fort 
loin augmentait tellement les fi-ais de traitement du 
minerai que l'expérience a dû être abandonnée, et 
aujourd'hui le minerai bi'ut est embarqué à Bône, 
principalement à destination de l'Angleterre. 

Vers l'intérieur du massif et suivant l'axe du sou- 
lèvement du Cap de Fer, la crête de l'Edough lance 
toute une série de longues croupes boisées que par- 
courent les chemins muletiers destinés à l'exploitation 
forestière. 

Du plateau de Bugeaud, d'abord, se dirigent vers 
le Nord et le Nord-Ouest deux crêtes boisées longues 
de G à 8 kilomètres, suivies par de bons chemins, et 
qui se terminent en mer par des rochers aux formes 
pittoresques. La croupe de l'Est, entre les ravins de 
rOued-Begra et de l'Oued-Sahel, vient fermer vers 
l'Ouest la jolie baie de Kaddena ; celle de l'Ouest, 
entre les profondes déchirures de l'Oued-Sahel et de 
rOued-Gueb, se relève près de la côte par le pitto- 
resque rocher du Koudiat-el-Guelaa, et se termine 
brusquement en mer par les escarpements de la Voile 
Noire, rocher qui, vu du largo, présente l'aspect d'une 
énorme et sombre voile latine. Cette crête renferme 
quelques minerais d'oxyde de manganèse dont l'ex- 
ploitation est aujourd'hui abandonnée. 







^ 









— 135 — 

Au plateau de Bou-Zizi vient se souder, h angle 
droit, avec la direction de l'Edough, la gi-ande crête 
parallèle à la côte, axe du soulèvement du Cap de Fer, 
et ligne de partage des eaux enti-e les petits torrents 
côtiers et les longs affluents de l'Oued-el-Kebir. 

Jusqu'au seuil de Sidi-Saadi où la crête n'est plus 
qu'à 390 mètres d'altitude, la ligne de faîte est suivie 
par la vieille route militaire de Bône à Herbillon, 
ouverte par nos soldats, en 1842, carrossable encore 
jusqu'à 4 kilomètres de l'Edough, mais, au-delà, de- 
venue faute d'entretien à peine praticable aux chevaux 
en bien des endroits. ■ 

(Planche n° 5) 

Parallèlement à cette crête, au sud du plateau de 
Bou-Zizi, une série de croupes boisées descendent de 
la crête de l'Edough jusqu'au lit de l'Oued-el-Aneb, 
qu'elles dominent de 100 à 150 mètres. Entre elles 
courent de profonds ravins, affluents de gauche de 
ce torrent, dessinant sur la carte, d'une façon pres- 
que mathémalhique, le quadrillage du terrain dont 
nous avons parlé plus haut. 

Nous avons vu la crête centrale de l'Edough s'af- 
faiser au-dessus du lac Felzaraen collines boisées de 
150 à 200 mètres de relief. Au Défilé des Voleurs, 
ou d'Aïn-Dalia, le long de la croupe du Djebel-N'guib, 
le seuil formé entre le lac et la vallée de l'Oued-el- 
Aneb, n'est plus qu'un coteau de 50 mètres d'alti- 
tude. Mais sur la rive gauche de l'Oued-Dalia, la 
formation gneissique de l'Edough se relève pour for- 
mer un petit massif elliptique de 8 kilomètres sur 6, 
et de 226 mètres d'altitude, compris entre le lac Fet- 
zara, le cours inférieur de l'Oued-el-Aneb et les ma- 



— 136 — 

rais de Feid-el-Maïz, mais que sou sous-sol a rendu 
le centre économique de toute la région, c'est le mas- 
sif d'Aïn-Mokra. 

Formé de deux crêtes parallèles orientées sensible- 
ment Est-Ouest et presque entièrement boisées, ce 
massif renferme à son extrémité orientale l'un des 
plus riches minerais de fer magnétique du monde 
entier, contenant 62 % de métal pur. La colline du 
Mokla-el-Hadid {la carrière du fei'),ou Djebel-Bellout, 
autrefois exploitée à ciel ouvert en gradins de 5 mè- 
tres, fournissait par jour, en 1875, 1,800 tonnes de 
minerai et employait jusqu'à 1,GG0 ouvriers. 

Aujourd'hui la colline est devenue un vaste enton- 
noir et l'exploitation se fait en grande partie en gale- 
ries : elle ne fournit plus guère que 95,000 tonnes 
par an et emploie 450 à 500 ouvriers. 

Le gîte s'étend sous une série de mamelons conti- 
gus alignés du Sud-Est au Nord-Ouest, il est formé 
d'un chapelet d'ellipsoïdes se recouvrant part bout et 
dont on a poursuivi la recherche jusqu'à 4 kilomètres 
au nord de l'exploitation primitive. 

Aïn-Mokra est relié à Bône, à travers la plaine des 
Karézas, par le chemin de fer à voie étroite dont 
nous avons déjà parlé et ([ui va, sous peu, être pro- 
longé par Jemmapes sur Saint-Charles, où il ira re- 
joindre la ligne de Philippeville à Constantine. Cette 
voie ferrée est doublée par la grande route de Bône 
à Constantine, par Jemmapes, qui suit absolument 
le môme parcours. A hauteur de la station d'Aïn- 
Dalia s'en. détache la route qui dessert le hameau de 
rOued-el-Aneb, centre de deux exploitations de chênes 
lièges : la Société des Ilanenchas et Petite Kabvlie 
et la concession De Noireterre. Enfin, d'Aïn-Mokra 



- 137 — 

file droit vers le Nord, longeant le pied occidental du 
massif minier, une bonne route qui en 3G kilomètres 
atteint le petit port d'ilerbillon (Takouch) sur la côte 
septentrionale. 

Le village d'Aïn-Mokra (régulièrement Aïn-Oum- 
Er-Rekha) créé par la Compagnie du Mokta pour ses 
employés et ses ouvriers, comple actuellement une 
population de 2,205 habitants, dont 886 européens. Il 
est malheureusement ravagé par la fièvre paludéenne, 
résultant des émanations peslilenliellesdu lac Fetzara. 
Les plantations d'eucalyptus qui forment le long de 
la voie ferrée et autour du village une véritable forêt, 
n'ont pu encore assainir cette région que seul le des- 
sèchement du lac pourrait rendre habitable aux eu- 
ropéens. 

Lac Fetzara 

Le lac Fetzara, reste d'un[ancien'golfe quatei'naire 
autrefois réuni à la mer par les plaines de la Mafrag 
et de la Meboudja, e^t d'une formation géologique 
récente. C'est un vaste marais de 14,000 hectares 
dont les rives, couvertes de roseaux, servent de re- 
fuge à des milliers d'oiseaux. Les apports successifs 
en ont exhaussé le fond à 11 mètres au-dessus de la 
mer, et, en été, la plus grande pai-lie de la cuvette, 
mise à sec, se crevasse sous les rayons du soleil, 
d'où le nom de Garaa-el-Felzara (étang des crevasses), 
que lui donnent les indigènes, à moins que celte dé- 
nomination ne provienne du nom de la fraction des 
Arabes « Fezara ». 

La Société du Mokta, en exécution d'une conven- 
tion passée avec l'Etat, en avait commencé l'assèche- 
ment ; un canal passant au sud de la Beleliéta est 



— 138 — 

bien destiné à faire écouler ses eaux dans la Me- 
boudja, mais son débit est tout à fait insuffisant pour 
obtenir jnmais l'assèchement complet du lac. 

(Planche n» G) 

2° Massif du Chaïba 

Le parallélogramme montagneux limité à l'Est par 
la haute vallée de l'Oued-el-Aneb, prolongée jusqu'à 
la Voile Noire, au Nord par la côle jusqu'à la racine 
de la presqu'île Takouch, à l'Ouest par le Djebel 
Takouch et la vallée inférieure derOued-Ouïder,ausud 
par rOued-el-Kebir, correspond exactement à la for- 
mation des grès et schistes nummulitiques. L'Oucd- 
el-Kebir, descendant sous le nom d'Oued-Senedja, 
des montagnes de Jemmapes et de Gastu, est, dans 
la partie inférieure de son cours, le grand collecteur 
des eaux de cette région. Longeant à l'Est le pied des 
dunes des Guerbès, ce petit fleuve vient déboucher 
dans la plaine marécageuse de Feïd-el-Maïz actuelle- 
ment asséchée en été, mais encore inondée tout l'hi- 
ver malgré les canaux qui la sillonnent et dont l'un 
remonte, dit-on, aux Romains. Là, il reçoit l'Oued- 
el-Aneb et l'Oued-Magroun qui par eux-mêmes ou 
par leurs affluents lui amènent les eaux de toute la 
partie sud du massif. 11 se recourbe à angle droit 
pour longer le pied de l'Edough, change une deuxième 
fois de direction entre les dunes et les derniers con- 
forts de la montagne, traverse le marais des Beni- 
Mahamed et reçoit l'Oued-Ouïder dans le lit sensi- 
blement parallèle à celui de l'Oued-el-Aneb, lui ap- 
porte les eaux de la partie scptenti'ionale du massif. 
Enlin, devenu navigable aux petites barques, l'Oued- 




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— 139 — 

el-Kebir fi'ouvre, vei's le golfe de Stora, un chemin 
sinueux au milieu des dunes qui bordent la côle. 

Le centre orogrnphique de tout le massif des grès 
nummulitiques est le seuil d'Aïn-Bai-bai", que domine 
immédiatement le Djebel -Chaïba, dîme de 827 mètres 
d'altitude, dont les flancs dénudés contrastent vio- 
lemment avec les magnifiques forêts qui l'entourent. 

Au nord du col de Sidi-Saadi, la grande ligne de 
faîte parallèle à la côte se relève brusc|uement par les 
escarpements du Kef-el-Azemat (652"') et du Djebel- 
INledine (773'") où elle prend une direction fi-anclic- 
ment nord juscju'au seuil d'Aïn-Barbar. Là, il se 
divise en deux branches sensiblement parallèles. 

La branche du Sud porte la cîmc du Chaïba, s'a- 
baisse ensuite à ^.00 mètres pour laisser passer la 
route de l'Oued-el-Aneb à l'Ouider, et se prolonge 
entre la vallée de TOued-OuïJer et celle de l'Oued- 
Magroun, par la longue crête du Dra-Sra-Griba, que 
franchit la roule d'Aïn-Mokra à Ilei'billon. De celte 
crête se détachent vers le Sud une séi-ie de crou|ies 
boisées aux reliefs décroissants qui séparent les di- 
vers affluents de l'Oued-el-Ancb et de l'Oucd-Ma- 
groun et couvrent toul le pays justju'au lit Je ces 
deux torrents. 

La branche du Nord longe la côte et sei-t de ligne 
de partage des eaux enti'c les petits lon-enls cùliers 
et les affluents de l'Oued-Ouider. Elle s'abaisse à 504 
mètres au col du Tata ou d'Aïn-Barbar pour laisser 
passer le chemin de l'iùlough à llcrbillon et se con- 
tinue par une série de crêtes rocheuses alternant avec 
des i)lateaux ondulés, couverts de belles forêts de 
chênes-lièges. 

L'ancienne roule militaire de Bône à Ilerbillon, 



- 140 — 

aujourd'hui à peine praticable aux mulets, abandon- 
nait au col du Tata le tracé actuel pour suivre celte 
croie et rejoignait la route d'Aïn-Mokra à Herbillon, 
à 4 kilomètres de ce dernier village. 

Au jiied de cette crête règne une côte inhospita- 
lière qui tombe dans la mer en falaises à pic; elle 
ouvre aux barques trois petits ports d'un usage très 
précaire : l'un, le Mers-cl-Menchar, peut être le port 
de l'ancienne Sullucu, à l'embouchure de l'Oued- 
Noukach, le port de Sidi-bou-Zeid, qui a servi quel- 
que temps ù l'embarquement du minerai d'Aïn-Barbar, 
et celui d'Aïn-Riana que la Société de l'Ouïder utili- 
sait autrefois pour l'expédition de ses lièges. Au nord 
de ce dernier, le cap Akcine, rendu célèbre par l'écueil 
qui le prolonge en mer et sur lequel s'est perdu, en 
1884, le vapeur de la C" transatlantique V Immaculée 
Conception, allant de Philippeville à Bônc. 

(Planche n» 7) 

Les deux centres économiques de la région du 
Chaïba sont la vallée de l'Oued-el-Aneb et celle de 
l'Ouïder, centres d'exploitations forestières impor- 
tantes. 

Le hameau de l'Oued-el-Ancb forme avec le per- 
sonnel de la Société des Hamenchas et Petite Kabylie, 
et de la concession De Noireterre une petite ogglo- 
méi'ation dépendant de la commune d'Aïn-Mokra, à 
laquelle il est relié par une roule directe ù travers la 
montagne. 

Un chemin autrefois carrossable, aujourd'hui dé- 
gi'adé faute d'enli'elien, remonte la haute vallée de 
rOued-el-Aiicl) pour aboutir à la crèle, au seuil de 
Sidi-Saadi. 

De l'Oued-el-Aneb, part encore le long de l'Oued- 



— 141 — 

Aïn-Zemn, une autre piste cliurretiôre quoique sans 
enti'elieii réguliei* qui, par le col du Chaïba, aboutit 
diieclemeut ù l'étoblissemcnt forestier de l'Ouïder. 
Cet établissement, situé au pied du Chaïba, est éga- 
lement relié à Herbillon par une bonne piste carros- 
sable qui descend pendant 15 kilomètres la vallée de 
rOuïder pour rejoindre, sur les flancs du Djebel- 
Takouch, la route d'Aïn-Mokra à Herbillon. C'est la 
seule partie aujourd'hui praticable aux voitures de 
l'ancienne route de Bône à Herbillon, à partir de 
l'Edough. 

A quatre kilomètres en amont de l'établissement 
de rOuïder et i)rès du col du Tata, se trouvent les 
•ruines lamentables de l'ancien village d'Aïn-Barbar, 
siège autrefois d'une exploitation minière impoi-tante. 
Ces mines de cuivre, concédées en 1SG3, à un M. La- 
baille, furent achetées, en 1876, par la Société de la 
Vieille Montagne qui les exploita plusieurs années. 

Les travaux, qui employaient 250 ouvriers, com- 
prenaient dix galeries de 2,700 mètres de développe- 
ment et mettaient au jour les minei-ais suivants : 
pyrite de cuivre, cuivre panaché, oxyde noir de cui- 
vre, oxydule, sulfure de cuivre, malachite, azurite, 
cuivi'e natif, blende et pyrite de fer. 

Une route de neuf kilomètres amenait le minerai, 
par le col du Tata, au petit port de Sidi-bou-Zeid, 
d'où des barques de faible tonnage le conduisaient à 
Bùne. Mais les frais d'extraction et de transport ne 
couvrant pas les dépenses, l'exploitation a été aban- 
donnée ; aujourd'hui le village est désert, les maisons 
tombent en ruines, la roule s'éboule en maints en- 
droits. Mais il est question, pour la Société de l'Ouïder, 
de reprendre cette année les travaux d'exploitation et 
de relever de ses ruines le village d'Aïn-Barbar. 



- 142 — 

3° Massif du Cap de Fer 

Le massif du Cap de Fer qui termine à l'Ouest la 
presqu'île de l'Edough appartient tout entier au ter- 
rain éruptif; il commence à la masse importante du 
Djebel-Takouch ou Djebel-Sidi-Yaya, dont la route 
d'Aïn-Mokra à Herbillon contourne le flanc oriental, 
et qui se prolonge en mer par la presqu'île de Takouch. 

Cette presqu'île aux découpures bizarres abrite des 
vents du Nord et d'Ouest le petit port d'Herbillon ou 
de Takouch habité par une population de 2,10i habi- 
tants, dont 217 européens, tous pêcheurs ou cultiva- 
teurs. De belles cultures, prés, céréales et vignes 
couvrent les collines qui entourent Herbillon et pro- 
duisent en particulier un vin assez estimé. 

(Planche n» 8) 

Après un seuil de 277 mètres que fi'anchissait l'an- 
cienne route d'Aïn-iMokra, la crête s'élève brusque- 
ment avec les l'ochers du Kef-Nouar, et forme jus- 
qu'à la pointe du cap une muraille rocheuse, escarpée, 
aride, que suit un mauvais sentier ti'ès dur pour les 
chevaux. Au Kef-Nouar, cette arête lance vers le 
Nord-Ouest une petite croupe couverte de bois et de 
hautes brousailles qui va former la j^resqu'île de 
Sidi-Akkach, et dirige vers le Sud-Ouest les ci-êtes 
boisées du Koudi;it-el-Kalaa, massif porphyrique dont 
les dernières pentes viennent tomber à l'embouchure 
de l'Oued-el-Kebir. 

Plus elle s'avance vers le cap, plus la montagne 
devient Apre et sauvage : de l'étroit sentier ([ui oc- 
cupe toute la largeur de la crête, des pentes abruptes 
dévalent à droite et à gauche jusqu'à la mer. Après 



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— 143 — 

avoir gravi la hauteur du Sémaphore (481'") et fran- 
chi l'arête du Coudiat-el-Beï, on aperçoit subitement 
à 400 mètres au-dessous de soi l'extrômitô de la 
presqu'île qu'un énorme rocher aux flancs noirâtres, 
aux escarpements verticaux, semble barrer tout en- 
tière, c'est le Kef-el-Kalaa ou Rocher du Cap de Fer. 
Le sentier se fraye un étroit passage sur le flanc 
Nord de ce rocher, et descend au milieu des buttes 
moins escarpées jusqu'au petit plateau couvert de 
diss, balayé par le vent du large et les embruns oii 
est assis le phare du Cap de Fer. 

D'Herbillon au Cap, la côte n'est pas moins sau- 
vage que la montagne qui la domine : le long des 
anfractuosités de la presqu'île Takouch jusqu'à la 
pointe de Sidi-Akkach, c'est une suite ininterrom- 
pue de falaises rocheuses que suit un très mauvais 
sentier de piétons. 

A l'extrémité Nord-Est de la presqu'île, entre le 
cap Takouch et la pointe de Louilsba, le rocher de 
Djezira Srii'a (la petite île; vient prolonger en mer 
la ligne de ces falaises. A deux milles au lai'ge, et à 
mi-distance entre Takouch et Sidi-Akkach, l'île S^''- 
Piasti-e n'est qu'un rocher aride où nichent des mil- 
liers de mouettes et de pigeons. Au sud de la pointe 
de Sidi-Akkach, que protègent quelques rochei'S, la 
côte s'évase en une petite baie malheureusement 
ouverte aux vents d'Ouest, le long de la(|uelle règne 
une assez jolie plage de deux kilomètres de dévelop- 
pement et que domine un demi-cercle de hauteurs 
très pittoresques. Au-delù de celte baie, la côte se 
relève bientôt en falaises encore i>lus sauvages que 
vient seulement interromi)re, au pied du i-ocher du 
Cap de Fer, une petite plage ouverte au Nord, où 
par le beau temps les pécheurs peuvent aborder. 



— 144 — 

Le petit plateau à l'extrémité duquel est bâti le 
phare du Cap de Fer est également bordé de tous 
côtés de falaises de 40 à 50 mètres de hauteur et se 
prolonge en mer par un îlot escarpé, où l'on a voulu 
voir l'île HyJras de Ptolémée. Là la côte tourne 
brusquement nu Sud-Est pour ouvrir le golfe de 
Stora ; une de ses anfractuosités, dont un sentier 
descend en lacets les pentes abruptes, a été choisie à 
800 mètres du phai'e comme point d'atterrissement 
pour la barque qui vient chaque mois de Philippeville 
ravitailler les gardiens du phare. 

(Planche ii" 9) 

A huit kilomètres au Sud-Est du Cap, la montagne 
qui depuis là plongeait brusquement dans la mer, 
s'écarte du rivage laissant entre elle et la côte une 
petite plaine cultivée, dont le centre est la Marsa de 
Sidi-bou-Merouan. 

Ce petit port, abrité du Nord par une langue de 
terre que couronne le marabout de ce nom, est très 
frécjuenté par les i)ècheurs de sardines. Ils y ont 
construit trois baraques en planches pour la pi'épa- 
ration du poisson, et trouvent dans ce petit liûvre 
naturel un abri très sûr par tous les temps. Deux 
mauvais chemins, aux pentes très raides, dilïicile- 
ment praticables aux chevaux ferrés, font communi- 
quer la marsn avec le chemin de ci'ôte d'Herbillon au 
Cap de For, l'un par la mechta Lelema, l'autre par 
Sidi-el-Menadi. Un troisième sentier accessible aux 
piétons seuls, relie la Marsa au phare, en longeant 
la côte Sud-Est, et va rejoindre le chemin de crête 
ou pied du rocher du Kef-cl-Kaiaa. Enfin, un che- 
min assez fréquenté et bon muletier relie en droite 




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ligne Aïn-Mokra à la Marsa, en traversant la plaine 
de Feid-el-Maïz, Sidi-Abd-es-Salem, les marais des 
Beni-Mahamed, Sidi-Menoud et les gourbis du Cheikh 
des Beni-Mahamed. 

(Planche n» 10) 

Immédiatement au Sud de la Marsa, la côte s'in- 
fléchit dans la direction du Sud puis, du Sud-Ouest, 
se borde d'un cordon de dunes de 15 à 20 mètres de 
relief que vient couper, à trois kilomètres de là, l'em- 
bouchure de rOued-el-Kebir. 

L'Oued-el-Kebir est le canal qui draine (très im- 
parfaitement du reste) îa ligne des marais qui bor- 
dent le pied Sud-Ouest de l'Edough depuis le seuil de 
Tebiga jusqu'à la mer. Son cours tortueux, aux eaux 
lentes, est le dernici* vestige du détroit de la mer 
quaternaire qui séparait l'île de l'Edough du plateau 
algérien. Aujourd'hui il forme une ligne de démarca- 
tion très nette entre les terrains anciens et la forma- 
tion quaternaire, entre le massif de l'Edough et les 
dunes boisées du Guerbès. 



THOISIJEMiK PARTIE 



ARCHÉOLOGIE 

L'histoii-e des populations qui ont habité ou colo- 
nisé le massif de l'Edough, au cours des différentes 
civilisations qui se sont succédées dans l'Afrique du 
Nord n'est pas facile à reconstituer : les auteurs 
anciens qui s'étendent complaisamment sur la des- 



— 146 — 

cription des riches cités de la Numidie ne nous 
donnent que de très vogues renseignements sur les 
contrées sauvages qui en étaient voisines. 

L'Edough couvert de forêts impénétrables que les 
anciens n'exploitaient pas, très peu peuplé, difficile- 
ment accessible de l'intérieur ne devait guère offi'ir 
que quelques ports de refuge aux navigateurs en 
butte ou mauvais temps. 

Aussi, avant d'entrer de plain-pied dans l'étude de 
ce massif presque ignoi'é, il nous paraît bon de jeter 
un coup d'œil rapide sur l'ethnographie générale du 
pays, et sur l'histoire de la cité la plus importante 
des environs : Hippône. Puis nous passerons en 
revue les textes qui font mention de l'Edough ; nous 
comparerons ensuite ces documents écrits avec la 
trace que les anciens habitants ont laissée sur le sol 
de leur occupation, et nous pourrons enfin en déduire 
le genre d'installation qu'ils pouvaient avoir dans ces 
montagnes. 

I. Ethnographie générale 

L'Afrique septentrionale était habitée depuis les 
origines de l'histoire par une race primitive unique 
probablement, de même souche que celle à laquelle 
nous devons les monuments mégalithiques de l'Eu- 
rope et de l'Asie occidentale. Ces peuplades, aux- 
quelles paraît devoir s'appliquer la désignation col- 
lective d'indigènes Imoschach, sont les Schahim de 
la table ethnographique de la Genèse, les liowàten 
berbères. Hérodote, l'antiquité grecque et romaine 
toute entière, les appellent A'.Sjyj^, Libyens ; le nom 
anciens de Maures paraît être une appellation phéni- 
cienne, Maouharim ( Maghreb en arabe), gens de 



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— 147 — 

rOuest. Les Grecs, qui les avaient connus lors des 
guerres de Sicile et de l'expédition d'Agalhocle, les 
appelèrent Niixaos; à cause de leur genre de vie ; les 
romains en firent Niimidi. Pendant la domination 
carthaginoise ils habitent l'intérieui" du pays, et se 
mêlent sur I;i côte aux colons phéniciens ; ce sont 
eux qui forment l'armée de Jugurlha, qui combattent 
contre les Romains avec Tacfarinas, et qui enfin, à 
partir de l'arrivée des Vandales, s'efforcent de dé- 
truire jusqu'au souvenir de la domination romaine. 

Les Arabes les retrouvent véritables maîtres de 
l'Afrique et les appellent Berbères; aujourd'hui le 
nom banni de Kabyle sert à désigner la plus grande 
partie de ces Berbères installés en Algérie. 

II. — Hippôiie 

C'est au milieu de ces peuplades que les marchands 
tyriens, qui semaient leurs comptoirs sur toutes la 
côte septentrionale de TAfi-ique, fondaient vers le 
milieu du XP siècle, non loin de l'emplacement ac- 
tuel de Bône, au pied du dernier contrefort de l'Edough, 
la ville d'Hippo, devenue plus tard Hippo-Regius. 
Les uns cherchent l'étymologie de ce nom dans le 
mot phénicien ubbon (golfe), d'autres dans le mot 
Ipo, beau, joli, commun aux anciennes langues sé- 
mitiques : interprétations qui conviennent l'une et 
l'autre à l'heureuse situation de la ville au fond du 
gracieux golfe de Bône. 

Quoi qu'il en soit, Hippône subit bientôt le sort des 
comptoirs phéniciens fondés sur le territoire libyque 
et tombe sous la domination de Carthage. Après la 
première guerre punique, quand le faisceau des villes 
soumises se rompt, Hippône dont les premiers colons 



— 148 — 

s'étaient mélanges avec les peuplades libyennes des 
environs, ouvre ses portes à Gala, i-oi des Massyliens, 
allié des Carthaginois, mais tombe peu après sous la 
dépendance de Siphax, roi des Massésyliens, vain- 
queur de Massinissa, le successeur de Gula. 

(Planche 11) 

Au moment de la deuxième guerre punique, Hip- 
pône est encore sous la dépendance de Carthage, aussi 
sa prospérité, son éloignement de la métropole la dé- 
signent-elles comme but aux incui'sions des Romains: 
Lœlius, y débarquant en |)laine paix, la ravage ainsi 
que les riches campagnes environnantes. 

Quand Rome victorieuse abandonne à Massinissa 
le royaume de Siphax, Hippône, ville phénicienne, 
paraît en avoir été exceptée. Après la troisième guerre 
punique et la destruclion de Carthage, elle devient 
sans doute tributaire de Rome, peut-être est-elle donnée 
aux rois Massyliens, d'oi^i son nom de regius. 

Elle reparaît dans l'histoire à l'issue de la lutte en- 
tre César et Pompée : après la défaite à Thapsus des 
derniers partisans de Pompée, Métellus Scipion, 
fuyant par mer et poursuivi par la flotte césarienne 
de Sittius, se réfugie dans la rade d'Hippône : Il y 
est battu, ses vaisseaux sont coulés et lui-même se 

tue. 

La Numidie étant devenue province romaine, Hip- 
pône atteint bientôt son plus haut degi'é de prospérité. 
Vers le II" siècle le christianisme apparaît dans cette 
province, un évoque d'Hippône, Théogenes, y est 
massacré, en 240, avec 36 chrétiens. En 305, après 
plusieurs évèques donatistes, Saint-Augustin, dont 
le nom devait illustrer Hippône, en devient évèque au 
moment où elle allait subir une nouvelle conquête. 



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En effet, les Vandales, attirés en Afrique par les 
menées du comte Bonitace, son gouverneur, viennent 
mettre le siège devant HipiJÔne, qui résiste quatorze 
mois. Battu en rase campagne par Genséric, Boniface 
s'enfuit par mer à Cartilage avec une partie des habi- 
tants. Saint-Augustin était mort pendant le siège, les 
Vandales brûlent la ville, massacrent ou réduisent en 
esclavage le reste des habitants, mais respectent la 
basilique oiî était enseveli Saint-Augustin. 

Pendant leur domination, les princes Vandales ont 
à lutter sans cesse contre la turbulence des Maures; 
Hildéric, qui met fin aux persécutions religieuses, 
tente de reconstruire Hippône et de rappeler ses ha- 
bitants : la ville repi'enait un nouvel essor quand 
arrive la conquête byzantine. 

Justinien, profitant de l'usurpation de Gélimer, 
envoie contre lui Bélisaire qui débarque en Afrique à 
Caput-Vada, avec 45,000 hommes. Gélimer battu à 
Tricamara s'enfuit en Numidie ; Bélisaire l'y pour- 
suit et arrivé à Hippône appi'end que le prince van- 
dale s'est réfugié dans le Mont-Pappoua, que la plu- 
part des auteurs identifient avec l'Edough. 

Bloqué dans ces montagnes, Gélimer vaincu par la 
misère et la famine se rend à Pharas, lieutenant de 
Bélisaire, après quatre mois de siège, abandonnant 
la domination de l'Afrique. 

Hippône reprend alors un semblant de prospérité, 
mais au milieu des guerres civiles qui ensanglantent 
la dénomination gréco-byzantine, elle ne peut jamais 
se relever des ruines de la conquête vandale. 

En 697, à la deuxième expédition arabe, lorsque 
Hassan ben Noumen s'empare de Carlhage et des 
autres villes romaines, Hippône paraît conserver en- 

11 



— 150 — 

core sa garnison byzantine et ne semble pas avoir été 
ruinée par ces conquérants. Vers 950, Ibn Haukal 
cite dans le golfe de Bône, une ville qui est certaine- 
ment Hippône, mais un siècle plus tard, vers 1050, 
El Bekri signale la ville d'Augustin, Donna (Hibbounax 
sur une colline près de la mer, et à trois milles de là, 
la ville neuve qui fut entourée de murs en 1058. C'est 
notre Bône actuelle, l'Annaba des Arabes (ville des 
jujubiers), qui, construite avec les matériaux de la 
vieille cité romaine, va désormais la remplacer dans 
l'histoire. 

Pendant que ces conquérants se succédaient à Hip- 
pône, la montagne qui la domine continuait à abriter 
sa population primitive de Maures ou Numides, que 
les historiens nous peignent descendant de leurs re- 
paires à chaque ébranlement politique, pour essayer 
de repousser le conquérant étranger, qu'il s'appelle 
Carthaginois, Romain, Vandale, Grec ou Arabe. 

Mais, quelque sauvages qu'elles fussent, ces mon- 
tagnes ne pouvaient échapper entièrement à la con- 
quête étrangère. L'étude qui va suivre, des textes 
anciens d'abord, des ruines éparses dans l'Edough 
ensuite, va nous permettre de reconstituer cette oc- 
cupation, d'en déterminer la nature et les limites. 

III. Les textes 

/° Périple de Skylax 

Le premier document géographique qui pourrait 
peut-être faire mention de la région qui nous occupe, 
est le Périple de Skylax, œuvre d'un Grec inconnu, 
parue sous le règne de Philippe de Macédoine et at- 



- 151 — 

tribuée au célèbre Skylax de Garyande, amiral de 
Darius et navigateur intrépide. 

La partie de son récit relative à la côte Nord de 
l'Afrique parle d'une certaine Itc-oj tuoXiç, bâtie auprès 
d'un lac et de sept villes autour : 

« At.ù hjy,r,i e-.; It.zù\) x/.^X'i IxTCiu tcôX'.ç, ■/,v. X'.ixv/; 
eTi'a'jTY) £5X1, Y.V, VYjJoi cV TY) Xtij-VY) T^ùXkv.^ V.V. T.zp'. Tr;v Àtîxvr/; 
TCiXs'.ç aeiSe. ^eyaç tcôXiç xai evajxtov x^nr,- vr^ji'. Nx;aa'. 
TTîXXai T:'.6yjx3j(jat, xat Xtixrjv xa-'evauTi3v auxwv, xat vYjjiç, xx'. 
TîûXt; £v TYj'vrjîW B'j^i'.x 0a'|a, xai tcoX'.ç xai X'.ijlyjv, Kajxax'.; 
::cXir, xa'. X'-iXYjv, Stoa z:X'.ç, layX'.oj axpa, -jtsX'.ç xa- X'.;xt;v, 
eP$o;xi? ziX'.^ xai X'.;r^v. » 

Cette I--SJ TToX'.^ sur un lac est certainement Hippo- 
Zaryte, notre Bizerte actuelle, Itztzoj axpa est le Cap de 
Garde, quant aux sept villes mentionnées autour de 
ce lac, Psegas en face des Iles Naxiques, Euboia 
Thapsa, Karikakis, Sida et les trois autres dont il ne 
donne pas le nom, il est très difficile de les retrouver, 
même en dehors du lac, sur la côte numidique. 

2° Polijbe 

Après la prise de Carthage, l'historien Polybe reçut 
de Scipion Emilien la mission de faire un voyage de 
découverte autour de l'Afrique ; mais la description 
de ce voyage, que nous connaissons par les récits de 
Pline, ne nous est pas parvenue. Quelques commen- 
tateurs ont pensé reconstituer la nomenclature de 
Polybe en mettant à part dans la liste de Ptolémée 
les noms à désinence punique, tels que, entre Rusi- 
cade et Hippône : Uzicath, le golfe Olcachites, le 
petit Kollops, le port Siur, Hippou-Acra. Mais ce 
n'est là qu'une hypothèse qu'aucun texte ne vient 
confirmer. 



— 152 — 

5» Pline (79 av. J.-C.) 

Pline, le premier, nous fournit quelques renseigne- 
ments quoique encore bien vagues : le premier, il 
place entre Hippo et Rusicade, une ville Tacatua : 

(( Oppida Cullu, Rusicade, ei ah ea XLVll m. p. in 
mediterraneo coloyiia Ciria Sillianorum cognomine et alla 
inlus Sicca, liberumque oppidum Huila lîegia. At in orà 
Tacatua, llippo Ikgius, flumen Armua, oppidum Tabrache 
civium romanorum, Tusca fluvius, Numidim finis. » 

4° Ptolémée 

Ptolémée donne de la côte qui nous intéresse une 
liste de noms beaucoup plus complète ; il est le seul 
géographe qui parle du golfe de Numidie dont il donne 
la dimension exacte ; de plus, il sait que par une 
saillie de la côle (le cap Treton, i)robablement), il est 
divisé en deux parties : celle de l'Est porte le nom 
de OXxa/irrjÇ xoX-koç, sinus Olcachites, c'est le golfe de 
Stora; l'autre, coïncide avec le Kollops magnus, 
golfe de Collo. Ptolémée cite ensuite, dans le golfe 
de Numidie, Uzicath (Thuzicath) que l'on n'a encore 
pu identifier sûrement avec aucune ruine connue, 
puis Ta/.a-jr, Tacatua) déjà citée par Pline et qui est 
sans contredit notre Takouch actuel, puis le KsaXk]/ 
[xapo;, petit Kollops, qu'il marque à 20' à VEst de 
Tacatua, peut-être par une erreur de copiste. Plus 
loin S'.up XftAYjv, Siur portus, dont nous aurons à déter- 
miner l'emplacement, puis Iz-cj axpa, Hippi pomonto- 
rium, lî^Ti^cpp^v x/.^c^i, Stoborrum promontorium, et 
immédiatement avant \r.r.ù : AspiS-.j'.sv, Aphrodisium 
qui dans nos éditions porte le titre de colonie, mais 



— 153 — 

CG titre doit sans conteste être rapporté à lr.r,i> qui 
suit dans rénumération. 

Ptolémée est le seul géographe qui décrive la côte 
montueuse s'élevant depuis Hippône dans la direction 
du Nord-Ouest, les deux caps qu'il y cite sont : ou 
le cap de Garde et la Voile Noire, ou la pointe de 
Bône et le Cap de Garde. 

5° Itinéraire d'Antonin. — Table de Peutinger 

Après Ptolémée, l'histoire ne nous fournit plus 
guère que deux documents, mais des plus précieux : 
ce sont V Itinéraire d'Antonin, tableau des voies 
romaines, avec les distances entre les différentes sta- 
tions, et la Table de Peutinger, carte routière de 
l'Empire Romain. 

L'Itinéraire, compilé, dit d'Avezac, par l'Istriote 
Ethicus, vers 375, fut probablement publié sous les 
ordres d'Antonin. 

La Table de Peutinger, remontant, d'après d'Ave- 
zac, à (Constantin, d'après Mannert, à Alexandre 
Sévère ( 222 à 235 ), selon d'autres, à Théodose II 
(408 à 450) fut retrouvée à Worms, en 1507, par le 
savant allemand dont elle porte le nom. 

Ces deux documents nous fournissent des rensei- 
gnements qui ne nous sont certainement pas parve- 
nus sans altération, mais ils nous permettent un con- 
trôle réciproque précieux, car il serait vraiement ex- 
traordinaire que deux calculs différents, dont l'un 
n'est pas copié sur l'autre, renfei-massent tous deux 
la même erreur sur le môme point. Ces deux textes 
ont permis, presque à eux seuls, de reconstituer 
l'immense réseau routier qui sillonnait le monde ro- 



— 154 — 

main : pour la région qui nous occupe ils nous ap- 
prennent qu'Hippône était un centre de rayonnement 
important d'où partaient sept et peut-être huit de ces 
voies : 

1° Vers l'Est, une route le long de la côte, par 
Tuniza (La Galle) sur Thabraca (Tabarca), élément 
de la grande voie qui longeait toute la côte africaine 
de Carlhage aux colonnes d'Hercule ; 

2° Vers l'intérieur, une route dont un élément est 
encore visible à quatre kilomètres Sud-Est de Bône, 
dans la tranchée du chemin de fer de Bône à Guelma 
et sur la rive gauche de la Seybouse, dont elle coupe 
en écharpe le lit actuel. Cette route aurait été le tronc 
commun d'une série de voies divergeant en éventail 
vers les pi'incipales villes de la Numidie, savoir : sur 
Ouelabba (Bordj-bou-Larès),Simittu (Chemtou),Bulla 
Regia et Carthage ; 

3° Sur Thagaste (Souk-Ahras) et Sicca Veneria 
(Le Kef), par la vallée de l'Ubus (Seybouse) et TOued- 
Tuilli ; 

4° Sur Tipasa (Tifech), i)ar Vicus Juliani (Pont de 
Duvivier) et Zattara ; 

5" Sur Cirta (Constantine), par ad Villam Servi- 
lianam (Hammam-Berda), Aqua3 Thibilitanœ (Ham- 
mam-Meskouline) ; 

6° Sur Rusicade (Philippeville), par le pont de 
Constantine, sur la Meboudja,ad Plumbariaet Nedes; 

7° Indépendamment de cette dernière route, lon- 
geant le bord méridional du lac Fetzara, l'Itinéraire 
et la Tui)le nous apprennent qu'une autre voie reliait 
Hippône à Rusicade, par le versant septentrional de 
l'Edough et du Fillila. 

Cette voie traversait tout le massif qui fait l'objet 




JaQ-pirmk d'un frapnent de la Table de Teutmjer 



de cette étude et était jalonnée par les stations sui- 
vantes : 



ITINÉRAIRE D'ANTONIS 



Rusicade : 

Paratlaols 

Culacltanis 

Tacatua 

Sulluco 

nippo Rcgiua col.. 

Total.. . 



25 milles 

18 — 

22 — 

22 — 
32 — 



37kin 
26 6 

32 5 

32 5 
47 4 



TABLE DE PEUTINGBR 



119 milles 



Rusicade colonia 

Paratlant 

Culucitanis 

Zacca • . . 

Muhanir 

Tacatua 

Sulluco 

nippo Rcgius 

Total . . . . 



25 milles 


16 


— 


7 


— 


8 


— 


7 


— 


18 


— 


33 


— 


114 


milles 



37km 

23 7 

10 3 

11 3 
10 3 
36 6 
48 8 



. Enfin, comme le pense M. Fournel (Richesse mi- 
nière de V Algérie), une troisième route devait relier 
Hippône à Rusicade, en passant entre les deux pre- 
mières : se détachant à Paratianœ de la route de 
l'Edough, elle se dirigeait vers l'Est, gagnait les rui- 
nes d'El-Ksour, remontait l'Oued-el-Aneb, jusqu'au 
Ksar d'Abdallah-Jemel, pour déboucher sur le lac 
Fetzara, par le défilé des Voleurs, où se devinent 
encore des traces de cette voie et gagnait enfin Hip- 
pône par la plaine des Karézas. 



6° Procope 

Au Vl° siècle, Procope de Césarée, l'historien et le 
secrétaire de Bélisaire, nous décrit avec de nombreux 
détails, dans la guerre des Vandales, un c,::; IIa~oja, 
Mons Papua où Gélimer, roi des Vandales, s'était 
réfugié api'ès sa défaite à Tricamara, et où beaucoup 
de commentateurs veulent voir notre moderne Edough. 



— 156 — 

D'Anville (Géographie ancienne , p. 665), l'Académie 
des Inscriptions et Belles-Lettres (Recherches sur 
la Régence d'Alger, t. i, p. 105), Marcus (Histoire 
des Vandales, t. m, ch. xni), Dureau de la Malle 
(Recueil de renseignements sur la province de 
Constantine), Péllissier (Mémoire historique et géo- 
graphique sur l'Algérie), Fournel (Richesse minière 
de l'Algérie) n'émettent aucun doute à cet égard. 
D'autres archéologues ont recherché le Mons Pappoua 
dans le Babourah (Babor)en s'appuyant sur l'analogie 
des deux noms produite par la permutation en arabe 
du p en b. D'autres veulent le voir dans l'Aurès, ce 
qui est bien peu probable car Procope nous cite à 
plusieurs repi-ises l'A'jpaaw? ipoç, Aurasius Mons. 
M. Papier, le savant président de l'Académie d'Hip- 
pône, dans une étude très serrée de la question, est 
d'avis de rechercher le Mons Pappoua dans leDjebel- 
Nador où une inscription permettrait de lire le nom 
de Medenos, ville du Pappoua citée par Procope. 
Enfin, M^'' Toulotte, réfutant l'opinion de M. Papier 
et se basant sur une inscription rupestre, voudrait le 
retrouver dans les environs de Mila. Sans avoir la 
prétention de prendre part de cette controverse, exa- 
minons si le texte de Procope est applicable h l'Edough : 

« Gélimer, nous dit l'historien byzantin, s'était en- 
fui en Numidie Bélisaire lancé à sa poursuite 

ari'ive à Hippône, où il apprend que le roi fugitif s'est 
réfugié dans le Mont Pappoua, auprès des Maures 
ses alliés, et qu'il ne pouvait aller l'y prendre à cause 
de l'hiver et des affaires qui le réclamaient à Car- 

Ihage Il chai'ge alors son lieutenant Phai-as avec 

ses Iléi'ules (ils étaient 400 au débarquement) d'as- 
siéger le Mont Pappoua ; celui-ci, dons une escalade 



— 157 - 

infructueuse perd 110 de ses hommes et se résout à 
un blocus étroit de la montagne tel que personne ne 
puisse en sortir, ni rien y entrer. Après trois mois 
de siège, Gélimer vaincu par la misère et la famine 
se rend à Pliaras. » 

Quant au pays et à ses habitants, voici la descrip- 
tion que nous en donne Procope : 

« To'j-5 Cô zù cpiç zz-'. 1J.£V cv Tôt; Ncut'/.o'.a; tzyx-z'.:; 
axp!î-:2[i.ôv Te ez'. zAe-.sTiv, y.at os'.vwç a^aTiv (zîTpa'. yap u-i^ïjXai 

£(7 auTi TZTnxyt^v) avsyouîi) y.v. r.oMq ^?'/,^'-^ Myjosoç 

cvi[ji.a T.xpx Tiu ôpiu; -x tT/x'x y.v.zx'.. Ev TXjTa FôX'.ixsp çuv 
Tôt; £7:i[Ji,£Vâ'.; rpr/xpt. » 

« Le Pappoua est situé au fond de la Numidie, 
c'est une montagne escarpée et terriblement inacces- 
sible , des rochers très élevés l'entourent de tous 

côtés A l'extrémité de la montagne existait une 

ville ancienne du nom de Medeos, c'est là que Gélimer 
s'était réfugié avec sa suite. » 

« Les Maures, habitants de ce pays passent 

l'hiver, l'été et toutes les saisons dans de misérables 
huttes où l'on peut à peine respirer, et dont ni la 
neige, ni la chaleur, ni aucune imtempérie ne sauraient 
les faire sortir ; ils ont pour lit la terre nue ; seuls 
les riches couchent quelquefois sur une peau de bête. 
Ils no changent point de vêtements selon les saisons, 
ils portent toute l'année un grossier manteau et une 
tunique d'étoffe rude ; le pain, le vin, tout aliment un 
peu délicat leur est inconnu; comme les bestiaux, ils 
vivent de blé, de seigle et d'orge qui ne sont ni cuits, 
ni moulus. » 

Cette description, à part quelque exagération, pré- 
sente une certaine analogie avec la vie que mènent 
encore aujourd'hui nos Kabyles sous leurs gourbis ; 



— 158 — 

mais elle s'appliquerait aussi bien aux montagnards 
de l'Edough qu'à ceux du Nador, du Babor ou de 
Mila. Ce qui est plus embarassant c'est de retrouver 
dans l'Edough la ville ancienne de Medeos ; on a 
voulu la rechercher dans les ruines d'El-Ksour à 
quatre kilomètres Nord- Ouest d'Aïn-Mokra, mais ces 
ruines situées au milieu d'une plaine marécageuse 
sont de bien trop faible importance pour être les dé- 
bris d'une ville ; ce sont les vestiges d'un bôtiment 
unique, fortin ou poste de défense comme l'indique 
son nom actuel d'El-Ksour. En outre, aucun des 
auteurs que nous venons de passer en revue ne men- 
tionne ce nom entre Hippône et Rusicade. Diodore 
cite bien une ville de Mutine^ Ptolémée parle des 
Mideni, peuplade dont le territoire s'étendait des 
monts Thambès (Beni-Salah) à Thabraca. Ethicus, 
enfin, indique entre Calamam (Guelma) et Conslan- 
tinam une certaine ville des Midonim, mais aucun 
de ces textes n'est assez précis pour jeter une lumière 
sérieuse sur la question. 

Que penseï' du reste de ce blocus du Pappoua par 
Pharas avec moins de 300 hommes, quel est le mas- 
sif montagneux quelque restreint, quelque isolé qu'il 
soit, qui pourrait être aussi étroitement bloqué avec 
un si faible effectif? De tous ceux qui sont en dis- 
cussion, l'Edough est certainement le plus facile à 
investir, mais pour lui comme pour les autres, le 
récit de Procope est tout ù fait dénué de vraisem- 
blance. Nous serions donc d'avis de rechercher le 
refuge de Gélimer peut-être dans le Babor, peut-être 
dans les environs de Mila ou le Nador, mais en tout 
cas ailleurs (jue dans l'Edough malgré sa proximité 
d'Hippône et l'opinion de tant d'auteurs sérieux. 



— 159 — 

7° Anonyme de Rcwenne 

L'Anonyme de Ravenne, publiée en 1688 et qui 
remonte sans doute au IX® siècle, nous cite sur la 
côle entre Hippône et Rusicade : Sullucum, Tacatua, 
Mazar (sans doute Muharur), Culucium (probable- 
ment Culucitanij, confirmant les itinéraires sans rien 
y ajouter de nouveau. 

8<* Géographes arabes 

Les géographes arabes ne viennent pas non plus 
jeter une grande lumière sur notre sujet : IbnHoukal, 
eu 971, passe cette région sous silence. Au XIP siècle 
Edrici signale entre Bône et Collo, le Ras-el-Hamra 
(Cap de Garde), le port de Tekouch, le Mers-el-Roum 
(îvlarsa Roumilia),Slora. Au XIV® siècle Ibn Khaldoun 
puis Léon l'Africain se contentent de mentionner 
Bône qu'ils appellent l'un Bonna, l'autre Belad-el- 
Henneb, nom que les Arabes lui donnent encore 
aujourd'hui. Enfin, El-Bekri cite les montagnes du 
Ragoug dont il exagère singulièrement l'élévation en 
les peignant comme toujours couvertes de neige. 

Du reste, à cette époque, la conquête musulmane 
pèse depuis longtemps sur l'Afrique du Nord. Les 
cités dont le nom a jeté le plus vif éclat pendant de 
longs siècles ne sont plus même des ruines, leur 
souvenir disparaît de l'histoire. Les descendants des 
anciens colons Romains, Vandales ou Byzantins ont 
été massacrés ou chassés. Seule la lutte continue 
encore, entre le conquérant arabe et le berbère d'aboï'd 
chrétien, mais qui même converti à l'islamisme ne 
l)eut pas davantage accepter le joug du nouveau 



— 180 — 

maître. A la faveur de ces guerres continuelles, les 
ruines s'accumulent, le pays se dépeuple. L'Edough 
devient une sorte de forêt vierge, ses routes ouvertes 
par les Romains n'étant plus ni fréquentées ni entre- 
tenues sont emportées par les pluies recouvertes par 
la forêt; ses bourgades désertées et ruinées dispa- 
raissent 5 leur tour, et nous allons voir que leur 
ti'ace elle-même est aujourd'hui difficile à retrouver. 

IV. Ruines 

Si, de la revue des textes anciens, nous passons à 
l'étude des vestiges qu'a laissés sur le sol de l'Edough, 
la colonisation romaine, on est surpris du peu de 
traces qui restent do cette puissante civilisation. 

Hippône elle-même a presque totalement disparu : 
de cette ville magnifique, au témoignage de Procope, 
bâtie sur deux collines entre l'Ubus et l'Armua (la 
Seybouse et la Bou-Djemàa) , entourée de hautes 
murailles flanquées de tours rondes, il ne reste rien 
ou presque rien. A part deux énormes massifs de 
maçonnerie encore debout, et quelques débris de 
murailles dans la plaine entre la Seybouse et la Bou- 
Djemàa, à part quelques colonnes, quelques chapi- 
teaux et de belles mosaïques retrouvées dans les 
jardins qui bordent la route de Tunis, rien ne sub- 
siste de l'antique cité. Sans doute la Seybouse, dans 
son dô|ilacemeiit continu vers l'ouest, déjjlacement 
qu'ont prouvé MM. Fischer et l\Tpier, a dû dévorer 
bien des monuments de la ville ; en ouli-c los jardins 
qui couvi-ent les deux mamelons et la plaine voisine 
renferment certainement encoi'e de nombreux vesti- 
ges de l'ancienne Hippône que l'on ne peut mettre à 


















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— 161 — 

jour. Puis, lors de la construction de la ville arabe 
de Bône, la vieille cité a dû être utilisée comme une 
carrière très commode pour l'édification des nouveaux 
monuments et des maisons principales ; les chapi- 
teaux et les colonnes de l'ancienne mosquée de Sidi- 
bou-Merouan, l'Hôpital militaire actuel, n'ont pas 
d'autre origine. 

Du reste, que subsiste-t-il aujourd'hui de Carlhage ? 
Moins encore si c'est possible, malgré les fouilles qui 
y sont sans cesse pratiquées et que facilite un terrain 
à peu près inculte. Comme à Carlhage, un seul ves- 
tige vient attester encore l'ancienne splendeur d'Hip- 
pône, ce sont les citernes monumentales creusées 
dans le flanc Est du grand mamelon et qui sont au- 
jourd'hui utilisées comme réservoir d'une nouvelle 
canalisation de la ville. 

De l'aqueduc qui, du sommet de l'Edough, ame- 
nait aux citernes les eaux de la montagne, il sub- 
siste encore ça et là quelques débris qui permettent 
d'en suivre le tracé. Un vestige se voit au confluent 
des deux lits de la Bou-Djemàa, un autre près de la 
butte do tir, une ai'che est encore debout dans les 
jardins de l'Orphelinat, reste d'une série de neuf ar- 
cades que le Génie a fait sauter pour le passage de 
la route (!) ; puis sur la croupe de Sidi-Abid qu'es- 
caladait la conduite, on retrouve une arche près de 
la maison fontainière, des traces nombreuses le long 
du canal actuel de l'Edough qui suit l'ancien tracé 
jusqu'au col de S'^-Croix de l'Edough et, enfin, à 
quatre kilomètres de là, une dernière arcade à la 
Fontaine du Prince. 

En dehors d'IIippône, de nombreuses ruines éparses 
dans la plaine de la Seybouse portent la trace indis- 



— 162 — 

cutable de l'installation des anciens colons romains ; 
du côté de la montagne elles sont plus rares ; et si 
quelques-unes ont encore l'aspect d'établissements 
agricoles, la plupart ne semblent plus être que des 
postes militaires chargés de surveiller les chemins 
descendant de l'Edough. 

En outre, M. Fournel avait déjà, en 1844, relevé 
le long du pied de la montagne, de nombreuses traces 
d'exploitations minières anciennes prouvant que les 
riches mines de fer du Bou-Hamra, de la Beleliéta, 
et d'Aïn-Mokra ont été, à une époque reculée, exploi- 
tées et traitées sur place. L'emplacement même oii 
est aujourd'hui la ville de Bône a dû être le siège 
d'usines de fer, car le savant ingénieur remarquait 
encore, en avril 1844, des scories anciennes sur le sol 
de plusieurs rues et des boulevards qui longeaient 
les murs de la ville. 

Dans les environs de Bône et d'Aïn-Mokra, M. Four- 
nel a relevé en 18 points différents des quantités plus 
ou moins considérables de ces scories ne laissant 
aucun doute sur l'ancienne existence d'usines dans 
le voisinage des gisements. Ces centres d'exploita- 
tion, dont beaucoup ont disparu de nos jours, sont : 

1» Près d'Hippône, entre les deux mamelons et au 
pied du mamelon Est, un amas de scories si nom- 
breuses, qu'au dire d'un colon, la charrue ne pouvait 
avancer ; 

2o Au milieu de la plaine des Karézas, au Nord du 
Marabout de Sidi-Abdallah, les restes non équivoques 
d'un ancien appareil métallurgique qui est certaine- 
ment le Bordj-Guennara que nous signalons plus loin 
et que M. Fournel décrit ainsi : 

(( On y remarque une série d'ouvertures et de com- 







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— 163 — 

parliments , deux grandes jarres en poterie rouge 
étaient notées dans d'épais pans de murailles ren- 
versées. Un des massifs était demi-circulaire, le prin- 
cipal était surmonté d'une voûte encore debout. » 

Croquis n» G 





5^) 


^L 



.1 I. 



3° A 1,400 mètres à l'Ouest de cette ruine, une 
grande quantité de scories auprès de vestiges ana- 
logues ; 

4° et 5° A l'extrémité Est du Beleliéta, près de la 
mine Nicolas, et au pied du monticule, des amas de 
scories ; 

6° Sur le bord oriental du lac Fetzara, en face du 
défilé des Karézas, un petit mamelon isolé, le Koudiat- 
Dekir (colline de l'acier) est entièrement composé de 
scories anciennes ; 

1° à IS'' Des amas analogues au débouché et sur 
la rive droite de l'Oued-Zied, à l'angle Nord-Ouest 
du Djenan-el-Bey, deux à Aïn-Dalia, deux à Aïn- 
Mokra, d'autres dans le petit massif d'Aïn-Mokra, 
au mamelon du Koudiat-Sidi-Abd-Rabbouh, à Ma- 
roïnia, aux ruines d'El-Ksour ; au marabout de Sidi- 
Abd-el-Tahar et au mamelon d'Oum-el-Theboul sur 
la rive droite de l'Oued-el-Aneb ; enfin, sur la rive 
droite de l'Oued-el-Kebir, au marabout de Sidi- 
Merzoug. 

En outre de ces vestiges cités par M. Fournel, des 
ruines qui doivent être celles d'un établissement mé- 



— 164 — 



lnllurgif|ue important sont encoi'e nettement visibles 

Croquis ii" 7 




à 14''200 de Bône, sur la route d'Aïn-Mokra. Au 
Nord de la route, le mamelon coté 52 est couvert de 
vestiges de constructions : 

Une enceinte de 100 mètres sur 120 mètres jalon- 
née pai' des pierres de grand appareil fait le tour du 
petit mamelon ; au milieu , sur une voûte faisant 
citerne, un. pan de mur encore deijout et les traces 
d'une habitation. A l'angle Sud-Est du mur d'en- 

Croquis n" 8. 




_i3_ 



— 165 — 

ceinte, dans le talus, une série de petites voûtes for- 
mées de deux tuiles courbes posées en ogives et en- 
tourées de maçonnerie, comme le montre le croquis 
ci-contre, semblent être les restes d'anciens fours. 

Au sud de la roule, un bâtiment rectangulaire de 
7 mètres sur G mètres, dont les murailles sont encore 

Croquis n» 9 




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12 



— 166 



debout sur 2 à 3 mètres de hauteur est bâti en 
pierres et en briques. Il se compose de trois salles 
prolongées par deux baslionnets carrés dont l'un est 
creusé en une niche demi-circulaire ; le mur voisin 
contient une niche analogue encore debout et de deux 
mètres de hauteur, à droite et à gauche le mur est 
percé de deux trous de section carrée. Les murs 
portent encore les traces d'encastrements de poutres 
pour un étage. Deux des coins de la plus grande 
salle sont arrondis. Nous retrouverons, du reste, ces 
coins arrondis dans plusieurs ruines de la région. 
A 9'*500 Sud-Ouest de Bône, au Sud et près de la 
route d'Aïn-Mokra, sur un tertre de décombres, 

Croquis n° 10. 




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— 167 — 

s'élève encore une construction de 8 mètres sur 10, 
le Bordj-Guennarn rpii est évidemment l;i ruine si- 
gnalée par M. Fouriicl comme celle (l'iiii établisse- 
ment métallurgique. 

L'une des deux salles voûtées demi-circulaires est 
encore entièrement debout, la coupole qui la sur- 
monte l'a sans doute fait respecter par les indigènes 
qui y voient un ancien marabout. En arrière, règne 
un couloir voûté perpendiculaire à l'axe de la pre- 
mière salle, et derrière lui un autre |)etit couloii* éga- 
lement voûté. Il nous a été impossible de retrouver 
les jarres signalées par M. Fournel, les croquis 
donnent une idée de cette ruine dont le type est très 
fréquent dans les environs de Bùne. 

A l'extrémité occidentale du massif de la Beleliéta, 
près de la mine d'EI-Mkimen (mine Nicolas), derrière 
le marabout de Sidi-Ahmed-bel-Hadj, un monticule, 
complètement entouré de buissons de jujubiers, porte 
les ruines d'une construction rectangulaire d'environ 
20 mètres sur 10 presque entièrement détruite, mais 
offrant quelque analogie avec l'édifice précédent. A 
l'angle Sud se voient encore les restes d'une salle 

Croquis n' 1 1 . 



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— 167 — 

cimentée aux coins arrondis, et à l'extrémité opposée 
une autre petite salle voûtée de 3 mètres de côté 
analogue à toutes celles des ruines voisines. Le voi- 
sinage des gisements de fer magnétique, la présence 
des scories autrefois trouvées en ce point peuvent 
faire admettre avec M. Fournel que cet édifice était 
également une usine destinée à traiter le minerai. 

L'analyse des scories faites par cet ingénieur lui a 
permis de reconnaître qu'elles provenaient d'un tra- 
vail très imparfait, analogue à celui qui se pratiquait 
en France dans les fovers à bras, antérieurement au 
XV® siècle. Mais à quelle époque convient-il de 
faire remonter ce travail du fer dans l'Edough ? Cette 
industrie est certainement postérieure au premier 
siècle de l'ère chrétienne; en effet, Pline qui périt 
l'an 79 après J.-C, 225 ans après la destruction de 
Carthage, ne comprend pas la Numidie dans l'énu- 
mération qu'il fait des pays où il connaissait l'exis- 
tence de fer magnétique {Histoire naturelle, 1. xxxvi, 
t. xi). 

Il dit d'autre part de la façon la plus nette (1. v. 
c. III, t. Il) : « JSec prœler marmoris numidici, Jerarum 
que prœvenium aliud insigne. » La Numidie ne produit 
rien de remarquable si ce n'est les bêtes féroces et le 
marbre nuinidique ; et cependant Pline avait fait un 
voyage en Africjue, sinon en Numidie, au moins en 
Bysacène : ipse in Ajricâ vidi, dit-il, (Hist. nat. 1. viii, 
c. iv), et plus loin : contra in liysacio vidimus (1. xvii, 
c. V. t. vi). 

Plus tard, Saint-Augustin nous fournit la preuve 
que pendant toute l'occupation romaine, ces minerais 
sont restés inconnus. Il écrit, en effet, parlant de la 
singularité des pierres d'aimant {Cité de DieUj 1. xxi, 



— 160 — 

c. IV, § 4, t. xn) : « In'Ua miltii hos lapides, sed si eos 
non cognilos jam dcsislimus admirari, quanlô magis illi a 
quibus venirenl si eos /acilUmos hahent sic forsiian ul nos 
calcem. » 

Il est évident que Saint-Augustin n'eût pas parlé 
ainsi s'il eût connu les pierres d'aimant naturel qui 
entouraient sa ville épiscopnle. Nous pouvons donc 
conclure qu'en 430, é|)oque de la mort de Saint 
Augustin, les mines de fer magnétique des environs 
de Bône n'étaient pas découvertes. 

Les auteurs arabes, les premiers, signalent l'exis- 
tence de ces mines de l'Edough, non comme une 
découverte récente, mais comme un fait acquis depuis 
longtemps : 

Ibn Haoukal, en 3G0 de l'hégire (971 ap. J.-G.) 
écrit : « Bône possède plusieurs mines de fer et des 
champs où l'on cultive le lin. » 

Au XII® siècle, Edrisi [Géographie m, t. i) nous 
apprend que Bône est dominée par le Djebel-Iedough, 
montagne dont les cimes sont très élevées et où se 
trouvent des mines de très bon ter. 

Enfin, au XIV® siècle, Abou-el-Feda dit encore : 
« Aux environs de Bône sont des mines de fer. » tan- 
dis qu'au XVI siècle Léon l'Africain ne fait plus 
mention de ces mines. Or, enti'e la mort de Saint 
Augustin et la conquête arabe, les Vandales s'étaient 
emparés de l'Afrique et y avaient dominé un siècle 
(430 à 534) ; les Grecs de liysance leur avaient suc- 
cédé pendant un autre siècle (534 à GÔO). Il semble 
très plausible que les Vandales, issus des bords de 
la mer Baltique où étaient déjà cx|)Ioilées des gise- 
ments de fer mngntHijjuc, aient pu reconnuitre dans 
l'Edough des minerais analogues ù ceux de leur pays 



— 170 — 

et en aient commencé l'exploitation. Ce travail a dû 
se continuer sous la domination des Romains d'Orient 
et sous la conquête arabe pour disparaître au XVI° 
siècle. 

Nous pouvons ainsi, tout en restant d'accord avec 
les textes, expliquer la présence des scories auprès 
de ruines romaines qui seraient, plus exactement, les 
restes des usines vandales et bvzantines. Du reste, 
leur mode de consti-uction en maçonnerie et en bri- 
ques, est bien caractéristique de cette époque de 
l'histoire. 

Après ce rapide examen des restes d'Hippône, et de 
quelques-unes des ruines qui l'avoisinent au pied de 
la montagne, lu plus intéressante recherche consiste 
à retrouver les ti'aces des sept stations de l'Edough 
dont les géographes anciens nous ont appris les 
noms. 

Mais si nous cherchons à repoi'tcr sur le terrain 
les dislances données par les itinéraires, nous ti'ou- 
vons (en particulier pour le |iarcours enti'e Ilippône 
et Sullucu), que ceux-ci enregisti'ent des chifTi-es dont 
le total est bien supérieur à la distance existant en 
l'éMlité entre Hippône et Rusicade, même en tenant 
compte des sinuosités de la côte. Ces chiffres ne nous 
seront donc que d'un secours relatif pour détermi- 
ner l'itinéraire suivi par la roule et l'emplacement 
exact des stations l'omaincs. De la roule, nous n'a- 
vons jiu, dans nos diverses reconnaissances de 
l'Edough, relî'ouver aucune trace, et cela n'est peut- 
être |)as bien étonnant si nous examinons dans quel 
état (le délabrement se ti'ouve aujourd'hui la grande 
roule des ciêlcs de l'I'^duugh, ouverte par nos trou- 
pes il y a cinquante ans, encore fréquentée, mais res- 



— 171 — 

tée sans entretien officiel depuis quelques années à 
peine. 

La voie romaine qui reliait Hippône à Rusicade 
par le versant Nord de l'Edough, ne devait sans doute 
être qu'un médiocre chemin aux pentes raides dont 
les éboulements ont pu depuis longtemps effacer jus- 
qu'à la trace après tant de siècles d'abandon. 

Quant aux stations qu'elle desservait, les quelques 
ruines échelonnées sur la côte permettent d'en déter- 
miner l'emplacement avec quelque vraisemblance. 

1° A^POAISION (Aphrodisium) 

Entre Hippône et le cap Stobovien, Ptolémée place 
Aphrodision, localitée consacrée à Vénus Aphrodite, 
ou emplacement d'un temple de cette déesse. Les 
itinéraires n'en font pas mention, très probablement 
parce qu'elle était en dehors de la route d'Hippône 
aux bourgades de l'Edough ; cette route n'avait, en 
effet, aucune raison de passer par la presqu'île du 
Cap de Garde. Quelques archéologues ont pensé re- 
trouver Aphrodision sur l'emplacement actuel de 
Bône : l'ancienne mosquée de Sidi-bou-Mcrouan, 
aujourd'hui l'Hôpital militaire, aui-ait été bâtie sur 
les l'uines et avec les débris du temple de Vénus ; 
les colonnes et les chapiteaux qui soutiennent aujour- 
d'hui les voûtes de la chapelle et de la grande salle 
de l'Hôpital n'aui-aient pas d'autio origine. Mais il 
paraît plus naturel d'admetti-e que ces débris ont été» 
avec tant d'autres, enlevés aux ruines d'Hippône, 
selon la coutume des arabes dans toute l'Afri(jue. 

On a cru, cl avec i)lus de vraisemblance, retrouver 
les traces de l'ancienne Aphrodision à l'embouchure 



- 172 — 

de l'Oued-Kouba, q trois kilomètres Nord de Bùne 
dans la propriété Letellier. De nombreuses inscrip- 
tions funéraires, des colonnes, des chapiteaux, des 
restes de mosaïque nous prouvent, en effet, que les 
habitants d'Hippône possédaient là quelques maisons 
de campagne; il paraît vraisemblable d'y placer 
l'Aphrodision de Ptolémée. 

2° ::iQP AIMHN (Siur Portas) 

Entre Tx/a-jr, que nous savons être Takouch, et 
Açpiotî'.cv, le géographe d'Alexandrie place S-.wp A'.;r/;v, 
Siur Portus, le port de Siur qu'aucun routier ne cite, 
probablement parce que, comme Aphrodision, il était 
en dehors de la route. La petite plage de Kaddena, 
située au fond d'une profonde échancrure de la côte 
entre le Cap de Garde et la Voile Noire, à l'embou- 
chure de rOued-Begra, paraît lui convenir parfaite- 
ment comme situation géographique. 

Malheureusement aucune ruine n'est apparente dans 
cette baie : les sables de la plage refoulés par le vent 
du large se sont accumulés en une dune qui s'étend 
jusqu'aux épaix fourrés qui couvi-ent les bords de 
rOued-Begra, et a jui enseveli i' les restes du petit 
port romain. Nous avons, en effet, trouvé après quel- 
(|ues recherches, noyé dans le sable de la dune, un 
bloc de ciment rouge, témoin irrccusnble d'une ins- 
tallation ancienne, (jue quehjues fouilles [)ourraient 
mettre à joui*. Plus loin, ù trois kilomètres à l'Ouest 
de la Voile Noire, ù l'embouchure de l'Oued-Gueb, la 
carte au J/50,000'' signale des ruines (|ui sont certai- 
nement celles d'une station romaine. Ces ruines, ou 
plutôt ce qui en est visible au milieu des épais fourrés 



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qui ont envahi la vallée, se bornent ^ peu de chose. 
Le vestige le plus important en est une voûte encore 
debout, de deux mètres de hauteur, recouvrant une 
sorte de niche demi-circulaire, et accolée à une autre 
voûte dont l'axe lui est perpendiculaire. Cette dispo- 
sition est absolument analogue aux ruines du Bordj- 
Guennara, et du défilé des Karézas signalées par 
M. Fournel comme des établissements métallurgiques 
vandales ou byzantins. Tout autour de cet édifice, 



Croquis n" 1-2 




des amas de pierre de grand appareil, des restes de 
constructions s'étendani jusque sur la |)ointe rocheuse 
qui ferme la baie à l'Ouest, et les traces d'une voie 
dallée. Il serait probablement possible de l'etrouver 
d'autres ruines, mais l'épaisse végétation qui recouvre 
toute la vallée de l'Oued-Gueb rend les recherches 
li'ès difficiles. Quel(|ues archéologues veulent y voir 
les restes de Sulluco ou Sublucu, première station 
des itinéraires sur la route de l'Edough et située, 
d'après Antonin, à 32 milles (47'* î), d'après la Tal)le 
à 33 milles (48''8) d'IIippùne. L'embouchure de l'Oued- 
Gueb nous paraît l)icn l'approchée d'Hippône pour 



— 174 — 

que, même en admettant pour le chemin des détours 
considérables, on puisse arriver à un chiffre aussi 
élevé, et la bourgade ainsi placée se trouverait alors 
trop éloignée de Tacalua, que les itinéraires placent 
l'un à 22, l'autre à 18 milles de Sulluco (32^ ou 26»^). 
Les ruines de l'Oued-Gueb seraient donc, pour nous, 
celles de Siur Portus, et la baie de Kaddena n'aurait 
contenu qu'un petit port, trop peu important pour 
être mentionné par les géographes, peut-être celui de 
Tagodeile, cité par le voyageui" Shaw, et qu'il confond, 
sans raison aucune, avec Sulluco. 

3° SULLUCO ou SUBLUCU 

L'emplacement de Sulluco doit être recherché à 
5 kilomètres à l'Ouest de l'Oued-Gueb, sur le replat 
cultivé situé au-dessous de la route de l'Edough à 
Aïn-Barbar, entre l'Oued-Ouatar et l'Oued-Noukach, 
et qui porte chez les indigènes le nom de Rounianet. 
Ce nom, qui sert quelquefois à désigner un endroit 
où l'on récolte des grenades (roumana), n'a pas ici 
cette signification, car les Arabes du douar des Oui- 
chaoua, dont les gourbis sont installés en cet endroit, 
nous ont dit que cette région s'appelait Roumanet, 
non à cause des fruits du grenadier qu'on y récolte- 
rait, mais en souvenir des Romains qui y avaient une 
ville. Du reste, la montagne qui domine de 800 mè- 
tres les Roumanet porte le nom de Djebel-Medine, le 
marabout qui la coui'onne s'appele Sidi-bou-Medinc 
(le seigneur de la ville), dénomination qui semblent 
bien évoquer le souvenir de quelf[ue ville ancienne 
bâtie dans les cnvii'ons. 










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— 175 




Tout le rcplal cultivé situé entre les csL-or|)Cmculs 
du Djebcl-Mcdine et les pentes abruptes, qui domi- 
nent le conCuent des deux ruisseaux, est semé de 
ruines, livs vagues il est viai, peu distinctes, mais 
nombreuses : des pans de mur, des blocs de pierre 
de grand appareil surgissent du sol en maints en- 



— 176 — 

droits. Les bois qui avoisinent encore les misérables 
gourbis des arabes, sont peut-être les derniei's ves- 
tiges du bois sacré (liicus) sous lequel s'élevait la 
petite ville (siib lucuj. 

Quant aux ruines signalées par M. Fournel, comme 
devant être celles de Sublucu, et placées dans la carte 
de son voyage, sur la croupe qui domine la rive gau- 
che de rOued-Noukach à son embouchure, dans la 
petite anse de Mers-el-Menchar, il n'en existe pas à 
cet endroit. La croupe dont il parle se termine par 
une arête rocheuse couverte de brousaillcs presque 
impénétrables, parmi lesquelles il nous a été impos- 
sible de trouver la moindre trace de ruine. 

L'emplacement indiqué par M. Fournel doit cer- 
tainement être reporté deux kilomètres plus au Sud 
au plateau des Roumanet. 

Nous avons vu le voyageur Schaw faire de Sullucu 
le petit port de Tngodeite, d'après lui cette même 
bourgade serait aussi le Collops Micros que Ptolémée 
place à 20' Est de Tacatua (géogr. 1. iv, c. m). Bu- 
reau de la Malle et le Marquis de Forlia d'Urbon ont 
adopté également cette version. Mais la similitude de 
noms entre Collops et Cullucilanum, rapprochement 
relevé par Ortelius dans son édition de Ptolémée, en 
1G05, et l'accord entre les données des itinéi-aires et 
la position du grand Collops (Collo) situé en face du 
petit, h l'extrémité occidentale du golfe de Numidie 
peuvent faire admettre une eri-eur d'un copiste qui 
aurait écrit Collops Micros à l'Est, au lieu de l'ins- 
crire à l'Ouest de Tacatua, et nous font conclure a 
l'identification du Collops Micros de Ptolémée avec le 
Cullucitanum des itinéraires. 

Entre l'Oued-Gueb et les Roumanet, jjrès de la 



— 177 — 

source d'Aïn-Necha, au-dessous du vieux chemin 
parallèle à la côle, se retrouvent encore au milieu 
des fourrés broussailleux quelques pierres de grand 
appareil, vestiges d'une installation romaine. Sur le 
même chemin et dans une direction opposée, près du 
marabout de Sidi-bou-Zeid, on remarque encore des 
ruines analogues. Or, ce chemin était, au moment de 
la conquête française, le seul fréquenté entre Bône et 
Takouch, c'est celui qu'a suivi la première expédition 
lancée au cœur de l'Edough. Les ruines romaines 
qui le jalonnent, l'habitude conservée pai- les indigènes 
de suivre ce parcours nous font admettre, malgré 
l'absence de toute trace du travail des anciens, que 
c'était un élément de l'ancienne voie romaine d'Hip- 
pône à Rusicade, par l'Edough. Au sortir d'Hippône, 
cette route devait se diriger vers le Nord, franchir le 
pont romain de la Bou-Djemàa, traverser l'emplace- 
ment actuel du parc à fourrages où on a retrouvé des 
traces, franchir le petit col des Beni-Mafer et gagner 
le coude de l'Oued-Kouba d'où devait se détacher un 
embranchement sur Aphrodision. Remontant cette 
vallée, elle devait passer au col de Sidi-Abd-es-Salem 
suivant l'itinéraire de l'ancien chemin de l'Edough, 
puis de là tournant franchement à l'Ouest se diriger 
sur le col du Zeriba, en serpentant h flanc de coteau 
sur le versant Nord de la croupe de Bugeaud. Au 
col du Zeriba, entre les marabouts de Sidi-Irdir et de 
Sidi-bou-Bedi se voient encore les ruines d'un poste 
romain destiné certainement à défendre la route. De 
là, la voie romaine franchissait l'Oued-Sahel, et ga- 
gnait le col du Gros Chêne, en tournant les masses 
porphyriques presque infranchissables du Koudiat- 
el-Guelaa et de la Voile Noire, puis suivant le vieux 



— 178 — 

chemin parallèle à la côte, tranchissait l'Oued-Gueb 
à 1,500 mètres de son embouchure, détachant une 
amorce sur Siur Portus, passait aux ruines d'Aïn- 
Necha et arrivnil à Sullucu. 

Ce tracé, jalonné par les seules ruines qui ont été 
jusqu'à présent i-etrouvées dans ce coin de l'Edougli, 
quoique inférieur encore, comme longueur, à la dis- 
tance donnée par les routiers entre Hippône et Sul- 
lucu, s'en ra|)proclie cependant beaucoup (40'' envi- 
ron) et pourrait lui devenir égal si l'on voulait tenir 
compte des innombrables sinuosités auxquelles es^ 
astreint un chemin dans un p;iys aussi tourmenté. 
Du reste comme durée de ti-njet, nous avons pu cons- 
tater nous-môme, que cet itinéraire correspondait à la 
dislance évaluée par les géographes anciens. 

A partir de Sullucu, la route devait s'élever sur la 
crête, gagner le col duTata ou d'Aïn-Barbar, et des- 
cendre la vallée de l'Ouider. On a retrouvé, en effet, 
à quatre kilomètres Ouest-Nord-Ouest de l'établisse- 
ment forestier de l'Ouider, sur les pentes et au milieu 
des forêts de la rive gauche de ce torrent, une borne 
romaine portant l'inscription suivante: p. hipp. (Pu- 
bliciun Hipponensium) et sur l'autre face : cu^ten- 
siUM (Publicum Cirtensium), c'est-à-dire : territoire 
de la cité d'Hippône, et de l'autre côté : territoire des 
colonies cirtéennes (Rusicade, Mileu, GhuUu, Girta). 
Gette pierre, destinée à délimiter le territoire d'Hip- 
pône de celui des cités voisines, ne pouvait se trou- 
ver en pleine foi'êt mais devait, comme le sont toutes 
les bornes, être plantée sur une grande route. Nous 
pouvons donc en déduire que la route qui reliait Hip- 
pône à Rusicade, par l'Edough, devait passer à ce 
point. Ce tracé, entre Sullucu et Tacatua, s'écarte il 




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— 179 — 

est vrai beaucoup de la côte, mais quel intérêt auraient 
eu les anciens à longer les falaises inaccessibles du 
cap Akcine? La route devait ensuite franchir l'Oued- 
Ouider et gagner Tucatua par le flanc Est du Djebel- 
Takouch, comme notre l'oule actuelle. 

4° TACATUA (TaxaTjr;) 

A deux kilomètres Sud du petit village de Takouch 
ou d'Herbillon, près de la fontaine romaine signalée 
sur la carte au 1/50, 000«, on distingue encore des 
ruines fort importantes qui ne peuvent être que celles 
de la ville que Pline nomme Tacatua et Ptolémée 
TaxaTJY;. La Table de Peutinger la place à 63 milles 
de Rusicade et à 51 milles d'Hippo Regius ; l'Itiné- 
raire d'Antonin à 65 et 54 milles respectivement des 
deux mêmes cités. Au VIl<^ siècle, TAnonyme de 
Ravenne place Tacatua entre Sullucum et Mazar 
(sans doute Muharur de la Table), 

Au XIP siècle, Edrisi parle de Takouch comme 
d'un village très peuplé De Thou (Historiarum sui 
temporis) énumère Tacaccia parmi les principales 
villes de la province de Constantine. Dans les Monu- 
ments de l'Afrique chrétienne, on cherche en vain 
une Ecclesia Tacatuensis mais, en 411, à la confé- 
rence de Carthage, on trouve un certain Aspidius 
Taracatensis (gesta coUadonis Carthaginensis, 5" Optati 
opéra). La Notice parle d'un Crescentius Taraca- 
tensis, le 113* des évêques de Numidie qui se rendi- 
rent à la convocation du roi vandale Hunéric, en 484 
(Nolitia prodinciarum et cicilalum Africœ. Historia persécu- 
tionis vandalicœ. Dom liuinarl). 

Holstenius a cherché à établir la synonymie de 



— 180 



Tacatua et de Taracata (Lucœ Holstenii annotationes in 
geographiam sacramj, synonymie que le bénédictin Dom 
Ruinoi't n'admet pas, mois qui est cependant des 
plus probables. Sui- la carie gravée en 1700, pour 
l'édition des œuvres d'Optat, cette localilé est d'ail- 
leurs dénommée Tacatua vel Tacarata. Peyssonnel, 
en 1725, dans son Voyage dans les Régences de 
Tunis et d'Alger la désigne aussi par ces deux noms 

Croquis n° 14 . 




Echelle 



10.000 



— 181 — 

et le savant Morcelli regai'de ce rapprochement comme 
très vraisemblable : « Hanc esse quœ in collai ione Car- 
ihaginensi et in notilia appellalur Tacaraia veri mifii per- 
simile est » dit-il, dans son livre Africa Christiana 
(v. 1, p. 295). En tout cas la synonymie de Tacatua 
et de Takouch n'est contestée par personne. 

Les ruines de l'ancienne Tacalua s'étendent sur 
une longueur de près d'un kilomètre, parallèlement à 
la côte, entre deux petites pointes rocheuses, dont la 
saillie devait abriter les bai'ques des vents du large. 
Sur le ruisseau descendant de la fontaine romaine, 
on retrouve les traces d'un petit bassin demi-circu- 
laire, et un grand réservoir rectangulaire aujourd'hui 
envahi par les herbes. Au-dessus de la pointe Sud, 
les restes d'une construction en belles pierres de 
taille. Dans le fond de la petite baie des ruines nom- 
breuses bien alignées, et sur le petit promontoire qui 
fait saillie au centre de celte baie, les restes d'une 
muraille large de 1"'80, formée par ti'ois épaisseurs 
de blocs de 0"'60, posés pleins sur joints, et qui de- 
vait fermer la ville du côté du Nord. Au-delà, en 
effet, les traces de constructions se font plus rai'es : 
quelques pans de murs sur le rivage, et à la pointe 
du cimetière actuel d'Herbillon, les restes d'une voûte, 
comme d'un ancien pont qui aurait relié à la terre 
l'îlot rocheux qui la prolonge en mer. Enfin, à la 
racine de ce petit cap les ruines d'un réservoir et 
d'une petite conduite d'eau. Dans le village même 
d'Herbillon, on a découvert de belles colonnes avec 
chapiteaux, restes d'une riche villa ou plutôt d'un 
mausolée. Enfin, le long de la rue principale du vil- 
lage, M. le docteur Millot a retrouvé, en contre-bas 
dans les talus qui dominent la mer, des sépultures 

13 



— 182 — 

puniques prouvant que Tacatua, bien que sans avoir 
eu la brillante destinée de sa voisine Hippône, avait 
comme elle une origine phénicienne. 

50 MUHARUR, ZACCA 

Au-delà, et à 22 milles de Tacatua, l'Itinéraire 
d'Antonin place Culucitanae, la Table de Peutinger, 
qui admet la môme dislance entre ces deux stations, 
intercale entre elles deux autres localités : Muharur 
à 7 milles de Tacatua, Zacca à S milles de Muharur 
et à 7 milles de Culucitanœ. Les emplacements de 
Muharur et de Zacca ne sont pas faciles à détermi- 
ner, bien c|ue, de toute la côte que nous étudions, 
cette partie soit celle où les distances portées sur les 
itinéraires coïncident le mieux avec les données de la 
carte et du terrain. Ces deux stations étaient sans 
doute de petit havres de refuge pour les barques, et 
leurs ruines elles-mêmes ont dû disparaître, car il 
nous a été impossible, entre Takouch, le Cap de Fer 
et la Marsa de Sidi-bou-Merouan, de découvrir au- 
cune ruine qui puisse être identifiée avec l'une des 
deux bourgades citées par la Table. 

La nature du terrain, la distance indiquée par ce 
document, désignent sans hésitation possible la petite 
baie de Sidi-Akkach (ou Arkacha), pour l'emplace- 
ment de Muharur, le Mazar de l'anonyme de Ravenne. 
Quoique ouverte aux vents d'Ouest cette petite baie, 
que pi'otègent du Nord la pointe et les rochers de 
Sidi-Akkach, devait offrir aux barques une bonne 
plage d'atterrissement. Les falaises, qui depuis Ta- 
kouch hérissent la côte, se terminent, en effet, à ce 
cap pour ne se relever que deux kilomètres plus loin. 



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Mais, quoiqu'il en soit, nous n'avons pu i-eiever sur 
cette côte aucun vestige de l'occupation romaine. 



Cro((uis n' 15. 



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La roule qui rejoignait Tacalua et Muharur devait, 
conime le tait la mauvaise |)iste encore existante, 
longer le bord de la mer au-dessus des falaises de la 



— 184 — 



côle, ce qui donne un parcours de 10 kilomètres et 
demi, correspondant exactement aux 7 milles de la 
Table de Peutinger. 

La même incertitude règne sur l'emplacement à 
assigner à In station de Zocca, que la Table place à 
8 milles (11 "^800) de Muharui', et à 15 milles (22"^) de 
Tacatua. 

Ces indications nous conduisent à l'extrémité du 
Cap de Fer, région hérissée de rochers escarpés et de 

Croquis n'' 16. 







— 185 — 

falaises abruptes qui semblent se prêter difficilement 
à l'installation de colons. Cependant l'examen de la 
côte septentrionale entre Sidi-Akkach et le Cap de 
Fer nous révèle, à 4 kilomètres Est du phare, l'exis- 
tance d'une petite baie quelquefois fréquentée par les 
pécheurs quand le vent ne soutïïe pas du Nord. Au 
fond de cette baie, une petite plage et quelques cul- 
tures, des champs d'orge et de blé que domine de 
400 mètres à pic le rocher du Cap de Fer (Kef-el- 
Kalaa). Ce point paraît être le seul où aurait pu se 
trouver Zacca, et avec les procédés de la navigation 
ancienne, l'existence de ce petit port destinée recueillir 
les barques, qu'un vent contraire empêchait de dou- 
bler le Cap de Fer, est tout à fait admissible. 

Immédiatement au bord du phare, la petite crique 
01^1 vient atterrir la barque de ravitaillement des gar- 
diens du phare est mieux abritée des vents dange- 
reux mais son rivage escarpé ne se prèle pas à l'or- 
ganisation d'un port comme le comprenaient les an- 
ciens et nous ne sommes pas d'avis d'y rechercher 
l'ancienne Zacca. 

Sur un replat du rocher du Cap de Fer quelques 
ruines de murailles nous donnent la preuve de l'ins- 
tallation des Romains à ce cap, mais ce ne pouvait 
être qu'une construction militaii'e, sans doute le cas- 
tellum, fortin couvrant à la fois la petite station de 
Zacca et l'extrémité orientale delà route de l'Edough. 
De Muharur cette route gagnait vraisemblablement la 
crête de la montagne par le ravin de Sidi-Akkèche, 
suivait sur cette crête le tracé du chemin actuel jus- 
qu'aux environs du rocher du Cap de Fer, d'où elle 
devait descendi-e par des pentes fort raides jusqu'à la 
petite baie où nous avons |)lacé Zacca^ itinéraire de 



— 186 — 

12 kilomètres qui correspond exaclement aux 8 milles 
de la Table de Peutinger. 



6° CULLUCITAN^ 

Si depuis Tacatua les emplacements des stations 
de la route de l'Edougb sont sujets à controverse, 
celui de Cullucitanae nous est, par contre, connu 
d'une façon presque certaine. La Table de Peutinger 
et rilinéraire d'Antonin s'accordent à placer cette 
bourgade à 22 milles de Tacatua et la Table à 8 milles 
de Zacca. Or, à 12 kilomètres (8 milles) du Cap de 
Fer, s'ouvre à l'abri d'une petite langue de terre que 
coui'onne le marabout de Sidi-bou-Merouan, un petit 
port fréquenté de nos jours encore par les pécheurs 
de sardines. 

Ptolémée l'appelle Collops Micros, il le place il est 
vi'ai à l'Est de Tacatua mais, comme nous l'avons 
déjà dit, la ressemblance des noms, la position du 
grand Collops (Collo) en face, nous ont fait admettre 
une erreur de copiste. Edrisi, le géographe arabe, 
signale, enli-e Takouch et Stora, le Mers-el-Roum, 
dont le nom conservé de nos jours, indique bien le 
souvenir de l'occupation romaine. Du reste , bien 
qu'aucune inscription ne soit venue nous révéler le 
nom ancien de cette petite cité maritime, des ruines 
nombreuses le long de la presqu'île et dans la baie au 
Sud nous donnent la preuve de cette occupation. 




A la pointe extrême du cap, une construction de 
grandes dimensions, bâtie en belles pierres de taille, 
dresse encore au-dessus de la mer une muraille cou- 



— 188 - 

pée à pic ; à ses pieds les restes d'un réservoir en 
ciment. Le long de la presqu'île, une série de loges 
rectangulaires s'ouvrent au Sud sur le port comme 
autant de magasins. Enfin, dans la campagne, de 
nombi'euses ruines d'habitations, des colonnes et des 
chapiteaux attestent de l'importance de cette petite 
ville. 

De Zacca à Cullucitanœ, la route romaine ne sui- 
vait probablement pas la côte Sud-Ouest de la pres- 
qu'île du Cap de Fer, elle devait emprunter sur une 
longueur de 6 kilomètres, en revenant sur ses pas, 
le chemin de crête de Muhurur à Zacca pour s'en 
détacher au Koudiat-bou-Anech, et de là se diriger 
droit au Sud par Sidi-el-Menadi sur Cullucitanœ. 
L'existence d'un petit fortin qui barre la crête ù 
500 mètres nord de Sidi-el-Menadi, et était certaine- 
ment destiné à protéger la route, nous paraît un 
indice sérieux en faveur de cet itinéraire, dont la lon- 
gueur correspond du reste exactement aux 7 milles 
de la Table de Peutinger. 

Après Cullucitanœ, la voie romaine de l'Edough 
gagnait en 16 ou 18 milles Paratianae, en traversant 
à 4 milles de la première bourgade une station dont 
le nom ne nous est pas parvenu, mais dont les rui- 
nes assez importantes subsistent encore à Sidi-Me- 
noud, au-dessus du confluent de l'Oued-el-Kebir et 
de rOued-Enfech. 

Paratianœ, que Manncrt croit être le Thuzicath de 
Ptolémée qu'aucun nuti'e auteur ne cite, a été retrouvé 
dans les ruines situées à l'extrémité méridionale et 
au |)ied du Djebel-Filfila, près du port Gavetto. 

Cette station était vi-aisemblablement le point de 
bifurcation de noti-e route de l'Edough et de la voie 



— 189 — 

romaine se dii'igeant sur Hippône en passant au Nord 
(lu lac Fetzara, par les ruines d'El-Ksour, l'Oued- 
el-Aneb et lu plaine des Karézas. Celte roule n'est 
pas mentionnée par les itinéraires mais son existence 
est des plus ])robables : 

De Pai'atian;i3 elle devait se diriger vers l'Est, à 
travers les dunes boisées des Guerbès, franchii' l'Oued- 
Sanedja et gagnei-, par les boi'ds du marais de Feïd- 
el-Maïz, les ruines d'El-Ksour, situées à 4 kilomètres 
Nord-Ouest d'Aïn-Mokra. Ces ruines, où M. Fournel 
signalait des scories, restes d'une exploitation mi- 
nière, consistent en une grande enceinte rectangu- 
Jaire, destinée sans doute à jouer le rôle de nos 
caravansérails, poste militoii'e et abri pour les voya- 
geurs. De là, la voie suivant la route actuelle remon- 
tait rOued-el-Aneb jusqu'au Ksar d'Abdallah-Jemel, 
pour redescendre sur le lac, le long du Djebel-Nguib 
où s'en trouvent encore quelques traces. Elle gagnait 
ensuite la plaine des Karézas et de là Hippône, en 
desservant toutes les exploitations agricoles ou mé- 
tallurgiques qui parsèment la vallée de la Bou-Djemàa. 

En suivant j)as à pas les itinéraires anciens, notre 
élude vient de faire le tour complet de l'Edough, mais 
sans avoir encore pénétré dans l'intéi-ieur du massif. 
Ses forêts, il faut le dire, à part la borne de l'Ouïder, 
ne sont pas moins muettes sur le passé que les textes 
des auteurs anciens. Nous avons bien vu Procope 
nous décrire un Mont Pappoua qui a été générale- 
ment identifié avec l'Edough, mais outi'e que la si- 
tuation de ce massif au bord de la mer ne correspond 
guère à la position du Pappoua au fond de la Numi- 
die, la ville de Medcos est absolument introuvable 
parmi les ruines de la montagne. 



190 — 



Les restes de constructions romaines que nous 
avons pu relever dans l'intérieur du massit n'ont, du 
reste, aucun des caractères de lieux d'habitation. 
Toutes ces ruines sont placées sur des positions mi- 
litaires et paraissent appartenir à d'anciens fortins 
défensifs ou postes d'observation. Voici les principaux 
de ces postes : 

1° Dans la presqu'île du Cap de Fer, le chemin qui 
de la Marsa de Sidi-bou-Merouan se dirige droit au 

Croquis n" 18. 




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- 191 — 

Nord pour gagner la route des crêtes, suit, à hauteur 
et à 400 mètres Est du marabout de Sidi-el-Menadi, 
une crête étroite resserrée entre deux profonds ravins. 
Au point le plus étroit, il traverse des ruines qui 
dessinent sur le sol une construction quadrangulaire 
occupant toute la largeur de la crête et flanquée en 
avant d'un petit basiion cai'ré. Ce sont là certainement 
les vestiges d'un poste militaire que devait traverser 
la route de Zacca à Cullucitanœ, poste absolument 
analogue aux barricades qu'emploient encore aujour- 
d'hui les Italiens pour couper les principales routes 
des Alpes ; 

2° A Sidi-Menoud, au confluent de l'Oued-el-Kebir 
et de l'Oued-Enfech, des vestiges assez importants 
avec quelques voûtes encore debout, paraissent être 
les ruines d'un fortin qui défendait la route de Cullu- 
citanœ à Paratianœ ; 

3° A quatre kilomètres Nord-Ouest d'Aïn-Mokra, 
près du débouché dans la plaine du Feïd-el-Maïz, du 
ravin de cheikh Abdallah et sur la rive gauche de 
ce ruisseau, les ruines d'El-Ksour, où M. Eournel a 
retrouvé des scories, devaient certainement être un 
ancien poste militaire. Elles consistent en une grande 
enceinte sensiblement rectangulaire de 80 mètres sur 
45 mètres, avec des murailles en maçonnerie de0'"80 
d'éjjaisseur. A l'angle Nord-Est, un bastionnet dont 
la face est orientée suivant les règles du tracé bas- 
tionné. A 10 mètres de là, une porte dont le seuil est 
encore distinct; au milieu du côté Nord, une cons- 
truction dont deux petites salles sont encore visibles ; 
au-delà cette face se brise et s'infléchit vers le Sud- 
Ouest. Aux deux angles de la face Ouest, quelques 
pans de murs. Au milieu du côté Sud un débris de 



— 192 — 



Croquis n' 19. 




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muraille porte les traces de la baie d'une porte ou 
d'une fenêti'e. Au centre de cette enceinte, qu'enva- 
hissent les hautes herbes, quelques blocs de piei-res 
de grand appareil gisent à terre. A 30 mètres en de- 
hors de la face Nord, près du lit du torrent, et en 
face de la porte un puits étroit, en belle maçonnerie, 
est incontestablement d'oi'igine romaine. Tout autour 
de l'enceinte se devine encore un fossé en partie com- 
blé par les décombi-es, enfin, sui' les mui's encore 
debout des traces de créneaux grossiers ne laissent 
aucun doute sur le rôle militaire de cette ruine, rôle 
dont le souvenir est resté dans le nom que lui donnent 
les indigènes, El-Ksour (les châteaux forts) ; 



— 193 — 



4° A deux kilomètres Ouest du hameau de l'Oued - 
el-Aneb, sur la rive gauche du Chabet-el-Ousfane et 
près de In roule, deux tertres formés par des ruines 
sont malheureusement presque complètement ense- 
velis sous les immondices des gourbis voisins. L'un 
d'eux porte un massif de maçonnerie de 10 mètres de 
côté supportant deux murs parallèles séparés par un 
intervalle de deux mètres. Ce sont vraisemblablement 
aussi les restes d'un poste, destiné à surveiller la 
roule de l'Edough, au sortir du défilé de l'Oued-el- 
Aneb ; 

5° A trois kilomètres Est des exploitations fores- 
Croquis n" 20. 







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— 194 — 

tières de l'Oued-el-Aneb, sur la rive gauche de ce 
torrent, et près du point marqué sur la carte Abdal- 
lah-Jemel, se dressent les ruines très nettes d'un 
poste romain appelé El-Ksar par les indigènes du 
voisinage. Elles se composent d'une enceinte carrée 
de 40 mètres de côté, en]]belles piei-res de taille, oc- 
cupant l'extrémité d'une croupe dont les talus des- 
cendent en pente raide vers le fond de la vallée. Le 
côté orienté vers le Nord-Est est de forme irrégulière 
et suit exactement le bord du plateau. Au milieu de 
cette face se retrouvent les ti'aces d'un bâtiment ; à 
l'angle Sud-Est les vestiges d'une autre construction 
rectangulaire de 20 mètres sur 5 mètres. A l'angle 
Sud-Ouest se distingue encore une porte. Sauf du 
côté Sud, les pentes de la croupe sur laquelle est 
établie cette enceinte forment autour d'elle un talus 
d'une vingtaine de mètres de hauteur, parsemé de 
belles pierres de taille provenant de l'écroulement des 
murs. 



— 195 — 

Croquis n» 21, 



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— 196 - 

Au pied Nord-Ouest de ce talus, se dressent les 
ruines encore debout sur 2 ù 3 mètres de hauteur 
d'une construction de fornae étrange, bâtie mi-partie 

Croquis n" 22 




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en maçonnerie, mi-|)ai'tie en briques, et ayant environ 



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— 197 — 

15 mètres sur 25 mètres. Elle est prolongée vers 
l'Est i)ar une muraille dont 50 mètres sont encore 
apparents et remparés par les terres du côté du Sud. 
Une première salle en forme de niche demi-circulaire 
de 2 mètres sur 3 mètres, voûtée en plein cintre est 
tout à fait analogue à la ruine de l'Oued-Gueb ; au 
fond se voit une ouverture rectangulaire, porte ou 
fenêtre, à droite et à gauche deux petites niches sont 
creusées dans l'épaisseur du mur. A côté, s'ouvre 
une deuxième salle pavée en ciment rouge dont un 
angle est coupé pour faire place au massif d'une tour 
ronde toute en briques (0"'80 d'épaisseur de murs). 
Celte tour formant l'angle Sud-Ouest de l'édifice est 
reliée à une autre tour analogue de 4 mètres de dia- 
mètre située à l'angle Nord-Ouest, par une courtine 
brisée, également en briques, dont d'énormes blocs 
gisent à terre. Derrière cette deuxième tour, une salle 
carrée aux angles arrondis, entièrement revêtue de 
ciment rouge, comme un réservoir d'eau et précédée 
d'une muraille, forme la partie Nord de l'ensemble. 
L'édifice est entièrement rempli de décombres et de 
blocs de maçonnerie au milieu desquels croissent 
d'épaisses broussailles. Au pan coupé de la tour 
Sud-Ouest, un pan de mur se dressent encore sur 
4 mètres de hauteur, portant plusieurs amorces de 
voûtes orientées dans différentes directions. 

Ce bûtiment, où l'on ne trouve aucune pierre de 
taille et où se remarquent les mêmes procédés de 
construction que dans les ruines de la plaine des 
Karézas, serait peut-être une ancienne forteresse by- 
zantine avec son aqueduc, bâtie au pied du vieux 
camp romain abandonné. Ce camp était du reste ins- 
tallé dans une position stratégique excellente, au dé- 
bouché de la plus importante vallée pénétrant dans la 
montagne, au coude de la route venant de Paratiance 
et allant à Hippône par la rive Nord du lac et la 
plaine des Karézas ; 

14 



198 - 



6° Dans la même vallée de l'Oued-el-Aneb, à six 
kilomètres en amont du Ksar d'Abdallah-Jemel et à 
deux kilomètres au Nord des gourbis de Mitessa, se 
trouvent les restes d'un autre poste romain, établi sur 

Croquis n° 22 




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— 199 — 



la croupe étroite et allongée qui porte la tombe de 
Sidi Salah. Les rochers qui dominent de leurs escar- 
pements le confluent des deux torrents font à cette 
croupe une sorte de ceinture qui paraît avoir été uti- 
lisée comme une première enceinte. Au-dessus, une 
ligne de pierres de taille suivant à peu près une sorte 
de niveau, jalonne la véritable enceinte du poste. Au 
sommet de la croupe d'un tertre de décombres émer- 
gent quelques pans de murs qui indiquent la place 
du bâtiment principal. Mais la plupart des pierres ont 
été utilisées soit pour entourer la tombe du marabout, 
soit par la confection de la route ; aussi est-il très 
difficile de déterminer la forme et les dimensions 
exactes de ce poste. Il est traversé par un sentier 
partant du confluent des deux ruisseaux, reste sans 
doute de l'ancien chemin militaire destiné à relier le 
camp d'El-Ksar à la station de Sullucu en passant 
par le poste de liaison de Sidi-Salah ; 

7° Sur la route de Bône à Aïn-Mokra, à 500 mètres 
Nord de la station de l'Oued-Zied, à l'entrée, par 
conséquent, du défilé des Karézas, on remarque sur 

Croquis n" 23. 
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200 — 



le mamelon du Djenan-el-Bey, des ruines où M.Four- 
nel a retrouvé des scories de fer, mais qui par leur 
analogie avec celles d'El-Ksour nous semblent avoir 
été comme elles un poste militaire de relais de la 
route de l'Edough. Elles se composent d'une enceinte 
rectangulaire dont il reste encore sur le côté Ouest 
un long mur en maçonnerie, sur la face Nord un 
alignement de belles pierres de taille, à l'angle Nord- 
Est les traces d'un bâtiment et une salle cimentée, 
au Sud, enfin, les restes d'une construction impor- 
tante mais complètement bouleversée; 

8" A 11 kilomètres de Bône, sur la même route 
d'Aïn-Mokra, derrière la maison du cantonnier, s'élè- 
vent sur les escarpements d'un petit mamelon ro- 

Croquis n" 25. 




cheux les ruines d'un petit poste fortifié. Il se com- 
pose d'un bâtiment rectangulaire de 10 mètres sur 
5 mètres, bâti en maçonnerie sur le rocher même, 
qui porte l'entaille d'un seuil de porte. Les angles de 
cet édifice sont arrondis intérieurement et les murs 



— 201 — 



enduits d'un ciment fait de petits morceoux de bri- 
ques. A 20 mètres de part et d autre du bâtiment 
central, les traces d'une enceinte qui du côté du Sud 
et de l'Est prolongeait Tescarpe du rocher. 

A 300 mètres au Nord de cette ruine, on remarque 
sur le sol un rocher creusé en forme d'auge carrée, 
de 1 mètre de côté ; 

9° A 9 kilomètres de Bône, sur la même roule, 
près du Bordj-Scander, une construction importante 
mais cette fois sans caractère militaire, méi'ite de 
fixer l'attention. 

Croquis n" 26 




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— 202 — 

Elle consiste en un bâtiment de 9 mètres sur 5 mè- 
tres, composé de deux salles : l'une carrée, de 6 mè- 
tres de côté, possède un coin arrondi occupé par une 
niche demi-circulaire de 1"'80 de hauteur, près de 
laquelle une fenêtre est encore visible. Cette salle 
communiquait par une baie en plein cintre avec une 
deuxième salle voûtée de 6 mètres sur 3 mètres, pro- 
longée vers l'intérieur par une avancée de 3 mètres 
sur 1 mètre. Dans le prolongement de cet édifice est 
creusée, sous les flancs du mamelon où il s'élève, une 
longue citerne de 14 mètres sur 4 mètres, encore in- 
tacte et partagée par un mur en deux salles de gran- 
deur inégale. Autour de cet ensemble des pierres de 
taille jalonnent un mur d'enceinte; 

10° A l'entrée de la vallée de l'Oued-Deheb, et à 
1,500 mètres Ouest de l'Orphelinat de Bône, un petit 
édifice carré est sans doute le vestige d'un poste 
d'observation destiné à surveiller ce vallon ; 

11° A 2''500 de Bône, au sommet d'une petite butte 
qui domine la route de l'Orphelinat, un petit bâti- 
ment carré analogue au précédent et pourvu d'une 
citerne devait jouer le même rôle de surveillance vers 
les pentes de TEdough ; 



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— 203 — 



12» A 2 kilomètres Nord de Bugeaud, au col de 




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Zériba, où nous avons admis que devait passer la 
route d'Hippône à Sullucu, une série de tertres for- 
més de décombres et de ruines occupe le seuil long 
de 100 mètres où secroisent les chemins qui franchis- 
sent la croupe. Sur l'un de ces tertres sont épars des 
blocs énormes de maçonnerie et de belles pierres de 
taille, parmi lesquelles se distinguent des pierres de 
seuil. Les autres mamelons renferment aussi quel- 
ques pierres de taille, mais ils ont dû être occupés 
depuis l'époque romaine, comme le prouvent des 
amoncellements de pierres et des traces de muraille 
en pierre sèche. Ces travaux ultérieurs ont trop bou- 



— 204 



leversé le terrain pour permettre de déterminer la 
forme et les dimensions des édifices primitifs. 

Croquis n» 28. 




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— 205 — 

Cette énumération des quelques ruines que nous 
avons pu nous-mème reconnaître dans l'Edough est 
nécessairement bien incomplète, un travail complet 
demanderait plus temps et de loisirs que nous n'en 
disposions. Mais toute restreinte qu'elle est, elle per- 
met cependant d'entrevoir le caractère que revotait 
l'occupation romaine dans ce massif. 

M. le docteur Milliotqui, comme médecin de colo- 
nisation à Bugeaud et à Herbillon, a parcouru en 
tous sens les montagnes de l'Edough et a bien voulu 
nous donner de précieuses indications a été, comme 
nous, frappé du caractère exclusivement militaire 
qu'avait l'installation romaine dans l'intérieur de ce 
massif. 

Les Romains, grands colonisateurs et surtout agri- 
culteurs, n'avaient aucun intérêt à pénétrer dans ces 
montagnes de la Numidie. Les riches plaines allu- 
viales, les hauts plateaux qui fournissaient en abon- 
dance du blé à la Métropole, possédaient des centres 
de population importants, des fermes riches et nom- 
breuses. Quant aux régions improductives, inutilisa- 
bles au colon romain, le vainqueur les avait abandon- 
nées aux anciens maîtres du sol, n'y entretenant que 
des postes militaires destinés à surveiller ces Numides 
turbulents toujours prêts à s'insurger. 

L'Edough, comme son voisin le massif de Collo, 
était sans contredit l'une de ces régions. Les Romains 
qui n'utilisaient pas le liège, pour qui rex|)loitation 
des bois n'était pas encore une source de richesse, ne 
devaient guère tirer de ces forêts que des bêtes pour 
les jeux du cirque : 

« Nec prœter marmoris numidici, ferarumquc prœcenlum 
aliud insigne », nous dit Pline. 



— 206 — 

Aux principaux débouchés de la montagne ils s'é- 
taient contentés d'établir des postes de surveillance, 
d'une force proportionnée à l'importance du passage, 
et destinés à empêcher le Numide, resté rebelle à l'in- 
fluence romaine, de pénétrer dans la part du pays que 
s'était taillée le vainqueur. 

C'est ainsi qu'au coude de l'Oued-el-Aneb, quand 
il sort des gorges de la montagne pour s'épanouir 
dans la plaine d'Aïn-Dalia, nous trouvons le Ksar 
d'Abdallah-Jemel, à son entrée dans la deuxième 
gorge un petit poste, enfin, à son débouché dans la 
plaine deFeïd-el-Maïz, le camp d'El-Ksour. De même, 
le poste de Sidi-Menoud commande le débouché de 
rOued-Ouïder (Oued-Enfech), dans la plaine des Beni- 
Mahammed. Plus loin, le fortin de Djenan-el-Bey joue 
le même rôle à l'extrémité du défilé des Karézas. Puis 
dans l'intérieur, des postes de moindre importance 
sont destinés à tenir les défilés où devaient passer les 
chemins militaires, comme les postes de Sidi-Salah, 
de Sidi-el-Menadi, de Zeriba, etc. 

La présence des scories de fer retrouvées par 
M. Fournel dans quelques-unes des ruines que nous 
croyons être les restes de constructions militaires, n'a 
rien de contradictoire avec notre opinion. Les usines 
vandales ou byzantines ont, en effet, pu être installées 
ultérieurement dans des bâtiments primitivement cons- 
truits pour un tout autre usage ; les procédés primi- 
tifs de la métallurgie, à celte époque, lui permettaient 
d'établir et de déplacer ses fourneaux sans grands 
frais. 

Quantausystèmed'occupationmilitoirede l'Edough, 
tel que nous venons de l'exposer, n'est-il pas une 
fidèle application des principes enseignés aujourd'hui 



— 207 — 

pour la guerre de montagne et dont le célèbre Général 
Von Kïihu passe pour être le père? Ces postes, d'im- 
portance croissante vers les débouchés des vallées, 
sont-ils autre chose que les emplacements de réserves 
tactiques puis stratégiques du Général autrichien? 

En dehors des camps militaires, les stations de la 
côte que nous avons recherchées et dont nous avons 
essayé de déterminer l'emplacement n'avaient proba- 
blement elles-mêmes qu'une très médiocre importance. 

Sur cette côte inhospitalière, les barques des an- 
ciens avaient besoin de trouver de nombreux refuges 
par les gros temps, aussi presque tous les points du 
rivage où la falaise laisse place à une petite plage un 
peu abritée portent-ils la trace de l'occupation ro- 
maine, mais d'une occupation très sommaire, quel- 
ques pans de mur avec les restes d'un aqueduc et 
d'un réservoir. 

Il est probable que ces petits ports étaient, môme 
à l'époque la plus florissante, de simples points d'at- 
lerrissement pour les barques possédant un réservoir 
pour les alimenter en eau, quelques magasins d'ap- 
provisionnements et, sans doute, un poste militaire. 
Il faut cependant en excepter Tacatua, ancienne colo- 
nie phénicienne, qui avait de tout temps conservé une 
certaine importance. 

Sur toutes les parties de la côte ouvertes aux 
gros temps du Nord-Ouest, les grosses mers ont dû 
rapidement emporter les quelques constructions voi- 
sines de la côte, ou les ensevelir sous le sable ; c'est 
ce qui nous explique comment de Siur-Portus, de 
Muharur, de Zacca, il ne reste rien ou presque rien. 
Tandis que les stations abritées du Nord-Ouest ont 
encore aujourd'hui des ruines très visibles comme 
celles de Tacatua et de CuUucitanee. 



— 208 — 

Quant aux chemins qui reliaient ces postes mili- 
taires et ces stations maritimes, il ne peut être ques- 
tion d'y voir de ces larges voies romaines comme on 
en admire partout ; ce devaient être, ainsi que nous 
l'avons admis pour les deux routes de l'Edough, de 
simples sentiers muletiers raides et étroits, en rap- 
port avec le peu d'importance des stations qu'ils des- 
servaient. 

Un de ces chemins remontait certainement la vallée 
supérieure de l'Oued-el-Aneb, depuis le Ksar d'Ab- 
dallah-Jemel, pour gagner le poste de Sidi-Salah, 
franchir la crête de l'Edough au seuil de Sidi-Saadi 
et descendre sur Sullucu. 

Un chemin analogue devait partir de Sidi-Menoud, 
remonter l'Oued-Enfech et rejoindre la route près de 
Tacatua, reliant directement cette petite ville à Cullu- 
citanœ et à Paratianae, sans passer par le sentier 
difficile de Muharur. 

En résumé, dans l'Edough deux grandes voies de 
communication parallèles : l'une au Nord, passant 
près de la côte et desservant les bourgades mention- 
nées par les itinéraires, c'est la route de la Table de 
Peutinger, l'autre au Sud, passant au pied du massif 
montagneux principal et reliant les postes militaires 
établis aux débouchés des vallées. Deux voies per- 
pendiculaires jalonnées elles-mêmes par de petits for- 
tins défensifs relient les deux voies principales, font 
communiquer directement avec l'intérieur les stations 
les plus importantes de la côte et complètent ainsi 
l'organisation stratégique et économique du pays. 

Voilà ce que la civilisation romaine avait fuit de 
l'Edough. Nous avons vu précédemment quel parti, 



— 209 — 

après une interruption do plusieurs siècles , notre 
conquête en a su tirer en 50 ans d'occupation. 

A Hippône a succédé notre moderne Bône, Philip- 
peville a pris la place de Rusicade ; entre elles se 
dresse comme autrefois le même massif sauvage, 
couvert des mêmes forêts. 

Des conditions économiques absolument dissem- 
blables, une assimilation certainement plus profonde 
de l'indigène suffisent à expliquer les différences qui 
séparent l'installation romaine toute militaire de la 
colonisation actuelle. 

Quoiqu'il en soit, il nous a paru intéressant de 
comparer ce qu'ont su faire de ce coin de terre, par 
exception resté le même, ces deux races conquérantes 
se succédant à douze siècles d'intervalles, en face 
d'un élément indigène demeui'é toujours identique à 
lui-même ; et nous laissons à de plus compétents que 
nous le soin de conclure à la supériorité de la colo- 
nisation de la France ou de celle de Rome sur la 
terre d'Algérie. 

Bône, le 15 août 1896. 

G. d'ARMAN de POUYDRAGUIN, 

Capitaine breveté 
au j^ %égiment de Tirailleurs algériens. 



LES 



FOUILLES DU DAR-EL-ACHEB 



I. 

NOTICE SUR DOUGGA 



Les ruines de Dougga, l'antique Thugga, sont si- 
tuées à 6 kilomètres au sud-ouest de la ville arabe 
de Teboursouk. Le pays où elles s'élèvent fut au 
nombre des régions les plus fertiles et les plus pros- 
pères de l'Afrique ancienne, la fréquence des vestiges 
de constructions, l'abondance des sources qu'on y 
rencontre encore, le prouvent suffisamment. 

J'ai pensé qu'en dehors de l'étude des cités il de- 
vait être fort intéressant d'entreprendre l'exploration 
détaillée d'un point de la campagne de l'Afrique an- 
cienne et j'ai tenté, par la recherche minutieuse des 
moindres ruines qu'il renferme, de montrer combien 
nombreuse était la population, quelle était son ingé- 
niosité et aussi d'esquisser l'aspect que devait pré- 
senter autrefois la contrée. 

C'est pour répondre au désir que m'a exprimé 
l'honorable Président de la Société archéologique 
de Constantine, pour faire connaître sommairement 



— 211 — 

les ruines qui entourent le Dar-el-Acheb que j'ai écrit 
cette notice. On me pardonnera donc de citer quel- 
ques passages du livre dans lequel j'ai exposé le 
résultat de mes recherches sur la campagne de 
Dougga (1), j'indiquerai ensuite quelle a été l'évolu- 
tion de l'antique cité elle-même. 

(( La forme générale de la contrée est celle d'un 
« quadrilatère coupé dans le sens de sa longueur par 
« une ligne sinueuse de montagnes le long ou dans 
« le voisinage de laquelle étaient échelonnés les cen- 
« très antiques. 

. « La voie de Carthage à Cirta marche parrallèle- 
« ment à cette ligne, de chaque côté de laquelle le 
« faciès du pays est bien différent. 

« A l'Est, est la vallée de Khalled, dominée par 
« les ruines d'El-Golea, Dougga, Aïn-Hedja et Te- 
« boursouk. 

« Couverte de brousailles dans sa partie inférieure, 
« elle ne contenait, en dehors des municipes d'Agbia 
« et de Sustri, que des exploitations agricoles rares 
« et sans importance. Sur son sol, à peine revêtu 
<» d'une légère couche de terre végétale, les oliviers 
« devaient être la culture à peu près exclusive. Deux 
« villages s'y élevaient seulement, là oii sont actuel- 
« lement la mosquée de Sidi-ech-Cheïdi et le Bir- 
« Tersas. 

« La partie supérieure de la vallée du Khalled était 
« au contraire d'une grande fertilité. Sur son humus 
« noir, humide, léger, parcouru par plusieurs ruis- 
« selets où l'eau coule abondante même en plein été. 



(1) Dt'coui-ertes cpipraphiqucs et archéologiques faites en Tunisie 
(région de Dougga). — Paris, Leroux, 1895. 



— 212 — 

« s'élevaient de nombreux groupes d'habitations au- 
« près des puits qui alimentent encore aujourd'hui 
« les douars du voisinage. 

« Si les pressoirs que l'on rencontre au pied des 
« montagnes voisines nous indiquent que celles-ci 
« était couvertes d'oliviers, c'était sans aucun doute 
« les céréales que l'on récoltait dans la plaine. 

<» Le culte que l'on rendait dans ce pays à la déesse 
ft des moissons nous est une preuve de l'intensité de 
« son développement agricole. 

« On sait qu'à Agbia il y aurait un temple dédié à 
« Cérès. A Musti, un sanctuaire de cette déesse pos- 
« sédait un collège de prêtres et de patrons. Enfin, 
« j'ai trouvé aussi à Henchir-Belda un texte (n° 405), 
« indiquant que cette riche plaine était dominée par 
« un temple de Cérès, bâti sur le piton du Djebel-Alia. 

« De l'autre côté de Dougga, l'aspect de la contrée 
« est tout différent. C'est un vaste plateau d'une al- 
« titude supérieure aux plaines voisines, profondé- 
« ment découpé par trois rivières abondantes en eau : 
« rOued-Arko, l'Oued-Melah et l'Oued-Armoucha. 

« Sur les flancs des croupes et des pics qui le 
« dominent, dans ses nombreux vallons, jaillissent 
« des sources limpides et fraîches. 

« Les céréales, sur les mamelons qui séparent les 
« ruisselets, les prairies et les vergers dans les val- 
ce lées et au voisinage des sources, les oliviers sur 
(' les parties rocheuses couvraient ses ondulations de 
« leur verdui'e. 

M C'était bien, on le voit, le pays des salins, c'est- 
« à-dire celui auquel s'appliquait le document d'Aïn- 
« Uuassel. 



— 213 — 

« On rencontre à chaque pas les restes de bourgs 
« importants, des ruines de temples comme ceux 
« d'El-Bouïa, de Chett, d'Henchir-Soussa, les tours 
« à demi-écroulées de castella, des traces d'aqueducs 
« et de pressoirs. 

« Si Uci Maius doit sa naissance à des considéra - 
« tiens d'ordre militaire, le développement qu'elle a 
« acquis ultérieurement lui vient de la richesse de 
« la vallée dont elle fermait l'entrée. 

« Ici encore la fertilité du sol nous est attestée par 
« plusieurs monuments élevés à Gérés. J'en ai, pour 
« mon compte, rencontré deux : l'inscription n° .^17 
w et le bas-relief d'Aïn-Sneub qui présente des orne- 
« ments ayant fort probablement trait au culte d'une 
« divinité protectrice des produits du sol. 

« En outre des végétaux qui servaient à assurer 
« l'alimentation d'une nombreuse population agricole, 
« les forêts de chênes, d'oliviers sauvages et d'autres 
« essences, produisaient en abondance le bois de 
« construction et de chauffage. 

« L'altitude relativement grande de la contrée, les 
<• vents froids qui y régnent constamment, un sol 
« labouré avec soin et où l'eau des sources, captée 
« à son issue, n'imprégnait pas inutilement la terre, 
« toutes ces conditions devaient en faire un habitat 
« d'une grande salubrité. 

« Je croirais volontiers qu'il y a eu, au pied de la 
« belle cascade qui domine Henchir Chett et aux en- 
« virons du temple élevé en ce point à Esculape, un 
« sanatorium où venaient passer l'été les valétudinai- 
« res ou les riches habitants des régions basses. 

« Une telle configuration, une telle variété dans la 
« nature du sol avait encore cette heureuse consé- 

15 



— 214 — 

(( quence que le long de la ligne de faîte divisant en 
« deux la région de Dougga, et près de laquelle s'éle- 
« vaient de populeuses cités, des montagnes rocheu- 
« ses et taillées à pic offraient d'excellente pierre de 
(( construction, d'un débit et d'un travail facile. 

(( Ainsi, les architectes des riches colonies avaient 
« sous la main, dans les vastes carrières que l'on 
« voit encore au voisinnge de Teboursouk et de 
« Dougga, les matériaux nécessaires à la construc- 
« tion des édifices. 

« Le nombre et la richesse de ceux-ci, à défaut 
« d'autre preuve, nous indiqueraient suffisamment 
« quelle était la richesse du pays et la fertilité du 
« sol. » 

Il me suffira, pour appuyer d'une preuve concluante 
de cette richesse la description qui précède, de citer 
quelques chiffres. La région de Dougga, qui mesure 
environ 40 kilomètres de longueur sur 10 de largeur, 
m'a offert les restes de dix-sept agglomérations de plus 
ou moins grande importance, mais assez étendues pour 
qu'on puisse les considérer comme ayant formé des 
villes ou de très gros bourgs. 

C'est au centre de cette région que, sur une colline 
élevée, se trouve le village de Dougga, dominé parle 
temple de Ju|)iter, dont la silhouette gracieuse se 
profilant de loin sur le ciel évoque le souvenir de 
quelque paysage de Sicile ou de Grèce. 

Le nom de la localité n'a guère varié. Sa significa- 
tion berbère : tukka, pâturage, est à elle seule une 
description du pays où s'élevait la ville primitive et 
on se représente facilement les plaines humides, le 
sol spongieux et môme, encoi'e de nos jours, souvent 



— 215 — 

marécageux, des coteaux couverts de verdure où 
paissent les troupeaux. 

Ainsi, dans un pays de plaines verdoyantes, de 
collines riches en eau, de crêtes boisées, s'élevait la 
vieille cité berbère. A celte époque où pays et tribus 
étaient en luttes constantes, elle avait été construite 
au centre d'une région fertile, mais en un point d'un 
accès difficile et pourvu cependant de sources. Bàtij 
à l'extrémité d'une colline, elle était défendue naturel- 
lement de trois côtés par un escarpement rocheux 
qui, sur la plus grande partie de sa longueur, n'i 
pas moins de 100 mètres de hauteur. Le seul côté 
qui ne fût pas protégé par la nature avait été abrité 
par un mur de grand appareil, en pierres simplement 
équarrieS;, mais parfaitement assemblées en assises 
horizontales et sans mortier. De distance en distance 
ce mur était flanqué de tours carrées et la solidité de 
l'ensemble en a conservé une partie fort intéressante. 

Deux sources alimentaient la première Dougga : 
l'une était située à quelques pas de l'enceinte, l'autre 
jaillissait immédiatement au sud de la ville. Les 
fouilles que j'ai pratiquées sur l'emplacement d'un 
temple de Saturne, ont montré qu'à l'est de la cité, 
sur un ressaut qui domine l'escarpement, il y avait 
un sanctuaire très ancien : aire vers laquelle les 
fidèles descendaient pour y porter leurs offrandes, y 
célébrer les rites et planter une stèle votive. 

Au pied de l'enceinte, vers l'ouest de Thugga, est 
une nécropole mégalithique, et à un kilomètre de Ici, 
sur une colline isolée j'ai découvert et étudié une au- 
tre nécropole, de même époque et plus étendue (1). 

(1) V. Carton. Dccouoertus rpir/raphfquos et arc/i., p. 355. 

J'ai roiicontrô à Bulla-Regia un dédoublement anaio(;ue de la nécro- 
pole berbère, Tune à lest de la ville, l'autre sur une colline isolée. 11 
n'y a peut être pas là une simple coïncidence. 



— 216 — 

Anisi, petite ville fortifiée, sur une colline escarpée, 
défendue d'un côté par un mur flanqué de tours, 
pourvue de deux sources, ayant un sanctuaire de 
Baal, simple champ planté de stèles et deux nécro- 
poles mégalithiques, dominant un pays de pâturages, 
telle fut la Dougga primitive. 

L'influence phénicienne s'y fit sentir de bonne 
heure, et si, de cette époque il nous est parvenu peu 
de vestiges, l'unique édifice que nous en connaissons 
suffit à lui seul à montrer qu'elle avait déjà acquis 
alors une certaine richesse. Il s'agit du célèbre mau- 
solée dans lequel se trouvait une inscription bilingue, 
libyque et punique, à l'aide de laquelle on a trouvé 
la clef de la dernière de ces langues et qui fut enlevée 
par un Anglais Sir Thomas Reade. 

Par sa corniche égyptienne, le chapiteau punique 
de certains pilastres, que caractérise une volute très 
développée, accompagnée de la fleur de lotus, par 
l'emploi de l'ordre ionique dans une partie de son 
ornementation, comme pour les deux langues de son 
inscription, cet édifice est l'image frappante de ce 
qu'était alors la société de Thugga: le Berbère pénétré 
par le Carthaginois, parlant sa langue, copiant ses 
procédés ornementaux et ceux que le peuple de navi- 
gateurs avait emprunté aux nations riveraines de la 
Méditerranée, avec quelques inscriptions puniques 
trouvées dans le temple de Baal Saturne et un cha- 
piteau à volute que j'ai rencontré dans un mur en 
pierres sèches, ce mausolée est le seul document de 
cette époque qui soit connu jusqu'ici à Dougga. 

Il est probable qu'un bourg phénicien s'était alors 
accolé à la cité berbère. Plusieurs inscriptions de la 
Thugga romaine qui portent la mention pagus et 



— 217 — 

civitas semblent indiquer que la constitution de la 
cité avait gardé des traces de cet étnt de choses. A 
en juger par la situation du mausolée, la nécropole 
punique était séparée des cimetières berbères, et si- 
tuée au sud de la ville. C'est dans le sanctuaire de 
Baal seul que l'on a jusqu'ici trouvé des traces de 
fusion entre les deux peuples. Les inscriptions puni- 
ques, à côté du symbole triangulaire, sur des stèles 
déjà plus chargées en ornements que les anciens mo- 
numents berbères, indi(|uent que ces deux éléments 
de la population se réunissaient pour honorer la 
double divinité phénicienne (Baal) et libyque (Ammon), 
sous le vocable de Baal-Ammon. Plus tard, la fusion 
s'acheva complètement et, sous l'influence romaine, 
phéniciens et berbères laissèrent ce souvenir de la 
double origine du culte pour honorer le dieu sous le 
nom de Satui'ne. 

Les Phéniciens devaient déjà, à cette époque, adorer 
les divinités purèdres de Baal, Tanit et Echmoun. 
Le sanctuaire romain de Céleste, les stèles dédiées 
fort apparemment à Esculape, qui ont été trouvées à 
Dougga, sont les vestiges d'une tradition sans doute 
très ancienne. 

Ainsi, à côté de la vieille ville fortifiée de Thucca, 
dont les grandes familles modifiaient déjà leurs mœurs 
sous l'influence phénico-grecque, se trouvaient un 
bourg commerçant |)unique, un sanctuaire de Baal, 
en voie de ti-ansformation, une nécropole dont les 
monuments étaient bien dilTérenls des dolmens gros- 
siers du cimetière primitif. Telle était la cité qui pré- 
céda immédiatement la Thugga romaine. 

Simple pagus nu 1*'" siècle de notre ère Thugga, 
grâce à son importance, et sans doute aussi à son 



— 218 — 

empressement à copier le vainqueur, conquit succes- 
sivement les titres de civitas, qu'elle avait à l'époque 
d'Hadrien, fut municipe sous Alexandre Sévère, et 
colonie sous Gallien (1). 

Jusqu'au milieu du 11^ siècle, Taspect de Thugga 
ne s'est que très peu modifié. C'est seulement à cette 
époque, en effet, qu'elle éleva de nombreux et somp- 
tueux édifices. C'est un fait réellement frappant que 
la rapidité avec laquelle ceux-ci furent construits. Les 
temples de Jupiter et de Saturne, le théâtre, l'hippo- 
drome, pour ne citer que ceux dont la date est cer- 
taine ont été édifiés en moins d'un siècle. Les trois 
premiers d'entre eux l'ont été en moins de 30 ans, 
et ce sont les plus importants de la ville antique. Si 
l'on ajoute à cela que beaucoup d'autres monuments 
paraissent, par leur style et quelques renseignements 
épigraphiques, être de la même époque, on se figure 
l'activité qui régna à cette époque à Thugga. Ce de- 
vait être un spectacle extraordinaire que les blocs 
énormes sortant à chaque heure d'une immense car- 
rière, et chariés à travers la ville, et la vue de ces 
édifices en construction, à côté les uns des autres (2). 
De nos jours, le temple de la triade latine, dont le 
f;)îte domine les maisons du village arabe, élève en- 
core au-dessus du sol un portique soutenu par six 
colonnes corinthiennes, d'un superbe travail (3j. En 
face de lui devait s'étendre le Capitole sur lequel ou 
près duquel s'élevait l'édifice romain que je décris 
ci-dessous, appelé par les indigènes le Dar-el-Acheb. 



[Vj V. Tissot. Gcogr. comparée de la proc. Proc. d'Afrique, ii, p. 345. 
(-2; Y. Carton Une campagne de fouilles à Dougga. Lille, Danol, 189i. 
^3; V. Saladin. Nom. ardu des Missions scientif., 1892, p. 488. 



— 219 — 

Le théâtre (1), situé à l'extrémité orientale de la 
ville, et que j'ai débarassé des huit mètres de remblais 
qui le couvraient est « assurément, à écrit M. Gas- 
ton Boissier (2), le plus beau et le mieux conservé 
de tous ceux que j'ai vus en Afrique. » 11 était adossé 
à la colline sur laquelle la ville est bâtie, en sorte 
que les gradins reposent sur le roc. Est-ce la raison 
qui les a préservés de la ruine ? Ce qui est sûr, c'est 
qu'on est d'abord frappé de leur merveilleuse conser- 
vation : « les arêtes y sont aussi vives, dit M. Carton, 
les coups de ciseau des tailleurs de pierre aussi nets 
que si le monument avait moins d'un siècle. De l'or- 
chestre au sommet, il y en a vingt-cinq i-angées, 
toutes restées en places. » Avec ses deux vomitoria, 
ses escaliers, un mur d'avant-scène d'un bel effet, 
l'ensemble de la cavea est des plus imposants. La 
scène, ornée de deux porli(iues de hauteur différente, 
dont vingt-six plus ou moins intacts ont été l'élevés, 
avec ses trois renfoncements correspondant aux es- 
caliers des trois portes, offre une disposition remar- 
quable. Le sol, oi'né d'une mosaïque, et le sous-sol 
voûté en sont également bien conservés, ce qui est, 
on le sait, rare dans les théâtres antiques. J'y ai 
trouvé de nombi-euses inscriptions et une belle statue 
de grandeur colossale. 

Le temple de Saturne (3), situé hors de la cité, sur 
l'emplacement du sanctuaire primitif de Baal, et (jue 



(Il V. Çprton. De Tunis à Doufjfia, Lille, Danel, 1893. — Carton et 
Denis. Noti< <■ sur (Irs fouilles cc-ccuircs à Dofit/(/a, Bull de la Sorièté 
rl'Oran, 189;}, p. 11. Des vues de cet édifice ont été publiées dans 
VlUuitralioit, 23 décembre 1893, cl le Tou/- du Monde, '60 mars 1895. 

(2) G Boissier. Reçue, do Doua; Mondes, 189G. Promenades archéo- 
lofjiques, p. 8. 

(3) V Carton. Noue, arr/i. des Miss, seientif., 1897, p. 367. Le sanc- 
tuaire de Baal Saturne, à Dougga. 



— 220 — 

j'ai déblayé, offre une disposition toute particulière, 
avec son suggestus précédant un portique derrière 
lequel s'élève une vaste cour entourée de colonnes, 
sur laquelle s'ouvrait un sacrum. Le plan de ce mo- 
nument, élevé en l'honneur d'une divinité qui s'est 
confondue avec le Baal phénicien, est donc celui des 
temples orientaux. 

Au pied de la colline où s'élève le village, près 
d'une source, sont des ruines très étendues, proba- 
blement les restes de thermes antiques. Dans leur 
voisinage, une demi coupole surmontée d'un canal 
cimenté, a dû jadis être une fontaine publique (1). 

Pour compléter cette énumération des édifices con- 
nus de Thugga, je dois citer deux monuments qui 
n'ont pas encore était explorés et sur lesquels on ne 
possède aucune indication. 

On connaît l'emplacement de trois portes triom- 
phales. L'une d'elle, Bab-er-Roumia, a conservé son 
cintre, supporté par deux piliers ornés de niches car- 
rées (2). Il reste, d'une autre, les soubassements et 
un pilastre cannelé. Les pierres écroulées qui l'entou- 
rent et à l'aide desquelles il serait peut-être possible 
de rétablir le monument, indiquent qu'il avait une 
véritable richesse. 

L'hippodrome (3), situé non loin de la troisième 
porte, est assez détruit, mais il offre encore les deux 
extrémités demi- circulaires de sa spina, portant une 
belle inscription. Auprès de lui, on trouve un monu- 
ment en mauvais état de conservation, mais dont le 

(1) Carton. Découc. cpigr., p, 173. 

(2) Saladin. loc. cit. p. 519. 

i3; Carton, Reçue arch. 1895, p. 229. L'hippodrome do Dougya. 



— 221 ~ 

plan (1), bien reconnaissable, doit être rapproché de 
celui du temple de Saturne. Il est possible que ce 
soit le sanctuaire de la troisième divinité de la tri- 
logie punique, le seul qui ne soit pas exactement 
connu à Dougga. 

Le temple de Cœlestis se trouve, en effet, à quel- 
ques pas de Bab-Roumia. C'est un édifice demi- 
circulaire, qui devait être extrêmement gracieux de 
lignes et de proportions. 

Enfin, les nécropoles sont très étendues et si elles 
ont pu être primitivement placées, à la mode ro- 
maine, le long des voies antiques qui aboutissaient à 
la ville, elles ont fini par se toucher et lui constituer 
une enceinte continue. J'y ai relevé de belles inscrip- 
tions funéraires (2). 

On y rencontre aussi les restes de nombreux mau- 
solées. L'un d'eux mérite d'être particulièrement 
signalé. C'est un columbarium composé de plusieurs 
chambres, et dans l'une de celles-ci des niches con- 
tiennent des urnes cinéraires en pierre. L'un de ces 
vases portant une épitaphe est encore scellé en place 
dans le mur (3). 

Pour achever cette rapide description, j'ajouterai 
que la nécessité d'agrandir leur ville a poussé les 
habitants de la Thugga romaine à faire disparaître 
Tescarpement qui la défendait vers le sud, du Dar- 
el-Acheb ou théâtre. 

Lorsque la ville atteignit le degré de prospérité que 



rS^\ Carton, Mcm. do la Soc. nat. des Aniig. do France, t. LVi, n» 5:î. 
Un edtjice de Dougga en forme do temple phénicien. 

(2) Canon fîaii. do la Soc. des Antiq. de France, 1" trimes- 
tre Ib'JI, p. '2U;j. 

(3) Carton, Dec. èpicjr. fig. 56 et 57. 



- 222 - 

révèlent ces édifices, les deux sources qu'elle l'enfer- 
mait ne lui suffirent plus et elle construisit un grand 
aqueduc pour aller chercher, à 12 kilomètres de là, 
les eaux de la soui'ce appelée maintenant Aïn-el-Ham- 
mam(l). Avec son vaste bassin de captation, sa con- 
duite qui s'enfonce sous le sol jusqu'à 10 môti'es de 
profondeur, et ses arches qui franchissent l'Oued- 
Melah, par une double rangée de près de 20 mètres 
de hauteur, l'appareil superbe de ses pierres à bos- 
sages cet aqueduc forme un ensemble d'un haut in- 
térêt et donne une grande beauté à certains coins de 
la campagne de Dougga. Il aboutissait à deux grou- 
pes de colones, placés l'un en dehors l'autre en de- 
dans de la ville. 

Un autre aqueduc, de dimensions plus restreintes, 
amenait l'eau d'une source voisine de l'hippodi'ome à 
de grandes citernes situées à l'ouest de Thugga. 

L'ensemble de ces trois vastes réservoirs pouvait 
recueillir plus de 16,000 mètres cubes. 

Mais, pour la lièvre de construction qui animait 
les Thuggiens, le champ qu'offrait à leur activité la 
surface de la ville ne suffit bientôt plus et après avoir 
couvert les crêtes qui l'entouraient immédiatement, 
d'édifices, ils allèrent plus loin encore élever des té- 
moignages de leur richesse. 

En outre des huit voies qui la reliaient aux villes 
voisines, la célèbre route de Carthage à Tliéveste 
passait dans la vallée du Khalled, au pied de la col- 
line où s'élevait Dougga, à environ l,r)00 mètres d'elle. 
Une route reliait la cité à la grande artère militaire. 
A leur |Mjint de jonction, les habitants de Dougga 

(I) Carton et Deuis, Dtcll. de la Soc. de géogr. d'Oran, 1893, n<>3. 



— 223 — 

élevèrent un arc de triomphe (1) sur lequel les voya- 
geurs pouvaient lire le nom de la cité dont ils 
apercevaient au loin les monuments. Enfin, non con- 
tents d'honorer Saturne dans leurs murs, les Thug- 
giens lui avaient élevé, à 8 kilomètres de chez eux, 
à Aïn-Mançoura, un autre sanctuaire (2). Ces deux 
derniers monuments donnent une idée de l'étendue du 
territoire de Thugga qui paraît avoir englobée celui 
du municipe d'Agbia , distant de deux kilomètres 
seulement. 

Vint ensuite avec la décadence, la déchéance de la 
ville et l'abandon des monuments, non cependant 
sans que lo christianisme ait amené la création de 
deux églises, dont l'une a conservé encore presque 
entièrement ses voûtes (3). Elles se trouvent en dehors 
de la cité elle-même. 

L'époque byzantine a vu détruire plusieurs des 
monuments de Thugga pour sa fortification. Elle 
nous a laissé une enceinte formée, en effet, de pierres 
arrachées aux édifices de date antérieure, reliée à la 
vieille enceinte berbèi'e, et un réduit dans lequel était 
englobé le temple de Jupiter. 

Les ruines de Dougga ont été visitées par un grand 
nombre d'explorateurs. A part un déblaiement partiel 
du grand temple, opéré par nos troupes, ces édi- 
fices n'avaient été l'objet d'aucune fouille méthodique 
jusqu'à la mission que voulut bien me confier, en 
1892, ^L le Ministre de l'Instruction publique. A 
l'aide de fonds qu'il m'accorda et d'un subside de 
l'Académie des Inscriptions, j'ai pu déblayer le tem- 
ple de Baal Saturne, le théâtre et la majeure partie 

(1) Tissol, loc. cit. p. 347. 
(2; Carton, Dec. épiyr., p. 70. 
(3) Carton. Ibid., p. 171, fig. 50. 



- 224 

du Dar-el-Acheb. J'ai pu également commencer h 
dégager le grand temple, de maisons qui s'y ap- 
puyaient et que, sur ma demande, le Gouvernement 
avaient expropriées. M. de La Blanchère qui était 
venu visiter, durant mes fouilles, les ruines de 
Dougga, y fit pratiquer ultérieurement des recherches 
dans le temple de Cœlestis. Ces travaux, des études 
de M. Saladin sur le grand temple, le mausolée pu- 
nique, la porte de Bab-er-Roumia et celles que j'ai 
publiées sur d'autres édifices de Thugga, montrent 
l'intérêt qui s'attachent à cette cité et à la région qui 
l'entourent. 

« Aucune ville de la province d'Afrique, n'est aussi 
« riche en ruines antiques ; avec un peu d'argent dé- 
« pensé d'une manière intelligente et quelques fouilles 
(( bien dirigées, on pourrait en faire une grande 
« curiosité; elle deviendrait facilement pour la Tuni- 
« sie ce qu'est Timgad pour l'Algérie (1). » 

La bienveillance avec laquelle M. Boissier a parlé 
de la façon dont j'ai dirigé les fouilles de Dougga 
m'autorise à exprimer, après lui, le vœu qu'un dé- 
blaiement méthodique soit effectué, et à dire com- 
ment il devrait, d'après ma connaissance des ruines 
et du pays, être fait. 

On pourrait chercher ici un autre résultat et un 
autre effet que ceux que produit le dégagement de 
Timgad. Ce serait moins l'aspect pompéien des rues 
et des quartiers d'une cité antique — j'ignore, en 
effet, si les édifices privés y sont suffisamment con- 
servés — qu'une réunion de monuments très remar- 
quables par leur style et leur importance et la mise 
au jour de vestiges relatifs à l'existence, à l'évolution 

(1) G. Boissier, loc. cit., p. 6. 



— 225 — 

d'une cité, non pas créée de toutes pièces par les 
Romains, mais berbère d'origine, ayant passé ainsi 
par toutes les phases que lui ont imposées ses maî- 
tres successifs. Ce serait non seulement une cité 
d'Afrique, mais la cité africaine qu'on offrirait ainsi 
aux savants. 

Et d'ailleurs, la beauté du grand temple, du théâtre, 
l'intérêt qu'offrent les sanctuaires de Baal Saturne et 
de celui de Cœlestis, et l'hippodrome sont tels que 
toutes considérations scientifiques mises à part, celui 
qui les connaît désire qu'on en fasse la toilette, et 
qu'on lui évite les souillures continuelles auxquelles 
.la soumettent les indigènes. Le fumier s'entasse cha- 
que jour, plus épais, au voisinage du Capitole. J'en 
ai trouvé quatre mètres d'épaisseur dans le théâtre et, 
comme Ta constaté M. Saladin, le salpêtre ronge 
les soubassements du grand temple, dont un des 
piliers ne tient plus que par un prodige d'équilibre. 

Tous ceux qui connaissent ces belles, mais mal- 
heui-euses ruines et, en particulier, les maîtres de la 
science archéologique, qui les ont visitées en 1896, 
pensent que l'honneur et l'intérêt de la science fran- 
çaise en réclament la mise complète au jour. 

On me pardonnera, en raison des recherches qui 
m'ont fait, plus que quiconque, aimer ce point si in- 
téressant d'émettre l'idée que l'on devrait encore 
élargir ce programme. 

Dans la campagne de Dougga et ses alentours, les 
restes de temples, de bourgs, de castella, souvent 
bien conservés, s'élèvent sur les crêtes, aux bords 
des sources, près des puits de la plaine. Quel en- 
seignement, quelle initiation à la vie intime de l'agri- 
culteur africain, du paysan numide offrirait l'évoca- 



— 226 — 

tion, par quelques fouilles méthodiques, d'un coin de 
l'antique campagne ? Et ne pense-t-on pas que la cons- 
tatation des efforts, de la patience avec lesquels l'anti- 
que cultivateur ont aménagé le sol, des résultats 
qu'il a su obtenir par un aussi considérable labeur 
ne seraient aussi suggestifs que l'étude des monu- 
ments d'une grande cité. Il est peu de régions de 
l'Afrique qui semblent pouvoir offrir, à ce point de 
vue, un aussi grand nombre de ruines. Comme 
exemple de l'abondance de ces ouvrages ruraux, je 
citerai ce fait que dans les environs de Dougga, sur 
une longueur de moins de 12 kilomètres, j'ai relevé 
les traces de douze captages de sources et aqueducs, 
avec réservoirs, citernes* nymphées, etc. 

Si ce projet était exécuté, le voyageur qui, de nos 
jours cheminerait^ comme le voyageur antique sur la 
voie de Carthage à Théveste, dont le stratum est si 
bien conservé, pourrait lire les distances sur les 
bornes milliaires qui gisent encore partout auprès de 
leurs bases; il s'arrêterait aux puits échelonnés le 
long de la route, saluerait les ruines des temples qui 
couronnent les crêtes ou, comme celui d'El-Bouïa, 
protégeaient les sources et lirait sur les portes des 
prœdia le nom de leur antique propriétaire. 

Comme terme extrême de ce pèlerinage, le visiteur 
aurait la vision de Thugga déblayée. Après avoir vu, 
dans la campagne, à quels travaux l'Afrique a dû sa 
richesse, il apprendra ici comment elle l'a employée. 

Rêve si. l'on veut que ce projet, mais rêve réali- 
sable. Ma connaissance du pajs, celle que j'ai du coût 
de la main-d'œuvre et des moyens à employer i)our 
arrêter une telle entreprise me permettent d'affirmer 
que la somme nécessaire ne serait pas considérable. 



FOUILLKS DE DOUGi-aA 



II. 

LE DAR-EL-ACHEB 



-^-o-s^- 



. Les indigènes de Dougga donnent !e nom d'Ei- 
Acheb à une maison habitée par une famille de ce 
nom et construite sur les murs d'un édifice antique, 
dont la situation et l'exposition méritent tout d'abord 
d'attirer l'attention. 

La cité de Dougga était bâtie sur les flancs d'une 
colline qui regarde au sud-est. Aussi, tous ses mo- 
numents publics étaient -ils d'une façon générale, 
tournés vers l'Orient. La vue dont on jouissait de 
leur entrée s'étendait au loin sur la vallée, et leur 
aîte, dominant les habitations, pouvait s'apei-cevoir à 
lune très grande distance. 

Le Dar-el-Acheb, qui parait avoir été un édifice 
public fait seul exception à cette règle (i). Sa porte 
regarde en effet vers le nord, et fait face au temple 
(^Q Jupiter, Junon et Minerve placé un peu au-dessus 
de lui, sur le bord de la plate-forme qui le domine. 

Les flancs de la colline étant fortement inclinés, 
sa partie postérieure a dû être surélevée et maintenue 



(1) Il n'est pas, bien eiiteiuiii, (inestion dos poites .le Ja ville .lont 
1 orientation dépend de la direction des routes qui passaient sous elles. 



— 228 — 

à hauteur de la façade par un mur qui s'élève à trois 
ou quatre mètres au-dessus du sol. 

Il a cei'tainement fallu des causes toutes particu- 
lières, et visant, soit la destination, soit la situation 
de ce monument par rapport aux rues et aux édifices 
voisins, pour que, renonçant à un mode d'orientation 
si généralement employé à Dougga, les architectes 
l'aient assis de cette façon. 

Mes propres recherches n'ont pas ajouté beaucoup 
aux conjectures émises par MM. Saladin (0 et Boyé 
au sujet de sa destination. 

Mais, si l'on considère qu'un grand nombre de 
bases de statues, de dédicaces impériales, se trou- 
vent dans les murs des maisons voisines, que le Dar- 
el-Acheb est à peu pi'ès au centre de la ville antique, 
qu'il fait face au temple du capitole on peut admettre 
que les travaux considérables exécutés pour lui don- 
ner une orientation si particulière avaient pour but 
de tourner son entrée vers une place publique, d'où 
l'ornementation de sa façade pouvait être aperçue 
dans toute sa hauteur et que cette place était le forum. 
D'autres raisons qui seront exposées plus.loin militent 
en faveur de cette opinion. 

Je n'ai pu donner à la tranchée pratiquée en avant 
du monument la largeur nécessaire pour élucider 
cette question. J'y ai cependant dégagé une surface 
revêtue de larges dalles, ayant appartenu à la voie 
ou à la place sur laquelle il s'ouvrait. 

La largeur de sa façade est de 22'"30. En avant 
d'elle, trois marches conduisent à une plate-forme 
qui précède la porte d'entrée. Elles sont d'une excel- 



(1) Nouo. arcli. dos missions scientif., u, p, 48!!). 



— 229 — 

lente conservation et l'on constate nnônie qu'elles ont 
subi jadis quekjues réparations : un de leurs angles 
écornés a été remplacé par un petit parallélipipède 
de calcaire. 

Cet emmarchement et la plate-forme qui le continue, 
sont limités de chaque côté par un mur bas composé 
d'une rangée de pierres calcaires, dont la première, 
plus large, paraît avoir supporté un pilastre placé en 
avant de la balustrade ou de la séparation qu'il 
supportait. 

Sur l'une des marches (en a du plan), une série 
de petites cavités forment un jeu de billes analogues 
à celles qui ont été rencontrées sur le pavé du forum, 
à Timgad et à Rome (i). On remarque aussi sur une 
dalle de la plate-forme, une palmette. Un peu plus 
loin un dessin gravé à la pointe, près du seuil de la 
porte, renferme une flèche (ou la moitié longitudinale 
d'une palmettej dont la pointe est dirigée vers ce jeu 
de billes. Un peu plus à gauche on a figuré une 
série d'arcades dont les bases et les chapiteaux sont 
indiqués de façon sommaire. 

Il est possible que ce dessin ait été indépendant de 
jeu de billes, mais on peut aussi, d'après sa situation, 
admettre que le point où il se trouve est celui où se 
plaçaient les joueurs pour les lancer ou qu'il faisait 
partie de l'ensemble constitué par ce jeu (2). 

De chaque côté et en avant de la porte, s'élevaient 

(1) Bœswilwald et Gagnât. Timgad, Leroux, 1892, p. 30. 

(2) On pourrait, au premier abord, se croire eu présence de quoique 
croquis, de quelque perspective d'édifice tracé par un architecte. Il est 
peu probable, en tous cas, que ce dessin soit contemporain de la 
construction du momunent, à cause de sa situation sur une dalle du 
seuil où il eût produit mauvais effet et n'eût pas manqué d'être usé 
par le va et vient des passants. 

16 



— 230 - 

deux colonnes supportées par des piédestaux dont 
l'un est encore en place. La dalle qui le supporte 
offre un relief carré, à face supérieure oblique qui 
avait été ménagé pour assurer l'aplomb du fût. L'em- 
placement de l'autre est indiqué par une surface 
carrée et i-ugueuse ménagée sur le dallage poli. 

Le piédestal, haut de 82 centimètres, présente sur 
ses quatre faces de haut en bas : un filet, un talon 
droit, un quart de rond, un cartouche rectangulaire 
encadré dans une moulure de peu de relief et d'un 
galbe particulier, un talon renversé, un filet, un tore, 
un socle. 

Sur sa face supérieure et taillée dans le même bloc 
se trouve la base de la colonne. Elle est détériorée, 
mais on voit qu'elle ressemblait à celles des autres 
monuments de Dougga, étudiées dans cette campagne 
de fouilles. 

Exécuté avec soin, mais d'aspect un peu lourd à 
cause de la brièveté de son dé, ce piédestal suppor- 
tait un fût de colonne qui gît à son pied C^) C'est un 
magnifique monolithe olïrant vingt cannelures ruden- 
tées, séparées par des listels de deux centimètres de 
largeur. Sa face supérieure est entourée d'un bourrelet 
circulaire destiné à assurer la fixité du chapiteau 
auquel elle était réunie en outre pur un scellement 
renfermé dans une cavité cubique. 

Rien de ce qui surmontait ce fût n'a été retrouvé. 

La poi'te, à part quelques mutilations qu'ont subies 
ses moulures vers l'extrémité inférieure du cham- 
branle, est intacte. Quoique un peu lourde d'exécution, 



(1) Dans les planches jointes à ce travail, ce fût a été représenté 
comme s'il était eu place sur sa base, de façon à indiquer les rapports 
qu'il avait avec les autres parties de l'édifice. 



— 231 — 

c'est un des plus beaux échantillons de ce genre qui 
nous soit parvenu en Afrique. Elle est formée de 
trois monolithes qui entourent un espace haut de 
4 mètres, large de 2"'4(). Un mur a été élevé par les 
indigènes à l'intérieur de cette ouverture. On peut 
voir cependant au pied de chaque montant un petit 
parallépipède de pierre, en saillie, sur le seuil qui ofîre 
une échancrure demi-cylindrique destinée à retenir 
le pivot d'un vantail. Deux trous creusés dans la face 
inférieure du linteau montrent aussi que la porte 
était fermée par deux battants. La face postérieure 
de ce chambranle a des moulures différentes de celle 
de la face opposée ; le relief qu'elles forment en est 
beaucoup moins accusé. 

Le mur de la façade repose sur une plinthe de 
0"'50 de hauteur. Il offre, de chaque coté de la porte, 
quatre pilastres engagés. Les deux plus rapprochés 
de rentrée, cachés par les colonnes cannelées du 
portique, sont lisses. Les autres, ont au-dessus d'un 
socle sans ornementation cinq cannelures séparés par 
un listel. 

Deux pilastres sont en outre placés aux angles 
antérieurs du monument. Sur leur base est sculpté 
un cartouche semblable à celui qui orne le dé des 
piédestaux des colonnes du portique placé près de la 
porte. Leur fût semble donc avoir eu une hauteur 
égale à celle de ces colonnes plutôt qu'à celle des 
pilastres. 

La surface du mur qui correspond aux entrecolon- 
nements est divisée à sa partie inférieure en trois 
panneaux formant un léger relief placés côte à côte et 
ayant la même hauteur, mais de largeurs différentes, 
le panneau central étant beaucoup plus étroit que les 



— 232 - 

autres. Les bords de quelques-uns sont taillés en 
biseau mais d'autres ne le sont pas, sans que quelque 
ordre ou quelque symétrie ait présidé à l'adoption de 
cette disposition. 

De grandes dalles forment ce mur et leur surface 
correspond à celles d'un ou plusieurs panneaux, leurs 
joints ne coupant jamais ceux-ci en leur milieu. 

La forme et la grandeur des matériaux de la façade 
sont donc déterminés par son ornementation et la 
première assise, les pilastres y compris, a la même 
hauteur que les panneaux. 11 en résulte que tout le 
mur est coupé au-dessus d'elle par un joint rectiligne. 
Ce manque de liaison, avec la partie supérieure du 
mur, a dû certainement nuire à la solidité de l'en- 
semble. 

L'assise placée au-dessus est formée de pierres de 
taille dont les joints ne répondent plus aux différentes 
parties ornementales de la façade, un seul bloc ren- 
fermant à la fois une portion de pilastre et une partie 
de l'entrecolonnement. 

De ce qui surmontait cette partie du mur il n'a 
été retrouvé qu'un débris de corniche et une plaque 
de calcaire dont les bords ont une épaisseur égale à 
la saillie que forment les pilastres. Elle semble donc 
avoir appartenu au chapiteau de l'un de ceux-ci. 

Les matériaux qui composent ce mur, grandes 
dalles placées de champ et posées horizontalement 
en occupent toute l'épaisseur. 

Malgré le soin avec lequel il a été construit et 
orné j'ai relevé à plusieurs reprises, en mesurant les 
détails, des différences notables entre ses parties 
symétriques. 

La largeur des pilastres oscille entre 0'"44 et 0'"48, 



— 233 — 

celle des entrecolonnements varie de 1"'72 à l'"48, 
celle de la partie gauche de la façade est de 9"'70, de 
sa partie droite 10'"10. 

En outre, les bords des panneaux ont été, on l'a 
vu souvent, taillés en biseau. Mais quand ils corres- 
pondent à des joints, ils ne le sont pas. Les bases 
des pilastres sont souvent plus larges que les fûts, 
mais dans d'autres cas cette différence n'exisie pas. 

Devant de telles vai'iations, j'ai cru longtemps à 
des erreurs de mensuration de ma part. Il m'a bien 
fallu reconnaître, cependant, que si, en certains points, 
la largeur totale du mur a pu augmenter par suite 
d'une légère dislocation, certaines mesures, qui pou- 
vaient être influencées par ce phénomène, ne corres- 
pondaient pas exactement, et que le manque de symé- 
trie est bien réel. 

Des incorrections de même ordre que j'ai relevées 
dans d'autres monuments de Dougga montrent que 
de tels faits y sont assez ordinaires. 

Entre la façade et l'espace dallé qui s'étendait au 
devant d'elle se trouvait une série de constructions 
remaniées à différentes époques et qui présentent une 
confusion telle qu'il est souvent difficile de recon- 
naître ce qui a appartenu à l'édifice primitif. 

De chaque côté de la plale-foi'me, les fouilles ont 
été poussées au-dessous du sol ancien , dont le 
niveau est indiqué par le soubassement, au point où 
la surface en est brute. Il y avait là un espace limité 
vers l'extérieur par un mur de grand appareil, en 
matériaux très réguliei'S, et un peu plus élevé que le 
pied de la façade. 

Le sol en était recouvert de dalles dont il ne reste 
qu'un fragment vers l'un des angles. 



— 234 — 

Immédiatement en avant des marches de la plate- 
forme, le dallage de la place publique ou de la voie 
offre une ligne de pierres assez étroites, un peu sur- 
élevée, s'élendant de chaque côté de la façade et pa- 
rallèlement à elle, formant comme un socle sur lequel 
s'élèvent les constructions adossées à cette dernière. 
Cette rangée de pierres s'interrompt, à l'entrée de 
l'espace dallé, de chaque côté d'un seuil. On verra 
plus loin que de petites pièces accolées à ces espaces 
ont la même disposition et que le seuil en est encore 
flanqué par les extrémités inférieures de montants de 
porte. La disposition paraît avoir été sinon identique 
du moins analogue. 

A la partie antérieure de l'une de ces aires dallées, 
vers son angle ex,téi'ieur, on remarque un mur formé 
de trois lits de pierre. Sur son bord supérieur repose 
le socle d'un stylobate qui n'appartient pas à l'édifice 
primitif. Ses moului'es ne se raccordent pas avec 
celles d'une pierre semblable placée sur un mur 
adjacent et qui est en place. Un fragment de socle de 
même genre se trouve auprès de la base de la colonne, 
voisine de la porte. 

Une autre trace des remaniements, dont ces cons- 
tructions ont été l'objet, existe sur la paroi de l'aire 
symétriquement placée. C'est un mur en moellons 
reposant sur la pierre du socle qui la surmonte. 

Quoiqu'il en soit, un fait se dégage de l'étude de 
celte partie du Dar-el-Achcb, c'est qu'il y avait de 
choque côté de la plate-forme un espace dallé dont 
elle était séparée par un mur ou une balustrade. 

Des statues, des tables portant des règlements 
|)0uvaient y avoir été placés, si comme il est pro- 
bable, le forum se trouvait en ce point. Une grande 



— 235 — 

cavité creusée dans une pieri'e de la façade et qui 
traverse le mur de part en part, des trous de scelle- 
ment pratiqués à diverses hauteurs ont dû servir à 
les fixer. 

En dehors de ces deux aires dallées se trouvent 
de chaque coté du monument les vestiges d'une 
petite pièce étroite ressemblant assez à un couloir. 
Elle était fermée en avant par une porte aux cham- 
branles ornés de moulures. J'avais pensé tout d'abord 
que c'était l'entrée de sous-sol voûtés sur lesquels 
s'élevait le monument. Aucun indice n'est venu corro- 
borer cette opinion. Comme je l'ai déjà fait remarquer, 
un socle surmonte les deux murs qui limitent ces 
petites pièces donnant à penser qu'il supportait un 
édicule ou un motif de marbre ou de bronze situé en 
arrière et au-dessus de ces portes latérales, c'est-à- 
dire vers les angles de la façade. 

Si l'on se trouve bien réellement ici sur le forum 
il est possible qu'on ait élevé à un moment donné 
en avant de l'édifice, une série de petites constructions 
qui en étaient les dépendances ou même des boutiques 

La face postérieure du mur de la façade est brute. 
Immédiatement en arrière d'elle se trouve une cour 
bordée autrefois sur ses faces latérales par une 
galerie. 

Le sol antique, qui est encore celui de la maison 
indigène, était revêtu de fort belles dalles à la surface 
desquelles on remarque des rainures, disposées de 
façon à circonscrire quatre rectangles situés vers 
ses coins (^^ Ces dépressions longitudinales ont un 



(1) V. TimgofI, pi. xii, des rainures semblables dans le dallage dun 
rond, ayant, d'après les auteurs servi à porter une balustrade. 



— 236 — 

centimètre et demi de profondeur et quinze centimètres 
de largeur. 

Elles offrent des cavités à section horizontale carrée, 
profondes de 8 à 20 centimètres qui sont situées, les 
unes sur les longs côtés des rectangles, les autres à 
chacun de leurs angles et qui devaient recevoir l'ex- 
trémité inférieure de montants entre lesquelles les 
rainures devaient loger le mur de cloisons ; ces der- 
nières, à en juger par le peu d'épaisseur des mon- 
tants, étaient probablement en bois ou en plaques 
de marbre. 

Le dallage de chacun des rectangles n'est pas éga- 
lement bien conservé. Mais il est possible en les 
complétant l'un par l'autre d'avoir une idée bien 
exacte de leurs dimensions. Vers l'angle de l'un 
d'eux, auprès de la porte d'entrée, se trouvent des 
rainures à fond oblique semblables à celles des seuils 
des portes à deux battants du temple de Saturne et 
du théâtre. C'était l'entrée des espaces circonscrits 
par les cloisons. 

En un point de la cour, on a mis au jour une 
conduite cimentée qui conduisait les eaux de pluie à 
une citerne dont on voit, placé contre la plinthe du 
portique, l'orifice demi-circulaire, entouré d'une dé- 
pression carrée, encastrement du couvercle. 

La cour est limitée vers les côtés par un socle ou 
une plinthe haut de 0'"20 centimètres qui présente, 
de distance en distance, sur sa face supérieure une 
saillie carrée sur lacjuelle s'élevaient autrefois des 
pilastres. Des tronçons de ceux-ci se trouvent dans 
les murs de la maison arabe. Ils sont cannelés sur 
trois de leurs faces et bruis sur la (juatrième. 

Quelques parties d'un entablement, dont la fi-ise 



— 237 — 

porte une inscription, ont été trouvées dans les murs 
du Dar-el-Acheb et dans le sol des rues avoisinantes, 
où (|uelques fouilles ont été pratiquées pour les re- 
chei'cher. La longueur de ce texte empêche d'admet- 
tre qu'il ait été gravé sur la façade; il devait sur- 
monter le porti(|ue de la cour. Malheureusement au- 
cun des tronçons qui en ont été retrouvés ne ren- 
seigne sur la destination qu'avait le monument. 

Hauteur des lettres O'"20 

12 3 4 

0(i)SAL \^ AT0RISC:^)C| AESARIS^iJMcJpAVR NI^AVGVS 

5 6 7 8 

'lSSlS(i?HS(i?C(;i}MlLci?A 0(;J?t:T(i)FAVST (;^)IN CIVlTATIS(i?SV 

9 10 11 

u.^vv.LiiK^iuU.m\ PATRISci?ETF VM(;i?DEDIT(;J?ET(i)DED 

12 13 14 15 

TiA j\iouib[cur]a(oris acilib erorvm 

/V]o sal[ul.e Jniper]aloris Cœsaris M(arciJ Aureli(i) 

Antonijni Augus[ii prom]issis sesleriiis cpnlum 

milita a[ ]o et Fausi[in ei] in[latis ... palronus?] 

civilalis su[ae propriâ pe]c(unia) fecil ideut[que ] patris 

et [fiHoru]m ded(itj et ded[icacil] 

Ce texte date du règne de Marc-Aurèle. 

J'ai publié ailleurs (^> un fi-agment d'inscription 
trouvé tout |)rès du Dar-el-Acheb, parmi les maté- 
riaux (|ui provenaient de ce monument et qui fait 
mention du même empereur. Il est possible qu'elle en 
provienne également. 

Le portique supportait le toit d'une galerie s'ap- 
puyaiit d'autre part sur le mur extérieur de l'édilice, 



(I) Découccrtes cfjt'graphiques et archéologiques faites dan 
(jion (le Dou'jfja, p. 157, n» 288. D"" Carton, 1895, Lille, im] 



Dauel. 



s la rc- 
prmierie 



- 238 - 

qui est en blocage renforcé par des chaînes verlicu'.es 
de pierres de taille. Ce mode d'architecture est em- 
ployé dans la plupart des grands édifices de Dougga 
de cette époque ; je l'ai retrouvé au temple de Saturne 
et au théâtre. 

Quelques fragments d'architecture trouvés dans 
les maisons arabes complètent les renseignements 
fournis par les fouilles. Ce sont de nombreux débris 
de plaques de marbre et de porphyre vert ou rouge, 
plusieurs piédestaux de colonnes cylindriques et un 
chapiteau de forme rectangulaire que j'ai découverts 
dans la maison du cheikh. J'ai pu dégager aussi des 
ruines de la maison indigène un petit linteau de 
porte orné de beaux rinceaux, sur lequel se trouvent 
quelques caractères. 

Longueur : 1"'20. — Largeur : 0"'40. — Epaisseur : 
O^'Sb. — Hauteur des lettres : 0^09. 

GeRMANICI • MAXirm 

Je rappellerai enfin que le linteau d'une chambre 
de la maison est formé par une stèle que M. Saladin 
a décrite et reproduite, que j'ai publié aussi^ avec 
quelque différence d'interprétation (''). J'ajouterai à 
son sujet que le propriétaire de la maison, Lacheb, 
dit avoir trouvé cette pierre dans le sol même de la 
chambre où elle est actuellement. Elle semble donc 
avoir appartenu à l'édifice qui vient d'être étudié et 
c'est pour cela qu'il convient d'insister sur son carac- 
tère votif révélé par l'existence des sigles que j'y ai 

signalés : 

V. S. L. M. 

v(olum) s(olx)il) l(ibens) m(erito) 

(1) M. Saladin, loc. cit., pi. viii. D' Carton, loc. cit., p. 158, fig. 4«. 




^'•« 



I 










.,-'-«- '-4'-' '^.t, ^fcw-^A^-— »-i."- *sr?-^- • 




— 239 — 

et qui a peut être quelque rapport avec la destination 
de ce monument. 

A la partie postérieure de la cour, le sol s'arrête 
au-dessus d'un mur en blocage qui n'a pour toute 
ornementation qu'un simple bandeau. L'élévation de 
ce mur au-dessus du sol actuel est d'environ 3"'50. 
L'édifice se terminait-il en ce point? 

Il est possible que ce qui vient d'en être étudié n'en 
soit qu'une partie. 

Si l'on se reporte au plan on constate, en effet, la 
présence d'un mur qui est en grand appareil et à 
bossages, à 4'"20 en arrière de celui dont il vient 
d'être question. Les deux angles qui le limitent, en- 
gagés dans une maison habitée par le cheikh, sont 
dans le prolongement des murs latéraux du I)ar-el- 
Acheb. 

Un troisième mur en blocage et parallèle au pré- 
cédent se trouve un peu plus loin. Enfin, plus loin 
encore, une série d'arcades qui supportent une ter- 
rasse, semblent avoir été l'entrée d'un sous-sol ; voûte 
destinée à compenser l'inclinaison de la colline, de 
façon à rendre plane cette partie du monument. 

L'ensemble ainsi formé aurait présenté trois étages 
ou terrasses s'élevant en gradins sur le sol en pente 
dont le supérieur eut été la cour du Dar-el-Acheb et 
l'inférieur l'aire supportée par ces voûtes. 

A vingt mèti'es environ au-dessous des arcades se 
trouve un groupe de citernes très importantes que 
j'ai étudiées ailleurs (i) et qui touchent les ruines d'un 
édifice considérable. 



(\) Bull, de la Soc. (la oôogr. d'Oran, janvier-mars 1893, t. xiii. 
Par suite d'une erreur de copie les angles extérieurs de ces réser- 
voirs ont été indiqués comme se rejoignant a angles droits tandis 
qu'ils forment un parallélogramme non rectangulaire. 



— 240 — 

M. le lieulenant Boyé, s'appuyant sur ce qui est 
apparent de ce dernier, croit que ce fut autrefois des 
thermes. L'aspect extérieur du monument comme 
l'existence des citernes qui devaient le desservir ren- 
dent cette opinion assez probante C). M. Saladin 
pense que les bains publics de Thugga étaient sans 
doute au Dar-el-Acheb. 

Ces opinions ne sont peut être pas inconciliables 
et les constructions différentes, dont parlent ces au- 
teurs, ont pu foi-mer un seul et vaste ensemble. Il est 
vrai que l'étendue de ces thermes eut été considérable. 
Mais cette considération, loin d'être une objection à 
une telle manière de voir, la corrobore plutôt. On 
sait, en effet, que ces monuments avaient des dépen- 
dances : gymnases, portiques, promenades à ciel 
ouvert, plantations d'arbres, bibliothèques, stades, etc., 
qui couvraient une ti'ès grande surface. 

A l'époque où fut construit le Dar-el-Acheb, Thugga 
parvint, sous les Antonins, à un haut degré de pros- 
péi'ité dont témoigne le luxe des édifices qu'elle a 
élevés alors en peu d'années (-K II est assez naturel 
d'admettre qu'une cité qui avait fait des dépenses 
considérables pour édifier un superbe aqueduc et en 
amener les eaux dans de vastes réservoirs se soit plu 
à couronner l'ensemble de ses travaux hydrauliques 
par la consti'uction d'un aussi vaste établissement. 

Le Dar-el-Acheb, par son voisinage du grand tem- 
ple dédié à la triate latine, par son existence proba- 



(1) Les piliers d'une grande salle à voûte d'aréle rappf^llent beau- 
coup ceux des thermes de 'l'abraka (le Qwsquès) et de Bulla Kegia. 
Dans celle tiernière localil(?, il y a, en outre, accolée au monument 
principal une série de voûtes, de citernes, qui le desservaient. 

(2) V. Df Carton. Une grande cité de l'A/riquc romaine. — Lille 
Danel, 1894. 



— 241 — 

ble sur un des côtés du forum et sa situation au cen- 
tre de la cioitas, comme par l'intérêt qu'offi-e l'archi- 
tecture de sa façade, mérite d'être l'objet de recher- 
ches plus étendues que celles que m'ont permises les 
ressources dont je disposais. Il est fort probable que 
la seule destruction des murs de la maison indigène 
qu'il m'a été impossible, faute de ressources, d'en- 
treprendre, amènera la découverte d'un des tronçons 
de l'entablement qui en faisait partie et révélera 
quelle en était la destination. Nul doute que l'étude 
d'un édifice aussi heureusement placé, et dont la 
construction riche et soignée, révèle l'importance, 
n'ajoute d'intéressants renseignements à ceux que 
nous offre la liste déjà longue des monuments de 
Thugga. 

D-- CARTON, 
Médecin -Major. 



» ♦ Q-»^ 



PIOCHES ROMAINES 

DÉCOUVERTES A BOUHIRA, PAR M. MOREL 

♦ 



En 1896, M. Morel, propriétaire à Bouhira, trou- 
vait dans les fondations d'une ruine romaine les 
deux pioches qui figurent dans notre dessin sous les 
n°® 1 et 2. Ces outils, entièrement oxydés, étaient 
enfouis à un mètre et demi au-dessous du sol actuel, 
et leur état, ainsi que l'endroit où ils avaient été dé- 
couverts, auraient suffi à leur attribuer une très loin- 
taine origine. 

Comme on peut le voir en comparant les croquis 
n°^ 1 et 2 à la pioche arabe (fès) qui est figurée sous 
le n° 3, l'acpect général des deux pioches que nous 
supposons romaines est bien, au premier ahord, celui 
des instruments indigènes encore en usage dans 
l'Algérie tout entière. Mais les fellahs auxquels nous 
les avons montrés ne s'y sont pas trompés un seul 
instant et, au premier coup d'œil jeté sur ces objets, 
ils se sont catégoriquement prononcés pour l'origine 
rouinane. 

En effet, non seulement la partie antérieure de nos 
outils affecte la forme aplatie des pioches françaises 
au lieu de se terminer en bec comme les fès arabes, 
mais — et c'est là le signe caractéristique — l'œil 
diffère complètement dans l'un et l'autre type de pio- 
ches : jamais forgeron kabyle n'a su forger un œil 
cylindrique tel que celui qui est représenté dans les 



— 243 — 

n°" 1 et 2, et l'ouvrier indigène le plus adroit donne 
toujours à cette ouverture la forme d'un œil humain 
largement fendu. Nous avons obtenu, à cet égard, 
une conviction absolue en présentant nos deux pio- 
ches à plusieurs forgerons kabyles, de Sétif, qui tous 
ont élé unanimes, et en les comparante de nombreux 
spécimens mis à notre disposition. 

Ceci posé et l'origine romaine (ou berbère) des 
n- 1 et 2 bien établie, il est facile de constater que 
le fès indigène n'est que la corruption de la pioche 
antique, modifiée seulement dans une de ses parties : 
la tète. Cette transformation s'explique d'ailleurs faci- 
lement par ce fait, bien connu de tous les colons, que 
l'indigène actuel — devenu trop paresseux pour cul- 
tiver la terre et parfaitement incapable de biner un 
jardin - ne se sert plus de son fès que pour défri- 
cher et dévaster les forêts. 

Dans ces conditions, la pelle lui était absolument 
inutile, tandis qu'un bec solide et susceptible de se 
transformer en levier pour soulever les souches et 
briser les racines lui devenait indispensable. Pour le 
même motif, la partie postérieure se modifiait égale- 
ment, prenait plus d'importance et devenait une vé- 
ritable hachette. 

La découverte de iM. Morel est donc, à un certain 
point de vue, intéressante, et nous avons tenu à la 
signaler en rappelant, par la même occasion, le soc 
de charrue trouvé par M. C. Viré, dans une sépul- 
ture romaine, à Bordj-Menaïel. 

L. JACQUOT, 

Substitut à Sétif, Membre correspondant. 

/?i!?w;7 ^l' ^" .^•'.'^^"s son intéressante étude intitulée 
Recherches etyrnologi<jae>s à travers bois, Annales fores- 



— 244 — 

Hères, n" du 15 mars 1897, page 179, décrit ainsi la doloire : 
« Outil à deux fins, servant de hache et de pioche à bois ; 
se disait en latin dolabra. En vieux français les copeaux, 
coupeaux, étaient des doleures, du verbe doler, fils de tôl- 
ière, enlever, dont le radical a fait aussi dolabra. » 

L'instrument que nous avons en notre possession ne 
répond-il pas exactement à celte définition de la dolabra 
romaine ? 



BIAR-HADDADA 

(les Souterrains) 

PAR 

M. L. J A CQUO T, 

JSUBSTITUT A jSÉTIF, 

MEMBRE CORRESPONDANT 



On a beaucoup discuté sur ces fameux souterrains 
de Biar-Haddada et, à l'heure actuelle, personne n'est 
encore fixé sur leur destination primitive. Peu d'ar- 
chéologues, d'ailleurs, ont eu l'occasion de les visi- 
ter, et la légende arabe en a singulièrement grandi 
les proportions. 

En réalité ces puits, — dont la profondeur moyenne 
au-dessous du niveau du sol actuel ne dépasse pas 
15 pieds, — ont un développement maximum de moins 
de 200 mètres, et une heure suffit amplement à en 
parcourir toutes les ramifications. 

On y accède par un escalier en pierres de taille et 
à ciel ouvert donnant dans une galerie qui se divise 
presque aussitôt en deux branches principales, lar- 
ges de 1"'10 à 2 mètres et hautes de l-^SO à 2'"10. 
Chacune de ces branches aboutit à un puits commu- 
niquant avec la surface du sol, et de ce même puits 

17 



~ 246 — 

parlent différent boyaux, les uns horizontaux, les 
autres plus ou naoins inclinés, mais toujours tor- 
tueux et allant en se rétrécissant jusqu'à ne plus 
pouvoir livrer passage qu'à un homme rampant à 
plat ventre. 

De ci, de là, sur les parois des grandes communi- 
cations et de certains carrefours, sont pratiquées des 
niches destinées à recevoir des lampes de mineurs. 

D'après la tradition locale, les trois puits qui exis- 
tent actuellement et qui servent à l'éclairage et à 
l'aération du souterrain n'auraient été percés qu'à 
une époque relativement récente : i)rimitivement, la 
seule communication avec l'extérieur consistait dans 
l'escalier maçonné dont nous avons parlé. 

Comme on peut en juger, en jetant un coup d'œil 
sur le croquis que nous avons joint à ces lignes, on 
ne trouve aucune symétrie dans ces galeries, qui 
paraissent plutôt des cheminements de recherches 
qu'un travail entrepris à la suite d'un plan bien dé- 
terminé d'avance. 

S'agissait-il de découvrir une source, un endroit 
favorable au percement d'un puits semblable à ceux 
qui existent encore dans les environs ? Peut-être. En 
tout cas, j'écarterai l'idée d'une exploitation de terre 
à potier, car le sol dans lequel sont percées les gale- 
ries est de nature tufeuse, et toutes les personnes 
que j'ai pu consulter, aussi bien les colons que les 
indigènes", repoussent également cette hypothèse et 
déclarent lalerredu souterrain absolummeut impropre 
à la fabrication des poteries. 

D'autre part, il y a lieu de remarquer qu'il n'existe 
de maçonnerie nulle part ailleurs que dans l'escalier 
d'accès et dans une logette, où une pierre de taille 



yoo- 



7>»Utpuv{j(0u«s{) 



Wit puUs(Sud) 




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logei(e <i IdL jsU»-r« 



Sicdilitr 



7-5^0 



^^ ÎSON 




EcUll. 

4 
■J.ooo 



— 247 — 

sert de seuil à l'unique ouverture. Cette logette porte 
encore les traces d'un enduit à la chaux. 

Il faut tenir compte, enfin, que l'aspect primitif du 
labyrinthe a pu être passablement modifié par le sé- 
jour prolongé des européens qui y avaient établi leur 
domicile et qui l'ont utilisé, plus tard, comme por- 
cherie et comme poulailler ''). Il s'est également pro- 
duit des éboulemenls, qui ont profondément altéré 
plusieurs salles et différents couloirs. 

Il n'en reste pas moins certain que les principales 
galeries existent depuis une haute antiquité, et on ne 
saurait nier que la maçonnerie qui garnit l'entrée 
principale soit d'origine romaine. 

Cette entrée et l'escalier qui la précède sont orientés 
E.-N.-E., O.-S.-O.; quant aux autres parties du sou- 
terrain elles sont aussi différentes d'orientation que 
variées de forme et de dimension. 

Malgré deux visites à ces galeries (2), nous n'avons 
pu réussir à en pénétrer le mystère. Nous avons tenu 
cependant à donner ici, outre notre opinion person- 
nelle sur l'usage auquel elles paraisseni avoir été des- 
tinées, un plan aussi fidèle que possible du labyrin- 
the, plan qui facilitera certainement les excursions 
ultérieures que les archéologues désireraient entre- 
prendre à Biar-Haddada. 



(1) Au Mesloug, également, les premiers colons ont longtemps 
habité dans des sortes de grottes ou de cavernes qu'ils s'étaient eux- 
mêmes creusées dans le tuf tondre. Le sous-sol du village est ainsi 
presque entièrement miné et, à la suite de certains éboulemenls. des 
habitants ont découvert plusieurs salles qui prouvent que les Komains 
avaient aussi profité des avantages du sol pour se créer de commodes 
dépendances. 

(2) 19 novembre et 25 décembre 1896. 



— 248 - 



Mai 1898. 

La découverte, encore toute récente, de gisements de 
calamité dans le Djebel-Youssef, me suggère une nouvelle 
hypothèse concernant la destination possible des souter- 
rains de Biar-Haddada. 

Ne serions-nous pas tout bonnement en présence d'une 
ancienne exploitation minière tentée par les Romains et 
brusquemment interrompue par l'arrivée des Vandales? 
En effet, Biar-Haddada, qui signifie textuellement Zespiuïs 
des Forgerons, peut également se traduire par les puits des 
chercheurs de fer et donner, par extension, les puits des 
mineurs. Biar-Haddada serait alors l'équivalent de ces ap- 
pellations, si fréquentes dans la métropole, telles que la 
Mine, la Minière, le Minerai, etc., qui toutes indiquent 
d'anciennes exploitations minières. 

Cette industrie, que personne n'avait encore soupçonnée, 
pourrait suffire à expliquer l'importance véritablement 
anormale des ruines qu'on ne cesse de rencontrer dans 
toute la région, entre Guellal et Aïn-Azel. 

En juin 1897, des indigènes nous avaient, d'ailleurs, 
signalé d'anciennes mines romaines abandonnées dans le 
Djebel-Youssef, et nous nous étions bien promis de vérifier 
leurs dires ; mais le typhus, en nous retenant dix mois en 
France, ne nous à pas permis de donner suite à ces projets. 

Ajoutons que M. Gouvernayre, directeur des mines du 
Guergour, pour la Société de la Vieille-Montagne, a ren- 
contré de nombreuses traces d'exploitation romaine dans 
les lianes du massif qu'il continue toujours à pénétrer. 

Les ruines d'AïnSoltan, au Sud-Est du Djebel-Youssef 
et à peu de dislance des mines Labattut, passent aussi pour 
receler des souterrains romains : notre départ nous oblige 
à nous en tenir à ces racontars. 

L. JAGQUOT. 



> o < 



3sr O T E s 



SUR 



QUELQUES FORTERESSES ANTIQUES 

DU DÉPARTEMENT DE CONSTANTINE 

PAR 

M. S. GSELL, 

MEMBRE TITULAIRE 



En 1892 et en 1893, M. Diehl, professeur à l'uni- 
versité de Nancy, a parcouru l'Algérie et la Tunisie, 
afin d'y étudier les monuments les plus importants 
de l'Afrique byzantine. Les résultats de ses recher- 
ches ont été exposés dans un remarquable rapport, 
adressé au Ministre de l'Instruction publique et im- 
primé dans les Nouvelles Archives des Missionsi^). 
Un livre récent du même auteur, L'Afrique byzan- 
tine'y^), présente un tableau d'ensemble, en général 
très précis et très exact, du système défensif adopté 
par les Grecs dans l'Afrique du Nord. Mais le temps 
relativement restreint dont disposait notre savant 
collègue ne lui a pas permis de visiter des ruines in- 



(1) Tome IV, 1893, p. 285-i3G. 

(2) Paris, Leroux, I89G. 



— 250 — 

téressantes, et, d'autre part, nos propres observations 
ajouteront, croyons-nous, quelques renseignements 
utiles à certains relevés et descriptions de M. Diehl. 
Les notes qui suivent devront donc être considérées 
comme un petit complément à un mémoire qui reste 
fondamental pour l'étude des ruines byzantines dans 
nos régions (^). 

Faisons remarquer cependant que, si les monu- 
ments que nous allons étudier sont construits d'après 
des procédés qu'ont certainement employés les Byzan- 
tins, il ne s'ensuit pas nécessairement que tous ap- 
partiennent à l'époque byzantine. Les forteresses 
officielles, gardant des points stratégiques importants, 
bâties sur des plans presque uniformes, remontent 
sans aucun doute au temps de la domination grec- 
que : un certain nombre d'entre elles sont même 
datées exactement par des inscriptions. Il n'en est 
peut-être pas de même des refuges, élevés à peu près 
partout par les populations pour assurer leur sécu- 
rité. De tels ouvrages ont pu être construits pendant 
une période de plusieurs siècles, depuis le Bas-Empire 
jusqu'en plein moyen-âge. 

I. 
Pays situé au sud de Guelma 

La plus grande pai-tie du pays situé entre Guelma 
au nord, Ksar Sbehi (Gadiaufala) au sud-ouest, la 
plaine de Sédrata au sud -est a été étudiée par 



(1) Un(> bonne partie de ces notes a été communiquée en manuscrit 
à M. iJiolil, (|ui en a fait usage dans les additions et corrections de son 
Afriqw bjj:(tntin('. Mais les indications données par M. Diehl ont été 
naliiicllcnicnl fcil brèves et ne lendronl peiiL-èlre pas superihie la pu- 
blication de noire travail. 



— 251 — 

De Vigneral, dans son ouvrage sur les Ruines ro- 
maines du cercle de Guelmai^) et plus récemnaent 
par Bernelle, dans un excellent mémoire du Recueil 
de Constantine<'^\ qui devra servir de guide aux 
futurs explorateurs. Cette région est formée de mon- 
tagnes de grès, coupées de belles vallées qu'arrosent 
rOued Cherf et ses affluents, ainsi que le cours su- 
périeur de quelques affluents de droite de la Seybouse. 
L'eau y est assez abondante; les terres, riches, con- 
viennent à la culture des céréales et à l'élevage des 
chevaux et du bétail. Dans l'antiquité, la population, 
très dense, était restée composée d'indigènes, mais 
elle avait fortement subi l'influence des civilisations 
puniques et romaines. 

Les surprises étaient faciles dans cette région acci- 
dentée. Aussi y rencontre-t-on beaucoup de ruines 
d'ouvrages fortifiés. Ils appartiennent pour la plupart 
à une basse époque et sont construits suivant le sys- 
tème byzantin. Presque tous paraissent avoir été éle- 
vés dans un but de défense locale; ils ne se rattachent 
pas au plan d'ensemble officiel, élaboré par le gou- 
vernement impérial pour défendre la Numidie contre 
les barbares. Là, c'étaient des fortins construits au 
milieu de villages. Ailleurs, des places fortes se 
dressaient sur des escarpements difficilement accessi- 
bles, et servaient de refuges aux populations des 
vallées qu'elles dominaient. Mais l'intérêt de ceux qui 
s'abritaient derrière leurs murailles commandait qu'on 
les élevât, autant que possible, dans des lieux dé- 
couverts, d'où des signaux pussent s'échanger avec 

(1) Paris, 1807. 

(2; Tome xxvii, 1892, p. 54-113. 



— 252 — 

les forts voisins. Quelques-unes étaient situées au- 
dessus de routes importantes. Par là, elles tenaient 
leur place dans le système général de défense de la 
Numidie. La citadelle de Gueiàa Sidi Yahia, élevée 
dans une position militaire de premier ordre, entre 
Tipasa, Thibilis et Calama a dû être un ouvrage 
officiel. 

Nous décrirons ici un certain nombre de ces 
ouvrages fortifiés, que nous avons pu visiter (i). 

i° Ksar Atman 

Ksar-Atman(2) est une forteresse bâtie sur une 
colline de grès, allongée de l'est à Touest, où le roc 
affleure presque partout. L'Oued Sebt, affluent de 
droite de l'Oued Cherf, la longe au sud; un ruisseau 
qui s'y jette sort d'une source assez abondante au 
nord-ouest et contourne la face occidentale. Les 
flancs de cette colline sont à pic à l'ouest (50 à 80 
mètres de hauteur) et au sud (100 mètres environ), et 
présentent des pentes très raides au nord (de 15 à 30 
mètres). Du côté de Test, elle est rattachée par un 
isthme étroit à un mamelon voisin. 

Sur ce monticule, se trouve une citadelle de basse 
époque, mal conservée, mais dont le plan est encore 
bien reconnaissable. L'attaque ne pouvait guère venir 
que du nord et, bien plus encore, de l'est. Le front 
nord était défendu par un mur continu de 1"'40-1°'60 



(I) Je laisse ici ile côté Thibilis (Annoiiiui\ dont j'aurai à éliulier les 
ruines ijy/.aiiliiies dans le lexte ([ue je prépare à lallas de planches de 
h^XavcxAve { Eœploration scicnlijique de l'Algérie, Archéologie). 

("il Sur cette ruine voir Vigneral, Ruines du cercle de Gueln}a, p. 29 
cl pi. IV. IJernelle^ Recueil de Coiii>taiitifie, xxvii, p. Gl. — Kef Kscïer 
Olsmane sur la carte au 50,000" iFeuille de la Mahouna). 



— 253 — 



d'épaisseur (double avec des moellons au milieu), 
précédé en divers points d'un mur de soutènement. 
A l'est, le système de défense était plus compliqué. 
C'était d'abord un mur de l"'bO en moyenne, flanqué 
à son extrémité nord-est par une tour A, de cinq 
mètres de front, et à son autre extrémité, au sud-est, 
par une tour beaucoup plus large, C, se prolongeant 
sur une partie du fi-ont méridional par un mur, D, 
dont il ne reste que des traces. Au milieu du front 
oriental, se trouvait la porte de la citadelle 0) pro- 
tégée par une tour, B, de 4'"20 de côté, et dont les 
murs, doubles, ont un mètre d'épaisseur. On en a 
aménagé le bas, de façon à s'en servir comme de 
citerne. 




En arrière de cette première ligne, se dressait une 
tour, E, de 7 mètres de côté, avec des murs de l'^lO. 
Elle était reliée au bord septentrional de la colline 
par un mur courant obliquement. Au sud, il est pro- 

(1) Un grand linloau gît à cot endroit. 



— 254 — 

bable que le mur D allait la rejoindre en formant un 
angle presque droit, tandis qu'un autre mur, dont on 
voit des vestiges, reliait cette tour à l'extrémité méri- 
dionale du mur F, dont nous allons parler. 

En F, un grand mur tranversal forme un troi- 
sième système de défense. Ce mur, très mal conservé, 
était certainement percé d'une porte que nous n'avons 
pas retrouvée. 

Au delà, se trouvait le réduit de la place forte. 
D'énormes rochers l'encombrent dans sa partie méri- 
dionale. Au nord et à l'ouest, le bord de la crête était 
défendu par un rempart continu; le côté sud, qui 
paraît absolument inaccessible, était cependant pourvu 
çà et là de murs, aux endroits où la ligne de rochers 
qui le domine présente des solutions de continuité. 

La construction de tous ces murs est hâtive et 
mauvaise : il semble même que l'on n'ait pas employé 
de ciment. Les pierres sont grossièrement taillées et 
souvent à peine équarries. Les tours sont un peu 
plus soignées. 

Au nord-ouest, à une vingtaine de mètres en contre- 
bas de la citadelle et au-dessus de la source, se 
trouve une citerne, G, dont nous n'avons pu voir 
qu'une petite partie, mais que les habitants du lieu 
disent être très vaste (•) . 

Cette place forte, peu considérable, a dû avoir une 
certaine importance stratégique. Elle commandait la 
route de Thibilis à Tipasa, par le défilé du Klienguet 
el Hadjar, par le gué de Medjez ben Argoub, où il y 
avait un fort important que je n'ai pas visité ^-\ par 
l'Oued Scbt, Guelâat bou Atfan et Guelàa Sidi 

(1) Celle citerne osl peul-étre d'une époque anléricure à la forlercsse, 

(2) Bulletin archéologique du Comité, 4888, p. 113. 



— 255 — 

Yahia O . Un peu à l'est de Ksar Atman commence, 
avec la vallée de l'Oued Halia, le versant de la Sey- 
bouse 1-' . Cependant la vue est arrêtée tout autour 
par des montagnes ; elle n'est libre qu'au sud-ouest, 
où au-delà do la vallée de l'Oued Cherf, on découvre 
la belle plaine d'Oum Gueriguech et de Renier. La 
citadelle de Ksar Atman a dû servir surtout de 
refuge aux populations des alentours, en cas de dan- 
ger. Dans le voisinage immédiat du Ksar, on ne 
trouve que quelques vestiges de bâtiments insigni- 
fiants écartés les uns des autres (3) ^ mais la vallée 
de l'Oued Sebt semble avoir été assez fortement 
peuplée. 

2° Guelàat boa Atfan 

C'est une position militaire importante à In sortie 
des gorges étroites et sauvages oi^i TOued Cheniour 
coule entre des montagnes de grès dénudées <'^' . Le 
centre romain était considérable. On trouve en ce 
lieu deux ruines d'ouvrages défensifs de basse époque. 




fO Mitrts 



(1) Sur celte route, voir Recueil do Conslantinc, xxvil, p. 50, conf. 
Bull. Coniitr, [i->W, p. 11-2-113, 

(2 \ trois kilomètres à vol d'oiseau de Ksar Atman, au nord, et à une 
altitude supi-rieure de trois cents mètres, se trouvent les ruines d'une 
forteresse, HencliirM'gholt (lincliir mta i.endumem, sur la carte au 
50<XM>' , qui occupait une magin(i((ue position stratégique, dominant les 
versants de la Seyliouse et d(> l'Oueil Cherf, et d'où la vue s étend au 
loin partout. Mais elle me parait appartenir à lépoque romaine. 

ÙU Malgré ce qu'en dit Vigncral. p. 29. 

(i) Sur Guelûat bou Atfan, voir les indications données par Vigneral, 
l. c , p. 33; par Reiioud, liecucil de Constantinc, xxili, I88i, p. ?3; 
par Bernellc, Recueil, xxvii, p. 93. 



- 256 — 



aj Au sommet d'un escarpement de grès qui do- 
mine à l'est toute la ville, sur la rive gauche de l'Oued 
Cheniour, un fortin, ayant la forme d'un rectangle 
échancré. Dans les murs sont employés, en bas, des 
quartiers de roc équarris, en haut, des pierres de 
taille prises ailleurs: beaucoup sont à bossages; on 
rencontre aussi quelques pierres tombales, emprun- 
tées à la nécropole romaine située au-dessous, au sud. 
Les murs sont doubles, épais de l'"50, avec des 
moellons au milieu, et des pierres placées en bou- 
tisses; il ne semble pas que l'on se soit servi de 
ciment. La construction est très négligée. Au milieu 
de ce fortin, on distingue les traces d'un petit édifice 
carré , d'une construction meilleure ( mur double , 
épais d'un mètre). C'est peut-être la base d'un poste- 
vigie antérieur au fortin. De là, la vue s'étend sur 
toute la riche vallée de l'Oued Cheniour et, plus loin, 
sur celle de l'Oued Cherf et sur la grande plaine 
d'Oum Gueriguech. L'escarpement sur lequel ce fortin 
a été construit est abrupt au nord et à l'ouest, et 
escarpé au sud ; il n'est accessible que par une étroite 
langue de terre à l'est. C'était sans doute de ce côté 
là que se trouvait la porte, que l'on ne peut plus 
reconnaître (^). 




■/^^/^////À'\^^^^^^/^JJ^JJJJJJfM ,J,,,,,,, 




. 'y^J^^A7 A 







30 Miires 



(1) La grotte aménagée par la main des hommes, qui se trouve dans 
rimmense rocher portant ce fortin (voir Bcrnclle, l. c, p. 93', ne me 
parait pas avoir été en communication avec le fortin même. 



- 257 - 

b) A quatre cents mètres environ au nord-ouest et 
beaucoup plus bas, sur un mamelon dominant la rive 
gauche de l'Oued Cheniour et très escarpé au nord 
et à l'ouest, se trouvait un fort plus étendu, assez 
mal conservé. Les parties septentrionale et occiden- 
tale sont presque entièrement détruites. La construc- 
tion est très médiocre : emploi de matériaux anté- 
rieurs (pressoirs, pierres à bossage, pierres de portes, 
inscriptions), murs doubles (1°'30-1°'50) avec bou- 
tisses et moellons au milieu. A l'est, une tour carrée 
(épaisseur des murs 1"'50-1'"60), qui servait à cou- 
vrir la porte, ou qui constituait un réduit. 

Ce foi't inférieur paraît avoir été le refuge de la 
population du lieu en cas de danger; quant au fortin 
supérieur, c'était plutôt un poste d'observation. 

5° Henchir hou Azza 

Henchir bou Azza C^) se trouve vers le milieu du 
cours de l'Oued Cheniour, en un lieu où la vallée est 
assez éti-oitement resserrée entre des montagnes de 
grès. Cette ruine, dont la position n'est pas sans 
analogie avec celle de Ksar Atman, est située sur un 
mamelon dominant l'oued de trente à quarante 
mètres. Les pentes en sont peu accessibles au sud, 
du côté de l'Oued-Cheniour, ainsi qu'au nord et à 
l'ouest, où coule un affluent de l'Oued Cheniour, 
rOued Lorema. Un isthme étroit le rend abordable 
du côté de l'est. Le long de la crête, court un mur 
double, du système byzantin, de 1"'50 d'épaisseur. 
Les pierres sont grossièrement taillées et mal ajus- 



(1) Vigneral, p. 3*2. 



— 258 - 

tées. L'espoce, ainsi limité, a environ 150 mètres de 
longueur, et une largeur variable, qui ne dépasse pas 
70 mètres. La vue n'est étendue qu'à l'ouest, vers la 
vallée inférieure de TOued Gheniour et la plaine 
d'Oum Gueriguech. Cette place forte ne semble pas 
avoir été autre chose qu'un refuge pour les habitants 
de la campagne environnante. Je n'ai pas vu de rui- 
nes d'habitations dans le voisinage immédiat. 

4^ Henchir Ain Loretna (0 

Au nord de l'Oued Gheniour et au sud de l'Oued 
Sebl, entre Henchir bou Azza et Ksar Atman. A la 
source môme, subsistent quelques traces d'un fortin 
à mur double. Autour, un hameau. 

5° Ain el Fras C^) 

Entre Henchir el Hammam(3)et Guelàat bou Atfan, 
sur un affluent de gauche de l'Oued-Gheniour. Ruines 
répandues sur plusieurs mamelons. Sur l'un d'eux, 
restes d'un fortin de type byzantin (12°^x8"^30; 
épaisseur des murs : 1"'40). De là, vue étendue sur 
la vallée de TOued Gheniour, au nord et au nord- 
ouest. 

6° Henchir el Hcunnicun 

En ce lieu, des ruines antiques couvrent un vaste 
espace, sur un magnifique plateau dominant l'Oued 
Gheniour, au midi. 

Le principal groupe est au sud et s'appelle Bir el 
Hanachar(*). Il y avait là, à l'époque romaine, un 

(1) Vigneral, p. 32. 

(2) Viqncral, p. 3-2. — Je n'ai pas vu le fort voisin d'Hcncliir el Abed 
(Vigneral, p. 32 ; Bernelle, Recueil do Constantine, xxvil, p. 93). 

^3) Voir le paragraplio suivant. 

(4) Vigneral, p. 31 ; Reboud, Roc. de Constantine, xxii, 1882, p. 76 ; 
Bernelle, Rec. do Constantine, xxvn, 1892, p. 88. 



— 259 — 



très gros bourg. On y voit aussi les restes d'un for- 
tin de basse époque, de 25"'50 de côté, d'où la vue 
embrasse, au nord, la vallée de l'Oued Cheniour, au 
nord-ouest, la plaine d'Oum Gueriguech, au nord- 
est, le fortin supérieur de Guelâat bou Atfan. Une 
source naît, 50 mètres à l'est. 

A 300 mètres environ au nord-ouest de ce petit 
fort, se trouve un mausolée romain décrit par Ber- 
nelle,(*>. Il était situé sur la route d'Oum Gueriguech 
à Guelàat bou Atfan. II a servi plus tard de noyau à 
un fortin , construit avec des matériaux divers : 
pierres prises ailleurs (fragments de corniche, etc.), 
ou blocs grossièrement équarris. Les murs simples, 
ont0"'51 d'épaisseur. Des murs intérieurs, semblables, 
reliaient transversalement les côtés de ce fortin au 
mausolée, et devaient délimiter des chambres ou des 
celliers, sans doute couverts par des poutres et peut- 
être accessibles par des trappes. L'entrée était à l'est; 
de là, on atteignait la plate-forme du fortin par un 
escalier placé contre le mur du sud. 




4 /ticV/ 



rci 



(1) fit'out' africaine, xxxvi, 18^2, p. 342. 



— 260 — 

7° Oum Gaerigaech ^^' 

Au milieu des ruines, un fort rectangulaire de 
25 mètres sur 20, avec des murs doubles, épais de 
1"35. Dans ces murs, on a employé des inscriptions 
funéraires et publiques. 

8^ Bord] ho a Rougha 

Ce bordj est situé à six kilomètres au sud-ouest 
du village français de Renier, A 500 mètres au sud, 
restes d'un fortin de 19 mètres sur 17; les murs, 
épais de l'^SO, sont construits d'après le système 
bvzantin. Autour, ruines d'un hameau. De là, la vue 
s'étend au loin sur la belle plaine de Temlouka, au 
sud-ouest. 

9° Kef Kerraz 

Le Ket Kherraz (2) est un exemple intéressant de 
refuge : le plan en est très net et les murs s'élèvent 
çà et là de plusieurs assises. Le lieu est un escar- 
pement rocheux (3), dont les bords sont à pic au sud 
(d'au moins soixante mètres), au sud-est et à l'ouest, 
et qui n'est accessible que du côté du nord-ouest, où 
la pente est encore très forte. Sur cette face, on a 
construit un rempart, du système byzantin, large de 
1"'80. En A, une tour; au point B, devait être la 
porte. Deux autres tours se trouvent en C et en E 

(1) Sur Oum Gueriguech, voir Vigneral, p. 37; Bernelle, Roc. de 
Constaniine, xxvii, p. 82; Vars, ibid., xxix, p. 671. 

(2) Bernelle, Rec de Constaniine, xxvii, p. 100. 

(3) Du côlé ouest, s'ouvre dans cet escarpement une grotte, dont la 
paroi porte des gravures inexplicables. Elle n'est pas en relation avec 
la forteresse établie au-dessus. 



— 261 — 

(mui's épais d'un mètre). Une deuxième porte, dou- 
ble, s'ouvre dans la tour carrée l) (même épaisseur 
de murs). 




A l'est, on distingue les traces d'un mur qui par- 
tait sans doute de la tour E et longeait la crête 
pendant quelques mètres. Ailleurs, tout ouvrage dé- 
fensif était inutile, l'accès étant impossible. Ce refuge 
était en somme peu étendu; la place disponible se 
trouvait encore restreinte par d'énormes rochers qui 
l'encombraient au sud. Il commande au nord la vallée 
fertile et accidentée de l'Oued Nil, nffluent de droite 
de rOued Cherf.Vers le sud, au-delà des montagnes, 
on découvre la grande plaine des Harakla et la masse 
isolée du Sidi Rgheiss, qui domine cette plaine. Il n'y 
a pas de ruines aux alentours. 

^ 18 



— 262 — 



10° Guelàa Sidi Yahia 

La Société de Constantine en a publié, dans le 
trentième volunae de son Recueil, un plan exact <i), 
dressé par les soins de M. Robert, ancien adminis- 
trateur de la commune mixte de Sédrata. Cette place 
forte est construite dans un pays très accidenté, sur 
un mamelon isolé, que bordent, au nord et au sud, 
deux bras de l'oued Aar, qui poursuit ensuite sa 
route vers l'ouest pour aller se jeter dans l'oued 
Cherf. 

Les flancs du mamelon qui surplombent ces deux 
ruisseaux sont à pic et s'élèvent de 60 à 70 mètres 
environ. A l'ouest, la pente est très rapide. Elle est 
forte, mais accessible, du côté de l'est. 

Vigneral et Bernelle ont reconnu l'importance de 
ce point stratégique. A louest, la vallée de l'oued 
Aar conduit à ce cours moyen de l'oued Cherf; au 
sud-est, celle de l'oued Maïda, dont la source est 
voisine, mène à la plaine de Sédrata et au cours su- 
périeur de l'oued Cherf; au nord-est, s'ouvrent des 
vallées qui vont traverser le massif du Nador. Enfin, 
à Test, la source de la Medjerda n'est éloignée, à vol 
d'oiseau, que d'une huitaine de kilomètres. A l'orient 
comme à l'occident, la vue est très étendue. La posi- 
tion gardait en particulier la route de Thibilis à Ti- 
pasa. De Guelàa Sidi Yahia même, partait, semble- 
t-il, une route secondaire qui, se dirigeant vers le 



(1) A la page 119. Sur Guelàa Sidi Yahia, voir aussi Vigneral, p. 35 et 
pi. VI ; Bernelle, Rec. de Constantine, xxvii, p. 63. 



- 263 — 

nord, passait par Zattara (Kef BeziounO) et allait à 
Calama (Guelmo) d'une part, à Hippone de l'autre (2). 

La forlei'esse dont nous nous occupons est établie 
sur le sommet renflé du mamelon. Elle mesure 145 
mètres de long (de l'est à l'ouest) sur 100 mètres de 
largeur maxima. Elle est i-elativemenl bien conservée. 
Les murs doubles (remplissage en blocage au milieu) 
sont assez convenablement bâtis et ont l'"70-l'"80 
de large; les assises sont hautes de O'^Sd à 0'"50. 
Quelques tronçons de colonnes cannelées ont été 
employés dans la face orientale, mais, d'une façon 
générale, il ne semble pas qu'on ait eu sous la main 
beaucoup de matériaux d'époque antérieure. Il n'y 
avait sans doute pas en ce lieu d'établissement romain 
important. A l'est, on compte quatre toui's, en saillie 
de 8"'80, dont trois présentent un front de près de 
10 mètres ; la quatrième, au nord-est, a un front 
d'une largeur triple. Selon l'usage, à l'époque byzan- 
tine, les murs de ces tours ont une épaisseur moin- 
dre que celle des courtines : l'"05 à l'^lS. Cette face 
orientale a une longueur totale de 100 mètres. La face 
occidentale, beaucoup moins étendue (près de 50 mè- 
tres), n'est pourvue que de deux tours de largeur 
inégale (la plus petite à 9 mètres). La face nord offre 
une série de cinq fronts droits parallèles, en retrait 
les uns sur les autres, dans la direction de l'ouest, 
et l'eliés deux à deux par des murs perpendiculaires ; 

(1) Beruelle, ^ c, p. 81. 

(2i Jo ne pense pas, contraircmonl à l'avis de M. Dichl (Xouccllen 
Archices Missionn, iv, p. .%-2), que la roule directe de Tipasa à Hip- 
pone ait passé par Guclàa Siiii Valiia. Elle se tenait plus à l'est. 11 est 
de niéiiie iinpossiblo d'admettre <(ue cette citadelle aii reli»- Tipasa et 
Gadiaufala : la route qui joignait ces deux villes passait beaucoup plus 
au sud, en plaine. 



— 264 — 

çà et là des murs de soutènement précèdent les rem- 
parts. La face méridionale est en très mauvais état, 
mais les vestiges de trois tours carrées y sont encore 
reconnaissables. L'entrée de cette place forte paraît 
avoir été au sud-est. L'intérieur présente des traces 
de nombreuses constructions, qui peuvent, en partie, 
appartenir à l'époque arabe. Mais, au point culmi- 
nant, on distingue très nettement le plan d'une sorte 
de vaste donjon, distant de la face occidentale de 45 
mètres. Ce bâtiment, dont les murs doubles ont un 
mètre d'épaisseur, mesure 22 mètres de long sur 19 
de large. Le sous-sol de la partie méridionale est 
occupé par des citernes parallèles, parfaitement con- 
servées, au nombre de neuf (*) (longueur de chacune 
d'elle, 6'"o0, largeur 1 mètre); elles communiquent 
entre elles. Couvertes de grandes dalles, avec des 
ouvertures circulaires, elles sont construites en belles 
pierres de taille. Peut-être y avait-il d'autres citernes 
sous la partie septentrionale. 

MM. Bernelle et Robert sont disposés à faire re- 
monter celte citadelle de Guelàa Sidi Yahia à Tépoque 
romaine. Mais le plan général et les particularités de 
construction rappellent exactement les grandes forte- 
resses byzantines (2); c'est donc à l'époque de la do- 
mination grecque qu'il faut la rapporter, ainsi que 
l'avait déjà affirmé M. Diel(3). La disposition très 
régulière de l'ensemble et l'importance de la position 



(1) Eli voir k- plan dans le Recueil de Constantinc, xxx, planche à 
la page !^0 Leiiduil dont ces compartiments sont recouverts et leur 
améiiageiiieiit général prouvent bien que ce sont des citernes, malgré 
les doutes exprimés à ce sujet par M. Robert. 

(2) Coiif . ce que j'ai déjà dit à ce sujet dans les Mélanges de l'Ecole 
de Rome, xviii, 1898, p. 1:20, n, 2. 

(3) L. c, p. 362, note 4. 



— 265 — 

stratégique nous amènent à la regarder comme une 
œuvre de l'autorité impériale plutôt que comme un 
vaste refuge construit par l'initiative des habitants de 
la contrée. 

A un kilomètre et demi à l'ouest de Guelâa Sidi 
Yahia, au-dessus de l'oued Aar, sur la rive gauche 
de cette rivière, nous avons rencontré les ruines d'un 
hameau, avec un fortin à mur double, de huit mètres 
sur six mètres. 

12"^ Kef Be^ioun 
(Zattara) 

Une inscription (1) nous a appris que la ville impor- 
tante dont les ruines se voient à Kef Bezioun(-' s'ap- 
pelait Zattara et des documents du cinquième et du 
sixième siècles nomment plusieurs évèques de ce 
lieu (3) . La place forte byzantine s'élevait sur un es- 
carpement rocheux, qui est à pic au sud-est et à l'est, 
au-dessus de l'oued Maïda, et qui présente des pen- 
tes raides au nord. Le côté ouest seul est facilement 
accessible. C'était naturellement ce côté qui avait été 
le plus fortifié. Le rempart, large de l'"80 à 2 mètres 
(mur double, avec moellons au milieu), présentait 
des tours carrées de 5 mètres de front (épaisseur du 
mur : 1 mètre). Les tours A, D et E sont très nettes ; 
l'existence des autres n'est pas absolument certaine. 

(1) C. I. L., 5178. 

(2) Sur ces ruines, voir Vigneral, p. 27 et planche m; Btill. archt'o- 
logique du Comité, 1888, p. 121 ; Rcc. de Constantinc, xxvii, p. 79. 

(3) Toulotte, Géographie de l'Afrique chrétienne, Numidie, p. 350. 



— 266 — 




Le rempart se continuait sur les faces septentrionale 
et méridionale; à l'est, il était inutil»^. La construction 
est mauvaise, les pierres sont mal ajustées et les 
assises i~»eu régulières; les tours sont cependant un 
peu plus soignées que les courtines. A l'intérieur, le 
terrain s'élève très sensiblement dans la direction du 
nord. On y voit des restes confus de bûtiments. A 
200 mètres au sud-ouest du rempart, coule une source 
assez importante. 

Celte place forte a dû surtout être élevée pour les 
besoins de la défense locale; néanmoins, elle occupait 
une position stratégique assez importante. Delà, des 
routes conduisaient, d'une part, ùTipasa, par Guelàa 
Sidi Yahia (') , d'autre part, à Thagasle^^)^ ^i IIjp_ 

(1) Rcr. do Constantino, xxvii, p. 81. 
(2j Bull, du Comité, 1888, p. 121. 



— 267 - 

pone(<), à Calama(2). Pourtant la vue, interceptée par 
les montagnes qui dominent Kef Bezioun au sud, à 
l'est et à l'ouest, n'est étendue qu'au nord, où, au 
delà de l'étroite vallée de l'oued bou Mouïa, on dé- 
couvre la plaine de la Seybouse, dominée par le djebel 
Aouara. 

^5° Ksar Sbéhi 
(Gadiaufala) 

La ville antique de Gadiaufala (aujourd'hui Ksar 
Sbéhi) '3), se trouve à l'extrémité méridionale d'un 
petit plateau de 900 mètres d'altitude, dans une très 
belle position militaire. Au sud, on descend par une 
pente douce dans l'immense plaine des Harakta, qui 
se découvre aux yeux et que domine la masse isolée 
du djebel Sidi Rgheiss, à 25 kilomètres de Ksar 
Sbéhi. Au nord, dans la direction de Thibilis et de 
Guelma, s'étend un pays de montagnes, parcouru par 
l'oued Cherf et ses affluents. Gadiaufala est donc à la 
limite de deux régions nettement distinctes. Là, s'ou- 
vre un passage entre ces deux régions, passage étroit, 
resseré à l'ouest et à l'est entre deux crêtes rocheuses. 
Plusieurs sources y donnent de l'eau en abondance. 
Le plateau au nord, la plaine au sud offrent des terres 
fertiles. Aussi Gadiaufala était-elle^ sous l'empire 
romain, une ville étendue et un nœud important de 
routes. Elle était, en effet, placée sur la voie de Cirta 
à Carthage, qui venait de Sigus et de Tigisis et se 



(1) Rec. de Constantine, xxvii, \>. 79. 

(2) Conf. Bull, du Comité, 1888, p. 120. La route actuelle de Sedrata 
à Guelma passe auprès des ruines. 

(3) Sur Gadiaufala, voir quelques indications de Dowulf, Rec. de 
Constantine, xi, 1867, p. 209; de Toulotte, Géographie de l'Afrique 
chrétienne y Numidie, p. 135. 



— 268 — 

continuait ensuite vers Tipasa, en suivant la lisière 
de la plaine (<). Au nord, une autre voie se dirigeait 
sur Thibilis. Indiquée par la Table de Peulinger, elle 
se reconnaît sur le terrain (2). Au sud-est, c'était une 
autre route qui, à une dizaine de lieues de Ksar 
Sbéhi, à Vatari, bifurquait pour gagner, d'une part, 
la Tunisie centrale, d'autre part, Theveste(3). Les 
Romains avaient bâti à Gadiaufala une grande cita- 
delle, d'une fort belle construction, dont les ruines 
sont très nettes. Elle s'élevait sur la croupe étroite 
qui domine le col à l'est, à environ 200 mètres du 
passage. 




(1) Route indiquée par l'Itinéraire d'Anlonin. 

(2) Entre Ksar Slu'hi et Oum Gueriguech, elle obliquait assez fortement 
à l'ouest ipar Sidi Maaelic). ynur éviter un terrain trop accidenté. Voir la 
carte au àOOOO" (feuille ti'Aïn-Regada). 

(3) Table de Peutinger. 



— 269 — 

Les Byzantins, comprenant l'importance de la posi- 
tion de Gadiaufala, y firent aussi une forteresse qu'une 
inscription date du second gouvernement du palrice 
Solomon(i). Ils préférèrent s'établir dans le col môme, 
où la vue était moins dégagée; mais le passage était 
ainsi tout à fait barré. En outre, il y avait là une 
source. La route venant de la plaine et se dirigeant 
vers le nord devait passer contre le fort byzantin, à 

l'ouest. 

Le plan de cette forteresse est parfaitement recon- 
naissable et, en certains endroits, les murs s'élèvent 
encore à une hauteur de plusieurs mètres. Selon 
l'usage, on a employé beaucoup de matériaux ayant 
appartenu à des monuments antérieurs : pierres de 
pressoirs, pierres tombales, etc.; la citadelle romaine, 
où presque toutes les pierres étaient à bossage, sem- 
ble avoir été en particulier exploitée à cette intention. 




s foMctrcs 



(i) C. I. L., 47iK). par consoriueiit de WO à nii. — A la .loniioro ligne 
de cette inscription, ai.ros FAI^/vV-jATYM EST, il y a, connue au dcbut, 
une croix monogrammalique, accostée d'un a et d'un o). Il n'est donc 
pas possible de lire à cet endroit B[arlG[am], comme le pense W'ilmanns. 



— 270 — 

La forteresse byzantine est bâtie sur un plan très 
régulier, qui rappelle celui d'un assez grand nombre 
de châteaux-forts de l'Afrique byzantine (i). A peu 
près carrée (47 mètres sur 44), elle est flanquée aux 
angles de tours rectangulaires . Une grande tour 
constitue un réduit sur le milieu de la face orientale. 
Les murs sont construits selon la méthode ordi- 
naire (deux rangées parallèles de pierres de taille, 
remplissage en blocage entre ces deux rangées, pier- 
res placées en boutisses de distance en distance); ils 
mesurent 2'"60 de largeur aux courtines, et seule- 
ment deux mètres aux tours, sauf cependant à la 
grande tour, dont les murs ont aussi 2°'60. Je n'ai 
distingué qu'une seule porte, assez étroite (largeur, 
l'"45), sur le côté sud. Au sud-ouest, presque contre 
la tour d'angle, naît une source. 

On ne peut pas se rendre compte des dispositions 
de l'intérieur, où de nombreux gourbis ont été bâtis. 

La construction de ce fort est mauvaise. Les assi- 
ses forment en général des lignes irrégulières, les 
vides ont été grossièrement bouchés avec de petites 
pierres. A certains endroits même, les murs ne con- 
sistent guère qu'en un entassement de pierres de taille, 
superposées sans aucun ordre. Les tours sont un peu 
plus soignées que le l'este. On peut admettre quelques 
restaurations barbares faites çà et là, mais il est bien 
certain que, dès l'origine, le travail a été exécuté avec 
beaucoup de négligence et de précipitation. Des forti- 
fications contemporaines, par exemple, celles de 
Mdaourouch, de Sélif, de Timgad, de Tébessa, etc., 
sont infiniment supérieures, comme technique. 

(1) Voir Diolil, L'Afrique bysantino, p. 205-210. 



— 271 - 

Tout autour de la forteresse, à une distance de 20 
à 30 mètres, s'élevait une enceinte, qui suivait les 
irrégularités du terrain. Elle est très mal conservée; 
cependant la ti'ace ne s'en perd que dans le voisinage 
de la source, qu'elle devait enfermer dans son péri- 
mètre. Le mur, qui mesure 1"'50 de largeur, est formé, 
sur le front, d'une rongée de pierres de taille mala- 
droitement ajustées et, par derrière, de moellons en- 
tassés : en plusieurs endroits on distingue pourtant 
du côté de l'intérieur, une seconde rangée de pierres 
taillées. L'enceinte présente, au nord-ouest, une tour 
saillante, de 5 mètres de front; il y en avait peut-être 
une autre au sud-ouest, près de la source. Cette face 
occidentale était sans doute, nous l'avons vu, celle 
contre laquelle passait la route : il était naturel de la 
fortitier plus solidement que les autres. Je ne puis 
dire où se trouvaient les portes. A l'intérieur, on ne 
reconnaît que des traces très vagues de construc- 
tions. 

Le rempart dont nous parlons, entourant un quar- 
tier placé sous la protection immédiate de la forte- 
resse, est-il contemporain de cette forteresse ou plus 
récent qu'elle? C'est ce que je ne saurais dire, mais 
j'inclinerais plutôt vers la seconde hypothèse (i). 



(1) Cependant ce rempart pourrait rappeler l'avanl-niur (zpctet X'.7;j.a) 
qui. pi'lon dos textes by/anliiis, é(alt souvent élevé à peu do dislance 
de la place forto et qui devait « tout à la fois empêcher l'attaciue directe 
« de lenceiiite et étendre les dimensions delà ville. » iDiehl, L'Afrique 
byzantine, p. 145-14(3). 



— 272 — 



IL 

Forteresses de Vatari, de Tubursicum Niimi- 
darum, de Tipasa, de Madaurus, de Tagura 

1° Fedj Souioud 

( Vatari) 

Fedj Souioud, dans le djebel Terraguelt, est comme 
Ksar Sbéhi, une magnifique position stratégique. La 
vue s'étend, au nord, sur la jDlaine d'Aïn Snob, tra- 
versée par un des affluents de l'oued Gherf, au nord- 
ouest et à l'ouest, sur l'immense plaine des Harakta. 
Au sud-ouest et à l'est, se dressent deux montagnes, 
entre lesquelles s'ouvre le col assez étroit qui, orienté 
du nord-ouest au sud-est, mène presque de plain-pied 
dans la magnifique plaine de l'oued Mellègue. A 500 
mètres au sud-est du fort on découvre toute cette 
plaine, dominée par le djebel Gueb, le djebel Mekhiriga 
et, plus loin, par le djebel Ouenza. 

De Fedj Souioud les communications sont faciles 
dans toutes les directions; au nord-ouest vers Ksar 
Sbéhi, que l'on distingue au loin; au sud-ouest vers 
Aïn Beïda; au nord-est vers Tifech, à travers la plaine 
d'Ain Snob; à l'est vers la Tunisie, par l'oued Mel- 
lègue; au sud-est vers Tébessa. 





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— 273 — 

Le fort est situé en avant du col (au nord-ouest), 
sur une petite éminence, dont le flanc occidental est 
bordé par un oued que traverse un barrage romain. 
La forme de ce fort est celle d'un rectangle écorné au 
sud (95 mètres de long sur 42 de large). La cons- 
truction est mauvaise et l'ensemble est mal conservé. 
Le mur extérieur mesure l'"30-l'"50; il est formé 
d'une rangée de pierres de taille, derrière laquelle 
sont disposés des moellons : contrairement à l'usage 
le plus fréquent, il n'existe pas de seconde rangée en 
pierres de taille par derrière, du côté de l'intérieur. 
On a employé beaucoup de matériaux d'époque anté- 
rieure : morceaux de colonnes, de portes, de pres- 
soirs, etc. En arrière de ce mur et à une distance 
de 3'"60, s'en élevait un autre qui lui était parallèle. 
Large de 0'"60-0'"65, il était en moellons, avec des 
harpes en pierres de taille de distance en distance. 
Vu sa disposition, il est très probable qu'il servait à 
soutenir une terrasse, appliquée contre le mur exté- 
rieur. La porte de la citadelle — ou du moins une 
des portes — était au sud-est; très étroite, elle pou- 
vait être fermée par un grand disque de pierre (dia- 
mètre l^'SO, épaisseur 0"'18), encore en place dans la 
rainure où on le faisait autrefois glisser quand on 
voulait ouvrir cette porte 'i). L'intérieur est encombré 
de ruines de constructions diverses, pour la plupart 
de date relativement récente. Au sud de celte cita- 
delle, on trouve des vestiges d'habitations assez nom- 
breuses et d'une église chrétienne. 

Ce que nous avons dit do la position de Fedj Souioud 

(1) Conf., pour l'époque byzantine, des portes semblables àEl-Madher 
(Diehl, Nouiyjllcs Arc/iioes, vol. iv, p. :;07i, à Guid^'ol (Delaniare, pi. 88, 
fig. 1 et 2), à Ksar el Ahinar, au pied du djebel Sidi Rgbeiss (Delamare. 
pi. 55, fig. 1). 



— 274 — 

explique comment ce lieu a pu être le point de bifur- 
cation de cinq routes conduisant à Carthage, à Hip- 
pone, à Cirta, à Lambèse et à Theveste, comme nous 
l'apprend une borne milliaire bien connue (i>. 

Il nous semble qu'on a eu raison d'identifier ce 
point avec VatarK^», qui, d'après les indications delà 
Table de Peutinger, se trouvait à l'intersection d'une 
route venant de Gadiaufala(î^' et se prolongeant dans 
la direction de l'est, vers Carthage et d'une autre 
route venant de Theveste. Les routes dans la direc- 
tion d'Hippone (par Tipasa) et de Lambèse (par Aïn 
Beïda?) pourraient probablement se retrouver sur le 
terrain. 

Ce fut sans doute près de Fedj Souioud que le pa- 
trice Germanos vainquit, en 537, le rebelle Stotzas, 
appuyé par d'importants contingents indigènes (^'^'. Le 
lieu de la bataille est appelé Cellas Vatari, par 
Corripus(^>. 

2° KJiatnissa 
( Th u b u rs ic u n i Nu m idaru m) 

On sait que cette ville, dont il subsiste de belles 
ruines, était à l'époque romaine, une des plus riches 

(1) C. /. L., 10118. 

(2) Dewulf, puis Tissot, u, p. 41G. Mommsen n'est pas de cet avis 
(au Corpus, 1U118). 

(3) Et plus loin <ie Cirta par Sigus. Cette partie do la route, enfre 
Sigus et Cirta est indiquée dans trois passages de rilinéraire d'Antonin. 

(4) Diehl, L'Afrique bysa/uine, p. 84. 

(5) Johannide, iii, 318. 

« Te Cellas Vatari miro spoctahat amorc « Conf. Procope, 

Guerre des Vant/ales^ ii, 17: " KaXX:z- Bi-xpx; ». — Une inscrip- 
tion récemment découverte à Lamta nous fait connaître une bataille qui 
eut lieu au prtMuier siècle, aintur Aras et Vatari » iGauckler, Comptes 
rendus de l'Aeai. des Jnsr/-i/)tions, 189G, p. 226; Gsell, ili'lnmjes de 
l'Ecole l'raiiçaisti de Rome, xvi, 1896, p. 474). Vatari, nœud de roules, 
devait être un point de rencontre entre des armées opérant en Numidie. 



— 275 — 



cités de l'Afrique (i\ Les Byzantins, eux aussi, y ont 
laissé leur trace. Selon M. DiehM^», « nulle forteresse 
« importante ne semble y avoir été élevée. » Il existe, 
au contraire, à Khamissa une grande forteresse by- 
zantine, en mauvais état, il est vrai, mais parfaite- 
ment reconnaissable. Elle se trouve vers le bas de la 
croupe qui, à sa partie la plus élevée, domine le théâtre 
et va ensuite en s'abaissant dans la direction du sud- 
ouest (^^. Nous en donnons un plan ci-dessous. La lon- 
gueur maxima est de 85 mètres, la largeur maxima de 
66 mètres. L'enceinte, assez régulièrement construite 
à l'origine'*), consiste en un mur double d'un mètre 
d'épaisseur, avec emploi de matériaux plus anciens. 



AN'^NSS'^'.'iyS^SS-^.y' 






(1) Sur les ruines de Khamissa. voir en particulier Chabassière, Rocucil 
dcÇonstantmo X 1856, p. 108 et nombreuses planches ; Masquerav 

XVI, Crseli, Roc lie relies arclieoloQiques on Algérie, p. 2^3 et suiv. 
(2; Nouoi'llos Arrhlocs, iv, p. 364. 

rûllh''^^? ^ du plan de Chabassière (planche 2). - N^ 7 de mon plan 
( Recherches archéologiques, p. 29i). 

(4) Plus tard elle a été remaniée d'une manière groesiène sur plusieurs 



— 276 — 

On a fait entrer dans cette enceinte un arc de triomphe 
à ti'ois portes (A du plan), encore assez bien con- 
serverai Cet arc, d'une construction assez médiocre, 
paraît dater du troisième siècle. Les deux baies laté- 
rales ont été murées; quant à la baie centrale, plus 
élevée que les deux autres d'environ 0'"75, elle a servi 
de porte à la citadelle. En arrière, au sud, s'étend une 
dépression allongée qui paraît marquer la place du 
forum de la ville romaine ^^l Cet espace a été englobé 
dans la citadelle, qui contient des constructions d'é- 
poques diverses, paraissant en général postérieures 
aux Byzantins. A l'ouest de la dépression dont nous 
venons de parler, le terrain se relève pour former un 
petit mamelon, sur lequel on a élevé une construction 
rectangulaire de 31 mètres de long sur 17 de large. 
C'est le réduit de la citadelle r^'. Il occupe l'emplace- 
ment d'un édifice antérieur dont il subsiste, au milieu 
du réduit, deux piles en pierres de taille et les débris 
d'une troisième. Les murs de ce fortin, doubles, avec 
un remplissage de moellons au milieu, ont 1°'60 de 



(1) Diehl, p. 365 : « Grand édifice marqué par trois arcades voûtées ». 
Vue publiée par Chabassiére, pi. xii, fig. 3. 

(2i C'est là qu'a été trouvée une dédicace à Claude le Gothique par la 
Respublica coioniae Thubursici Numidaruin (C. I. L., 4876i. Dans 
le voisinage immédiat, à l'ouest^ on voit diverses ruines, qui ont peut- 
être appartenu à un même ensemble, c'est-à-dire ;i des tliermes (lettre F 
du plan de Chabassiére). Ce sont d'abord de grandes citernes (Cbabas- 
sioro, l. c, pi. XIII). Puis deux piles en pierres de taille de S^'iô de côté 
(Chabassiére, pi. xii, fig. S^), que l'on regarde sans doute à tort comme 
ayant appartenu à un arc de triomphe i Uiehl, p. 305, n. 4; enfin une 
construction quadrangulaire i Diehl, p. 305, n. 5; plan inexact dans 
Chabassiére, pJ. xiii;, de I4">G0 sur 14'", représentant une vaste salle qui 
était voûtée. Tous ces bâtiments sont de l'époque romaine et aucun ne 
paiait avoir été remanié par les Byzantins. La place où Masqueray a 
fait dos fouilles il y a vingt ans (Rcc. do Constantinc, xviii, p. 634), 
s'appelait à l'époque de (^onstantin la platca cctus : elle semble donc 
avoir été distincte du /oruni. 

(3) Il est possible, cependant, que cet édifice date d'une époque un 
peu antérieure à l'ensemble de la citadelle, dont les murs seraient venus 
s'appliquer contre lui. 



— 277 — 

large. Des fragments d'architecture, des épitaphes y 
ont été employés. Au nord, la pente étant assez forte, 
on a établi en avant, à une distance de 5'"50, un mur 
de soutènement. La porte B, qui se trouvait au sud, 
était protégée par deux tours de deux mètres de 
front. Dans la partie orientale, M. Ghabassière a 
trouvé une chambre souterraine qu'il regarde comme 
une écurie (<) ; elle est aujourd'hui comblée. 

La citadelle ne semble pas avoir été élevée par les 

soins du gouvernement impérial : elle se distingue 

des ouvrages officiels par l'absence de tours et le peu 

■ d'épaisseur du rempart. C'était sans doute un vaste 

refuge pour les habitants de Khamissa. 

De ce point, la vue embrasse au nord la vallée de 
laMedjerda, et les montagnes élevées qui se dressent 
au-delà du fleuve naissant; au sud et à l'ouest, les 
hauteurs qui dominent Khamissa. Mais à l'est et au 
sud-est, elle est interceptée par la colline triangulaire 
qui constitue le noyau de la ville. 

Aussi rencontre-t-on à Khamissa, dans une position 
bien plus favorable, un fortin construit également 
avec des matériaux qui proviennent en partie d'édi- 
fices antérieurs. C'est le Ksar el Kébir, déjà men- 
tionné par Chabassière(2) et DiehM^). Encore debout 
sur une hauteur de plusieurs mètres, il est situé au- 
dessus du théâtre, sur une croupe qui forme une 
sorte de ceinture, au nord et au nord-ouest, à la col- 
line centrale. De là, on découvrait les mêmes hori- 
zons que de la citadelle et, en outre, on pouvait sur- 



(1) p. 122, fouille 18. 

(2) P. 120, et pi. V, fig. 2, XIX, fig. 3. 

(3) P. 365. 

19 



— 278 — 



veiller les collines boisées entre lesquelles passait la 
route de Tipasa. Ce fortin, qui mesure 15 mètres de 
côté, a des murs doubles, épais de O'^SO, à assises 
assez régulières. La porte s'ouvrait dans une sorte 
de couloir, au sud (A du plan); en B, on reconnaît 




le regard d'une citerne. Les murs qui formaient des 
divisions intérieures ont été remaniés et ne présen- 
tent pas actuellement des dispositions bien nettes (i). 
Au nord, à 16 mètres de distance, un mur, G D, 
large de l^'SO et construit de la même manière, limi- 
tait une sorte de plate-forme et soutenait les terres : 
ce côté, en effet, situé au-dessus du théâtre, présente 
des pentes, abruptes. Ajoutons que le mur G D, est 
englobé dans une enceinte irrégulière, très grossière, 
tracée autour du fortin. Elle consiste en un mur 
double, de 0"90 d'épaisseur, formé de matériaux en- 



Ci) Je n'ai indiqué que les parties qui me paraissent contemporaines 
de la construction du fortin. 



— 279 — 

tassés à peu près pôle-môle; elle paraît, du reste, 
avoir été plusieurs fois remaniée. Au sud, elle se perd 
sous des ruines de gourbis. Il semble que ce soit un 
travail berbère, destiné à abriter des habitations dont 
les décombres se distinguent entre le fortin et l'en- 
ceinte (1). 

A 600 mètres environ au nord du Ksar el Kébir, 
et au-dessus du confluent de la branche de la Med- 
jerda, qui naît à TAïn el Ihoudi (au milieu des ruines 
de Thubursicum) et de celle qui vient de l'ouest, on 
distingue encore une enceinte très ruinée, d'une cin- 
quantaine de mètres de côté, à mur double, large 
de l'"20. Cette construction, peut-ôtre défensive, sem- 
ble bien appartenir à une basse époque (2). 

5° Tifech 
(Tipasa) 

Un plan de la grande citadelle de Tifech a été donné 
par M. Chabassiôre , dans le dixième volume du 
Recueil de la Société Archéologique <3) et M. Diehl 
en a fait une description détaillée('*) à laquelle nous 
renvoyons nos lecteurs. Nous nous contenterons de 
publier un nouveau plan, en y joignant les quelques 
observations qui suivent. 



(1) Vu la construction de cette enceinte, il me semble bien difficile d'y 
voir un avant-mur (~pi':£{ )^'.7[xa) , contemporain du fortin : conf. plus 
haut, p. 46, note 1. 

(2) Je ne parlerai pas ici de l'église byzantine de Khamissa, qui sem- 
ble, comme le remarque M. Diehl (l. c, p. 365), avoir été intention- 
nellement fortifiée. J'en publierai ailleurs un plan plus exact que cehii 
qui est donné dans le Recueil do Constantiiie, x, 1866, pi. v, fig. 3. 

(3) Rec. de Constantine, x, pi. viii. 

(4) Nouoelles Archices, iv, p. 351. 



- 280 - 




Les deux tours qui flanquent le front sud sont pla- 
cées de biais, de façon à pouvoir mieux surveiller ce 
front. De plus, les deux courtines qui constituent ce 
front et sont séparées par la porte ne sont pas dis- 
posées sur une ligne droite, mais forment entre elles 
un angle très obtus, évidemment dans le même but. 



— 281 — 

La porte était précédée de deux tourelles pleines, en 
saillie de 2 mètres et présentant un front de 1^60. 

Au nord, le mur aaa ne peut guère être qu'une 
construction de l'époque berbère . Il est des plus 
grossier et on n'y a pas employé de ciment. 

Au contraire, le mur b b b, large d'un mètre, et 
dont nous n'avons distingué que la trace, paraît avoir 
été plus régulier. Il appartenait vraisemblablement au 
réduit défensif établi au sommet de la citadelle. Une 
porte paraît s'être ouverte en c. 

4° Mdaourouch 
(Madaurus) 

Le chàteau-fort de M'daourouch, qu'une inscrip- 
tion, encore en place au-dessus de la porte principale, 
date de 534-536, est peut-être le monument byzantin 
le plus connu de l'Algérie. MM. ChabassièreO et 
I)iehl(2) en ont levé le plan, et M. Diehl l'a décrit 
assez longuement, en joignant à son étude plusieurs 
vues. Comme pour la citadelle de Tifech, je me bor- 
nerai à publier un nouveau plan, plus exact que les 
précédents, et à présenter quelques remarques. 

Je ne pense pas que la partie du rempart qui a la 
forme d'un hémicycle représente fondations ou les 
ruines d'un édifice antérieur, incorporé dans le chù- 
teau-fort du temps de Justinien'^\ Cette muraille est 



(1) Rec. de Constantino, x, 18G6, pi. v. 

(2) Nouoelles Archiccs, iv, p. 3't5. 

(3) En tout cas, ce n'est certainement pas un théâtre de l'époque ro- 
maine : lo dovoloppenKMit do la courije est trop restreint. En outre, on 
sait que les Romains avaient coutume d'adosser leurs théâtres îi des 
collines ; or, la pente sur laquelle est bâtie lu muraille qui nous occupe 
s'abaisse au contraire dans un sens opposé à rouverturc do l'hémicvlc. 
Enfin, la construction est très mauvaise. 



— 282 — 



bûlie d'uno façon très irrégulière. Il me semble qu'il 
s'agit là d'une reconstruction hâtive, faite avec des 






' ■ ' 



I 30 Al êtres 



matériaux provenant du fort byzantin môme, qui se 
serait étendu plus loin dans la direction du nord- 
ouest. On peut se demander si, de ce côté, le front 
primitif du fort ne serait pas représenté par la mu- 
raille A "A, qui apparaît au-dessus du sol et qui est 
de bonne construction. La tour B, dont il ne subsiste 
plus que la base, est d'une construction tout ù fait 
semblable à celle des tours C et D, et en E, un dos 
de terrain indique l'existence d'une autre tour qui lui 



— 283 — 



faisait pendant. Ces deux tours B et E étaient dispo- 
sées de biais par rapport à la courtine A A, sans 
doute pour faciliter la surveillance de cette courtine. 
Nous avons vu une disposition analogue à Tipasa. 
Entre ce front nord-ouest, encore représenté par le 
mur A A ainsi que par la tour B, et les autres par- 
ties de la forteresse primitive qui subsistent, quelle 
était, à l'époque de Justinien, la disposition du rem- 
part? C'est ce qu'il est impossible de dire. 

M. Diehl a publié (^) un plan particulier de l'entrée 
principale de la forteresse. Ce plan contient des 
inexactitudes et nous en avons levé un autre que 
nous donnons ici. Les deux portes par lesquelles il 




fallait passer pour pénétrer dans l'intérieur se trou- 
vaient en a et en 6, où] l'on voit leurs linteaux (2), et 
elles étaient séparées lune dej l'autre par une petite 
tour carrée. Cette entrée était protégée par deux tours, 
pleines jusqu'à la hauteur de la courtine. Les vides 



(1) ISioucelles Arch'œcfi, iv, p. 3't8; cQwi.L' Afrique bysantinc, p. 161. 

(2) Pour la description détaillées de ces portes, voir Diclh, Noue. 
Archioes, l, c. 



— 284 — 

indiqués par M. Diehl à l'intérieur de ces tours sont 
accidentels : ils n'existent que sur une hauteur très 
peu considérable et n'ont pas la régularité que leur 
donne son plan. Ils ne peuvent donc pas représenter 
« des couloirs dérobés, ménagés dans l'épaisseur de 
« la muraille et permettant d'assaillir sur les flancs 
« les ennemis retenus entre les deux portes. » Il ne 
convenait pas, du reste, d'élever à « ce point faible de 
« toute citadelle antique » des murs moins épais que 
partout ailleurs. 

Tout autour de la forteresse, telle qu'elle fût cons- 
tituée après la réparation précipitée, dont nous avons 
parlé plus haut, on distingue une enceinte irrégulière 
qui en est distante de 25 à 50 mètres et rappelle celle 
de Gadiaufala (*). Très grossière, elle consiste en un 
mur large de 0"'90, présentant soit deux rangées de 
pierres de taille, soit une seule rangée, doublée en 
arrière par des moellons. Au nord-ouest, on a sim- 
plement incorporé dans cette enceinte la tour B et le 
mur A A, vestiges du fort primitif. Il est possible que 
l'enceinte en question soit contemporaine de la res- 
tauration du fort et de la construction du mur en 
forme d'hémicycle. 

5^ Aïn Tamatmat 
(Vasidice?) 

Aïn Tamatmat se trouve en plaine, sur la route de 
Tipasa à Tagura. Tissot ''^) y place la station de Va- 
sidice indiquée sur la Table de Peutinger à cinq 

(1) Nous n'avons pu, faute de place, indiquer sur notre plan que la 
partie occidentale de cette enceinte. 

(2) Tome ii, p. 383. La distance indiquée par la Table est exacte. 
Conf. Gsell, Recherches, p. 415. 



— 285 — 

milles de Tagura. On voit, au-dessus de la source de 
Tamalmal, les restes d'un hameau romain, au milieu 
duquel s'élevait un fortin de 18 mètres sur 14'"50. 
Les murs, construits selon le système byzantin, ont 
1"'50 d'épaisseur; les matériaux appartenant à une 
époque antérieure y sont abondants : stèle funéraii-e, 
bas-relief représentant un génie funèbre appuyé sur 
une torche renversée, etc. La porte, large de 1"'50, 
s'ouvre sur la face est, du côté de Tagura. 

6° Taoura 
(Tagura) 

Taoura est située à environ 18 kilomètres au nord- 
est de Mdaourouch. Il y avait là, à l'époque romaine, 
une ville importante, du nom de Tagura, et, comme 
l'attestent deux débris d'une inscription grecque (^\ 
l'empereur Justinien y fît élever une forteresse. De 
forme presque trapézoïdale, longue de 100 mètres en 
moyenne, large de 70 mètres, elle était placée sur la 
partie occidentale d'une colline isolée. A l'est, les 
pentes de celte colline sont assez douces, elles sont 
très raides au sud et à l'ouest, enfin, le nord-ouest 
et le nord sont presque à pic. C'était donc le front 
oriental de la citadelle qui se trouvait le plus exposé. 
Aussi présente-t-elle de ce côté deux grandes tours 
A et B ; il y en avait sans doute une troisième, C, à 
l'extrémité nord-est. Ailleurs, on ne trouve qu'un 
simple rempart, qui s'interrompait peut-être au 
nord-ouest, où il n'était pas nécessaire. La face 
orientale est encore assez bien consei'vée; près de la 

(1) CI. L., 16851. 



— 286 — 

tour A, le mur s'élève jusqu'à une hauteur de 6 mè- 
tres au-dessus du sol actuel. Des autres faces, il ne 
reste au contraire que quelques vestiges. La cons- 




truction (mur double avec blocage au milieu) est 
bonne, les assises sont régulières. Les courtines ont 
une épaisseur de 2'"20; quant aux tours, je n'ai pas 
pu évaluer leur épaisseur, sans doute moindre. Selon 
l'usage, des matériaux d'époque plus ancienne ont été 
employés; en particulier, des fragments d'architecture. 
Je ne saurais dire où était la porte; peut-être aux en- 
virons de la tour A. A l'intérieur, le terrain s'élève 
dans la direction du nord et au point culminant, en 
D, on distingue avec peine les traces d'une construc- 
tion rectangulaire, qui a peut-être été un donjon. 
D'autres bâtiments en moellons, dont les ruines con- 



— 287 — 

fuses sont éparses à travers la citadelle, appartien- 
nent sans doute pour la plupart à une époque plus 
récente. 

L'emplacement de cette forteresse, facile à défen- 
dre, était bien choisi. Elle occupait, en outre, une 
position stratégique importante. Au sud-ouest, la vue 
s'étend sur une plaine fertile, que parcourait la route 
conduisant à Tipasa (c'était la route de Cirta). Au 
nord, au sud et à l'est s'élèvent des montagnes boi- 
sées, mais, entre ces montagnes, s'ouvrent deux 
vallées : l'une, au nord, est celle d'un affluent de la 
Medjerda et, par là, l'on peut se rendre à Souk-Ahras, 
l'ancienne Thagaste; l'autre, parcourue par un sous- 
affluent de l'oued Mellègue, se creuse au sud-est de 
Taoura ; par là passait la route de Garthage, qui pre- 
nait ensuite la direction du nord-est pour se rendre à 
Naraggara (probablement Sidi Youcef). Cette posi- 
tion est si importante que les Français eux aussi 
l'ont occupée militairement : en face de la colline de 
Taoura, ils ont construit le grand bordj d'Ain Guettar. 

III. 
Région de Tébessa 

Les notes qui suivent sont consacrées à la descrip- 
tion de quelques ouvrages fortifiés, de basse époque, 
que nous avons étudiés dans la région de Tébessa. 

1° Henchir Kissa 

Henchir Kissa (^\ à 10 kilomètres au nord de Té- 
bessa, sur les dernières pentes du massif du Dyr, est 



(Ij Sur Kissa, voir Girol, «ec. de Constantine, x, 18GG, p. 217. 



288 



un très gros bourg antique, auprès d'une source 
abondante. A l'extrémité méridionale des ruines, sur 
une butte qui domine toute la plaine de Tébessa, se 
voient les restes d'une construction militaire de basse 
époque. Elle se compose en l'éalité : 



^^^^^>.^■'.^^k'■-^M.■-^^^^■A■,k■,v.^^^^^^^^^.^■■'..'.■,'.^^^^^^v^s^^^^? 




'^^^TO^M.^^^w^^^■^^^^^^^^^w.^^^^^^^^^^^^^'.^'.^'.^'.^.^^',■K 
, , 30Mélrti 




1° D'un petit fortin carré de 18 mètres de côté avec 
des murs épais de 1"'40-1'"50 (doubles, blocage au 
milieu, emploi de matériaux d'époque antérieure) ; la 
porte se trouvait au milieu de la face sud-est; 

2° D'une enceinte plus étendue (45 mètres de côté), 
venant se souder à ce fortin et vraisemblablement 
plus récente. Les murs ont 1"'10 d'épaisseur, ils sont 
formés d'une rangée de pierres de taille et, par der- 
rière d'une rangée de moellons coupés, de distance 
en distance, par des harpes en pierres détaille. Dans 
le mur du sud-est, on a incorporé une porte monu- 
mentale de l'époque romaine, encore assez bien con- 
servée (lettre A sur le plan; longueur : 4"'40); elle a 
servi d'entrée à cette forteresse. Quelques mètres plus 
loin, au nord-est, se trouve encastré dans le même 
mur un des i^iédroils d'une grande arcade (B), qui 
appartenait sans doute au même édifice romain que 
lo porto. 

La construction du foi'tin et de l'enceinte est mau- 
vaise et très hâtive. Ce sont là des ouvrages desti- 
nés à la défense locale. 



— 289 — 



2"" Ksar Gourât 

Ksar Gouraï (D est situé à une douzaine de kilo- 
mètres au nord-est de Tébessa, sur la route romaine 
de Garthage, par Haidra. C'est un fortin de basse 
époque, s'élevant ou milieu de quelques autres rui- 
nes; il domine une petite plaine, en avant de monta- 
gnes boisées, entre lesquelles la route s'engage en- 
suite. Ce fortin, dont les murs à l'ouest et au sud 
sont conservés sur une hauteur de plusieurs mètres, 
a IS'^ôO de côté et présente une tour sur sa face sud- 
est. Les murs (doubles, blocage au milieu) ont l'"40- 
l'^eO d'épaisseur (l'^lo seulement dans la tour); on y 
a employé des matériaux divers : morceaux déportes, 
cuves, etc. La construction est assez régulière. L'em- 
placement de la porte n'est pas certain : elle devait 
s'ouvrir soit dans la tour, soit à côté. 




^^^ ^N/"^ 




I 



- ■ ■ /o Métrés 



(1) Sur Ksar Gouraï, voir Giiol, i. c, p. 219; De Bosredon, Rec. do 
Conslantine, xviu, 187G-1877, p. i2i. 



— 290 - 

3° Gastal 

Gastal(i) se trouve à l'extrémité septentrionale du 
Dyr, sur un plateau incliné qui se rattache à cette 
montagne et qui est bordé à l'est par l'oued Gastal, 
jaillissant d'une source très abondante, à l'ouest par 
un petit ravin. La vue est bornée à Test, au sud et à 
l'ouest par les montagnes rocheuses voisines; au nord, 
elle s'étend sur une vaste plaine, dominée à droite par 
le djebel Bou Djabeur, à gauche par le Bou Kadra, au 
fond par le djebel Ouanza, et parcourue par des af- 
fluents de l'oued Mellègue. Le fort, construit sur un 
plan très régulier, mesure 54 mètres sur 47"'50. Cha- 
cun des angles est occupé par une grosse tour ronde 
et le milieu de la face nord-est par une tour carrée. 







'^tViiC 



i 

fi. 



/'<'> 



'^ 



C'était peut-être dans cette dernière tour, ou tout 
auprès, que s'ouvrait la porte, dont je n'ai pas pu 
reconnaître l'emplacement. Les murs, assez médio- 
crement construits, avec un bon nombre de maté- 
riaux plus anciens (portes, pressoirs, etc.), ont été 



(1) Sur Gastal, voir De Bosredon, l. c, p. 411, 



— 291 — 

faits d'après le système byzantin : ils sont doubles, 
avec un blocage au milieu. Ils mesurent 2'"25 aux 
courtines, un peu moins aux tours. A l'intérieur, on 
voit des vestiges de bâtiments, qui semblent être en 
général d'une époque plus récente. Des fûts de colon- 
nes gisent çà et là (^). Au dehors, dans la direction 
du nord, apparaissent quelques ruines d'habitations. 

Cette forteresse a été construite à quelques mètres 
d'un pont romain, jeté sur l'oued Gastal et encore 
très bien conservé. Là passait probablement une voie 
venant d'Ammaedera (Haidra), par un pays difficile, 
et se poursuivant peut-être dans la direction du nord- 
ouest, vers Morsott. Cette voie était rejointe par une 
route de montagne qui venant de Theveste, passait 
par Ksar Gourai, et traversait le massif du Dyr, 
d'où elle débouchait à Fedj Fdala, à environ 2 kilo- 
mètres au sud-sud-ouest de Gastal. 

A 2,000 mètres au sud de la forteresse byzantine 
de Gastal, en pleine montagne, s'étale un petit pla- 
teau de 150 mètres environ de long sur 120 mètres de 
large. Les bords en sont à pic au nord, à l'ouest et 
au sud, et il n'est accessible qu'à l'est, par un isthme 
le rattachant aux montagnes voisines. La vue n'y est 
étendue que dans la direction du nord, où l'on aper- 
çoit au loin le djebel Ouenza. Il y avait sur ce pla- 
teau un centre romain, comme le prouvent des pierres 
taillées, des fûts de colonnes, des chapiteaux corin- 
thiens grossiers. Plus tard, et probablement en plein 
moyen-âge, y fut établi un village, dont les habita- 
tions étaient formées de gros murs en pierres sèches, 
entassées à peu près au hasard et entremêlées ça et 



(1) Je n'ai pas vu les bases alignées dont il est question dans le Rec. 
de Constantine, xviil, p. 412. 



— 292 — 

là de pierres de taille, débris de l'époque antique. Ce 
village berbère avait une enceinte dont la face orien- 
tale, la plus exposée, consiste en un mur, large de 
l^'SO, long de 150 mètres, formant une ligne assez 
irrégulière, qui ressemble à un ruban ondulé. Les 
matériaux employés sont, soit des pierres romaines, 
soit des blocs grossièrement équarris. On les a en- 
tassés sans aucun emploi de ciment, en plaçant de 
préférence les plus gros blocs sur les deux faces du 
mur, de manière à constituer deux parements. La 
porte, qui s'ouvi-ait sur cette face orientale, était pro- 
tégée à une distance de quelques mètres, par deux 
tours carrées, dont l'une a de 3"'50 de front et de 
saillie, l'autre 2"50 de saillie et 3 mètres de front. 
Sur les côtés septentrional et méridionnal du plateau, 
on retrouve des traces d'un mur d'enceinte semblable 
à celui de l'est. Il n'en n'existe pas à l'ouest : de ce 
côté, le plateau était tout à fait inabordable et n'avait 
pas besoin d'ouvrage défensif. 

Cette petite place forte, que la barbarie des cons- 
tructions me fait attribuer à une époque extrêmement 
basse, imite d'une manière assez curieuse les cons- 
tructions du même genre, qui datent des Byzantins. 

4"" Yoaks 
(Aquae Caesaris) 

A 18 kilomètres 5 l'ouest de Tébessa, sur une des 
voies qui conduisaient de Theveste b Thamugadi, 
s'élevait le bourg d' Aquae Caesaris, aujourd'hui 
Youks(i>. On y voit un fortin de basse époque, à l'est 

(1) Sur Youks, voir quelques indications de L. Renier, Archioes des 
Mit<!iionfi, m, 1854, p. 337 ; de Girol, Hec. de Constantinc, x, p. 227; 
de De Bosredon, ibid., xviii, p. 400; de Masqueray, Rectio africaine, 
xxiu, 1879, p. 79. 



— 293 — 



du village français et tout contre la source thermale. 
Il mesure 14"'80 de côté; les murs, épais de l'"20 à 
l"'r>0, sont doubles avec un blocage au milieu. La 
consiruction est mauvaise; des matériaux plus an- 
ciens y ont été employés : une stèle funéraire, quatre 
pierres présentant le monogramme constantinien 
flanqué de l'a et de Tco, etc. La porte, large de 1"'10, 
s'ouvre sur la face sud-ouest (A de notre plan). Ce 
fortin ne présente quelque intérêt que parce qu'on l'a 
fouillé jusqu'au fond. Le sous-sol était occupé par 
neuf pièces, séparées par des murs en blocage avec 
des harpes en pierre de taille. Quatre de ces pièces 
seulement sont pourvues de portes. Il est probable 
qu'on pénétrait dans cescompartiments, qui devaient 
servir de celliers, par des trappes ménagées dans le 
plancher du fortin. Leur sol est à plus de 2 mètres 
au-dessous du seuil de la porte A. 










2^ E^^ 



- /oMèlrei 



5° Gag a 

Gaga esta 7 kilomètres et demi à l'ouest de Youks 
et sur la route de Theveste à Thamugadi^^'. En ce 
lieu se trouvent les ruines, mal conservées, d'un fort 
qui dominait une petite plaine mamelonnée, entourée 

(l) Au dix-scptiémo mille de cette route, Gaga est mentiounée pa 
Masqueray, Reçue Africaine, xxill, 1879, p. 80. 

20 



— 294 — 



de tous côtés par des montagnes boisées, à 300 mè- 
tres environ à l'est d'un col dans lequel s'engage la 
route. Ce fort, qui mesure 43 mètres de côté, est 
d'une construction détestable; les assises ne présen- 
tent aucune régularité et, à certains endroits, les 
pierres semblent avoir été simplement entassées. J'y 
ai noté l'emploi de nombreux matériaux de démoli- 
tion : fûts et bases de colonnes, pilastres, fragment 
d'une frise finement sculptée, borne milliaire, pierre 
avec la croix monogrammatique, dans une couronne. 
Le mur, large de l'"20-l"'30, est formé d'une rangée 
de pierres de taille, que double, par derrière, une 
rangée de moellons, avec des harpes en pierres de 
taille de distance en distance. En arrière de ce mur, 
à une distance de 2"'60, s'en élevait un autre, en 
moellons (avec harpes), d'une épaisseur de 0"'50; il 
est parallèle au premier et devait servir de soutène- 
ment à un chemin de ronde, en terre, longeant les 
quatre faces. Nous avons constaté un aménagement 
semblable à Fedj Souioud. A chacun des angles, ce 
second mur a été interrompu, et l'on a placé là une 
tour, qui ne fait pas saillie sur le dehors (*' . Les dis- 
positions que nous venons d'indiquer ne sont pas 
celles qui ont été généralement adoptées par les By- 
zantins dans leurs constructions militaires. 



^\\\\V|\\\\\\\\\VV^^V.VV^^^^^ 



\ang 







^.^'^^^^^.^'^w\^^^vvsvv^'^^vv^^^^^^^^r;7»y^:r 



' ■ ' ' ■ 



^30 Mi très 



(1) Je ne saurais dire où était la porte de cette forteresse 
vainement cherché l'emplacement. 



J en ai 



— 295 - 

IV. 

Mila 

( Mcleo ) 

Un passage, encore inédit, du livre des Edifices 
de Procope nous apprend que Milev fut fortifiée par 
les soins de l'empereur Justinien(i) . L'enceinte qui 
fut faite alors subsiste encore aujourd'hui, remaniée, 
il est vrai, sur bien des points, mais parfaitement 
reconnaissable dans toutes ses parties (^\ Elle entoure 
la ville arabe comme elle entourait jadis la ville by- 
zantine. L'atlas de Delamare^^' donne un plan exact 
de ce vaste ouvrage défensif, dont le développement 
est d'environ 1,200 mètres. 




Mrir 



■iO€* J^rlfi 



Nous l'avons reproduit, ci-joint, avec quelques rec- 



(1) Diehl, L'Afrique byzantine, p. 171 et G04. 

(2) Sur Mila, voir quelques indications de Reboud, Rcc. de Cons- 
tantine, xx, 1879-1880, p. 31. 

(3) Eœploration scicntiftqtio de V Algérie, Archéologie, pi. 108. Ce 
plan a été levé par le capitaine Schefiler. 



— 296 — 

tifications C^'. La construction est faite d'après le sys- 
tème byzantin ordinaire, avec emploi de matériaux 
d'époque antérieure. Elle est soignée; les assises sont 
régulières. Les courtines mesurent en moyenne 2"'20 
d'épaisseur, les tours 1"'50. Ces tours, qui sont en 
saillie, selon l'usage, ont de 7'"50 à 9'"60 de front. 
Comme exemples, nous donnons ici les plans des 
tours C et H. 



-J — i — 1 — 1 — 1 .^ AAetrrS 





S'Metrei 



La porte de la tour H est surmontée d'une arcade 
encore debout. En B, au sud-ouest, entre les tours 
K et L, il y avait une porte large de l'"55, surmontée 
d'un arc de décharge dont le vide a été rempli ensuite. 
La porte principale, A(2), s'ouvrait au nord, entre 
deux tours rectangulaires, de T^'SO de front, de 5'"60 
de saillie. Elle est large de 3"^90, profonde de 2™50 et 
l'arcade qui la surmonte est bien conservée. Flanquée 
de constructions parasites, elle sert encore de porte 
à la ville arabe (Bab el Bled). 



(1) En o, le rempart a été remanié par les Français pour faciliter 
l'accès de la Casbali, (jui sert de caserne aux tirailleurs. 

^2) Reproduction dans Delumare, pi. 110, lig. 2 et 3. 



— 297 — 

La ville de Mila occupait une position stratégique 
importante. Située sur la route de Cirta à Sétif, dans 
un pays montagneux, elle surveillait au nord la région 
très accidentée et couverte de forêts qui s'étend dans 
la direction de Djidjelli et de Collo, port auquel une 
route impériale la reliait ^i', au sud, les massifs mon- 
tagneux qui la séparent du cours supérieur de l'oued 
Rhumel. On comprend que Justinien ait jugé néces- 
saire de l'entourer d'une forte enceinte. 

Stéphane GSELL. 



(1) C. /. L., iK 894. 



LES 

TEMPLES païens DE LA TUNISIE 

PAR 

M. BLANCHET, 

J^GRÉOÉ D'HISTOIRE, 
MEMBRE TITULAIRE 



Le Service des Antiquités de Tunisie vient de 
donner au public le premier volume d'une colleclion 
sur laquelle il est bon d'attirer l'attention de tous les 
amis de l'archéologie africaine ('^>. 

La collection des Monuments Historiques de la 
Tunisie, formera deux séries, dont l'une sera consa- 
crée à l'antiquité classique, et l'autre à l'art musul- 
man. Toutes deux paraîtront sous la direction de 
M. Gauckler, avec le concours de M. Gagnât, pour 
la première, et de M. Roy, pour la seconde. 

Le plan adopté méi'ite tout particulièrement d'être 
mis en lumière : il n'est pas question de nous donner 
une monographie complète et définitive de chaque 
monument,, moins encore de nous présenter les ré- 
sultats inédits de fouilles récentes. Les auteurs ont 



(i^ fj^s Moiuuncntfi hli^toriqwa ch; la Tunisie. Prein i ère partie : Les 
Monuments antiques, piihlir-s par René Cagiiat, prolossour au collège 
de France cl Paul Gaucklor, directeur des Antiquités et Arts, avec des 
plans exécutés par Fugèiie Sardoux, inspecteur des Antiiiuitcs et Arts. 
— Les Temples Païens, Paris, Leroux, 1893, gr. in-i». 



— 299 — 

simplement cherché à nous faire savoir ce que l'on 
sait, en l'année 1898, de tel ensemble de monuments. 
Ils ont condensé les travaux de MM. Remachet, 
Babelon, Gagnât et Saladin, Berger, Poinssot, de La 
Blanchère, Gauckler, Toutain, Delattre, Carton : C'est 
l'œuvre collective de la science française en Tunisie, 
disent-ils trop modestement de leur livre. Mais ils 
n'ont pas tout pris : ils n'ont pas choisi la méthode 
funeste des divisions géographiques : ils ne nous 
présentent pas pêle-mêle des temples, des basiliques, 
des thermes et des théâtres, dont le seul lien est de 
s'élever dans un même canton : ils ont réuni tout ce 
que nous savons d'une série de monuments : aujour- 
d'hui les temples, demain les édifices civils, plus tard 
les églises chrétiennes ; chacun de ces volumes for- 
mera un tout organique. 

Il s'agissait de nous mettre en présence des monu- 
ments eux-mêmes, tels qu'ils sont à l'heure actuelle : 
rien n'a été épargné pour cela. Le Service des 
Antiquités a une admirable collection de photogra- 
phies (plus de quatre mille). Les plus belles ont 
été reproduites par la phototypie : des plans, des 
coupes, des croquis, les ont complétées et éclaircies; 
des sondages, des fouilles parfois ont permis des 
essais de restitutions; on y a joint toutes les inscrip- 
tions, tous les textes littéraires qui nous font connaître 
un monument non encore retrouvé; une courte biblio- 
graphie accompagne chaque article. Tout cela a été 
classé i^ar ordre alphabétique. Une description rapide, 
nette, sans phrases inutiles, une définition de quel- 
ques mots précise comme en un traité de sciences 
naturelles, s'est ajoutée aux planches. Le volume qui 
vient de paraître et où sont étudiés les Temples 



— 300 - 

Païens nous donne, en cent trente-quatre pages, grand 
in-4°, avec seize figures, dix-neuf phototypies et vingt 
planches de plans et croquis, le répertoire complet 
des temples de la Tunisie, connus en 1898. 

Je me permets d'insister sur ces mots : un ré- 
pertoire; je dirais, volontiers, un dictionnaire. Le 
volume que nous avons entre les mains est avant 
tout un instrument de travail ; il ne contient pas la 
plus petite allusion à la plus petite théoi'ie, mais en 
quelques secondes il met chacun de nous au courant 
de l'état de la science sur tel ou tel monument. On 
se saurait trop, me semble-t-il, en féliciter les au- 
teurs : il ne faut pas rougir de son métier et, si l'on 
est archéologue, croire que des phrases sont néces- 
saires, autour des faits, insuffisants : des photogra- 
phies, des mesures, une déiinition précise; — les 
théories viendront plus tard. 

Et telle est la vertu de la méthode que d'intéres- 
santes conclusions se dégagent d'une première lec- 
tui-e . Des cent quatre-vingt-dix-neuf temples que 
MM. Gagnât et Gaucklei* ont étudiés ici, soixante- 
deux sont datés épigraphiquement ; deux seulement 
sont antérieurs à Hadrien'^', neuf postérieurs aux 
Gordiens. 

Mais de 117 à 244, de l'avènement d'Hadrien, à la 
chute de Gordien III, sous les Antonins, les empe- 
reurs Syriens et Africains, cinquante-deux temples 
ont été dédiés : trois sous Hadrien (-); six sous An- 



(1 ) Ti'iiiplo <1(' Tolliis, à lirja, lOstMinv en Tan 2 avaiil iintir ùiv. — 
Triiiplc (I.; IJljor J'akT à liorilj llollal, cunslniil en 10:J ili> J.-C. 

(2) Capitolos d'IIenchir Es Souar el d'Aïn-ujouggar. — Temple de la 
Concorde, à Dougga. 



— 301 - 

tonin(i); onze sous Marc-Aurèle(2); dix sous Com- 
modo(3); onze sous Septime SevèreC*); trois sous 
Caracalla'5); trois sous Alexandre Sévère^^)- trois 
sous les Gordiens C^). 

De 244 à 284 — les tristes années du IIP siècle, — 
trois temples seulement sont édifiés (8'; autant sous 
le règne de Dioclétien^^); puis, les basiliques chré- 



(i; Capitule de Bijga. — Temples de Caeleslis à Mraïssa, de Cérès à 
Ain Hedfa, d'Esculape à Bir Magra, de la Piété Auguste, au Kef. — 
Temple indéterminée de Toukaber. 

(2) Temple d'Esculape à Henchir Mest (164 . — Capitule de Dougga 
(166-169). Temple indéterminé de (.haouach 1 166- 169).- Capitule de Maatna 
(170, — Temple indéterminé de Ilencliir Ben Glaya (170i. — Temple de 
Meicure à Ain Tounga (170 . — Temple de Liber Palcr à Ksour Abd El 
Melek (I75l. — Capitole de Djama (175-180). — Temple nuictermmc d El 
Alouin (176-180). — Temple d'Apollon et Diane à Makter. — Temple 
de Cérès à Henchir Salah . 

(3) Temple d'Apollon et Diane à Henchir Debbok (182). — Temple 
d'Esculape à Chaouach (183 . — Temple de Mercure à Henchir Boudja 
(183) — L'apitoies de Médina et de Henchir Kaoussat. — Temple de Ju- 
lien à Sougda. — Temple de Tellus à Henchir Gaiadha — De l'époque 
de Commode également (fin du II» siècle), sanctuaire de Saturne sur le 
Bou Kournein. — Temples indéterminés de Henchir Kasbat et de Hen- 
chir Khiiiia. 

(4) Temple de Saturne, à Dougga (195). — Temple d'Esculape à Sidi 
Naoui (196i. — Temple de Cérès à Béja (197>. — Temple de Mercure a 
Henchir Besia (198-. — Temple de Saturne à Souk el Tleta (198-299). — 
Teinplo indéterminé, inscription à Kairouan (199-L^08. — Temple d'Escu- 
lape à Henchir Bez ^2IU . — Temple de Mercure à Henchir Bez 'illi. — 
Temple de Mercure à Henchir Kasbat '211'. — Temple de Junon à Sidi 
Ainara — Temple de Liber Pater à Krich el Outd. 

(5) Temple des Victoires à Henchir Zaktoun (212». — Temple de Mercure 
à Henchir Kiiima (restauration). — Temple de Mercure à Sidi Ali Bel- 
kacein. 

(6) Temple d'Esculape à Bir Elafou (233\ — Temple des Victoires à 
Henchir El Oust i233-i35). — Temple des Victoires à Cheouach. — A la 
même époque (commencement du ri" siècle) se rattachent le temple de 
Caelestis à Dougga et le temple indéterminé de Bir El Eaouera. 

(7) Capitole de Henchir ben Ergueia, agrandi en 238. — Temple de 
Caelestis à Henchir Belda (,2a8-2ii;. — '1 emple des Victoires de Chaouat, 
du règne de Gordien III. 

(8i Temple indéterminé de Dijga élevé sous Gallien (261). — Temple 
indéterminé de Gafsa, construit sous Probus i276-i8;<i. — Temple de la 
Mak^- J^Iagna de Maktar (deuxième moitié du IIP siècle, probablement 
Hterieur à Probus). 

(9) Temple de Mercure à Ain Telia; de Caelestis à Thala; de Pluton 
(inscription à Kuiroan). 



— 302 — 

tiennes remplacent les sanctuaires païens ; une res- 
tauration, en 337, à la fin du règne de Constantin 0), 
une autre sous le règne de « Valentinien, Théodose, 
Arcadius et Maxime i^' », et c'est tout; les temples 
subsistant en Tunisie sont à peu près tous du 
deuxième et du troisième siècle. 

M. Toutain avait fort bien vu déjà le point de dé- 
part de cette époque glorieuse. Le manque de docu- 
ments lui avait fait commettre une légère erreur sur 
sa date finale : il la fixait à Tannée 238, lors de l'avè- 
nement des Gordiens « De 238 à 284, disait-il, nous 
« ne connaissons que deux édifices : l'arc de Mustis, 
« élevé sous Gordien III, et le temple de Capsa érigé 
« sous Probus'3i. » Nous voyons aujourd'hui qu'il y 
faut ajouter le temple de Caelestis de Henchir Belda, 
le temple des Victoires de Cheaouat, la restauration 
du Capitole de Henchir Ben Ergueia — tout cela de 
la dynastie gordienne, le temple de Bijga, construit 
sous Gallien, et le temple de la Mater Magna de 
Maktar. Le ralentissement des constructions en 
Afrique suivit la chute et non l'avènement des derniers 
empereurs africains : c'est vers 244 et non vers 238 
qu'il faut chercher la fin de la période ouverte en 117. 

Ces monuments, d'une môme époque, sont d'un 
môme style. De vingt-cinq temples assez bien con- 
servés pour permettre une restauration certaine et 
complète, vingt-quatre sont corinthiens, un compo- 
site; vingt-quatre sont proslyles, un inantis; vingt 
et un sont tétrastyles, un hexastyle; neuf sont pseu- 
dopériptère, un périptère; dix-huit sont entourés d'un 
péribole. 

(1) Restauration du temple de Mercure à Bou Fies. 

(2) Hcstamalion du loiiij)le iiKk'tcrniiiR' de Ilcnchir Mcrabba. 

(3) Toutain, Les cites romaines de la Tunisie, p. 15'J. 



— 303 — 

Sur dix-huit temples, exactement mesurés, cinq 
affectent la forme d'un rectangle, dont la longueur 
varie de vingt à vingt-trois mètres, et la largeur de 
onze à quatorze mètres; cinq ont treize à quinze 
mètres de long sur huit à onze mètres de large. Les 
temples, plus grands (23,80 X 19, Sidi Medien — 
25,60X16, HenchirKasbat) ou plus petits (10X6,60, 
Henchir Khima — 9,50 X 5,70, El Aouria — 9,50 
environ x 5,50. Sidi Ali Belkacem) sont plus rares. 

Le grand côté du péribole a généralement quarante 
à soixante mètres; le petit côté trente à quarante- 
cinq. Une seule exception : le triple temple de Sbéitla 
est entouré d'une cour de soixante-onze sur soixante- 
huit mètres. 

On pourrait donc définir le temple moyen de 
l'Afrique du 11^ et du IIP siècle de la façon suivante : 

Corinthien, prostyle, tétrastyle, pseudopériptère ; 
longueur : 13 à 23 mètres; largeur : 8 à 14 mètres. 
Péribole de 50 x 45 mètres. 

Mais il ne faut pas entrevoir dans ces formules 
classiques des formes absolument classiques; avant la 
civilisation romaine une autre civilisation avait germé 
sur cette terre. Les « Romains » qui, au IIP siècle, 
construisaient le temple de Maktar s'appelaient Rufus, 
fils de Maçtibor, Quartus, fils de Çalaçmin, Lucius, 
fils de Galgaçat. Il ne faudra pas nous étonner que 
la maison de leur dieux présente des dispositions 
inconnues sur l'Acropole ou sur le Capitole. 

C'étaient bien les dieux d'Afrique qui habitaient 
ces sanctuaires. On a, en effet, retrouvé en Tunisie 
cent trente-sept dédicaces de temples, qui se répar- 
tissent de la façon suivante : 



— 304 — 

Saturne 19 Triade Capitoline. . 15 

Mercure 11 Auguste 1 

Plulon 7 Virtus Augusta ... 2 

Liber Pater 6 Pietas Augusta ... 1 

Jupiter 5 Victoires Augustes. 5 

Apollon 5 Lares Augustes ... 1 

Caelestis 10 Fortune 5 

Cérès 9 Concorde 3 

Junon 3 Neptune 2 

Tellus 3 Minerve 1 

Vénus 3 Mars 1 

Diane 3 Janus 1 

Esculape 8 Priape 1 

Hercule 4 Sérapis 1 

Mater Magna 1 

Cette liste trahit dès l'abord la prépondérance bien 
connue de Saturne et de Caelestis dans le Panthéon 
africain. Mais à la serrer de près, cette prépondérance 
s'accuse bien davantage : Mercure, qui porte le ca- 
ducée mystérieux; — Pluton Frugifère qui fait ger- 
mer des épis; — Liber Pater qui mûrit le raisin; — 
Jupiter le souverain maître; — Apollon le Dieu-Soleil 
ne sont aux yeux des Africains que les différentes 
manifestations du pouvoir suprême du « Seigneur 
Saturne». Caelestis est à la fois Junon, Tellus, 
Vénus et Diane : en vérité, sur cent trente-sept dé- 
dicaces, il en faut atti'ibuer cinquante-quatre à Baal- 
Saturne; vingt-huit ù Tanit-Caelestis; huit à Esch- 
moun-Esculape; quatre à Melqart-Hercule. 

Mettons ù part la ti-iade capitoline, où les Afri- 
cains virent rapidement une traduction latine de leurs 
triades accoutumées, la religion officielle de l'Empire 
(Auguste, Piété Auguste, Vertu Auguste), les absti-ac- 
tion divinisées (Fortune, Concorde), tout ce bagage 
italien des |)roconsuls et des légats ne figure ici que 
pour dix-huit inscriptions. 



— 305 — 

La part des divinités grecques, latines ou orientales 
est bien plus faible encore : Neptune et Minerve, les 
patrons de la plus hellène des cités de l'Hellade ont, 
à eux deux, trois sanctuaires. Le Mars de la Rome 
primitive, le Janus du Latium, un chacun; la Grande 
Mère de Phrygie, le Sérapis alexandrin, un égale- 
ment. 

Au IP siècle de l'ère chrétienne, les Romains d'A- 
frique, sur cent trente-sept monuments, en consa- 
craient donc près de cent aux antiques divinités de 
Carthage'^*. 

Ces divinités africaines étaient bien chez elles : 
lé temple de Gaelestis^^', le temple de Saturne, à 
Dougga^^), ne sont pas des temples romains. 

Le péribole du premier affectait la forme d'un 
demi-cercle : le croissant de Tanit. Au devant, une 
large terrasse dallée; sur les côtés et en arrière, un 
élégant portique, pavé de mosaïque blanche, couvert 
de voûtes d'arête, soutenu de vingt-trois colonnes. 
Au-dessus de l'entablement, et pour en rompre la 
rigidité, des statues : « Dougga » « Laodicei » « la 
Syrie » « la Mésopotamie » « la Dalmatie » dont les 
noms sont encore gravés sur les débris de la corni- 
che. Entre le portique demi-circulaire et le temple, 
un grand espace non pavé, planté d'arbres, et parmi 
les frondaisons du bois sacré, le marbre éclatant de 
la cella. 



(1) Ceci n'est que la confirmation monumentale des théories émises 
depuis deux ans par M. Toutaiu {Op. cit., p. 20G-231). 

(2) Fouilles de M. Piadèrc en 189i (aux frais do VAradôinfe rf<'s Ins- 
cri/itions), de MM Pradère et le lieutenant Hilairo, en 1897 (aux frais 
du service dos Antiquités) cf. Les Temples païens, p. 82, pi. xxv, 
XXVI et XXVII. 

(3) Fouilles de MM. le docteur Carton et le lieutenant Denis en 1892- 
1893. Cf. Les Temples païens, p. 25, pi. xi, xii, xiii, xiv. 



— 306 - 

Un temple analogue est signalé par M. ijauckler 
à Aïn Tourga(^). Comme il le dit fort bien, le temple 
en croissant de Dougga n'est que la tête d'une série. 
Le temple de Saturne procède lui aussi des habitu- 
des puniques : l'Afrique, le plus souvent, adorait son 
dieu en plein air : une enceinte et un autel; la fumée 
des sacrifices montait plus librement. 

L'enceinte à ciel ouvert constitue encore la partie 
principale du temple de Dougga : elle y est devenue 
une grande cour à portique, intercalée entre un ves- 
tibule et un sanctuaire. On pénétrait par les côtés 
dans le vestibule; à droite une grande baie s'ouvrait 
sur un portique de quatre puissantes colonnes, for- 
mant terrasse et dominant au loin la vallée de l'Oued 
Khalled; à gauche, quelques marches et une porte. 

La cour oij nous entrons mesure vingt-six mètres 
sur dix-sept. Sur nos tètes, un appentis soutenus de 
deux colonnes, petit portique en saillie qui accuse la 
porte d'entrée. A droite, à gauche et devant nous un 
portique de vingt-huit colonnes, élevé d'un degré et 
pavé de mosaïque. Au delà de la cour, trois cellae. 

La cella centrale s'annonce par un élargissement 
de l'entrecolonnement du portique et par deux vestigia 
imprimés dans une dalle voisine de l'entrée, dans 
l'axe du sanctuaire. Deux colonnes en resserrent 
l'accès : des grilles, à droite et à gauche, ne laissent 
qu'une porte centrale mais permettent cependant aux 
regards des fidèles d'arriver jusqu'au dieu. Une niche 
s'enfonce dans le mur du fond. 

Les cellae latérales ont mêmes dimensions, mêmes 
colonnes et mêmes niches. Elles ne communiquent 
pas avec la cella centrale. 

(1) Les Temples païens, p. 102. 



— 307.;— 

Cette cour, entourée de colonnes précédant le 
sanctuaire reculé dans l'ombre du portique, cette cour 
n'est pas une conception romaine. 

Cette triple chambre destinée à l'adoration d'un 
dieu unique, n'est pas dans les habitudes latines. 

Or, nous retrouvons ces dispositions ailleurs que 
dans les temples de Baal. 

Une cour centrale entourée de portiques, une porte 
ombragée de appentis que soutiennent huit colonnes; 
au fond trois chambres isolées, — en saillie sur le 
portique, il est vrai, et dont la chambre centrale s'en- 
fonce plus profondément que les autres,— ce sont les 
temples de Sbéitla^i'. 

A Henchir Khima, même chose : le portique est 
remplacé par des loges adossées au mur extérieur et 
ouvertes sur la cour. La cella centrale prend plus 
d'importance : seule, elle est précédée de colonnes. 
Elle s'enfonce plus profondément encore qu'à Sbéitla : 
l'ensemble des cellae commence d affecter la forme 
d'un T. (2) 

Le Capitole de Medeina présente mêmes disposi- 
tions : la cella centrale précédée d'un pronaos de six 
colonnes est quatre fois plus grande que les cellae 
latérales. La cour a disparu. '^^ 

A Sidi Medien, même forme : les chambres laté- 
rales sont évasées et contournées. Mais il semble que 
l'on distingue le mur d'enceinte de la cour(*'. 

Le Capitole de Henchir Es Souar appartient au 
même groupe : les deux cellae des ailes s'ouvrent 
seulement sur un vestibule commun '^l 



(1) Les Temples païens, p. 14. pi. ix et x. 

%l id. p. 121, pi. XXXIV et XXXV. 

w) la. p. 8, pi. IV et vu. 

Id, p. 137, pi. XXXVIII. 

Id. p. 4, pi. III et lY. 



— 308 — 

Il me semble curieux de noter comment par des 
transitions insensibles, et des monuments qu'aucune 
découverte n'a encore permis d'assigner à un autre 
culte, nous passons aisément du temple de Baal, de 
Dougga, aux Capitoles romains de Medeïna et d'Hen- 
chir Es Souar. 

Au fond, il ne semble pas que les Africains aient 
fait une grande différence entre les Triades puniques 
Baal-Tanit-Eschmoun , Saturne - Cronos , Apollon- 
Helios, Diane-Séléné^^^; et la Triade romaine : Jupi- 
ter-Junon-Minerve (^'. 

Ils ont appliqué indifféremment à l'une et à l'autre 
les mêmes procédés de construction : M. Toutain a 
pu voir dans les temples de Sbeitla le temple sanc- 
tuaire du Temps, du Soleil et de la Lune. MM. Gauc- 
kler et Saladin ont pu y voir la demeure des divini- 
tés du Capitole : beaucoup d'Africains, il y a dix- 
huit siècles, eussent été très en peine de trancher la 
question. Les temples en forme de T, particuliers à 
l'Afrique (^^ comme les temples à cour centrale ou les 
sanctuaires à péribole demi-circulaire, semblent se 
rattacher aux cultes puniques : la même forme servit 
pour les triades successives. 

Il y aurait bien des choses encore à prendre en ce 
volume : la liste, par exemple, des monuments que 
M. Gauckler signale à l'attention des travailleurs : il 

(I) Toutain, De Saturai Dp.I in Africa romana cultus, p. 60. 

(2i Cotto Iroiiîièino divinité à la(nielle ils n'ôtaient pas liabilués les gê- 
nait souloiiicnt en lours iir-dicaifs. M est pi(|uanl de voir connneiit à Uen- 
chir ben Er^ucia (^'s 'fcm/dcs fi<iï<nK, p. 1 1), ils se sont débarrasses de 
ce nom sans valeur pour eux. Us ont traduit Baal et Tanit par Jupiter 
et Junon. Mais au lieu de M nerve, ils ont écrit « la Fortune »; cela du 
moins avait un sens. 

(3) Gauckler, les Temples païens, p. 10, 



— 309 — 

faudrait, nous dit-il, fouiller h Chemton où, sous un 
monument romain, gît un sanctuaire punique, décoré 
d'une architrave dori(|ue, avec Iriglyphes et gouttes 
— unique en Afrique, — et d'une frise ornée en bas- 
relief de boucliers et des signes du Zodiaque (" 

Il faudrait fouiller le temple de Mercure Sobi-ius, 
à Henchir Bez, dont l'immense cour dallée, entourée 
de loges, comme à Henchir Khima, semble intacte, 
à 1 mètre sous tei're, et où l'on accédait par un arc 
de type très rare, rencontré seulement à Mustis et à 
Diane Veteranorum <"2' . 

Il faudrait étudier à fond le temple singulier que 
les habitants de Thuburbo Majus (Henchir Kasbat) 
élevèrent au même Mercure : sur une plate-forme 
rectangulaire;, précédée d'un emmarchement entre 
deux avant-murs, un portique circulaire de huit 
colonnes de marbre rouge, renfermait une enceinte 
pavée de mosaïque. L'ai'chitrave, taillée en biseau à 
l'aplomb des colonnes , formait un couronnement 
octogonal : là-dessus s'élevait sans doute un toit en 
charpente ^3' . 

Ce sanctuaire, rond comme les temples des divi- 
nités solaires, mais dédié à Mercure, serait-il une 
preuve nouvelle des confusions faites par les Afri- 
cains entre les différents dieux qui se partagèrent la 
succession du Seigneur Baal ? Il serait téméraire de 
l'affirmer, mais des fouilles nous éclairciraient peut- 
être là-dessus. 

Il faudrait fouiller à Sidi Medien, fouillera Henchir 
Khima : M. Gauckler, soucieux de faire pratique, 

(1) Les Temples païens, p. 110. 

(2) Id. p. 66, pi, XIX, XX et xx. 

(3> Id. p. 70, pi. XXII et xxiii, 1, 2 et 3. 

2S 



— 310 — 

indique en un mot rinlérêl et la valeur des monu- 
ments dont il parle : il joint au Répertoire des temples 
connus un Répertoire des temples à étudier. 

Je voudrais signaler encore le plan de la synagogue 
qu'élevèrent au IIF ou au IV® siècle les Juifs de 
Na ro (H.'immam Lif), sa chambre de prière, ornée 
vers l'occident d'une sorte de mirhab, sa chambre 
de dépôt, où l'on gardait les instruments du culte et 
les l'ouleaux de la loi, sa cour et son portique, et ses 
belles mosaïques, qui sont aujourd'hui au musée de 
Toulon f') . 

Je voudrais insister sur le caractère de cet art 
africain que nous révèlent les admirables planches 
jointes à l'ouvrage, ornementation touffue, peu clas- 
sique, inattendue parfois, mais d'un beau ti'avail et 
d'une exécution ferme ; je voudrais étudier en détail 
les soffites et les consoles de Henchir Es Souar, 
Bir Magra, Maalria, Maktar, Henchir Bez, les mon- 
tants de porte ornés d'un semis de marguerites ou 
de tiges gracieusement enlacées qui décorent les tem- 
ples d'Ain Tounga et d'El Aouria 

Mais je crains d'abuser de la patience des lecteurs 
du Recueil : ils me pardonneront si les Temples 
païens leur viennent entre les mains; car alors ils 
a|)précieront, à leur valeur, les croquis de MM. Sar- 
doux, Pradèi-e et Parmentier, et ils remercieront 
MM. Gagnât et Gauckler de nous avoir donné, en 
même temps qu'un beau livre, un bon exemple : c'est 
en faisant pratique, et en étudiant par sertes les ves- 
tiges du passé, que nous pourrons faire progresser 

(Ij Les Temples pa'Ciis, p . 152. 



— 311 — 

la sciences des anliquilés africaine; l'efTort donné a 
été admirable; el par milliers, ces documents nous 
sont venus : il est temps de les coordonner. 

P. BLANGHET. 



LA 

PROPRIÉTÉ INDIGÈNE EN MAG'REB 

SELON l'ouvrage DIT : 

*' La règle des Princes et des Khalifes^ fixant 
C étendue de Leurs pouvoirs légaux " (l), de 
Mohammed el Moustafa ben Abd Allah, des- 
cendant de rOuali Sidi Abd er Rahmane ben Ali 

PAR 

M. Ernest MERCIER, 

MEMBRE TITULAIRE 
1 X I 



La Société archéologique a déjà publié i2) un excel- 
lent mémoire du regretté général de Wuif, membre 
correspondant, sur « la nature de la propriété fon- 
cière dans les pays musulmans ». Bien que cette 
question ne soit pas du domaine de l'archéologie pure, 
elle se rattache à l'histoire, dont notre Société s'est 
toujours occupée. Ces raisons nous décident ù lui 
offrir le présent travail, qui fait suite à d'autres études 
sur le même sujet publiées dans des recueils spéciaux. 

L'ouvrage de ^Mohammed el Moustafa nous avait 
été signalé ;. cependant il n'existe pas dans le fonds 



C2) Vol. X% 1866, p. 310. 



— 313 — 

assez riche des manuscrits arabes de la bibliothèque 
d'Alger. C'est ù l'obligeance de notre savant umi, 
M. Houdas, professeur à l'Ecole supérieure des lan- 
gues orientales vivantes de Pai'is, que nous devons 
la communication de l'exemplaire lui appartenant. 

L'écriture, très lisible, parait avoir été tracée par 
l'auteur lui-même; le style, pi'étentieux et de mauvais 
goût, est banalement correct. L'ouvrage est clos par 
l'indication de la date à laquelle il a été terminé 
sous la forme bizarre suivante : « le matin du mardi, 
« sixième sixième du quatrième cinquième du mois 
« de Moharrem qui commence l'année onze cent qua- 
« tre-vingt-dix-neuf. (i' » Il faut, en effet, un certain 
effort de réflexion pour se rendre compte, que si le 
mois est divisé en cinq parties, chaque cinquième 
comprend six jours, (ou sixièmes), et qu'il s'agit par 
conséquent du 24 moharrem, correspondant au mardi 
7 décembre 1783. Cette ridicule complication suffirait 
h peindre la tournure d'esprit de l'écrivain. 

I. La fjencse du livre 

L'auteur nous fournit, avec complaisance, des détails 
sur lui-même, sur les raisons qui l'ont amené à écrire 
son livre et les conditions dans lesquelles il a exécuté 
celte œuvre. On apprend ainsi à le connaître et sa 
longue entrée en matière donne lieu à plus d'une 
remarque intéressante. 

« J'appartenais, dit-il, à la maison du plus géné- 
« reux des princes, Sidi Mohammed, fils de Osmane- 



(1) ^^..^^' ^,^ ^X^.M ^.. 

ui'i i^- ^^^ >^--vOi tSi\ j^ ^,, «.;iyi 



o» 



— 314 - 

« bey; ^^^ je suivais ses colonnes, avec la mission de 
« Irnncher les litiges et de régler les affaires de toute 
« sorte intéressant les sujets de notre sultan. » 

Il s'agit ici du prince Mohammed, destiné à deve- 
nir, comme son père, bey de Maskara, et auquel ses 
victoires et de remarquables qualités d'administra- 
teur devaient mériter le surnom de « Grand ». Pour 
le moment, il n'était encore que Khalifa d'Ibrahim, 
bey de l'Ouest, qui le considérait comme son fils et 
se reposait sur lui de la direction des affaires de 
l'intérieur et de la conduite des colonnes. 

Lors de l'expédition espagnole, dirigée par le gé- 
néral O'Reilly, contre Alger, dans les premiers jours 
de juillet 1775, le Khalifa Mohammed, à la tête des 
contingents de l'Ouest, se couvrit de gloire et contri- 
bua, pour une large part, au désastre des Chré- 
tiens ^^> . Notre auteur, qui s'étendra si longuement 
sur une autre attaque bien moins sérieuse, n'en parle 
pas, ce qui doit nous porter à conclure qu'il n'entra 
au service du prince que plus tard. 

Ibrahim-bey étant mort vers la fin de 1776, fut 
remplacé, non comme on s'y attendait, par le vail- 
lant Mohammed, mais j^ar un certain El Hadj Khelil, 
dont le pi-incipal mérite consistait en une caisse bien 
garnie. Il eut le bon esprit de conserver son Khalita. 
Quelque temps après, une sérieuse révolte de Der- 
kaoua éclatait à Tlemcen et le bey s'y portait avec 
toutes ses forces (1779) (^ . 

(1) Osmane le Kurde, bey de Maskara, vers 1750-1760. 

(2) Voir : (îorguos Notice sur le bey d'Oran, Mohammed cl Kebir 
(Revue africaine, T 1, p. i()(U't suiv ). - et notre Histoire de l'Afrique 
septentrionale, T. III, p. 304 et suiv.). 

(3) Voir les détails de celte affaire dans noire T. IIF, p. 411 et suiv). 



— 315 — 

Ici, notre auteur rentre en scène : « J'étais tou- 
« jours avec lui, menant une vie prospère, changeant 
u sans cesse de séjour, lorsque, par une révolution 
« comparable à celles du cours de la lune, le sort 
« nous conduisit à TIemcen, la bien gardée. » 

Là, en effet, la i-oue de la fortune acheva son tour ; 
El Hadj Khelil, après quelques échecs, mourut dans 
des conditions tragiques ; mais le Khalifa sut bien- 
tôt faire changer la face des choses, rétablir la paix 
et ramener la colonne à Maskara, où il reçut sa no- 
mination comme bev fl780\ 

Voilà notre Cadi ambulant devenu un personnage, 
.sinon revêtu d'une fonction officielle, — car il ne 
manquerait pas de le dire, — du moins attaché à la 
pelite cour de celui qu'il appelé « notre sultan, » et 
dont il célèbre, en termes hyperboliques, l'intelligence, 
le courage et surtout la générosité. Mais ce qui rend 
le Maître plus digne de louanges encore, c'est sa 
science, son respect de la loi islamique, sa cons- 
cience de bon musulman toujours en éveil. 

Le premier soin du nouveau bey fut de réduire à la 
soumission les inconstantes tribus de la province 
d'Oran. Sans trêve ni repos, il les poursuivit jusqu'à 
la frontière marocaine, à l'ouest, les relança jusqu'au 
Djebel Amour, à l'est, et parcourut en vainqueur 
les Hauts-Plateaux du sud, acceptant les soumis- 
sions sincères, mais châtiant rigoureusement les re- 
belles incorrigibles et les fauteurs de troubles. En 
même temps, il resserrait étroitement le blocus d'Oran. 
Ces soins absorbèrent les trois |)remières années 
de son règne, et il trouva encore le loisir de s'occuper 
des embellissements de Maskara et de Mostaganem. 
Mais, on n'obtient pas de tels résultats sans blesser 



— 316 — 

lesintérêtsdeceuxqui vivaientdel'anarchieetdesabus, 
ni susciter la jalousie des ambitieux déçus. N'osant 
pas attaquer le bey en face, les opposants s'adressèrent 
à la caste des Talebs faméliques, toujours prêts à 
melti'e leur « science » au service de quiconque leur 
jette un maigre salaire ; bientôt circulèrent des con- 
sultations (Fetoua), dans lesquelles il était démontré 
que le prince foulait aux pieds les prescriptions de la 
loi koranique et administrait en tyran. 

Mohammed-bey s'en émut et l'on pourrait croire 
qu'il attacha trop d'importance à ces attaques si l'on 
ne se rendait compte des raisons qui motivaient ce 
sentiment. « Il apprit, — dit notre auteur, — que 
« certains talebs hypocrites, inspirés par la basse 
(1 envie, s'étaient permis de critiquer ses actes, comme 

« illégaux, et de diffamer leur auteur Mis au cou- 

« rant de ces libelles, notre Emir, victorieux par la 
« grâce de Dieu, sentit le besoin de sauvegarder son 
« honneur et sa réputation, car sa grande àme ne 
« peut supporter de semblables accusations. 

« Sous cette impulsion, il me dépêcha un messa- 
'( gcr pour m'inviter à venir, sur-le-champ, à l'appel 
« du prince des croyants. Je m'empressai de me 
« rendre ù son audience et de répondre à son désir. 

« Introduit dans son palais, je m'avançai plein 
« d'émoi dans cette imposante demeure et me trouvai 
(« bientôt en communication avec son noble esprit. Il 
« me parla, de son verbe étincelant, et m'exposa, en 
« termes éloquents, qu'il attendait de moi que je 
« com|)osasse un manuel clair et |)récis, appuyé sur 
« des ti'adrtions certaines, définissant les droits des 
« souverains et des princes en matière de percep- 
« tiens et d'impôts. « Je vous charge de cette affaire, 



— 317 — 

« — ajouta-t-il; — c'est à vous qu'il appartient de 
« l'exécuter avec la sollicitude qu'on doit avoir pour 
u celui qu'on aime; vous traiterez aussi la question 
<i du droit des princes à faire des concessions et à 
« constituer des hobous, ainsi que celle de la nature 
« et de l'étendue de la propriété et de la jouissance 
« des terres chez les indigènes. » 

Notre Taleb est confondu par tant de bonté et, 
dans son cœur, la reconnaissance se mélange avec 
le sentiment d'un légitime orgueil. Il se met à l'ou- 
vrage, compulse les auteurs, trace le plan du livre, 
sans perdre de vue les intentions ni le but du Maître, 
et songe longuement nu titre qu'il va lui donner 

iMais tandis qu'il est absorbé par ces soins, une 
fatale nouvelle arrive de l'Est : l'ennemi de Dieu, Tin- 
fidèle maudit prépare une nouvelle attaque contre 
Alger la bien-gardée, et é(|uipe une flotte formidable... 
Il faut fermer l'écritoire, serrer le kalam et ceindre le 
baudrier de guerre pour voler à la défense de la terre 
sacrée de l'Islam. Bientôt l'armée de l'Ouest se met 
en route et arrive à Alger, le 14 chabane(15 juillet 1783) i 
mais les navires des infidèles ne se présentent dans 
la rade qu'au commencement du mois sacré de 
Ramadan. 

Aussitôt le feu de la guerre éclate; « mais on ne 
« laisse pas au chrétien le temps d'avaler sa salive. » 
La lutte est terrible et « il y a de telles journées 
« qu'elles suffiraient ù taire blanchii* les cheveux d'un 
« enfant. » Le sang des martyrs de la foi coule géné- 
reusement mais on fait des hécatombes d'infidèles. 
Le tumulte des canons ébranle l'atmosphère, semant 
partout la mort et la dévastation. Mais l'ardeur des 
infidèles s'émousse contre les remparts de l'impre- 



— 318 — 

nable Alger et, le 7* jour de Ramadan (7 août) l'en- 
nemi de Dieu renonce à la lutte " et se disperse 
(( comme les démons lorsqu'ils entendent l'appel à la 
« pi'ière. » 

Notre Taleb exagère et se laisse entraîner par son 
imagination. En effet, il est question ici du bombar- 
dement d'Alger par don Antonio Barcelo, du l®"" au 
7 août 1783, qui se borna à un duel d'ai-tillerie entre 
les chaloupes canonnières et les batteries algériennes. 

On dépensa, de pai't et d'autre, des quantités 
considérables de poudre et de projectiles ; mais au- 
cune tentative de débarquement n'eût lieu et les 
dégâts furent surtout matériels, dans la partie basse 
d'Alger '1). 

Les troupes d'Oran demeurèrent spectatrices du 
combat et ne purent se distinguer comme dans l'af- 
faire de 1775, autrement sérieuse. 



IT. — Division de l'ouvrage 

(Les trois premiers chapitres) 

Après toutes ces péripéties notre auteur put enfin 
achever son livre, à la fin de 1783. 

Il le nomma « s'inspirant des traditions de ses 
« pieux ascendants » : " La Règle des Princes et 
des Khalifes (V fixant l'étendue de leurs pouvoirs 
légaux " (^). 

L'ouvrage est divisé en quatre parties ou chapitres, 

(1) Histoire (le l'Afrique septentrionale, T. Ilf, p. 412 et suiv. 
^2, Peut-(''lre ontend-il par ce mot « leurs lieutenants ». 



— 319 — 

dont les trois premières traitent des droits des princes 
en matière de perceptions et de taxes ; des cadeaux 
qu'ils peuvent accepter ; des opérations commerciales 
qui leur sont permises; et de la situation des biens 
des gens grevés de dettes. 

La quatrième, que nous examinerons à part, ap- 
précie la natui-e des ressources du Beït-el-Mal et la 
façon dont elles doivent être employés et discute la 
condition des Arabes de la campagne ( wl pT), 
vaincus par les armes, et de leurs terres. 

Ainsi procéda l'auteur pour exécuter le programme 
à lui tracé, décharger la conscience de son maître et 
confondre les calomniateurs. 

On |)ourrait, en lisant ce sommaire, trouver exa- 
gérés les scrupules d'un bey turc, luttant contre des 
tribus en état de révolte et poursuivant sans relâche 
l'œuvre d'expulsion des Espagnols d'Oran. Mais les 
Turcs, malgré leurs brutalités, ont toujours cherchée 
mettre, au moins en apparence, le droit de leur côté. 
Plus que personne, le bey Mohammed avait la pré- 
tention de suivre la voie des Khalifes orthodoxes, et 
comme il préparait sa grande expédition de l'extrême 
sud, où il allait se heurter à la casuistique de per- 
sonnages religieux, il tenait à se mettre en règle avec 
le passé et à préparer des armes pour l'avenir. Il 
fallait confondre des adversaires, dont les attaques, . 
abritées sous le bouclier des prescriptions korani- 
ques, pouvaient avoir d'autant plus d'action sur les 
masses. 

Le livre que nous analysons est donc une thèse 
écrite sur commande. L'auteur est tenu de justifier 
son m.-.ître en opposant à des subtilités, des subtilités 
plus subtiles encore; dans ces conditions, formuler 



— 320 — 

des principes clairs, logiquement déduits, serait une 
faute ; l'obscurité, la confusion même est un devoir. 
Mohammed-bey devait bien connaître les hommes, 
car celui qu'il a choisi n'a ni indépendance de carac- 
tère, ni originalité; dépourvu de tout esprit critique, 
il ne cherche qu'à flagorner son maître et étaler une 
érudition banale. 

Les trois premiers chapitres, qui traitent à peu près 
des mêmes espèces, sont formés d'un amalgame de 
citations d'auteurs des premiers siècles de l'hégire, 
de traditions (Hadits) de première, de deuxième ou 
de troisième main O, et d'extraits d'auteurs, plus ou 
moins connus, du Mag'reb et de l'Espagne. Le tout 
est mal agencé ; les extraits cités viennent à contre 
temps ou sont incomplets, et la suithèse manque. 

Le metteur en œuvre ne cherche que ce qui peut 
servira la cause de son maître; aussi s'attache-t-il 
trop souvent à exposer des exceptions, des cas dou- 
teux, des opinions controversées ; il arrive ainsi à 
donner le pour et le contre, laissant à chacun la fa- 
culté de choisir, sans paraître se douter qu'il offre 
plus d'un argument contre la thèse qu'il veut défendre. 
En résumé, l'ouvrage n'a aucune valeur intrin- 
sèque ; les extraits qui suivent vont permettre d'en 
juger. 

III. — La Condition des Vaincus 

(4« Chapitre) 

Toutes les questions ressassées dans les chapitres 
précédents, sont connues et sans importance parti- 
ci) On suit qno la Sonna orthoddxe est ooniposoo do t rail i lions re- 
cueillies (le la l)Oiiclio (lu Proplii-te, par ses compagnons (Su/nib.x), par 
ceux qui les ont recueillies des cunleniporains, f /o^taou/i.; et par les 
successeurs de ceux-ci (Tabiaou-et-Tabiaïno). 



— 321 — 

culière. La quatrième partie traite de sujets plus 
intéressants et qui le seraient davantage si l'auteur, 
au lieu de se cantonner dans l'Orient des premiers 
siècles de l'hégire, avait étudié spécialement la condi- 
tion de nos Berbères et de nos Arabes d'Afrique, à 
une époque plus récente, en s'appuyant sur les faits 
de l'histoire du pays. Mais, c'eût été échapper aux 
pi'éjugés traditionnels de son état, et il eût cru, en 
agissant ainsi, faire pi'euve d'ignorance et de mauvais 
goût. 

Le chapitre commence par une longue dissertation 
sur les règles qui doivent être observées pour le par- 
tage du butin de guerre et l'attribution de ce qui en 
revient au Beït-el-Mal ; sur les droits des Arabes de 
l'intérieur, des rebelles et des infidèles vaincus à 
conserver les choses qu'ils possèdent, etc. 

En voici un spécimen : 

« Dans l'ouvrage appelé El-Oudjir il est dit : « On 
« est en désaccord sur la condition légale des choses 
« détenues par les Arabes de l'intérieur : les uns 
« estiment qu'il faut leur appliquer la règle des biens 
« (ou valeurs) des musulmans dont le propi'iétaire 
« est inconnu, ou les assimiler à celles dont les pro- 
« priétaires sont grevés de dettes ; mais chacun est 
« d'accord sur ce point qu'elles reviennent légalement 
« aux pauvres; quant aux riches, il y a divergence... 

« En ce qui a trait aux Arabes de l'intérieur, il est 
« reconnu qu'ils ne sont pas tous dans la même 
« situation au point de vue de l'origine légale de ce 
« qu'ils possèdent; que la plupart d'entre eux n'ont 
« entre les mains que des choses enlevées aux autres 
« par la violence, et que le plus petit nombre possède 
« légalement. » 



— 322 — 

Le premier paragraphe énonce des règles fort 
contestables ; on ne peut admettre, en effet, que tout 
ce qui se trouve en la possession des « Arabes de 
l'intérieur » doit leur être enlevé pour être donné aux 
pauvres. Quant aux allégations du second, elles ont 
également le tort d'être générales et de ne viser ni 
une peuplade, ni une époque déterminées. S'agit-il 
de telle tribu du Nedjd, au X^ siècle, ou des Arabes 
pillards de la Tunisie au XVI^ ? On n'en sait rien ; 
mais il ne peut en découler aucun principe à appli- 
quer à tous les Berbères, à tous les Arabes et à tous 
les Berbères-Arabisés de l'Afrique septentrionale au 
XyiII"^ siècle. 

S'il a voulu assimiler à ces Arabes les nomades de 
la province d'Oran, il aurait dû citer le passage du 
Mounès d'El Kairouani W où l'auteur relate la con- 
damnation solennelle prononcée contre les Arabes de 
rifrikiya (0. Saïd, O. Bellil, etc.), dans le premier tiers 
du XVU° siècle, par les légistes de Tunis. Ils les 
mirent hors la loi, autorisèrent à leur courir sus et 
à les traiter comme des infidèles, à leur imposer le 
kharadj, ou double dîme, etc. El Berzali déclare 
même que leur vendre des armes serait commettre 
un péché. Voilà des faits précis et il lui eût été facile 
d'assimiler certaines tribus des Hauts-Plateaux du 
centre, aux incorrigibles rebelles, aux anarchistes de 
la Tunisie, et de conclure qu'on pouvait leur appliquer 
la même sentence. 

Peut-être, il est vrai, ne connaissait-il pas le Mou- 
nès ; peut-être aussi ne voulait-il recourir qu'aux 



(1) Mounès el Ounès, traduit par l'ollissier et de Remusat (p. 388 et 
suiv.) sous le titre : Histoire de V Afrique . 



— 323 — 

auteurs anciens ; peut-être, enfin, est-il resté à des- 
sein dans le vague. 

Quoi qu'il en soit, on peut juger par cet exemple 
les procédés de l'auteur et sa façon d'éclairer le débat. 

I^- — Lîi Question des terres de conquête 

(4« Chapitre) 

Arrivons à la question principale, le régime des 
terres. 

« Pour faire suite aux principes qui viennent d'être 
<- définis, - dit l'auteur - nous allons étudier le 
« régime légal des terres,.... particulièrement en 
« Mag'reb, pays qui comprend la région que nous 
« habitons. 

« Il faut savoir, avant tout, si ces territoires sont 
« Anoua, c'est-à dire s'ils ont été conquis par la 
« force des armes, d'où découlerait l'obligation de 
« verser au Beït-el-Mal, le produit de l'impôt foncier 
« (Kharadj) les frappant, - ou si ils sont Solah, 
« ayant fait l'objet de traités librement consentis d)' 
« auquel cas personne n'aurait sur elles de droits 
« (extra-légaux). 

« A quoi je réponds : u Les questions suivantes 
« ont été posées à l'Imam, au légiste Sidi Abd er 
« Rahmane ben Mekallech : Que pensez-vous de la 
« condition de nos pays d'Occident : sont-ils dans la 
« catégoi-ie de l'Anoua ou dans celle du Solah ? Or, 
« nous connaissons une tradition attribuée à Ed 
« Daouadi et comprenant quatre définitions. De plus, 



— 324 — 

« on trouve dans l'ouvrage dit « El Moktabès-fi- 
« Ikhbar ElMagreb-oua-el-Andelous », ce qui suit ; 
« La limite du Mag'reb part de la mer de Kolzoum 
« (mer-Rouge). Le commandement du territoire du 
« Mag'reb, — lequel comprend l'Egypte, Kaïrouane, 
« rifiikïa, le Magreb-central, le Zab, le Sous-el- 
« Adna et el-Akça et le pays d'Abyssinie. » 

Ici s'arrôle la citation et le lecteur reste, encore 
une fois, le pied en lair, de sorte que nous ignorons 
à quoi allait conclure El Moktabès. A en juger par le 
commencement, la perte est peut-être médiocre, car 
il serait difficile de se montrer plus incomplet en 
matière de géographie africaine. Mais notre auteur ne 
semble pas s'en apercevoir; il paraît même avoir une 
singulière sympathie pour ce qui manque de précision. 

Reprenons le texte au point oij nous nous sommes 
arrêtés : 

« Ibn Abou Zeïd, dans (l'ouvrage appelé) En Nouâïr, 
« dit : « La condition des terres est de trois sortes : 
« 10 terre d'Anoua ; 2° terre de Solah ; 3° terre dont 
« les possesseurs se sont convertis à l'Islam. 

« La première catégorie demeure séquestrée, sans 
« subir de partage, et le kharadj dont on l'a frappée 
« revient aux musulmans. Ainsi a agi Omar, à l'égard 
« des campagnes de l'Egypte, de l'Irak et autres pays. 
« Des fiefs ne peuvent y être concédés ; mais, pour ce 
« qui est des apanages constitués en terre d'Egypte, 
« je ne suis pas fixé sur leur condition. 

« Quant aux terres dont les possesseurs ont em- 
« brassé l'islamisme, sans les quitter (i), et qui n'ont 



(1) Le texte porte : '^fc^ lj^«>' ^^ qui pourrait aussi se traduire : 
« aflii de les conserver. • 



— 325 — 

« pas été vaincus par les armes et n'ont pas réglé 
« leur situation par traité, (c'est-à-dire qui ne sont 
w classés ni dans les Anouis, ni dans les Solhis), on 
« doit les ranger en deux catégories : 

M 1° Tout ce qui est en état de productivité, libre 
« de charges, ayant des limites précises et reconnues, 
« reste à la disposition du propriétaire, qui en fait ce 
« qu'il veut et l'aliène par vente, donation ou au- 
« trement. 

« 2" Quant au surplus du territoire des gens qui 
« ont embrassé l'islamisme comme il a été dit, se 
« composant des montagnes, des rivières, des terrains 
« de parcours, en un mot de tout ce qui n'est pas 
« propre à la culture des céréales ou à la plantation 
« des arbres, ne servant qu'au parcours et au pâlu- 
« rage, et qui se trouvait dans les mêmes conditions 
« avant la conversion des habitants, c'est-à-dire les 
« territoires dont on n'hérite pas et qui ne peuvent 
« constituer des propriétés particulières, comme le 
« sont des biens définis et délimités, — le prince peut 
« y concéder des fiefs, en prendre des parties pour 
« les constituer hobous, etc.... Là, en effet, les gens 
« ne possèdent que des droits d'usance et de parcours ; 
« là, la terre devient la propriété de celui qui la met 
« en valeur. » 

Ces principes formulés par un auteur des premiers 
siècles de l'Hégire, sont à peu près exacts, bien que 
leur exposition manque de clarté. Combien, à ce point 
de vue, la doctrine des bons légistes des écoles maie- 
kite et chaféïte est supérieure ! 

Il en résulte bien que le vaincu qui se soumet 
et embrasse l'islamisme, conserve l'intégralité des 
biens lui appartenant sans conteste ; quant aux mon- 

33 



— 326 — 

tagnes, ravins, etc., ils composent le domaine public 
et il est naturel qu'on ne l'attribue pas à des particu- 
liers et que l'Etat en dispose. 

Mais l'exposé est incomplet, cai' il néglige la caté- 
gorie des Solhis. Il ne dit pas que l'Anoui, en se 
soumettant, acquiert les droits du Solhi ; il ne fait 
pas ressortir que cette condition légale particulière 
s'applique aux infidèles non-musulmans et que toutes 
ces exceptions disparaissent, du jour où ils se conver- 
tissent à la religion de Mahomet et entrent ainsi dans 
la communauté des fidèles. 

Derdir, un des meilleurs légistes de l'école de Ma- 
lek, formule cette règle en ces termes : « (^) Si le 
« Solhi se convertit à l'islamisme, sa terre et ses 
« autres biens reprennent le caractère de propriété 
(( particulière à son profit, et toutes les charges 
« spéciales qui lui avaient été imposées (comme 
« infidèle, vaincu, etc.) deviennent caduques. » Telle 
est la vraie doctrine ; sa précision et sa simplicité ne 
peuvent laisser prise à aucune contestation. 

L'auteur aurait dû commencer par poser cette base, 
après quoi, il aurait étudié les conditions de la con- 
quête et de l'islamisation du Mag'reb dans les ouvra- 
ges des bons historiens du XII I^ et du XIV® siècle, 
pour en faire l'application. Il paraît bien avoir opéré 
quelques recherches dans ce but, mais les auteurs 
qu'il cite avouent tous qu'ils ne sont pas fixés. Nous 
avons vu plus haut Ibn-Abou-Zeïd déclarer qu'il ne 
connaît pas la condition légale des fiefs d'Egypte. 
Sahnoun, questionné plus loin, répond : « Pour ce 
« qui est du territoire de l'Ifrikiya, je n'ai pu arriver 



— 327 — 

« à aucune certitude sur le point de savoir s'il doit 
« être rangé dans la catégorie de l'Anoua ou dans 
« celle du Solah. Ayant interrogé à cet effet Ali ben 
« Zïad, j'ai obtenu la déclaration suivante : « Je ne 
« connais rien de précis sur cette question. » 

En vérité, Mohammed el Moustafa aurait pu se 
dispenser de citer de semblables preuves ; il joue de 
malheur dans le choix de ses sources, à moins qu'il 
n'agisse à dessein. 

Toute sa dissertation est de la même force ; nous 
y trouvons naturellement cette citation bien connue : (i) 
« Ibrahim el Kantri, l'Andalou, disciple de l'Imam 
« Ibn Rochd, s'exprime comme suit : « On dit que 
« Malek a posé en principe que le Mag'reb est un pays 
« d'Anoua et que quiconque en a mangé la moindre 
« chose, sans acquitter le droit du prince, a mangé 
« une chose illicite. » 

Voilà un apophtegme qui ne fera pas avancer de 
beaucoup la solution cherchée. Si Malek a réellement 
dit cela sous cette forme triviale, il aurait bien dû 
faire connaître ce qu'il entendait par «le Mag'reb». 
En Orient, à son époque, c'était un . terme vague, 
comprenant, ainsi que nous l'avons vu, tous les |)ays 
à l'ouest de la mer Rouge. Et puis, eùt-il voulu dési- 
gner le Mag'reb extrême (Maroc actuel) qui venait de 
secouer le joug du Khalifat et de lui « manger » plu- 
sieurs armées, quelles conclusions pourrait-on tirer 
de cette boutade? 

Du reste, El Kanti-i ajoute aussitôt : « Mais les 
« cheikhs des peuplades du Mag'reb affirment qu'au- 



(1) Elle est rapportée avec une variuiite dans le Fetoua, écrite en 1849, 
pour le Général Charon, gouverneur. 



— 328 — 

« cune partie de ce pays n'a été classée dans la calé- 
« gorie des terres d'Anoua. » 

Ils avaient raison et auraient pu rappeler, comme 
preuve, que la grande révolte berbère de 840 a été 
motivée par la prétention du gouverneur arabe de 
Tanger de les soumettre, eux musulmans, au paiement 
du kharadj (impôt foncier) qui ne peut être exigé que 
des infidèles t'^) . 

Après tous ces préambules accompagnés de digres- 
sions interminables, l'auteur reproduit la réponse 
donnée dans le Dorer, d'El Mazouni, à un certain 
nombre de questions sur les points qui nous occu- 
pent. Voici ce passage : 

« Vous me demandez, si les pays du Mag'reb sont 
« restés, par suite de la conquête, classés dans la 
« catégorie de l'Anoua ou dans celle du Solah ? 

« A quoi je réponds : que les conséquences de la 
« conquête n'ont pas été les mêmes pour toutes les 
€ localités : certaines régions, conquises par la force 
« des armes, sont demeurées soumises aux règles de 
« l'Anoua, tandis que d'autres, ayant traité, ont pro- 
« fité du régime du Solah. 

« Ainsi, d'après Ibn Habib, la majeure partie de 
« l'Andalousie a été classée dans la catégorie de 
« l'Anoua. Quant à l'Ifrikïa, la plus importante pro- 
« vince du Mag'reb, elle contient des parties qui ne 
« sont soumises, ni au régime de l'Anoua, ni à celui 
« du Solah.... En somme on n'est nullement d'accord 
« sur ces points, les uns, soutenant qu'elle a été 
« conquise par les armes, les autres, soumise en 



(1) Histoire du l'Afrique septentrionale, [T. I., p. 350 et suiv.). 



— 329 — 

« vertu de traités. Le même fait s'est produit à 
« l'égard du Hedjaz et de La Mekke. » 

Comme explication, cela est assez vague et peu 
compi'omettant ; les bons oracles doivent être ainsi : 
il suffît qu'elle ait été de nature à fermer la bouche 
aux contempteurs du bey, ce qui n'est pas impossi- 
ble, dans ce milieu. 

Arrivons maintenant à la réponse donnée par El 
Mazouni sur la condition de la propriété foncière, 
puisque la question de l'origine de la conquête se 
trouve « élucidée » comme on l'a vu. 

Notre auteur va-t-il, enfin, abandonner l'Orient et 
se référer aux annales du Mag'reb? Nullement. Il 
vient de rappeler la conquête de La Mekke et du 
Hedjaz, au premier siècle de l'hégire : c'est là qu'il 
prendra ses exemples, sans s'occuper de la Berbérie, 
seule en cause. Or, La Mekke a été l'objet de plu- 
sieurs sièges mémorables à cette époque. Nousdira-t-il 
duquel il veut parler ? Il ne s'inquiète guère de ces 
détails ! Voici simplement le résumé de sa démons- 
tration : 

De bons auteurs ont discuté sur le point de savoir 
si, après la prise de cette ville, les « Musulmans » 
vainqueurs lui ont imposé un traitement spécial, une 
condition légale particulière, et plusieurs d'entre eux, 
non des moindres, affirment catégoriquement qu'on 
lui a appliqué les règles de l'Anoua. 

Cela posé, la conséquence s'impose : si La Mekke 
a été rangée dans la catégorie de l'Anoua, pourquoi 
le Mag'reb protcndruit-il échapper à ce traitement? 

Le raisonnement est d'une logique brutale à laquelle 
tout le monde souscrira. Il est évident que les vrais 
croyants entrés par la brèche dans la ville des Ko- 



— 330 — 

réïchites, l'onl traitée en pays conquis et lui ont fait 
durement expier la délaite; les choses ont dû se pas- 
ser de la même façon en maintes localités de la 
Berbérie. 

Cette assimilation, du reste très honorable pour le 
Mag'reb. est la pi-euve de la faiblesse du système de 
ceux qui prétendent qu'après avoir été soumis au 
régime restrictif des conquêtes, la Berbérie a conservé 
jusqu'à nos jours cette situation exceptionnelle, en 
dépit de la conversion de ses habitants à l'Islam et 
de sa soumission au Khalifat. 

Le régime de l'Anoua, mettant au lendemain de la 
victoire, un frein aux passions déchaînées par la lutte, 
imposant une certaine modération aux vainqueurs, et 
offi'ant aux vaincus un pardon honorable, est un état 
essentiellement transitoire ; puis le temps fait son 
œuvre et efface jusqu'au souvenir des fatalités de la 
conquête. La Mekke, relevée de ses ruines, repeuplée 
par les Musulmans, n'a pas tardé à devenir la Ville- 
Sainte, le flambeau de l'Islamisme. Qui aurait osé, 
quelques années plus tard, qui oserait maintenant lui 
rappeler qu'elle a été soumise au régime de l'Anoua 
et contester à ses habitants la plénitude des droits 
garantis aux fidèles par le Koran? 

Toutes proportions gardées, le Mag'reb est dans le 
même cas et rien ne pouvait mieux lui servir que 
l'exemple qu'on lui oppose. 

Mais revenons 5 notre livi-e et voyons de quelle 
matiière l'auteur va s'y prendre pour échapper aux 
conséquences logiques de sa démonstration. Cela ne 
le gêne guère : « En tout état de cause, dit-il, — soit 
« les habitants (du Iledjaz) se sont soumis par traités, 
« soit ils sont restés intidèles, auquel cas ils ont été 



— 331 — 

« exterminés ; — dans les deux hypothèses leurs 

« biens ont été dévolus oux Musulnrians. Et même 

« s'ils ont embrassé l'Islamisme, leurs terres sont 

« devenues la propriété des vrais croyants, car en 

« se conuertissant, ils ont sauvé leurs personnes, 

« macs n'ont pas sauvé (recouvré?) leurs biens pour 

« cela. 

« C'est pourquoi Ibn Habib a dit : « Leurs terres 
« ne peuvent ni être vendues, ni être partagées, ni 
« être données. Le propriétaire n'en recouvre pas la 
« propriété, en raison de son entrée dans le giron de 
« l'Islam, parce qu'elles demeurent grevées à perpé- 
(' tuité de séquestre (hobous) pour garantir le Kha- 
« radj), — si elles ont d'abord été frappées de charges 
« spéciales (Djazia) ; — mais, si la redevance a été 
c imposée (sous forme de capitation), à des groupes 
« de personnes, la règle est tout autre chez nous. » 

« Ibn Mahrez, traitant de la question de l'Anoua 
« et du Solah, a posé des règles claires et précises ; 
« je ne les reproduis pas, de crainte de prolonger 
« outre mesure ces explications, mais chacun peut 
« s'y reporter. 

« Sohnoun n'accorde pas à l'Anoui le droit de ven- 
« dre la moindre partie de ses terres, car elles appnr- 
« tiennent aux « Musulmans » ; mais il peut disposer 
« à son gré de tous ses autres biens. 

« La conséquence de ce qui vient d'être exposé 
« est quCj dans tout pays, la terre est aux « Musul- 
« mans » et que le Kalife les représente. » 

Voilù, certes, une argumentation heurtée, dont les 
les déductions s'enchaînent mal pour aboutir à une 
conclusion aussi inattendue que peu justifiée. Le 



— 332 — 

plaidoyer d'El Mazouni n'aurait-il pas été, lui aussi, 
fait sur commande ? 

Accordons à l'auteur que La Mekke a été soumise 
au régime de l'Anoua ; il faudrait savoir si cette 
exception la frappe encore, ce qui n'est pas soutena- 
ble. Or, « tous les pays » ne sont pas dans le même 
cas ; plusieurs ont bénéficié du régime du Solah : 
pourquoi alors ne pas faire d'exception à la règle ? 

A l'égard du Mag'reb, en particulier, il a reconnu 
lui-même qu'on ignore s'il a été classé dans la caté- 
gorie de TAnoua ou dans celle du Solah. Sa conclu- 
sion est donc dénuée de fondement et la conséquence 
qu'il prétend en tirer se retourne contre son système. 
Ces équivoques procèdent toujours de la même 
cause : on oublie, plus ou moins volontairement, que 
le régime de l'Anoua, est un traitement exceptionnel, 
un modus vioendi transitoire, appliqué aux infidèles 
vaincus et refusant de se soumettre à la domination 
de l'Islam. Cela permet de considérer leurs terres, 
tantôt comme frappées d'un séquestre perpétuel, ga- 
rantissant les charges extra-légales qui leur ont été 
imposées par les conquérants, — tantôt comme deve- 
nues, ipso facto, propriétés des « Musulmans » ce 
qui, par parenthèse, prouve que leurs anciens maîtres 
sont restés infidèles. 

Or, il est incontestable que si les terres de culture 
de l'Anoua sont frappées de séquestre au profit de la 
communauté musulmane^ il n'en est pas de môme de 
celles des pays de Solah, lesquelles demeurent en la 
possession de leurs maîtres, à charge de payer le 
Kharadj ou autres taxes, imposées aux infidèles sou- 
mis et tributaires ; et que l'Anoui, en se soumettant, 
acquiert tous les droits du Solhi. 



— 333 — 

Pourquoi donc ne |)arler que de l'Anoui, jamais du 
Sollii ? Pourquoi édifier des systèmes sur un état 
transitoire, car il n'y a pas d'exemple que des popu- 
lations soient restées dans cette situation à travers des 
siècles? Se soumettre ou disparaître : aucun sujet de 
rislam n'a pu échapper à cette fulalilé. 

Quant à l'axiome énoncé dans l'ouvrage d'EI Ma- 
zouni, à savoir que la conversion à l'Islamisme, libère 
l'individu, mais ne lui rend pas ses biens, elle est en 
contradiction absolue avec la doctrine de toutes les 
écoles. Et, si l'on admet qu'elle a pu être appliquée, 
en certains cas, il est hors de doute, qu'après un 
plus ou moins grand nombre d'années, les propriétés 
non incorporées au domaine de la communauté mu- 
sulmane, ont été acquises au moyen de la prescription 
ou autrement par les particuliers détenteurs de fait, 
et qu'elles ne peuvent être soumises à un régime 
légal autre que celui déterminé par la jurisprudence 
koranique. 

Du reste, notre auteur, lui-même, conteste les 
théoi'ies de l'ouvrage d'EI iMazouni et critique l'opi- 
nion pi'ètée à Malek, au sujet de la situation faite à 
La Mekke après sa chute, c'est-à-dire l'interdiction 
aux Musulmans de donner à bail ses maisons. « Il 
« s'agit, évidemment, dit-il, des demeures abandon- 
« nées par les infidèles; or, elles ont été depuis long- 
« temps démolies et remplacées par d'auti'es, et l'on 
« ne peut songera contester le droit de propriété de 
« ceux qui les détiennent. » 

Lancé dans cette voie, il va plus loin et n'hésite 
pas à reproduire des opinions telles que celle-ci : 
« C'est avec raison que, de nos jours, les Cadis dres- 
« sent des titres de propriété aux détenteurs réguliers 



— 334 - 

« de terres et reçoivent leurs actes de donation, de 
« chofâa et autres, parce qu'il faut admettre que, 
« dans le principe, Vlmam a partagé les terres 
(( comme le reste du butin de guerre. Si donc le 
« Juge décide dans ce sens, même à l'égard de 
« terres d' A noua, la propriété s'en trouve régu- 
« lièrement constatée et toute indécision disparaît. » 

Traitant ensuite la question des concessions faites 
à des personnages ou à des groupes, par le représen- 
tant du prince, il déclare que ces libéralités, dont la 
matière a été prélevée sur la fortune de la commu- 
munauté musulmane, n'ont de vigueur que pendant 
la durée de l'autorité confiée à leur auteur et n'attri- 
buent aucun droit do propriété, de sorte que les 
bénéficiaires doivent s'en dessaisir, si le remplaçant 
du donateur ne confirme pas, pour son compte, la 
concession. 

Nous comprenons maintenant pourquoi les beys, 
entrant en fonctions, confirmaient par des diplômes 
spéciaux et renouvelaient les concessions et avantages 
précédemment octroyés aux marabouts et autres 
personnages. 

Cependant ces diplômes de renouvellement ont été 
acceptés par nous comme établissant, sans conteste, 
la propriété et remplacés par des titres domaniaux, 
tandis qu'on classait comme Arch des terres beau- 
couj) plus légitimement possédées par les occupants. 

Le 4® chapitre contient donc quelques passages à 
retenir. En finissant, après avoir exposé et discuté 
confusément la (juestion des taxes et impôts extra- 
légaux, notre auteur laisse échapper cette exclamation : 
« En résumé, il faut toujours s'en rapporter à ce 



— 335 — 

(' principe proclamé par le Prophète : « Aucune taxe 
« ne peut être imposée aux Musulmans ! > 

C'est ce qu'il y a de plus clair dans le livre et nous 
pouvons nous en tenir là. 



CONCLUSION 

L'axiome que nous venons de reproduire contient 
la vraie solution de toutes les questions agitées plus 
haut : aucune taxe, aucune obligation, aucun ré- 
gime particulier, — en dehors de ceux fixés par les 
lois Koraniques, — ne peuvent être imposés au Mu- 
sulman. La législation islamique est une et les garan- 
ties qu'elle assure aux fidèles, pour leurs personnes 
et pour leurs biens, s'appliquent à tous, en tout lieu. 

C'est donc en vain que des légistes de divers pays, 
écrivant sur commande, ont déployé la plus ingénieuse 
subtilité et créé des équivoques en faisant intervenir 
des règles spéciales, appliquées aux vaincus non 
Musulmans, leurs systèmes s'écroulent si on les exa- 
mine de près. 

Les Turcs, surtout, ont employé ce procédé, — si 
même ils ne l'ont inventé, — pour justifier leurs actes. 
Nouveaux venus dans l'Islam, qu'ils ont profondément 
troublé, usurpateurs du trône du Khalifat, ils ont 
d'abord foulé aux pieds toutes les l'ègles, toutes les 
traditions de la loi musulmane. Mais, après la période 
des grandes conquêtes qui les laissait maîtres d'un 
vaste empire rayonnant sur l'Europe, l'Asie et l'Afri- 
que et héritiers du titre de « Commandeur des 
croyants », ils ont senti la nécessité de donner à leur 
gouvernement une apparence de légalité et de régler 
la condition de leurs sujets de toute race. 



— 336 - 

Avec le concours de légistes complaisants, ils ont 
habilement su faire plier la rigidité de la loi islamique 
et interpréter selon leurs désirs la doctrine des écoles 
hanafite et chaféïte. C'est ainsi qu'ils ont créé une 
jurisprudence justifiant leurs procédés de gouverne- 
ment, mais d'une orthodoxie très contestable sur la 
plupart des questions se rapportant aux pays conquis. 
Qui donc parmi leurs malheureux sujets aurait osé 
les contredire? Ils se sont inclinés devant la force, en 
bons musulmans, sur tous les points de l'Empire. 
L'Algérie, bien que ne subissant pas leur action aussi 
directement que l'Egypte ou la Syrie, n'y a cependant 
pas échappé ; là aussi ils ont trouvé des docteurs pour 
démontrer la légalité de leurs actes arbitraires, en 
inventant le «droit du Makhezen », indépendant de 
la loi (1). 

Mohammed el Moustafa est un légiste de cette sorte 
et son livre nous offre le parfait modèle de ces ma- 
nuels de droit régalien. On a pu juger de sa valeur 
intrinsèque par l'analyse que nous en avons faite. 
Ecrit ad probandam, il renferme les théories les plus 
contradictoires, les allégations les plus suspectes et 
ne conclut à rien. Mais l'erreur a une force, une vita- 
lité qui confondent. Comment expliquer que ces 
théories soient parvenues aux représentants de la 
France en Algérie, qu'elles aient été reprises par eux 
et aient servi à édifier tout un système sur le régime 
de la propriété dans l'Afrique du Nord? 

C'est évidemment ce livre qui a inspiré l'auteur de 
la Fetoua (consultation) écrite sur la question, en 



(1) Ils ont divisé les décisions en ^y^ A"^ cl ^^ji^ *^^ 



— 337 — 

1849, pour répondre à la demande du gouverneur, le 
Général Gharon (i). 

Vers le même temps, le D"" Worms publiait dans 
le Journal asiatique, son « Etude sur la propriété en 
pays musulman », inspirée sans nul doute, pur la ju- 
risprudence turque et concluant au rebours des vrais 
principes du droit musulman (2). 

Ainsi se fonda la théorie officiellement adoptée par 
gouvernement français et dont voici la formule : 

« L'Algérie étant pays de conquête (le fameux 
Anoua Ij, les indigènes ne sont pas propriétaires 
des territoires quils occupent ; ils en jouissent 
collectivement et à titre précaire. » 

Certains préconisèrent cette variante : « La terre 
« est à Dieu et au Khalife, son représentant, qui 
« en dispose à son gré. » 

De cette base, radicalement fausse, ont procédé 
toutes nos erreurs : la « propriété collective », la 
« terre arch », etc., en dépit de l'évidence qui venait 
chaque jour démentir ces rêveries, mais qu'on ne vou- 
lait pas voir... La fatale semence a si bien fructifié 
que, depuis lors, quiconque a voulu régler cette ques- 
tion, par voie législative ou administrative, n'a abouti 
qu'à augmenter les difformités du monstre. Il en sera 
de même, tant qu'on n'aura pas fait table rase et 
extirpé cette végétation jusqu'aux racines. 

Pour en revenir à notre livre, n'est-il pas surpre- 
nant que d'aussi pauvres productions aient pu avoir 



(1) Voii- la question posée et la réponse dans Méneroille, T. I. Pro- 
priété. ' 

(2; D'autres auteurs ont puisé aux mêmes sources, notamment Mouradja 
d Osson, Gattesclii et autres écrivains de mérite. C'est ainsi que la défor- 
mation turque a obtenu chez nos spécialistes une faveur einjustitiée. 



- 338 — 

de tels effets? C'est d'autant plus étrange que per- 
sonne ne lit de semblables choses : on se borne à en 
extraire, avec le concours d'un Khodja ou de quelque 
taleb, un ou deux passages, tels que ceux que nous 
avons soulignés à la page 331, sans s'inquiéter de ce 
qui les précède, ni de ce qui les suit. Traduits en 
français convenable, ils font très bien et prennent un 
air d'axiome indiscutable. On aurait pu, tout aussi 
bien, choisir d'autres passages disant tout le contraire; 
mais c'est précisément ceux-ci qu'on laisse et le tour 
est joué. 

Reprenons, par exemple, la première des deux 
phrases soulignées, de Mazouni : « En se convertis- 
« sant à l'Islamisme, ils ont sauvé leurs personnes, 
« mais n'ont pas sauvé leurs biens pour cela; » puis, 
la seconde : « La conséquence des faits établis ci- 
« dessus est que, dans tout pays, la terre est aux « Mu- 
« sulmans » et que le Khalife les représente. » 

Nous avons vu que la première se rapporte aux 
vaincus infidèles de La Mekke, dans le l^"" siècle de 
l'hégire, et que la seconde, servant de conclusion, 
n'est justifiée en rien par ce qui précède et semble un 
défi au bon sens et à la vérité. Cependant, il n'en a 
pas fallu davantage pour faire admettre, par les fonc- 
tionnaires français, à tous les degrés, des foi'mules 
semblables comme l'expression vraie de la loi ! 

Les donneurs de consultations sur des points de 
législation connaissent bien ce moyen de faire gagner 
les procès et en abusent, car il est infaillible. Ces ci- 
tations tronquées, souvent inexactes, sans rime ni 
raison, ont un effet quasi-magique.... 

Serons-nous donc toujours victimes de ces trompe- 
l'œil? 



- 339 - 

Oui, tant que nous nous bornerons à ne voir que 
l'apparence des choses ; tant que nous accepterons de 
prétendus textes de jurisprudence, noyés dans des 
consultations, comme représentant la doctrine légale ; 
tant que, en un mot, nous voudrons juger la question 
sans la connaître. 

Ce qu'il taut, c'est étudier à fond la législation mu- 
sulmane, en se dégageant de toute prévention, de tout 
préjugé d'école, et en se gardant de toute assimilation. 
C'est à ce prix qu'on en pénétrera le sens et qu'on en 
saisira le but et l'esprit, car on ne peut la comprendre 
qu'en se plaçant au point de vue musulman. 

On se convaincra alors que cette législation est 
soumise à une logique impeccable, absolue ; que les 
principes étant posés, les conséquences en découlent 
imperturbablement et que tout converge vers le but 
proposé qui est toujours le plus juste. Logique bru- 
tale, si l'on veut, subtile pour nos esprits généralisa- 
teurs, mais qui ne permet aucun écart. 

11 en résulte, pour quiconque est suffisamment 
expert en la matière, une sûreté d'appréciation, qui 
ne se laissera pas tromper par les sophismes ou les 
apparences, et permettra de dire, sans hésiter : ce 
système est faux, parce qu'il est contraire aux prin- 
cipes, par suite injustifiable. 

C'est ainsi qu'on échappera aux erreurs dans les- 
quelles sont tombées tant de bons esprits. Une légis- 
lation qui offre de telles sécurités n'est ceriainement 
pas méprisable. Malheureusement son étude est ardue, 
décourageante même, pour quiconque ne saura pas 
dédoubler en quelque sorte son esprit, pour s'iden- 
tifier momentanément à un état social et intellectuel, 



— 340 — 

à une forme de raisonnement tout autres que ceux 
qui ont servi à son éducation et que le milieu où il 
a vécu. 

Cet ensemble de faits nous explique, sans doute, 
pourquoi nombre de gens affectent un profond dédain 
pour la législation musulmane et vont même jusqu'à 
en conlesler l'existence : il est si facile de nier ce 
qu'on ignore! 

Ernest MERCIER. 



INSCRIPTIONS INÉDITES 

JDE LA PROVINCE IDE OONSTANTINE 

POUR LES ANNÉES 1897 ET 1898 



PAR 



Ch. vars, 

Professeur de "^Philosophie au Jycée, 

J^DJOINT AU 'jVlAIRE, 
ÏVlOB-"J»RÉSIDENT DE LA ^OCIÉTÉ ^ARCHÉOLOGIQUE DE ^ONSTANTINE 



t > * < < 



Les deux années qui viennent de s'écouler depuis 
la publication de notre dernier volume n'ont pas été 
des plus fertiles en découvertes épigraphiques. Nos 
correspondants ont quelque peu chômé et nous-mê- 
mes n'avons pas été particulièrement heureux dans 
les courtes recherches auxquelles nos rares loisirs 
nous ont permis de nous livrer. 

Toutefois, nous aurions mauvaise grâce à nous 
plaindre, car la pénurie de ces deux années n'est que 
relative, ainsi qu'on va le voir, et nous pouvons ajou- 
ter un assez bon nombre de numéros à nos décou- 
vertes antérieures. Ils ne sont pas, sans doute, de la 
plus haute importance, mais quelques-uns de nos 
textes inédits ne sont pas complètement dénués d'in- 
térêt. 



— 342 — 

CONSTANTINE (Cirta) 

Très peu d'excavations intéressantes ont entamé le 
sol de l'ancienne colonie de César, dans ces derniers 
temps. Ce n'est pas que l'industrie du bâtiment ait 
été particulièrement inactive dans notre cité où, de- 
puis pas mal de lustres, elle n'est pas très animée; 
mais les fouilles pratiquées, pour asseoir de nouveaux 
édifices, n'ont exploré le vieux sol que sur des points 
excentriques dont l'ancienne agglomération romaine 
n'avait pas, ou presque pas^ pris possession. 

C'est surtout dans les faubourgs que se sont éle- 
vées de nouvelles maisons d'habitations, et c'est ordi- 
nairement dans la terre vierge que se sont creusées 
leurs fondations. Donc, rien à attendre pour nous de 
ces travaux et nous n'avons eu aucune surprise à 
constater leur résultat négatif. 

Deux chantiers cependant ont été ouverts dans l'in- 
térieur de la ville, sur des emplacements avoisinant 
ceux qui avaient autrefois donné lieu à des remar- 
ques intéressantes. 

L'un fait face à la nouvelle école de filles de la place 
d'Asile, qui a été élevée sur une partie des anciens 
thermes à'Arrius l'acatus. On se souvient que nous y 
avons trouvé, au milieu de débris de sculptures et de 
colonnades, un fragment de dédicace nous faisant 
connaître que le nom du grand citoyen, généreux do- 
nateur de ces thermes à la cité, s'était perdu sous 
Valentinien et Valens. Il nous apprenait, en efifet, que 
cet établissement public avait été restauré sous ces 
princes et en leur nom, par l'infatigable construc- 
teur et illustre prœses de Numidie, Publilius Cœioyius 
Cœcina Albinus, consulaire à six faisceaux, et qu'à 



— 343 — 

celte époque il n'était plus connu que sous la dési- 
gnation générale de thermes de Comtantine (^K 

Le petit emplacement, fouillé par M. Ferrando, n'a 
révélé aucune nouvelle particularité intéressante sur 
ce point. 

L'autre chantier est celui de l'ancienne école pri- 
maire supérieure de garçons, situé entre la rue Mores 
et la rue d'Aumale et, conséquemment, aux abords de 
l'ancien forum. La partie de cette maison, qui était 
en bordure sur la rue d'Aumale, a été démolie et re- 
construite à neuf. Comme les fondations du nouveau 
mur étaient à peu près celles de l'ancien et que ce- 
lui-ci reposait sur des substructions romaines, ces 
dernières ont bien été mises à jour, mais n'ont pas été 
retirées. Nous avons pu les voir au fond de la fouille. 
Elles consistaient en solides assises de grand appa- 
reil, mais ne présentaient rien de bien intéressant. 

Il n'en est pas tout à fait de même des vestiges 
rencontrés dans la tranchée exécutée par M. Laumet, 
le long du boulevard de l'Ouest, pour le grand égout 
du nouvel Hôtel de ville de Constantine. Nous avons 
pu constater dans les failles du rocher qui lui servait 
d'assiette, quelques traces de la grande muraille d'en- 
ceinte de l'ancienne cité romaine. Elles consistaient 
en blocs énormes, grossièrement appareillés, sem- 
blables à ceux qui ont été trouvés dans la profonde 
excavation où on a enfoui les fondations de la prin- 
cipale façade du nouvel Hôtel de ville. Elles étaient 
pareillement posées sur un lit de gros blocs arrondis 
qui ont réussi pendant des siècles à en supporter le 
poids sans aucune apparence d'affaissement. 

(U A«c. d* ConsUmSin*, t. xxx, p. :^&. 



— 344 — 

Mais si le vieux sol de la cité a été peu interrogé, 
celui de sa nécropole, au Goudiat-Aty, continue à li- 
vrer le secret de ses sépultures. C'est là que nous 
puiserons, désormais, de nombreux textes, puisque 
la montagne va être définitivement enlevée après avoir 
résisté si longtemps à tous les projets et à toutes les 
entreprises. 

Voici les épitaphes exhumées depuis la réouverture 
des travaux : 

N» 198 (1) 

Stèle trouvée au Goudiat, du côté du couchant, en 
face l'école de filles, à environ 100 mètres de la rue 
Saint-Antoine. 

En pierre calcaire, avec piédestal et surmontée d'un 
fronton en demi-cercle se retournant sur les bords 
en deux acrotères barrés. 

L'inscription est dans un panneau entouré d'une 
triple moulure. 

Dans le fronton, se trouvent deux feuilles de lierre 
accostées en forme de cœurs au-dessus d'un croissant. 

Du côté droit de la stèle est une patère ; du côté 
gauche un ureus. 

Hauteur de la stèle, 0"»92 ; Largeur, 0"'42 ; saillie 

du fronton, de chaque côté, 0°'05 ; épaisseur O^Sô. 

Hauteur des lettres : l""^ ligne, 0'"04 ; autres lignes 

0"'038. 

D (>^ M 

Q IVLIVS C F 
Q VI R OPTA 

Tvs V A xvni 

* H S E 

O T B Q 

(1) Coinmo toujours, nous commençons par le numéro qui suit immé- 
diatement celui de la dernière inscription publiée par nous dans le der- 
nier volume. 



— 345 — 

D(is) M(anibus). Q(uintus) Julms, Cfaïi) f(ilins). Qui- 
r(ina) , Optalus v(ixil) a(nnis) decem et novem. H(ic) 
sfilus) efst). O(ssa) t(ua) b(ene) q(uiescanl !) 

« Aux dieux Mânes. Quintun Julius Optatus, fils de 
Caïus, de la Iribu Quirina, a vécu dix-neuf ans. 

« Il a été mis ici. 

« Que tes os reposent bien ! » 

Le prénona de Julius était très répandu, comme on 
le sait, chez les Romains. Le Recueil de nos notices et 
mémoires mentionne, pour la Numidie seulement, plus 
de 400 personnes du sexe masculin qui l'ont porté. 
Plus de 200 femmes sont également connues, dans 
nos textes, sous le prénom de Julia. 

NM99 

Fragment de belle stèle, en pierre calcaire, avec 
fronton et acrotères, trouvé au même endroit, dans 
le môme tombeau. L'inscription, en belles lettres du 
IIP siècle, est gravée dans un panneau à moulures. 

Hauteur actuelle du fragment, O^ô; largeur du 
panneau inscrit. On? ; largeur totale, O-^S? ; épais- 
seur, 0"'43. Hauteur des lettres: l""* ligne, 0"^055; autres 
lignes, 0'"052. 

La cassure de la pierre n'a laissé intactes que deux 
lettres si, dans la dernière ligne, dont la lecture ne 
laisse pourtant aucun doute. 

D M 

Q- IVLIVS 
C VM IN VS 
PA TE RR A 
^ SI 

DfisJ M(anibus) Q(uintus) Julius Cuminui pater ra[ris]- 
si[mus] Le reste de l'inscription manque. 



— 346 — 

« Aux dieux Mânes. Quintiis Julius Cuminus, père 
très rare » 

C'est la première fois qu'on rencontre dans l'ono- 
mastique latino-africaine ce nom, d'ailleurs très bi- 
zarre, de Cuminus. 

N" 200 

Magnifique stèle, en pierre calcaire, avec fronton 
creusé en forme de coquillage demi-circulaire, accosté 
d'acrotères qui se répètent à chaque angle du petit 
monument. Le panneau où est inscrite l'épitaphe est 
encadré d'une triple moulure. Les lignes entre les- 
quelles le lapicide a creusé ses lettres se voient en- 
core. Celles-ci sont , d'ailleurs , très bien venues, 
quoique d'un style décadent. L'inscription nous paraît 
être de la fin du IV® siècle. 

Hauteur totale de la stèle, l'"12 ; largeur du fron- 
ton et de la base^ 0'"55 ; largeur du panneau inscrit, 
0'"40; épaisseur de la pierre, 0"'39. Hauteur des let- 
tres : quatre premières lignes, 0™Û47 ; dernière li- 
gne, 0^^044. 

A la troisième ligne, le G est certain, mais le cro- 
chet inférieur de cette lettre se relève suffisamment 
pour donner l'illusion d'un G. Les points séparatifs 
des 4' et 5® lignes sont en forme de petits triangles. 

D M 
CORNELIA 
CEREOL A 

V A A L 
H A s A E 

l)(is) M(anibus)f Cornelia Cereola v(ixil) a{nnisj quin- 
quaginta. H(ic) s(ila) e(sl). 



— 347 — 

« Aux dieux Mânes ! Cornelia Cereola a vécu 50 ans. 
Elle a été placée ici. » 

Ce nom de Cereola est la forme féminisée et défigu- 
rée de Ceriolus que M. Remès, dans la première cam- 
pagne de dérasement, a trouvé également au Goudiat, 
sur une stèle dédiée, par son père Claudius Ceriolus, 
à une petite fille, Claudia Maxima, morte à l'âge de 
quatre ans, deux mois et quatre jours. Elje a été 
publiée par M. Poulie, en 1890(1). 

N» 201 

Fragment de belle stèle, surmontée d'un fronton, 
avec acrolères. Pierre calcaire trouvée également au 
Goudiat, sur le même point que les précédentes. 

Hauteur totale 0"i60 ; largeur du panneau inscrit, 
0"475 ; hauteur du fronton, 0«17 ; largeur du fron- 
ton, O-^ee ; épaisseur de la stèle, 0"42. Hauteur des 
lettres : les trois premières lignes, 0™05 ; dernières 
lignes, 0"^045. 

D M 
GA RGILI A 
Q FIL IVLIA 
M A R I T A R A 
5 R I S S I M A 
V A XXXIII 

D(isJ Mianibusjl Gargilia Q{mnli) fil(ia) Julia, marita 
rarissima, v(ixil) a(nnis) iriginta et tribus. 

« Aux dieux Mânes ! Gargilia Julia, fille de Quintus, 
épouse très peu ordinaire. Elle a vécu 33 ans. 

Ge nom de Gargilia, que nous trouvons en Numi- 
die, une dizaine de fois appliqué à des femmes, était 
celui d'une célèbre famille qui avait donné des offi- 
ciers supérieurs à l'armée d'Afrique. Le plus célèbre 



(l) Rcr. do Constantine, t. xxvi, p. 300. 



— 348 — 

est Q. Gargilius Martialis, chevalier romain, qui cap- 
tura et mit à mort le chef rebelle Faraxen, dans les 
environs d'Aumale, et à qui les habitants de cette 
colonie érigèrent une statue, en 260, en souvenir de 
ce haut fait d'armes qui les avait sauvés sous Gai- 
lien (1). 

Un autre Gargilius Calvenlianus fut, dans la dernière 
moitié (iu IV® siècle, flamine perpétuel et duMmi;ir, c'est- 
à-dire chef de la municipalité, de la ville de Thamu- 
gadi. Son nom figure, en cette qualité, sur le fameux 
album de la vieille cité, découvert par M. Masqueray, 
en 1875, et publié par lui dans notre Recueille). 

Une branche de cette famille avait à Cuiculum 
(Djemila), un tombeau qui s'y voit encore (3). 

Plusieurs GargiUi étaient établis à Cirta (*). 

On trouve aussi plusieurs femmes de ce nom sur 
divers points de la Numidie. C'est la première que 
nous rencontrons à Cirta. 

No 202 

Fragment informe d'une belle stèle portant des 
caractères bien incisés et de bonne époque. 

Largeur, 0'"44 ; épaisseur, 0'"39. Hauteur des let- 
tres : i"^ ligne, 0'"04 ; autres lignes, 0""035. 

I 

VS Q FIL 
QVIR FELICIA 
NVS PATER RA 
5 RISSIMVS 
V A LXXI 
H S E 
O T 



(1) Rcc. de ÇonstantinCjt. xxv, p. 152. 

(2) Ibid. t. xvii, p. 443. 

(3) Ibid. t. XIX, p. 397. 

(4) Ibid. tt. V, pp. 146 et 165; viii, p. 46 ; ix, p. 175 

et xiii, p. 713. 



- 349 - 

[Dfis) M(anibus) I ]us Q(uinti) fH(ius) Quir(ina) 

Feliciajius pater rarissimus. V(ixU) a(nnis) septuaginta et 
uno. H(icJ s(itus) e(st). O(ssa) l(ua) [b(ene) qfuiescant) I ]. 

« Aux dieux Mânes ! us Felicianus, fils de 

Quintus, de la tribu Quirina, père peu ordinaire. Il a 
vécu soixante-et-onze ans. Il a été mis ici. Que tes 
os reposent bien ! » 

Le Cognomen Felicianus n'est pas très fréquent dans 
l'ononnastique de la Numidie. Nous le trouvons une 
seule fois à Girta. Il a été appliqué à un certain Sextus 
Aemilius que sa sœur Aemilia Gargilia, sur le monu- 
ment qu'elle lui avait fait élever, a|)pelle " ami de son 
sang et bienfaiteur de sa famille " O. 

N» 203 

Fragment de stèle, du même style que le précédent, 
avec un fronton et un panneau à moulures contenant 
l'inscription. 

Hauteur totale, 0^65 ; largeur du panneau inscrit, 
0'"43; hauteur du fronton, 0"i27 ; épaisseur 0"'39. 
Hauteur des lettres : l""^ ligne, Of^OSS ; 2^ et 3® lignes, 
0'"045 ; 4" et 5° lignes, O-^SO ; 6" ligne, 0'"045. 

D M 

IVLIA HONG 

RATA. VXOR 

I N N O C E N 

5 I S S I M A E T 

NPLICISSI 

D(is) ^l(anihus) ! Julia HonOrata uxor innoce7i[li]ssi7na 
et [si7n]plicissima 

« Aux dieux Mânes ! Julia Ilonorala, épouse très 
pure et très simple » 



(i) Rcc, de Constantine, t. i, p. 66. 



— 350 — 

Les prénom et nom de Julia Honorata ne sont pas 
rares à Cirta ou dans les environs. Ils se sont ren- 
contrés deux fois dans la nécropole du Coudiot-Aty 
comme ceux de notre épitapheO. 

N° 204 

Stèle informe, en pierre bleue, trouvée au Goudiat, 
dans une tombe arabe à laquelle elle avait servi 
de couverture, près de la maison habitée par le sur- 
veillant des travaux. Les lettres, assez hautes, sont 
très mal gravées. 

Les feuilles de lierre séparatives ont une forme 
inusitée et sont très allongées. 

Longueur de la pierre, 1"'25; largeur, 0'"44; épais- 
seur, 0'"22. Hauteur des lettres : ÛmOôS. 

C IVLIVS SILVA 

NVS V A (;J? LVci? H 
E G T (i)B(^Q 

C(dius) Julius Silvanus v(ixil) a(nnis) quinquaginta et 
quinque. H(ic) [sfilus)] e(st). O(ssa) t(ua) b(ene) q(uiescant) I 

<( Cdius Julius Silvanus a vécu cinquante-cinq ans. Il 
a été mis ici. Que tes os reposent bien ! » 

N» 205. 

Dans la bâtisse arabe d'une sorte de tambour que 
la construction de l'Ecole primaire supérieure de 
garçons avait laissée en avant de la porte d'entrée de 
cet établissement, et qu'on a dû démolir, on a mis 
au jour deux épigraphes funéraires. 

La première est sur une pierre calcaire haute de 
0"75 et large de 0'"4L Lu hauteur des lettres est de 



(1) Rec. de Constantiae, tt. i, p. 75 et m, p. 48. 



- 351 — 

0'"05. Elle est gravée dans un cadre formée d'une 
seule moulure jDrofondément incisée dans la pierre. 
Les lettres sont de bonne époque, quoique usées et 
presque illisibles. 

D M 

L T A TI VS 

FELIX VA 

XLV 

5 SITTIA MAXI 

MA MARITO 

POSVIT 

D(is) M(anibus). L(ucius) Tatius Félix v(ixil) a(nnis) 
quadraginla et quinque. Sittia Maxima marito posuit. 

« Aux dieux Mânes ! Lucivs Tatius Félix a vécu 45 
ans. Sittia Maxima a élevé (ce monument) à son mari. » 

No 206. 

La seconde épitaphe, trouvée au même endroit, est 
sur un fragment de stèle en pierre calcaire, haute de 
0'"34, large de 0'"29. Les lettres ont Omûo à la pre- 
mière ligne, et 0'"04 aux suivantes. Elles sont de 
basse époque et irrégulières : 

D M 

PESCENIA 
FAVSTINA 
V A XXVII 
5 H S E 

D(is) M(anibus). Pe!<cen[n]ia Fauslina v(ixit) a(nnis) 
viginti et septem. H(ic) s(ita) e(st). 

« Aux dieux Mânes ! Pescennia Faustijia a vécu 27 
ans. Elle a été mise ici. » 



- 352 — 

N" 207. 

Nous terminerons cette série d'inscriptions trouvées 
à Constuntine par le petit texte suivant gravé sur le 
chaton d'une bague en bronze qui fait partie de l'in- 
téressante collection de petits objets antiques, réunie 
par notre confrère, M. Carbonnel, et qui est encore 
inédite. 

Ne pouvant reproduire la disposition des caractères, 
telle qu'elle existe sur le chaton, nous en indiquerons 
les particularités suivantes : à la première li^ne l'E 
de Deo n'existe pas et, après la lettre 0, est une barre 
inclinée de droite à gauche; à la seconde ligne l'Lde 
Laudes est absent, à moins, ce qui est probable, que 
la barre inclinée de droite à gauche, dans la ligne 

précédente, ne la représente. On sait, en efifet, qu'à 
cette époque les L sont formés de deux hampes se 
coupant en un angle très obtus. L'E du même mot 
manque. De plus, l'A et le V sont liés en un sigle 
formant un N qui aurait une barre transversale entre 
les deux premiei'S jambages. L'insci'iption est très 
fruste : 



D o V 
AV DS 



Dle]o laud\e]sl 

« Louanges à Dieu ! » 

C'est la formule de salutation par Inquelle s'abor- 
daient les donatistes ou préludaient ô leurs prières. 
C'est aussi le cri de ralliement de leurs bandes ar- 
mées, les Circoncellions, et leur cri de guerre quand 
elles attaquaient les maisons isolées, les villages et 
mêmes les villes des orthodoxes. Tout tremblait 
quand ce cri résonnait quelque part. 



— 353 — 

Notre anneau est donc, peut être, celui de quelque 
pauvre évêque de cette secte, dont les ornements 
sacerdotaux étaient de bien peu de valeur, soit par 
austérité voulue, en guise de protestation contre le 
luxe des chrétiens orthodoxes, soit par réelle indi- 
gence. 

L'objet de notre confrère, M. Garbonnel, méritait 
d'être signalé et nous sommes heureux de nous y 
être employé. 

SIGUS {Respublica Siguitanorum) 

M. Beuque, conducteur des Ponts et Chaussées, 
veut bien nous adresser un croquis côté d'un élégant 
petit autel trouvé par lui dans les environs de Sigus, 
à 800 mètres environ à vol d'oiseau de cette localité, 
sur le côté droit du chemin n» 7 allant à Sila. Ce 
monument, à en juger par le dessin de M. Beuque, 
est fort gracieux et d'une architecture soignée. Il porte 
une inscription des mieux gravées immédiatement au 
bas de la corniche. 

Hauteur totale, O^ôS ; hauteur de la corniche, 
0™085 ; largeur de l'entablement, O^'IS ; hauteur en- 
tre la base et la corniche, 0'n40 ; hauteur de la base, 
O^OOS ; largeur de chaque face, 0'"132. Hauteur des 
lettres : 0'»022. 

MERCVRIO 
AVG-S-A-C- (sic) 

Q M G D I VS 
Q- F- Q 
5 HONORA 
T I A N V S 
V • S • L • A 

Mercurio Aug(usio) sacfrum), Q{uintus) Modius Q(uinU) 



— 354 — 

f(ilius), Q(uirina), Hûnoratianus v(olum) s(olvit) l(ibens) 
a(nimo) . 

« Consacrée à Mercure Auguste. Quintus Modius 
Honoralianus, fils de Quintus, de la tribu Quirina, a 
acquitté son vœu, l'esprit content. » 

Ce texte ne manque pas d'intérêt, tant au point de 
vue du nom du dédicant que de la divinité honorée. 

L'auteur du vœu est un personnage assez notable, 
puisqu'il indique sa filiation et le nom de sa tribu. 

Le nom de Modius n'est pas rare dans nos inscrip- 
tions et il appartenu à un haut personnage C. Modius 
Justus, qui fut légat de la III' légion, à une époque 
indéterminée, et qu'il faut placer, selon M. Fallu de 
Lessert, au plus tôt sous Antonin(i). 

Nous ne possédons au sujet de ce personnage 
qu'une inscription et encore ne se rapporte-t-elle pas 
directement à lui, mais à sa femme, Statia Agrippina. 
Les soldats de la légion qui étaient attachés à sa 
maison, pour son service, avaient élevé une statue à 
cette grande dame afin de lui témoigner sans doute 
leur reconnaissance pour la bonté avec laquelle elle 
les traitait. Ils se désignent sous les noms de spécula- 
tores et de beneficarii. Les premiers sont des hommes 
chargés du service de plantons et les seconds sont 
ceux qui étaient exempts de corvées pour vaquer aux 
fonctions domestiques dans la maison du Général en 
chef. C'étaient ce que nous appellerions aujourd'hui 
des ordonnances. 

Cette dédicace a été trouvée à Lambèse (2). 

Si du dédicant nous passons à la divinité qu'il 

(1) Rec. de Constantine, t. xxv, Fast. d. la Nunt., p. 218. 

(2) C. /. L., viu, n' 2746. 



— 355 — 

honore à Sigus, elle donne lieu aux remarques sui- 
vantes : 

Le culte de Mercure a tenu une assez grande place 
dans les mœurs religieuses des Romains et des In- 
digènes romanisés de l'Afrique du Nord. 

Dans notre étude sur le chef-lieu de la Confédéra- 
tion des II II Colonies, nous avons donné quelques 
indications générales sur ce culte (i\ Nous n'y revien- 
drons pas, nous bornant aujourd'hui à faire ressortir 
ce que l'épigraphie africaine nous révèle sur cette 
divinité. 

Elle la mentionne plus de quarante fois, ce qui 
•prouve In fréquence des hommages qui lui étaient 
rendus. 

Remarquons d'abord que malgi-é l'influence qu'exer- 
cèrent sur elle les nombreuses divinités topiques 
auxquelles la mêlèrent les indigènes de la Byzacène, 
de la Proconsulaire, de la Numidie et des deux 
Mauritanies, elle conserva, jusque dans les bour- 
gades les plus retirées et les moins pénétrées de 
l'esprit romain, sa forme la plus classique. Nous 
en avons une preuve dans un petit autel trouvé 
en pleine campagne dans les environs de Gonstan- 
tine, entre les anciens pagi cirtéens d'Uzeli et de Mas- 
tar, non loin d'un sanctuaire de divinités topiques, 
situé dans les grottes du Chettaba. C'était un ex vote 
à Mercure consacré par un certain C. Poniius Auclus. 
Sur le bas-relief qui suit la dédicace, Mercure est 
représenté tenant de la main gauche le caducée et 
le pan de son palliim, et, de la main droite une 



(li Ch. Vars, Cirta, ses monuments, son administration, ses ma- 
gistrats, pp. 306 à 309. 



— 356 — 

bourse (*). Il n'avait donc rien perdu de ses attributs 
grecs et romains au milieu de cette rusticité presque 
barbare. Et pourtant il était associé à des divinités 
topiques si grossières et si humbles, et par là même 
si obscures, qu'on ne peut même pas s'en faire une 
idée aujourd'hui. C'est ainsi qu'il avait à Cirta même 
une statue dans le temple de celte divinité tout à fait 
orientale et encore bien inconnue Dm Magna Idaea 
Aerecura, dont le culte s'était tant répandu en Afrique 
après les Antonins, et qui tranchait d'une manière si 
bizarre avec les idées et les habitudes religieuses des 
Romains (2). 

On sait qu'il fut aussi associé au Soleil et à Milhra 
qui exerçait une influence si absorbante sur toutes 
les autres divinités. 

Nous le trouvons en compagnie de Matmanius, sans 
doute le Masliman de Corippus, divinité berbère lati- 
nisée, sur un autel qui lui est consacré à Lambèse par 
un centurion de la III® légion, du nom de Q. Mayilius 
Victor qui lui avait fait un vœu (3). 

Il fait également bon ménage avec la déesse Céleste 
qui est une sorte d'identification romaine de la Tanit 
punique. Et c'est à dessein que nous nous servons 
de cette expressions triviale, puisque la déesse pousse 
le souci de lui être agréable jusqu'à inspirer en songe 
à un de ses propres dévots, C. Julius //ospes, l'idée de 
consacrer à Silifi (Sétif) un autel à ce dieu (*). 

Ces fréquentations quelque peu exentriques et qui, 
on l'a vu, ne déteignaient pas sur son caractère, ne 

(1) Rec. de Const., t. xi, p. 8. 

(2) Ibid., t. I, p. 68. 

(3) C. /. L., xni, n- 2650. 

(4) Ibid., D* 84i3. 



— 357 — 

l'empêchaient pas, d'ailleurs, de rester fidèles à ses 
relations naturelles avec les grandes divinités ro- 
maines. On le trouve souvent, en effet, dans la société 
de Jupiter, Junon, Minerve, Mars, Saturne, la For- 
tune, la Victoire des Empereurs, Hercule, etc. Mais 
ces sociétés, il faut le reconnaître, étaient un peu 
mêlées en Afrique, puisqu'on voit parfois s'y joindre 
les dieux orientaux dont nous venons de parler. 

Le KHENEG {Tidcli) 

Au mois de janvier 1898, j'eus le plaisir, en com- 
pagnie de notre secrétaire, M. Gustave Mercier, de 
participer à une excursion que notre savant confrère, 
M. Gsell, fit sur le plateau où s'éleva jadis l'antique 
Tiddi. M. Gsell se proposait d'y étudier les dolmens 
et monuments mégalithiques que les ancêtres des 
Numides avaient établis sur les bords de ce plateau 
et sur les pentes qui dominent le Rhumel ou sur- 
plombent un vallon formé par une dépression du 
plateau, vers le Sud-Ouest. 

L'exploration des restes de l'antique pagus ne mo- 
difie en rien la description qu'en a faite Cherbonneau 
en 1863 '*>. Nous avons pu y vérifier l'exactitude du 
plan de ces ruines, publié dans notre llecueil en 1878 '^K 
Nous avons reconnu, dans son parcours, la voie 
romaine qui s'élevait jusqu'à l'entrée de la ville, située 
au Nord-Ouest, l'enceinte byzantine, la limite Sud- 
Est de la ville romaine et l'emplacement de la ville 
punique. Les ruines sont dans le même état qu'au 
temps de Cherbonneau. 11 y aurait, je crois, d'inté- 

(1) Rec. de Const., t. vu pp. 670 et suiv. 

(2) Ibid. t. XVIII, pi. xiii. 

25 



— 358 — 

ressantes fouilles à effectuer sur ce point. Le déblaie- 
ment du Forum qui suit immédiatement, à notre avis, 
l'entrée septentrionale donnerait d'heureux résultats. 
En nous dirigeant vers le Sud du plateau nous 
avons trouvé les deux petits monuments suivants, 
qui avaient été exhumés récemment par les indigè- 
nes, et qui sont inédits. 

N'209 

Pierre divisée en deux registres. Celui du haut est 
en forme de niche où se tiennent deux personnages 
debout, sous une voûte, reposant sur deux colonnes 
corinthiennes. Le premier, celui de gauche, tient un 
bélier de la main droite, et de la main gauche une 
patère. L'autre tient, de la main droite, une couronne. 

Dans le second registre est une inscription. Hau- 
teur de la pierre, 0'"057 ; largeur 0"'48. Hauteur des 
lettres : 0™02. 

G (i? I Çj? VICTOR . V • S • L . A 

C{aïiis) J[ulius) Victor v{olum) s{olvil) l{ibens) a{7iimo). 

« Caïus Julius Viclor s'est acquitté de son vœu, l'es- 
prit content. » 

C'est une stèle votive à Saturne, ce dieu qui avait 
remplacé, pour les indigènes romanisés, le Baal puni- 
que et qui, moins personnel que Mercure, subit dans 
cette incarnation des changements qui le transformè- 
rent complètement. Comme le Baal punique, en effet, 
il absorba toutes les personnalités divines et ne tarda 
pas, dans les derniers temps, à devenir le dieu pres- 
que unique, invoqué surtout dans les campagnes. 

L'idée que s'en étaient faite les Romains l'avaient 
d'ailleurs admirablement préparé à ce rôle. 



— 359 — 

STÈLE PUNIQUE 

Non loin du lieu où nous avons trouvé la stèle 
romaine précédente, mais dans l'enceinte de la ville 
punique, nous rencontrâmes un témoignage du culte 
qui y était rendu. Il venait d'être exhumé par la char- 
rue arabe, au dire de l'indigène qui nous la signala. 

Si dans la stèle dont nous venons de parler on voit 
la transformation du punique en romain, ici c'est le 
punique pur auquel nous avons affijire. C'est une 
stèle à Tanit. La déesse carthaginoise y est représentée 
dans la forme la plus hiératique, non pas comme un 
triangle surmonté d'un disque figurant la tète, mais 
en réalité, comme un niveau d'eau monté sur un tré- 
pied dont on ne verrait pas le troisième pied et qui 
serait disposé en vue d'une opération sur le terrain. 
C'est, d'ailleurs, la même figure, car le triangle est 
formé par ce prétendu trépied, et le niveau n'est autre 
chose que les deux bras de Tanit étendus d'abord 
horizontalement et relevés ensuite verticalement, à 
partir du coude. A gauche est une couronne, à droite 
un gâteau qui représente les offrandes rustiques faites 
d'ordinaire à la déesse. Toute cette figuration se 
trouve dans un fronton en forme de triangle. Au- 
dessus des deux côtés supérieurs se trouvent, à 
gauche, le soleil dardant ses rayons, à droite la 
lune(i). 

La stèle votive est brisée en deux, et complète- 
ment anépigraphe. 



(1) Voir ce que nous avons dit du culte de Tanit dans notre Cirta, 
ses monuments, etc., pp. 365 à 363. 



— 369 — 

KHENCHELA {Mascula puis Tiberia 

Découverte d'un grand tombeau 

Au mois de mai dernier, des lettres pressantes 
d'amis de l'antiquité m'appelèrent à Khenchela pour 
tâcher de sauver un superbe tombeau qu'un vandale 
de l'administration des Ponts et Chaussées venait de 
découvrir dans la partie sud de l'ancienne ville ro- 
maine et qu'il s'empressait de détruire, au fur et à 
mesure des fouilles, avec une furie toute sauvage. 

Ni les représentations de M. Ribaut, le sympathique 
Administrateur de la Commune mixte, ni même les 
télégrammes comminatoires du Service compétent de 
la Préfecture, que j'eus soin de solliciter, ne purent 
mettre fin à ces actes de barbarie. Le Conducteur en 
question à qui je fais l'aumône de ne pas le nommer, 
puisqu'il a été déplacé, en partie pour ce méfait, 

arrêta net son chantier , mais lorsqu'il n'y eut 

plus rien à détruire. 

Quand j'arrivai à Khenchela, il ne restait plus 
aucune trace du monument découvert. Et pourtant 
cette destruction était inutile puisque ce monument, 
se trouvant en arrière du talus de la route en cons- 
truction, n'en gênait nullement le tracé. Mais il formait 
un cube énorme d'excellente pierre de taille, et la cu- 
pidité de l'entrepreneur, aiguisée par la complaisance 
coupable du Conducteur, avait vu là une carrière de 
beaux moellons gratuitement taillés et tout prêts pour 
la pose. 

C'était un caveau spacieux dont le sol, les parois 
latérales et le jjlafond étaient en pierre de taille par- 
faitement ouvragée. Une belle corniche courait tout 



— 361 — 

autour de la salle et le milieu était occupé par des 
gradins disposés en perron, sur lesquels se trouvaient 
de grands sarcophages renfermant encore les sque- 
lettes et formant comme une sorte de catafalque poly- 
taphe. 

Ce beau tombeau était donc d'un modèle unique et 
nul doute qu'il n'eût attiré de nombreux touristes à 
Khenchela, s'il eût été conservé et aménagé pour 
leur permettre de le visiter. 

Malheureusement tout est perdu. On prétend même 
que des inscriptions s'y trouvaient qui ont subi le sort 
de tout le reste, après avoir été soigneusement sous- 
traites à tous les regards. Je n'ose ajouter foi à ce 
dernier bruit, car un tel acte serait un véritable 
forfait. 

Quoiqu'il en soit, je ne puis envisager sans épou- 
vante l'idée, fort plausible d'ailleurs, étant donnés la 
belle ordonnance du caveau et le luxe de ses maté- 
riaux, que nos vandales ont peut-être porté une main 
dévastatrice sur le tombeau d'une illustre et puissante 
famille, celle des Junianus }fanialianus, dont un des 
membres avait été légat de la III" légion, sous Alexan- 
dre Sévère, et qui possédait dans le voisinage de 
Mascula, à Tamagra, d'immenses domaines dont j'ai 
fait connaître en quelque sorte la charte d'impôts en 
commentant une importante inscription qu'on venait 
de trouver sur un point de ce vaste laiilundium ^^K J'ai 
montré dans cette étude que la famille des Julianus 
Marlialianus n'avait pas quitté ce pays, puisqu'on y a 
retrouvé quekjucs-uns de ses membres devenus chré- 
tiens au V*" siècle. Il est donc fort possible qu'on ait 

(1) Rcc, do Const., t. xxvm, pp. 206 et suiv. 



— 362 - 

détruit leur lieu de repos, sans aucun profit pour 
l'histoire. Et notre crainte est d'autant plus plausible 
que le tombeau dévasté se trouvait précisément sur 
le bord de la voie romaine qui passait par Tamagra 
et que fréquentaient assidûment les Junianus Marlia- 
lianus. 

Combien il est fâcheux pour la science que les 
modernes violateurs de tombeaux ne soient pas ac- 
cessibles aux imprécations par lesquelles les anciens 
défendaient de les troubler dans leur dernière de- 
meure ! S'ils eussent craint la colère des puissances 
du ciel et de l'enfer, comme le souhaite Caninia Rufa, 
dont nous avons publié la touchante épitaphe <^', nous 
aurions à Khenchela une curiosité archéologique de 
premier ordre et peut-être un monument historique 
de la plus grande valeur. 

Catacombes aux environs de Khenchela 

S'il ne nous a pas été donné de sauver ces précieux 
restes notre voyage n'a pas été inutile à la science 
car nous avons découvert de véritables catacombes. 

C'est à notre ami, M. Démange, architecte- voyer de 
la commune mixte de Khenchela, que nous devons 
cette bonne fortune. Il n'en est pas, d'ailleurs, avec 
nous à son premier service archéologique. C'est lui, 
en effet, qui nous signala, il y a deux ans, la belle 
inscription latino-byzantine trouvée par lui en perçant 
une rue ù Khenchela et par laquelle nous apprenions 
que la ville, de Mascula, entourée d'une enceinte défen- 
sive par le pi-éfet Thomas, lieutenant de Gennadius, 

(U -Rw. de Conat., t. xxix, ji. 702. 



— 363 - 

à la fin du VP siècle, s'était appelée depuis ce mo- 
ment Tiberia, du nom de l'empereur régnant ^^'; c'est 
lui aussi qui a pu nous fournir quelques indications 
précises sur le tombeau dont nous venons de parler 
et qui a poussé, un des premiers, le cri d'alarme qui 
nous avait appelé à Khenchela. 

Il nous raconta qu'il y a quelques années, pendant 
les heures les plus chaudes d'une journée de chasse, 
il avait trouvé un singulier abi'i contre les ardeurs 
du soleil. Il était descendu dans une excavation jadis 
bouchée par une dalle reposant sur un cadre en pierre 
de taille. Arrivé à un ou deux mètres de profondeur, 
il s'était trouvé en présence d'une galerie circulaire 
dans laquelle venaient déboucher d'autres galeries. 
Il y pénétra à grand peine et aperçut dans les parois 
comme des tiroirs superposés et fermés à l'extérieur 
par des briques de loube. Cette clôture avait disparu 
en partie de quelques-uns des tiroirs et, à l'aide 
d'allumettes, il avait parfaitement distingué des sque- 
lettes étendus dans chacun d'eux. 

J'écoutai avidement ce récit et quand il tut ter- 
miné : « Mais ce sont des catacombes, répondis-je! » 
J'avais en effet visité, l'année précédente, les cata- 
combes de Rome et la description de M. Démange 
me rappelait plusieurs des particularités que j'y avais 
remarquées. 

Je lui demandai aussitôt s'il avait fait part de cette 
découvei'te ù d'autres personnes. Sur sa réponse 
négative et son affirmation qu'il était peut-être le seul 
à connaître ce secret, je lui dis que si nous pouvions 
vérifier la description qu'il venait de me faire nous 

(1) Rec. de Const., t, xxix, appendice. 



- 364 — 

rendrions à la science un service éminent. Sauf quel- 
ques sépultures analogues, vaguement signalées en 
Tunisie, je ne connaissais nulle part de catacombes 
sur la terre africaine ! 

Il me répondit aussitôt que rien n'était plus facile 
et que nous prendrions nos dispositions pour faire 
cette exploration le lendemain. J'en parlai à M. l'Ad- 
ministrateur Ribaut qui s'offrit à nous accompagner 
avec son adjoint M. Goret. Un de mes amis, M. Lucas, 
demanda à faire partie de l'expédition. 

Après nous être munis de cordes, de pioches et de 
bougies, nous nous dirigeâmes en voiture vers le nord- 
est du Djaiïa. Au bout de 7 à 8 kilomètres nous des- 
cendîmes de voiture pour nous rendre sur une petite 
colline, située à 500 mètres environ, à droite du che- 
min de Khenchela à Bâbord, que nous venions de 
quitter. Elle est le dernier rameau que le Djaffa jette 
dans cette direction. 

Arrivés sur le mamelon, nous remarquâmes des 
restes non équivoques d'une ancienne et importante 
construction, probablement une basilique, dont les 
substructions ont formé sans doute l'éminence où 
nous nous trouvions. Sur un point du vaste tertre, 
ainsi constitué, une sorte d'excavation s'ouvrait de- 
vant nous. Plus au nord, au-delà d'un afïaissement 
de terrain, des traces de mur en pierres de taille, avec 
ouverture dons le milieu, se présentaient ù nos re- 
gards. 

C'est par là que nous résolûmes de commencer nos 
recherches. Aidés de (|uelques indigènes qui habitent 
un gourbi situé à quelcjucs mètres, à gauche, et qui 
déblayèrent un peu l'entrée, M. l'Administrateur de 
la commune mixte, M. Lucas et M. Démange y péné- 



— 365 — 

trèrent en rampant. Au bout d'une dizaine de mètres, 
ils nous avertirent, comme c'était convenu, par la 
corde dont ils tenaient une extrémité, qu'ils ne pou- 
vaient plus avancer et, au bout d'un instant ils 
sortirent tout souillés de terre et haletants de sueur, 
n'ayant pu rien voir. D'après eux, il y avait bien là un 
véritable souterrain, mais les éboulements intérieurs, 
assez visibles pour nous par l'affaissement du sol, à 
quelques mètres de la muraille devant laquelle nous 
nous trouvions, avaient obstrué l'étroit couloir. Pour- 
tant ils nous rapportaient des ossements et quelques 
fragments de briques de toube qui ne laissaient aucun 
doute sur la destination de ce souterrain. 

Mais M. Démange nous déclara que cette explora- 
tion n'était pas concluante et que, d'ailleurs, ce n'était 
pas par celte entrée qu'il avait découvert jadis un 
abri contre les rayons du soleil. Il conclut qu'il fallait 
pénétrer dans le premier hypogée. 

Je fus de son avis et résolus moi-même d'y des- 
cendre. Après avoir fait déblayer par nos indigènes 
le fond de l'excavation, nous vîmes parfaitement le 
cadre en pierre de taille près duquel était encore la 
dalle qui bouchait autrefois l'ouverture. Au-dessous 
de ce cadre s'ouvrait un puits presque entièrement 
obstrué de terre et de pierres, comme ceux qui don- 
nent accès aux tombeaux égyptiens. Il rappelle, de 
bien loin il est vrai, à cause de ses proportions exi- 
guës, l'ouverture par oi^i l'on descend dans le cime- 
tière de S'^-Calixte, à Rome. Mais il ne faut pas 
oublier que celle-ci n'a été pratiquée que pour les 
visiteurs et qu'elle n'est pas l'entrée primitive, bien 
plus modeste, de la cité des morts. 

Lorsque nous touchâmes le fond actuel du puits 



— 366 — 

nous vîmes s'ouvrir devant nous une galerie à la 
voûte tout à fait surbaissée et qui ne répondait plus 
guère à la description que nous avait faite notre com- 
pagnon d'exploration. Nous lui en fîmes aussitôt la 
remarque. Il nous répondit qu'il ne retrouvait plus, 
en effet, les lieux dans l'élat où il les avait visités, 
une première fois, il y a quelques années. « Il est pro- 
bable, nous dit-il, que l'air extérieur, pénétrant dans 
la galerie, en a désagrégé les parois et que leurs dé- 
combres se sont amoncelés jusque près de la retom- 
bée de la voûte. Mais ce phénomène n'a dû se produire 
qu'auprès de l'ouverture. En rampant pendant quel- 
ques mètres nous devons retrouver la galerie presque 
intacte. » 

Nous suivîmes ce conseil, et l'observaùon de notre 
interlocuteur se trouva en partie justifiée. Le terrain 
sur lequel nous rampions s'abaissa peu à peu et nous 
nous trouvâmes bientôt à une plus grande distance 
du plein cintre de la voûte. Les parois de la galerie 
nous appai'urent alors, à la lueur de notre bougie, et 
nous vîmes très distinctement, sur une ligne horizon- 
tale, une série d'exeavations, les unes béantes où 
étaient étendus des s(|uelettes, les autres bouchées en 
tout ou en partie de briques de toube, jadis durcies au 
soleil, mais dont la consistance s'était ramollie par 
suite de l'humidité souterraine. 

Après quelques mètres nous aperçûmes, des deux 
côtés de la galerie où nous nous étions engngés, une 
seconde ligne horizontale inféricui-e d'excavations ou 
de sarcophages en tiroirs, fermés par le même pro- 
cédé. 

La galerie était bien circulaire en effet car, tout en 
avançant devant nous sans changer apparemment de 



- 367 - 

direction, nous n'apercevions plus, depuis longtemps, 
la lumière du jour lorsque nous masquions notre 
bougie en l'introduisant dans les sarcophages creusés 
dans les parois. En suivant une ligne droite nous 
l'eussions aperçue comme une lueur lointaine. D'ail- 
leurs la sensation d'avancer suivant une circonférence 
d'un long rayon était très nette et confirmée par les 
ombres de notre lumière. 

Les rayons de cette circonférence étaient tracés par 
des galeriesqui venaient y aboutir et oîi nous vîmes se 
répéter les mêmes procédés d'inhumation. 

Nous ne voulûmes pas nous y engager de peur de 
perdre la direction que nous avions prise pour péné- 
trer dans le souterrain, et aussi parce que la diffi- 
culté de respirer, où nous commencions à nous trou- 
ver, nous imposait la nécessité de sortir au plus vite 
de ce dédale. 

J'étais, du reste, complètement éclairé sur sa signi- 
fication et sa valeur, et il ne me restait plus qu'à em- 
porter quelques pièces è conviction pour fournir à 
mes confrères de la Société archéologique la preuve 
de notre si intéressante découverte. Je plongeai donc 
la main dans un sarcophage et en retirai une poignée 
d'ossements dont je remplis ma poche et, démolissant 
une paroi de toube, j'en arrachai une brique que je 
m'efforçai de garder intacte dans ma main pendant 
notre exode. 

Quand nous reparûmes à l'entrée, au fond du puits, 
il était presque temps et nous éprouvâmes une véri- 
table sensation de délivrance augmentée de l'immense 
satisfaction de pouvoir apporter à la science archéo- 
logique en Afrique une contribution peu banale : la 
découverte de catacombes. 



— 368 — 

Car ce sont bien là, nous le répétons, de véritables 
catacombes. Elles ont été pratiquées ici, comme à 
Rome, dans une terre ou plutôt dans une roche peu 
consistante qui se prêtait facilement à ce genre de 
sépulture. C'est une sorte de tuf granulaire formé, par 
conséquent, de grains agglomérés dont l'adhérence 
n'est pas assez forte pour la rendre propre aux cons- 
tructions extérieures parce qu'il se délite à l'air, mais 
qui peut être facilement taillé dans les souterrains, et 
où l'on peut aisément pratiquer des excavations sus- 
ceptibles d'une durée indéfinie. 

Cette découverte nous prouve, ce dont on com- 
mençait déjà à se douter, que les souterrains de ce 
genre n'étaient pas faits surtout pour sousti'aire les 
assemblées de chrétiens aux recherches des persécu- 
teurs, mais pour y ensevelir leurs morts sous la 
tutelle du Christ dont on célébrait ouvertement les 
mystères dans la basilique qui s'élevait toujours au- 
dessus d'eux. Cette basilique, dont la conformation 
extérieure du mamelon et les apparences de cons- 
truction nous font supposer ici l'existence, la demehre 
des morts, en formait la crypte où l'on pouvait des- 
cendre pour honorer leur mémoire. 

Si les catacombes de Rome ont pu abriter parfois 
des assemblées de fidèles soucieuses de ne pas braver 
ouvertement les édits qui interdisaient la publicité de 
leur culte, elles n'bnt pas été creusées dans ce but. 

La preuve que les catacombes de Rome ne sont 
pas des nécropoles de martyrs, c'est que, parmi les 
milliers de sépultures qu'elles renferment, un tout pe- 
tit nombre mentionne des confesseurs de In Foi '"> : et 



(1) C'est ce qui ressort monic de la lecture d'un livre tout à fait 
dithyrambique sur les Catacombes, que les moines gardiens et inti'oduc- 



- 369 — 

pourtant cette mention n'était jannais omise puisque 
les restes mortels de ceux qui avaient obtenu la 
palme étaient l'objet d'une vénération particulière et 
même d'un véritable culte. 

Non, la belle ordonnance de ces galeries sépul- 
chrales, le calcul savant qui a présidé à leur cons- 
truction et en a assuré la solidité, malgré les innom- 
brables excavations dont elles sont percées, le soin 
dont témoigne la plupart des sépultures, tout cela est 
un indice certain des longues périodes de paix et de 
calme, tout au moins au point de vue religieux, dont 
fut entourée la vie des nombreuses générations qui 
ont été ainsi inhumées pendant des siècles. C'est à 
peine si quelques troubles passagers dont la trace se 
remarque dans ces immenses nécropoles ont momen- 
tanément porté atteinte à cette tranquillité. 

Les catacombes Je Khenchela nous tiennent le 
même langage. Elles nous prouvent que le genre 
d'inhumation usité à Rome chez les chrétiens tenait 
à la nature du sol où se creusaient les sépultures 
bien plus qu'à la nécessité de les soustraire aux yeux 
des païens. Ici, comme à Rome, la même cause a pro- 
duit les mêmes effets. La basilique qui, selon nous, 
recouvrait la crypte, est la meilleure preuve que les 
fidèles trépassés y dormaient en paix leur dernier som- 
meil. 

Nous ne terminerons pas cette relation sans de- 
mander qu'on pratique des fouilles sur ce point. Elles 
nous rendraient une foule d'épitaphes chrétiennes qui 

teurs vendent fort cher aux visiteurs des saintes cryptes : les Cata- 
combes romaines. — Cimetière de Sai/it Calixte, par l'abbé Nortet (en 
religion F. -M Antoine, trappiste), T" édition, Rome, 1893. — Lire surtout 
le Chap, IV, très suggestif à cet égard : Condition sociale de l'Eglise 
aux premiers siècles. 



— 370 - 

doivent joncher le sol des galeries, s'étant détachées 
les premières des clôtures en toube des sarcophages 
où elles devaient être fixées. Mais il faudrait ne pas 
se départir des plus grandes précautions pour sou- 
tenir de proche en proche, à mesure de lavancement 
des travaux, les voûtes de l'hypogée afin de conser- 
ver intactes les galeries funéraires; on aurait là un 
spectacle des plus curieux qui ajouterait un attrait de 
plus à tous ceux dont notre Algérie abonde. 

C'est l'Etat ou le Gouvernement Général de l'Algé- 
rie qui doit faire ce sacrifice. La Société archéologique 
de Constantine n'est pas assez riche pour se l'impo- 
ser. Mais nous espérons qu'elle aura mérité la recon- 
naissance du monde savant pour avoir découvert et 
lui avoir signalé un si beau champ de recherches. 

Mascula 

Malgré cette découverte, le but de notre voyage à 
Khenchela n'était pas encore atteint. Nous nous pro- 
posions d'étudier rapidement cette localité pour nous 
rendre compte des résultats qu'on pourrait espérer de 
recherches futures dans l'ancienne Mascula, et sur 
quels points devraient porter ces recherches pour être 
fructueuses. 

On sait que Mascula, dont le nom est certain puis- 
qu'il se trouve su!" une grande inscription mention- 
nant un monument rebâti entre les années 364 et 367 
par Publilius Caeionus Caecina Albinus clarissime, con- 
sulaire à six faisceaux de la province de Numidie '^', 
et qu'il est mentionné dans l'itinéraire d'Antonin, fut 
le quartier général de la III'' légion lorsqu'elle eût 

(1) Rec. de Constantine, t. x, p. 1C7. 



— 371 — 

quitté Théveste avant de se cantonner à Lambaesis. Elle 
devint ensuite le siège d'un fort détachement de cette 
armée pour y surveiller les roules de l'Aurcs. Cette 
occupation militaire en lit bientôt, comme partout où 
s'établissait la Légion, une ville importante qui fut 
dotée de toute l'oi'ganisation municipale. Mascula ne 
s'éleva pourtant jamais à la dignité de Colonie. Mais 
son étendue fut considérable, si on en juge par les 
nombreux vestiges de cette cité (|ue l'on rencontre 
bien au loin de la petite ville moderne. Celle-ci n'oc- 
cupe, en effet, malgré le grand espace où elle a dis- 
séminé ses maisons, qu'une faible partie du territoire 
de la cité romaine. 

Lorsqu'on sort de Khenchela, après avoir dépassé 
les boulevards des Jardins et du Nord, on se trouve 
sur un vaste plateau qui domine l'immense plaine 
d'Aïn-Beïda, tout semé de ruines romaines dont la 
plupart ont fourni des pierres de taille de premier 
ordi-e aux bâtiments modernes. Les entrepreneurs 
mêmes, poui" avoir plus de choix, ont ouvert partout 
des excavations qui font du plateau un mélange de 
mamelons et de fondrières rendant la marche foi"t 
pénible, en môme temps qu'on y respire les odeurs les 
plus nauséabondes, car c'est là qu'on vient jeter tous 
les détritus de l'alimentation publique et les animaux 
morts de la ville. 

La topographie du plateau et le mouvement général 
du terrain, ainsi que les alignements qu'on observe 
dans les ruines, montrent vite à un œil exercé l'em- 
placement des anciennes voies qui séparaient ces 
amas de constructions. On suit ces voies jusqu'à 
leur croisement et on acquiert la conviction que le 
Forum de l'ancienne cité se trouve sur la partie non 



— 372 - 

encore explorée de ce plateau. La ville moderne sem- 
ble donc occuper la partie basse du camp romain qui 
était placé sur les hauteurs pour mieux voir la plaine 
et être plus à portée des attaques venant des monta- 
gnards du Sud. 

Des fouilles suivies qui déblaieraient de proche en 
proche nous rendraient la ville romaine dans ses di- 
vers quartiers avec une ample moisson d'épigraphes, 
et probablement aussi d'œuvres d'art et de bijouterie 
antiques. Et ces fouilles seraient des plus faciles car, 
avec des wagons roulant sur quelques mètres de rails 
disposés suivant le plan nalurellement incliné du 
plateau, on évacuerait aisément les terres sur le ver- 
sant qui regarde la plaine. 

De plus, les travailleurs ne seraient pas appelés de 
loin, ils se trouveraient sur place et on n'aurait nul 
besoin d'une installation spéciale et coûteuse pour les 
réunir et les faire vivre autour du chef des travaux. 
Celui-ci môme, à supposer que le directeur des fouilles 
ne confierait pas cette tâche à notre ami M. Démange, 
qui la remplirait à merveille, se trouverait tort bien 
du séjour de Khenchela qui ne manque pas de charme. 

oRquae Flamanae 

Nous avons également visité les ruines àH \q\iat 
Flamanae, à Henchir-el-Hammam, situées à huit kilo- 
mètres environ au sud-ouest de Khenchela. C'est 
une réunion de piscines ou viennent encore aujour- 
d'hui se déverser une source d'eau thermale d'un 
très haut degi'é et une source d'eau froide pour en 
tempérer la chaleur. De grands bâtiments les envi- 
ronnent, formant autant de salles spéciales qu'il y a 



- 373 - 

de bassins, le tout placé au bord d'une rivière où va 
se perdre le trop plein des piscines, et au nmilieu d'un 
paysage des plus riants. 

C'est grâce à des travaux d'appropriation, entrepris 
pour la première fois, en 1887, et continués très in- 
telligemment, les années suivantes, pai* les soins des 
divers Administrateurs de la commune mixte et, en 
particulier, par le regretté M. Bardenat, que ces pis- 
cines ont été déblayées et les deux sources ramenées 
par leurs anciens conduits jusqu'à l'établissement 
thermal. Notre ami, M. Démange, a été, pour une 
grande part, l'exécuteur de cette œuvre si utile. 

Nous devons aux travaux de déblaiement la décou- 
verte du nom de l'établissement et des données his- 
toriques qui se rattachent à sa fondation et à son en- 
tretien. 

Le nom nous a été donné par une dédicace, qui se 
lisait en double sur les parois de la salle de la grande 
piscine, et qui nous apprenait que Septime Sévère et 
Caracalla (Marc-Aurèle Antonin) tous les deux em- 
pereurs, et P. SepUmius Gela, frère de ce dernier, non 
encore proclamé empereur, mais très noble César et 
prince de la Jeunesse, avaient fait restaurer, par leurs 
soldats de la II l^ Légion, les Eaux Flaviennes {Aquas 
Flavianas) en 208 ^'^ . 

La date de la création de cet établissement résulte 
d'une inscription trouvée dans la grande piscine et 
où nous lisons une dédicace en l'honneur de Vespa- 
sien et de Titus dont les titres impériaux correspon- 
dent à l'année 76 (^l . 

On voit donc que cette position si importante de 



(l) Rec. de Constantine, t. xxiv, p. 191. 
(2> C. /. L., YUi, n* 17725. 



S6 



— 374 — 

Khenchela qui est encore j3our nous un point straté- 
gique avait été jugée de nfiême par les Romains qui 
s'étaient ennpressés de l'occuper militairement, dès les 
premiers temps de leur domination en Numidie. 

Les fouilles qui ont été faites à Fontaine-Chaude 
sont donc des plus intéressantes; mais il ne faudrait 
pas s'arrêter là, et nous sommes convaincus que si 
elles étaient continuées en avant des thermes de Ves- 
pasien, dans la direction du Nord-Est, où l'on voit 
surgir, sur un territoire assez étendu, de gros piliers 
et de fortes assises en des alignements très nets, on 
mettrait au jour des monuments du plus haut inté- 
rêt, tels que des nymphées, un temple à Esculape et 
Hygie, avec des salles de consultations pour leurs 
prêtres qui n'étaient autres que des médecins, pareilles 
à celles qu'on a trouvées à Lambèse, ainsi que des 
sanctuaires aux diverses divinités qui donnent la 
santé (salularibus) dont on a exhumé des ex-voto aux 
alentours des thermes. Là encore ces fouilles seraient 
aisées. Espérons que notre voix sera entendue. 

Au retour de cette exploration nous consacrâmes 
deux journées à examiner les épigraphes conservées, 
d'ailleurs, avec soin au Cercle militaire et sur divers 
autres points de la ville. Nous avons trouvé parmi 
elles les suivantes, qui n'ont été publiées ni dans les 
volumes de la Société archéologique, ni au Corpus. Elles 
sont donc inédites, sauf les deux premières qui ont 
été reproduites inexactement, l'une par V Académie 
d'Hippone^^^ probablement d'après un mauvais estam- 
page, et l'autre par le Corpus, d'après Masqueray qui 
ne l'a pas vue lui-même. 

(1) Bulletin de l'Académie d'Hippone, 1898, p. vu. 



— 375 — 



N» 210. 



Pierre calcaire trouvée par M. Démange, en tête 
d'un aqueduc romain dont les pierres ont été rangées 
par ses soins non loin de la prison. — Fragment : 



vis DDD NNN VALEN 
URIBVS PROPALATVM 
INVENIRE NON MER V 
AQVARVM MVNERARV 
LVCEM ERVPISSE I 
AVT ANGVSTIS M 
NOMEN NVNC DI 
NOVIS AVMEN 
ANTEA CIVITATI VIX POT 



Nous n'essaierons pas de restituer ce texte qui est 
trop incomplet et trop spécial pour qu'on puisse 
en retrouver le sens exact. Cependant sa signification 
générale ne saurait échapper à un examen attentif. 

Il est facile, d'abord, de le dater très approximative- 
ment. Ou bien les trois Augustes, sous lesquels il a 
été gravé et dont le nom du premier commence par 
FaK sont Valentinien I, Valens et Gratien, et la date 
de notre inscription se place entre les années 367- 
375, ou bien ces trois princes sont Valens, Gratien 
et Valentinien II, et nous arrivons jusqu'à l'année 
378, ou bien il faut encore reculer de 10 ans cette 
dernière date et placer notre inscription entre les an- 
nées 388-392, époque des règnes simultanés de Valen- 
tuiien II, Théodose I et Arcadius. 

^ Quant au sens général, il est aisé de voir qu'il 
s'agit d'une conduite d'eau {aqx.avum munera) dont la 



— 376 — 

source arrivait à lu surface {ad lucem erupisse), gênée 
dans sa marche par quelque obstacle ou par des ou- 
vertures trop étroites {aut angustis) et dont on a changé 
le nom (nomen nunc di[ctuïn\ ) en lui donnant de 
nouveaux accroissements (nouis aumen[iis]) par lesquels 
elle rend à la cité les services qu'elle pouvait à peine 
lui l'endre autrefois (antea civitali vix pot[erat). 

Il ne peut donc être question d'une cathédrale 
comme l'a conjecturé avec tant d'invraisemblance 
notre vénérable confrère, M. Papier, trompé évidem- 
ment par un mauvais estampage. 

Parmi plus de cent inscriptions qui nous restent 
de l'antique Mascula et dont un grand nombre men- 
tionnent de grands travaux publics, ce texte est le 
seul qui rappelle l'exécution ou la réparation d'une 
conduite d'eau. Et pourtant l'examen des ruines, ainsi 
que les fouilles qui ont été faites pour les construc- 
tions de la petite ville de Khenchela, prouvent qu'il y 
eut jadis de grands travaux hydrauliques effectués 
dans ce centre par les Romains qui avaient à assurer 
l'alimentation en eau potable, non-seulement de la 
cité, mais encore du grand camp occupé par une 
importante fraction de la III* Légion, c'est-à-dire de 
l'Armée d'Afrique. 

Il faut remarquer que cette rareté des textes rela- 
tifs aux aménagements hydrauliques des Romains 
n'est pas spéciale à Mascula. On peut dire qu'elle 
est générale à toute l'Afrique du Nord. 

En faisant le compte des inscriptions rappellant des 
travaux de ce genre, c'est à peine si on arriverait au 
nombre de 20. Et pourtant quels innombrables et im- 
périssables vestiges de canalisation ne retrouve-t-on 
pas partout ! C'est à croire que les Romains trou- 



— 377 — 

vaienl si naturel de déployer toute leur activité dans 
ce sens qu'ils ne s'en faisaient pas gloire. Pour eux 
les aménagements en eau potable et en eau d'irriga- 
tion étaient de première nécessité et c'était faire œuvre 
banale que de les réaliser. Il n'y avait pas à s'en 
vanter. Pour nous, au contraire, 1,500 ans au moins 
plus tard, à la fin du XIX* siècle, c'est un luxe, et 
nous sommes très fiers quand nous avons pu, sur 
quelques rares points, fournir l'eau en abondance à 
ceux qui y vivent. La plupart de nos centres, même 
les plus populeux, ne sont pas relativement aussi 
bien pourvus d'eau que la moindre bourgade romaine, 
dans un pays que les Romains avaient trouvé aussi 
aride et aussi sec que nous mêmes, après 1830. Les 
descriptions de Salluste ne laissent aucun doute à cet 
égard. N'y a-t-il pas lieu de se demander où sont 
nos progrès? 

No 211 

Longue pierre calcaire très fruste, rongée par les 
eaux oii elle a séjourné longtemps, car elle a été 
trouvée dans la grande piscine romaine où viennent 
aboutir les sources de la ville dont il est peut être 
question dans le texte précédent. Lettres très diffici- 
les à déchiffrer et dont on ne trouve la trace qu'au 
moyen de lavages successifs. La pierre est brisée au 
coin supérieur de gauche. 

Hauteur de la pierre 1"'18; largeur O^ôS. Hauteur 
des lettres : l'"*' ligne O'^ll ; autres lignes, jusqu'à la 
dernière, 0""05 ; dernière ligne 0"'10 : 



- 378 — 
CAESARI 

DIVI NERVAE FIL 
NERVAE TRAIANO 
AVG GERMA N ICO 
6 PONT MAX TRIB 
POT rm COS III P P 
LMVNATIOGALLO 
LEG AVG PRO PR 
XVII 

[ Tmp(eratoriJ ] Caesari divi Nervae fil(io), Nervae Tra- 
jano Aug(usto), Germanico, Ponl{îfici) Max(mo) frib(unilia) 
pot(eslate) quarlum, cofn)s{uii) ter, p(atri) p(airiae), Lfucio) 
Munaiio Gallo legfaio) Aug(usti) pro pr(aelore) \ m(illia) 
p(assuum) ] decem et seplem. 

« A l'empereur César, fi!s du divin Nerva, Nerva 
« Trajan, Auguste, Germanique, Pontife suprême, 
« élevé à la puissance tribunitienne pour la quatrième 
« fois, proclamé trois fois consul, Père de la patrie, 
« sous le commandement de Liicius Munaùus Gallus 
« légat propréteur d'Auguste. Dix-sept mille pas. » 

Nous avons cru devoir rééditer ce texte, bien qu'il 
figure au Corpus, sous le n° 10186, d'après Masque- 
ray. Mais ce dernier qui ne Ta probablement pas vu 
l'a publié d'une manière tout à fait inexacte dans la 
Revue Africaine, xxu, p. 449. 

D'abord il met au-dessus du mot Caesari le titre 
imp., alors que ce titre précédait ce mot à gauche et 
qu'il n'existe plus sur la pierre. Ce qui prouve que 
c'est bien là une erreur de Masqueray ou plutôt du 
correspondant qui lui a envoyé une copie, c'est que 
le mot Caesari termine la ]»remière ligne tout à fait à 
droite et qu'il ne l'occupe pas toute entière, comme 
dans le texte de Masqueray. 



— 379 — 

En second lieu il n'y a pas Caesar, mais Caesari, 
comme le veulent d'ailleurs les mots Nervae Trajano 
qui sont au datif. 

Enfin, à la troisième ligne Masqueray lit Nerva au 
lieu de Nervae qui est réellement sur la pierre et qui 
serait incorrect s'il n'était pas au datif. 

C'est ce qu'ont pensé, ceux qui s'en rapportant au 
texte de Masqueray, ont voulu donner une lecture de 
l'inscription '^' . Mais il est aisé de voir que la tournure 
de la phrase serait ainsi fautive. Elle ne serait formée 
en effet que de deux propositions incidentes à l'ablatif 
sans proposition principale. De plus ces deux inci- 
dentes devrait être reliées par la conjonction et qui 
n'y est pas. Le texte de Masqueray pour être traduit 
exactement devrait l'être ainsi : Sous l'Empereur Tra- 
jan, etc. sous le légat, etc., il milles. Il faudrait évidem- 
ment et entre ces deux expressions, et encore l'épi- 
graphe serait-elle mal rédigée ou, du moins, le serait- 
elle contrairement aux usages. Outre que la leçon 
que nous donnons est réelle, elle a l'avantage d'être 
correcte et plus conforme aux usages. 

Notre réédition de ce texte est donc, comme on le 
voit, complètement justifiée. 

Nous en profilerons pour la faire suivre de quel- 
ques remarques. 

Tout d'abord nous avons affaire ici à une pierre 
milliaire jalonnant la route de Mascula à Thamugadi. 
Elle porte le chiffre de dix-sept milles parce que 
c'était à peu près la distance de cette dernière ville à 
Mascula, et que les milles sont comptés depuis Tha- 



(1) Entre autres, M. Fallu do Lessert à la page 44 de ses Fastes de 
Numidie, publiés dans notre xxv» volume. 



- 380 — 

mugadi. La preuve en est que, près de Timgad, on a 
trouvé un milliaire portant le chiffre de 19 milles, 
comptés au contraire à partir de Mascula, et érigé, 
comme le nôtre, également sous Trajan, et la même 
année <^\ Lorsqu'on a restauré la piscine en agran- 
dissant, vers la fin du IV® siècle, les issues des sour- 
ces, comme il est dit dans le texte que nous publions 
plus haut, on a dû apporter des environs cette grande 
dalle pour couvrir le point de départ, dans la piscine 
même, du canal de distribution d'eau à la ville de 
Mascula. 

Ce milliaire a été dressé en l'an 100, l'année de la 
fondation de Tliamugadi, par le légat qui y est nommé 
et qui commanda la Légion de Tan 100 à l'an 103, 
Lucivs Munalius Gallus. 

Ce personnage nous est encore connu pour avoir 
aboli vers la fin de son gouvernement, en 103, des 
privilèges très anciens et devenus abusifs sur le ter- 
ritoire qui confinait aux Musulames '^'. Nous ne sa- 
vons quels étaient ces privilèges. Il pourrait se faire 
que ce fût une question de douanes et qu'il y eût là 
une sorte de port fi-anc favorisant les échanges avec 
les peuplades qui occupaient le sud de la région de 
Théveste. 

N» 212. 

Chez M. Démange. Fragment iri'égulier. Hauteur 
de la pierre, 0'"33; grande largeur 0"'24. Hauteur des 
lettres : 1''* ligne, 0'"05 ; autres lignes 0'"04. 



{i) C. I. L., VIII, n* 10210. 

(2) Rcc. de Consiantinc, t. xx, p. 240. 



— 381 — 

VLO FELI 
NTISPERPET 
TVSTAl ECO 
N DECO 
PDINI 
REI 



Impossible de restituer ce texte. Disons seulement 
qu'il rappelle la restauration d'un monument, qui 
tombait de vétusté ([ve]ius(ate), et qu'on venait de dé- 
corer à neuf avec la participation ou l'autorisation de 
Vordo ( [or]dhii rei[publicae]. 

N" 213 

Pierre informe, sans dimensions régulières. Carac- 
tères byzantins entre des lignes protondes, comme 
ceux de l'inscription publiée par nous dans l'appen- 
dice de notre xxix^ volume, et qui nous a appris 
le changement de nom de la ville de Mascula, sous le 
règne de Tibère II. Notre épigraphe a, d'ailleurs, été 
trouvée par M. Démange, non loin de celle-ci, dans 
la rue de Tunis. Hauteur des lettres : 0™05. 



Aïs RESTAVRA 
CANTEINNOCENTIO 
CONIAHFFILIOET 



Il s'agit là encore d'une restauration de monument 
public et d'un certain Innocentius, dont on donnait la 
filiation, qui en fît la dédicace. 

No 214 

Stèle encastrée au coin de la maison, nouvellement 
bâtie, de M, Zedda, entrepreneur, et provenant des 
environs. Hauteur de la pierre, 0'"6G; largeur 0"'4G; 



— 382 — 

épaisseur 0'"33. Hauteur des lettres : 0'"07, excepté à 
la dernière ligne où elles n'ont plus que 0'"03. Deux 
sigles, L et I de Julia à la 5® ligne et r et i de marilo 
à la 6^ 

D M s 
M E M O R I A E 
C IVLIM ONT A 
NIANIVIXITAN 
5 NIS-XLVIIVLIA 
MESELLINAMARI 
TO 

D(is) M(anibus) S{acrum). Memoriae C(aii) Monlaniani. 
Vixit annis quadraginta et sex. Julia Mesellina marilo. 

« Consacrée aux dieux Mânes. A la mémoire de 
« Cdius Julius MoïUanianus. Il a vécu quarante six ans. 
« Julia Mesellina à son mari. » 

C'est la première fois, à notre connaissance, qu'on 
rencontre en Afrique le cognomen de Monlanianus et le 
nom de Mesellina qui doit être une corruption de celui 
de Messalina. 

No 215 

Autre stèle de même provenance, pareillement en- 
castrée dans le soubassement en pierre de taille de 
ladite maison. 

Hauteur de la pierre, 0'"50 ; largeur, O'"50 ; épais- 
seur, 0'"22. Hauteur des lettres, O^Oô. On trouve dans 
ce texte de nomhi-eux sigles : r et i de memoriae à la 
!■"* ligne ; a et e de Meritae à la 3" ; t et e de maier à 
la 4*; K et A et M A e, de karissimae à la 5", sont unis 
en une seule lettre. 

MEMORIAE 

LOLLIAE MERI 

TAEVIXITANNIS 

XXVI IVLI AMATER 

5 FILIAEKARISSIMAE 



- 383 — 

Memoriae Lolliae Meritae. Vixit annis viginti et sex. Julia 
maler filiae karissimae. 

« A la mémoire de LoUia Mérita. Elle a vécu vingt- 
« six ans. Julia, sa mère, à sa fille chérie. » 

Cette jeune femme porte, comme on le voit, un 
nom célèbre, celui des Lollius, qui habitaient la petite 
ville de Tiddi, près de Constantine, d'oîi est sorti 
l'illustre Quintus Lollius Urbicus, Préfet de Rome sous 
Anlonin, qui battit les Bretons, en 143. On sait aussi 
que cette illustre famille fut alliée à Apulée. Mais il 
est probable qu'il ne s'agit ici que d'une homonymie 
sans aucun lien de parenté. 

N» 216 

En faisant exécuter des travaux à la rencontre du 
Boulevard du Nord et de la rue de Constantine, 
M. Démange a trouvé tout récemment l'inscription 
suivante, fragment de la dédicace d'un monument 
dont il a découvert en même temps une des mosaïques. 

Hauteur actuelle du fragment 0'"32; sa plus grande 
largeur 0'"32. Hauteur des lettres, O'^OT. 

MEDEMCoN 
L-BSlMIN 

Nous ne tenterons même pas une interprétation de 
ces quelques lettres. 

La mosaïque, trouvée en cet endroit, a 12 mètres 
sur 10 de surface. Elle était donc le sol d'une vaste 
salle de 120 mètres carrés qui témoigne de l'impor- 
tance du bâtiment, attestée encore par la grandeur 
des lettres de la dédicace. Elle est formée d'une belle 
bordure en torsade, de couleur noire sur fond blanc. 



— 384 — 

de 30 centimètres de largeur. L'intérieur est constitué 
par des carrés et des rectangles. Les carrés contien- 
nent une rosace rouge, à quatre folioles sur fond 
blanc, enfermée dans un triple filet dont les deux 
lignes extrêmes sont noires et celle du milieu rouge. 
Chaque carré est accosté de rectangles dont la base 
est de même longueur et contenant une torsade noire 
sur un fond jaune entourée d'un filet intérieur noir et 
d'un filet extérieur rouge. Les intervalles des rectan- 
gles sont remplis par de petits carrés formés égale- 
ment d'un filet intérieur noir et d'un filet extérieur 
rouge enfermant une surface blanche. 

Cette belle mosaïque est très i)eu détériorée, sauf 
sur quelques points où les parties manquantes ont 
été remplacées par une couche de mortier. 



Les Metalla de Khenchela 

Notre exploration des ruines de Mascula-Tiberia 
nous a permis d'y constater une particularité des 
plus intéressantes et qui n'avait pas encore été signa- 
lée. Cette ville était le siège d'une industrie métallur- 
gique. 

Au Nord-Est de la ville, en effet, se dresse, à envi- 
ron 4 mètres au-dessus du sol, une forte masse de 
béton qui semble avoir été un pilier où venaient 
s'appuyer des voûtes de même matière dont la retom- 
bée sur lui se dislingue encore très nettement. Le 
sol qui l'environne recouvre des monceaux de mâche- 
fer qui ne laissent aucun doute sur l'usage de cette 
construction. C'était certainement un haut-fourneau 
où se traitait le minerai de fer qu'on rencontre par- 
tout dans le voisinage de l'ancienne !\lascula et dont 



— 385 — 

on retrouve, sur plusieurs points, des traces d'exploi- 
tation de la part des Romains. 

Il y avait donc, dans les environs du municipe, des 
meialla ou mines, ce qui accentue encore la ressem- 
blance de notre occupation avec celle des Romains et 
apporte une nouvelle confirmation à l'idée, si souvent 
émise et vérifiée par nous, que les emplacements ou 
même les territoires retrouvent naturellement, après 
plusieurs siècles, la destination à laquelle les avaient 
adaptés des occupants de même race que leurs suc- 
cesseurs, et de civilisations à peu près semblables. 

Non-seulement, en effet, Mascula était, pour les 
Romains comme pour nous, un point stratégique 
important, mais encore un lieu de correction pour les 
criminels. Les meialla, en effet, étaient des espèces de 
bagnes où on reléguait les malfaiteurs <'\ Or, on sait 
que les troupes qui tiennent garnison à Khenchela 
font partie du Bataillon d'Afrique. 

Un autre point de ressemblance consiste dans les 
projets industriels qui sont à l'étude à Khenchela. 
On vient d'y découvrir des gisements miniers, sur- 
tout aux environs de Fontaine-Chaude où de nom- 
breux permis de recherche ont été récemment délivrés 
par la Préfecture de Constantine pour la calamine, le 
cuivre et les phosphates. Les exploitations qui vont 
s'y créer auront donc eu pour précédents les établis- 
sements métallurgiques des Romains. En leur sou- 
haitant le même succès, nous ne pouvons que nous 
féliciter, pour la prospérité du pays, de voir de si 
bonnes traditions se renouer ainsi au travers des 
siècles. 

(1) Ulpien. — Dig. 48, 19, 8. 



- 386 — 

%agaï 

Nous ne pouvions quitter cette région si intéres- 
sante sans faire un pèlerinage aux ruines de l'ancienne 
Bagdi, le boulevard du Donatisme, en même temps 
que la patrie ^^^ sinon du promoteur, du moins du 
premier chef célèbre de ce bruyant schisme, l'évèque 
Donat. 

Cette ville dont les ruines sont à 15 kilomètres en- 
viron, à vol d'oiseau, au Nord-Ouest de l'ancienne 
Mascula, se trouvait sur la voie romaine de Theveste 
à Thamugadi, à une distance double de la première 
de ces vieilles cités qu'elle ne l'est de la seconde, au 
milieu de la plaine qui sépare le Djebel-Fedjouj du 
Djebel-Tafrent et sur le bord d'un affluent du lac salé 
du Tarf. Elle fût bâtie par les Romains, probablement 
vers la même époque que sa voisine Thamugadi, 
c'est-à-dire au commencement du IP siècle, sur un 
plateau qui se dresse tout à coup au milieu de la 
plaine. 

Pendant tout le Haut Empire elle resta ignorée des 
historiens et des géographes. L'épigraphie même ne 
nous a presque l'ien révélé de son existence à cette 
époque. On n'y a trouvé, en effet, que trois textes 
se rapportant, le premier à Lucius Verus, en 161, le 
deuxième à Marc-Aurèle, en 175, et le troisième à 
Garacalla, en 213. 

Mais elle s'acquit une véritable renommée dans la 



(l) C'est l'avis des rédacteurs du Corpus qui disent, en parlant de 
Bagaï : « Donatus inde oriundus ». Mais nous ne sivons sur quelles 
autorités ils s'appuient, le chef des Donatistes n'étmt désigné que par 
son siège épiscopal, Caaac mgrac, dont l'eiuplacemeut au uoid de lAurès 
n'a pu être identifié. 



— 387 — 

suite en devenant un des premiers centres de résis- 
tance des Donatistes, qui s'y retranchèrent comme 
dans une citadelle. Elle est souvent mentionnée par 
Saint-Augustin et Saint-Oplat de Milève, qui s'élè- 
vent contre les crimes de la secte qui y dominait et 
qui y réunit un concile, en 394, sous Théodose. Elle 
est également citée dans les actes de Saint-Mammaire 
et nous apparaît un peu comme le quartier général 
de la rébellion religieuse et sociale qui s'était déchaî- 
née sur l'Afrique. 

Elle fut probablement détruite par les Vandales, 
puisque les Byzantins la trouvèrent complètement 
déserte à leur arrivée, vers 542. Salomon trouvant la 
position très forte roleva les murailles dont elle est 
encore entourée de tous côtés et fit de cette forteresse 
le pivot de toutes ses expéditions dans l'Aurès. La 
ville se repeupla alors et ne cessa d'être habitée jus- 
qu'à l'invasion arabe. A ce moment la Kahéna, reine 
de l'Aurès, en chassa la population byzantine qui 
l'occupait et détruisit la ville pour empêcher les en- 
vahisseurs de s'y fortifier (698). Mais elle se repeupla 
une troisième fois et n'aurait cessé d'être habitée, au 
dire de Dewulff, que vers la fin du siècle dernier. Cet 
auteur qui la visita, en 1860, s'appuie sur le témoignage 
des vieillards de la tribu des Larbaà qui vivent aux 
environs de la vieille cité. Ils lui dirent que, dans leur 
enfance, le Ksar-Baraï contenait encore des maga- 
sins ^^\ Ce témoignage est d'accord avec celui de 
Peissonel qui vit Baraï en 1725, et nous rapporte 
qu'à cette époque cette ancienne ville n'était plus 
qu'une simple bourgade ^^'. Quant aux magasins dont 

(1) Dewulf, Rec. de Const., t. xi, p. 229. 

(2) Cité par Justin Pont, Rec. de Const., t. xil, p. 2Q2. 



- 388 - 

parlaient les vieillards de 1866, on sait qu'ils furent 
détruits vers 1803, par une colonne turque chargée 
du recouvrement de l'impôt dans ces contrées. 

Ce fut encore M. Démange qui voulut bien nous 
conduire dans cet antique repaire de l'hérésie afri- 
caine. A l'aspect des formidables défenses dont l'avait 
entouré Salomon, et qui avaient remplacé celles des 
Donatistes, on comprend bien vite comment ces der- 
niers pouvaient braver à l'aise, derrière leurs rem- 
parts, les forces impuissantes que le Bas -Empire 
dirigeait contre eux et imposer au loin la crainte des 
bandes armées (les Girconcellions) qu'ils lançaient 
sur tout le pays environnant. On comprend aisément 
le succès de prosélytisme que de si redoutables mis- 
sionnaires obtenaient auprès des populations malheu- 
reuses et sans défenses des campagne, et on s'expli- 
que la rapide diffusion et la puissance du Donatisme. 

Comme Payen en 1857, Dewulf en 1866 et Pont 
en 1867, nous ne vîmes surgir, des monuments de 
l'antique cité, que de belles colonnes de marbre ayant 
servi à déterminer la nef d'une grande mosquée de 
l'époque où l'emplacement de la cité romaine était en- 
core occupé par les ancêtres de Larbaâ, et qui ne s'est 
élevée elle-même que sur les ruines d'une ancienne 
basilique dont on retrouverait presque intacts le dal- 
lage et les soubassements des murs extérieurs si on 
y entreprenait des fouilles. On y voit encore des citer- 
nes et des bains. 

Mais si, abstraction faite des puissantes murailles 
qui entourent la ville et que des entrepreneurs peu 
scrupuleux viennent à chaque instant démanteler, 
rien de la turbulente cité ne se dresse sous le regard, 
que de richesses inédites restent enfouies dans le sol! 



— 389 — 

Si l'on songe, en efTet, aux innombrables vestiges 
que laisse toujours une ville déti'uile par la guerre, 
surtout lorsqu'elle est, en raême temps, abandonnée 
par ses citoyens échappés au massacre et dispersés 
au loin, comme le fait eût lieu pour Thamugadi ; si 
l'on considère, d'autre part, que les populations mu- 
sulmanes qui viennent ensuite s'y établir se conten- 
tent loujoursd'élever de légers bâtiments sur les subs- 
tructions nivelées des anciens éditices, sans les mettre 
au jour, on reste convaincu, en foulant ce sol, qu'il 
conserve intacte toute la ville romaine et que de 
grandes fouilles nous la révéleraient tout entière 
comme à Timgad. Quel prix n'auraient pas, pour l'his- 
toire générale de l'Afi'ique romaine et, en particulier, 
pour celle du schisme célèbre dont on ne connaît 
qu'imparfaitement les grands traits, des fouilles de 
longue haleine, exécutées sur ce point! Les étonnantes 
découvertes de Timgad que rien de plus saillant 
qu'ici, sauf l'arc de Trajan, ne faisaient pressentir, 
avant 1881, seraient, sinon dépassées, du moins éga- 
lées à Baraï et elles ajouteraient sûrement des traits 
caractéristicjues et précis au tableau un peu vague 
de l'Afrique romaine aux IV* et V^ siècles, et des 
troubles religieux dont elle eût tant à souffrir à cette 
époque. 

C'est pénétré de cette idée, et pour préluder à de si 
intéressantes recherches que nous avions accueilli 
avec empressement l'offre de M. Besnier, de l'Ecole 
de Rome, de collaborer personnellement avec lui, au 
nom de la Société Archéologique de Conslantine, dans 
l'œuvre de dégagement de la grande basilique dona- 
tiste dont les énormes colonnes sont encore debout 
au Nord-Ouest de la ville et qui, ù notre avis, de- 

S7 



- 390 — 

vait dominer le Forum, si l'identification que nous 
avons faite de ce dernier emplacement, d'a{3rè3 un 
rapide examen des lieux, est exacte. Malheureuse- 
ment pour notre projet, M. Besnier est ravi pour le 
moment aux recherches archéologiques par les fonc- 
tions qui lui ont été l'écemment confiées à l'Univer- 
sité de Caen. 

Espéi'ons que l'Ecole de Rome qui trouve, de jour 
en jour, de plus grandes difficultés à entreprendre des 
fouilles dans le sol de la péninsule italique, continuera 
à s'apercevoir que sa section archéologique a un 
champ illimité de recherches des plus intéressantes 
dans le déparlement de Constantine, et qu'elle dérivera 
de plus en plus l'activité de ses membres vers l'an- 
cienne Numidie. Notre Société aidera de tout son 
pouvoir les jeunes savants que l'on enverra près 
d'elle et travaillera volontiers à leurs côtés dans la 
mesure de ses ressources et de sa compétence. 

En tout cas je lui soumets l'idée que nous cares- 
sons tous ici d'entreprendre une campagne de fouilles 
dans les substructions intactes de la capitale du 
donatisme. 

M'DAOUROUCHE (Madaure) 

Un lieu dont l'élude approfondie serait aussi des 
plus captivantes est celui d'où M. Robert, adminis- 
trateur de la commune mixte d'Aïn- M'iila , nous 
adresse les deux textes ci-dessous. 

M'daourouche, l'ancienne MadaureM patrie d'Apulée, 
est le centre intellectuel où Saint-Augustin, après 
ses premières études h Thayasle, sa ville natale qui 
n'en est distante que d'une trentaine de kilomètres 



— 391 — 

au nord, vint étudier les lettres et l'éloquence avant 
d'aller se perfectionner à Carthage. 

Les ruines de celte importante cité se trouvent dans 
une magnifique position, près des sources de nom- 
breux cours d'eaux qui vont grossir au nord le grand 
fleuve de la Medjerda (l'ancien Bagradas), et non loin 
des belles forêts qui couronnent au sud les crêtes du 
Djebel-Sessou, tandis qu'au nord-ouest se déroulent 
les splendides horizons du cercle de Souk-Ahras, et 
qu'on découvre au nord-est les sommets dentelés 
des montagnes de la Tunisie. 

Les vestiges de la vieille colonie romaine qui 
s'aperçoivent très nettement de la ligne du chemin 
de fer, à plus de 6 kilomètres à gauche, quand on se 
dirige vers Tébessa, sont des plus imposants. Mais 
le touriste qui les visite s'aperçoit bien vite que ce 
qui surgit à ses regards c'est plutôt la ville byzan- 
tine que la cité d'Apulée dont elle a entassé sans art 
les superbes matériaux. La colonie romaine est pro- 
fondément enfouie sous les décombres et sous une 
épaisse couche de terre. Espérons, comme notre 
savant confrère M. Gsell, qui a visité le dernier ces 
grandes ruines, que le service des Monuments histo- 
riques y pratiquera sous peu des fouilles qui, selon 
notre confrère, égaleront en résultats celles de Timgad. 

M. Gsell, en effet, y a découvert, en quelques jours, 
plus de 150 textes inédits, et ses sondages, quoique 
très superficiels, lui ont révélé des monuments d'une 
réelle importance avec des salles dont le dallage était 
à 3"'10 de profondeur et dont les parois sont tout 
entières construites en pierres de taille^^'. II y a trouvé 

(l) s. G^ell, Rcckcrck, archéoL on Algérie, p. 412. 



— 392 — 

notamment des voûtes formées intérieurement de pe- 
tits tubes en terre cuite, agencés les uns dans les 
autres, comme ceux dont nous parlerons plus loin, 
à propos des fouilles que pratique, avec tant de suc- 
cès, M. Barry, administrateur de la commune mixte 
de Morsott. 

Les moi'ceaux d'architecture, qui gisent épars çà 
et là, sont des plus beaux et témoignent de la splen- 
deur à laquelle était arrivée la vieille cité, si l'on en 
croit ses trois illustres enfants, Apulée, Saint-Augus- 
tin et le grammairien Maxime de iMadaure^^'. 

Disons, en achevant cette rapide esquisse, que les 
ruines de Madaure ont été visitées, avant M. Gsell, par 
MM. Héron de Villefosse, Wilmanns, Masqueray, et 
décrites avec planches, fouillées môme sur quelques 
points, par M. Chabassièret"^). 

N»216 

Superbe stèle avec chapiteau soigné et belles mou- 
lures à la base, trouvée à M'daourouche sur le même 
alignement que celles découvertes par le capitaine 
Hannezo et publiées par nous, en 1897, sous les 
n°^ 184 ù 187. Lettres bien gravées et de bonne 
époque. 

Hauteur de la pierre : l'"61; largeur de la base : 
0'"52; épaisseur 0'^50; hauteur des lettres : 0°^05. 

Sigle de AE dans Caecilia à la 3* ligne, petit i à la 
4^ dans pifoj; sigles de t et i, de a et n et un petit a 
dans le mot Kojjaiianus à la 7'' ligne; autres sigles do 



(1) Apul. Apulofj. "24; Saiiit-Aug. Lcttros 17 § 1 ; Maxime de Madaure, 
dans Sainl-Aug. Lettre.^ 16 § 1. 

(2) Héron de Villefosse, Arr/iio. d<:< miss, scient. 2; Chabassière, 
Rec. de Con.ft. l. X, ii|> 108-127 cl pi. v et vu; Masqueray, Ballet, de 
corr. a/ric, fasc. vi, 1883; Wilmanns, voir le Corpus. 



— 393 — 

p el I ou mot pifa), de v et a aux mots v(ixil) a(nnis) 
à la 8" ligne et enfin de va el n uux mots v(ixit) 
anfnisj h la 9® et dernière ligne. 

D M s 

TI C L AVD I VS AC VTI 
VS PIVALXXXCAECILI 
ASILVANAPIVALXXV 
CLA VDIVSMAXIMI 
ANVS PI VA XXXV 
CLAVDIVS HOGATIAN 
VS PIVAXXCLA VDI A 
A C V T A PI VA N V I I I 

D(is) Mfanibus) s{acrum). 

Ti(berius) Claudius Aculiua pi(ns) v(ixil) a(nnis) octo- 
ginta. 

Caecilia Silmna pi(a) v(ixu) a(nnis) sepiuayinla et 
quinque. 

Claudius Maximianus pi (us) v(ixit) a(nnis) triginla el 
quinque. 

Claudius Nogatianus pi(us) v(ixil) a(nnis) vigi^ili. 

Claudia Acuta pi(a) v(ixil) an(nis) oclo. 

« Consacré aux dieux Mânes. 

« Tiherius Claudius Acuiius, lies regi'ellé, a vécu 
« quati'e-vingls ans. 

« Caecilia Silcana, très l'egretlée, a vécu soixanle- 
« quinze ans. 

« Claudius Maximianus, très rcgrellô, a vécu Irente- 
« cinq ans. 

« Claudius Itogatianus, 1res regretté, a vécu vingt 
<( ans. 

« Claudia Acula, très regrettée, a vécu huit ans. » 

Nous retrouvons encore sur ces épitnplies, comme 
nous l'avons remarqué datis noli'c avant dernier 
volume, l'épithète de pius ap|)li(|uée toujours aux dé- 
funts, ù Madaure; mais nous pensons que ce mot, qui 



- 394 — 

est intraduisible, est mieux rendu par celui de regretté, 
dans le sens de cette expression : dont on garde un 
pieux souvenir, que par l'adjectif : honorable adopté 
alors par nous. 

Nous avons là les épitaphes réunies d'une même 
famille, les Clmuiii Aculii. 

Le père, Claudius Acutius, et la mère, Caecilia Sihana, 
sont arrivés à un âge avancé que n'ont pas atteint 
leurs enfants : Claudius Maximianus, mort à 35 ans, 
Claudius lîogaliannus, qui n'a pas dépassé la vingtième 
année, et Claudia Acuta, décédée à l'âge de 8 ans. 

Les Claudii étaient assez nombreux à Madaure. 
L'épigraphie funéraire en mentionne maintenant une 
dizaine, ^^î si on y comprend les nôtres. Mais ces der- 
niers sont les seuls qui portent l'agnomen à'Acutius. 

No 217. 

Stèle du même style et de la môme provenance que 
la précédente. 

Hauteur de la i)ierre \"^9d ; largeur à la base, 0"'54 ; 
épaisseur, 0'"50. Hauteur des lettres, 0"'54. 

D M s 

CLOVINTIA 
P VAXXXVI 

D(is) Mfanibus] s(acrum). Clovinlia p(ia) v(ixil) a(nnis) 
Irigenla et sex. 

« Consacrée aux dieux Mânes. Cluviniia, très re- 
« gretlée, a vécu 3G ans. » 

C'est la première fois, à notre connaissance, qu'on 
trouve, en Afrique, ce nom bizarre de Clovintia. 

Ch. VARS. 



(\) C. I. L., n» 4723, S. Gscll, Rcch. arcfi. en Alyvr. ii»' 599, G59, 
CGC), GGl. 



— 395 — 



nS/!lOPlSOTT 



D'importantes découvertes viennent d'être faites 
à Morsott, par les soins de l'Administrateur M. Barry, 
et avec le concours de la Société. 

Deux monuments antiques, mis nu jour, nous 
promettent les plus intéressantes études. Les mesures 
sont prises pour la publication d'un compte rendu 
complet, avec planches, dans le prochain volume. 

SIOXJS 

Au dernier moment, nous recevons de notre dévoué 
confrère M. Robert, administrateur d'Aïn-Melila, les 
dessins et estampages de deux monuments funéraires, 
découverts par ses soins ù 5 ou 600 mètres de Sigus, 
sur les pentes de la montagne au pied de laquelle est 
assis ce centre. 

Voici les deux inscriptions dont nous avons les 
estampages : 



D. M- s 

M E M O R I -E 

G (i? T A M M V D 

CC^jFlLÇjpQVmci? 

5 V I\ B A N I 

SE VIVO 

F E Cl T 

Vci? A ci? LXXV 

Cette inscription occupe le centre du tableau d'un 
petit monument d'un mèlre soixante centimètres en- 
viron de hauteui-, avec corniche élégante recouverte 
d'une petite coupole. 



396 — 



//// EMOR SEX ^ GLOD VRBAN 



Ce fragment d'inscription est gravé sur un des 
côtés d'une large pierre d'un autre monument, au 
dessus d'un cadre (|ui portail peut-être des dessins ou 
des lettres. 

Ces restes, d'une sépulture de famille, ont été 
transportés à Sigus et placés dans le pelit musée dû 
à l'initiative intelligente de M. Robert. 

Nous reproduirons le plan et les dessins de ces 
monuments dans notre prochain volume. 



E. M. 



CHHONIQUE 



La publication de la table des 30 premiers volumes 
de la Société, en 1897, nous a forcés d'interrompre 
l'impression de nos travaux ordinaires. Ainsi s'ex- 
plique le retard apporté à l'édition des mémoires con- 
tenus dans ce Recueil', les auteurs voudront bien 
nous excuser et comme ils seront les premiers à se 
servir des belles tables di-essées par M. Poulie, ils 
se joindront à tous les amis de l'archéologie africaine, 
pour remercier noti-e ancien et regretté Président du 
nouveau sei-vice rendu à la Société. 

Ils le féliciteront, eu môme temps, de sa nomina- 
tion comme membre correspondant de l'Académie 
des Inscriptions et Belles-Lettres. Cette distinction, 
si bien méritée, qui est venue le chercher dans sa 
retraite, est un nouvel honneur pour notre Société. 

Avec ce32« volume, nous entrons dans une nou- 
velle période qui , espérons-le, ne sera pas moins 
féconde que les pi-écédentes. Déjù les éléments du 
33^ Recueil sont en grande i)artie réunis et nous 
comj)lons qu'il pourra paraître dans le courant de 
l'automne de la présente aimée 1899. 

CONSTANTINE 

La rei)rise des travaux du Coudiat nous a donné 
déjà quelques inscriptions funéraires dont les textes 
sont analysés dans ce Recueil. Tout fuit espérer que 
la partie sud-est du mamelon, non eiicoi'e attaquée 
nous réserve il'hcureuses découvertes et les mesures 
sont prises pour en assurer la conservation. 



- 398 - 

Notre musée archéologique s'est augmnté d'une 
certain nombre d'objets trouvés au Goudiat, ou offerts 
par de généreux donateurs. Selon toutes les proba- 
bilités nos richesses pourront être installées vers la 
fin de l'année dans le local préparé à cet effet à la 
nouvelle mairie. 

MANSOURIA 

(Choba Municipium) 

Ayant appris qu'un tronçon de la route de Djidjeli 
à Bougie traversant les ruines de Mansouria allait 
être construit et que le tracé passait au milieu de 
l'enceinte du fort byzantin, nous avons écrit à M. l'In- 
génieur en chef de la circonscription, en le priant 
d'étudier, s'il était possible, une déviation de cette 
route et de prescrire des mesures pour la conserva- 
tion des vestiges mis au jour. Nous avons eu le plaisir 
de recevoir la réponse suivante : 

Philippeville, le l«f décembre 1898. 

Monsieur le Puésident, 

En réponse ù votre lettre du 25 novembre dernier, rela- 
tive à l'ouverture du chemin de grande communication 
n° 29, de Bougie à Djidjelli, dans la traversée du territoire 
de Choba Municipium, j'ai l'honneur de vous faire savoir 
que le tracé du projet respecte autant (fj ; possible les 
ruines; dans ce but, la plate-forme ù construire sera assise 
sur un remblai h l'aval de l'enceinte du Fort Byzantin. 

Je recommando ù l'Ingénieur d'éviter toute fouille qui" 
pourrait entraîner la destruction de ces ruines intéressantes. 
Je le prie aussi de veiller, au cas où, dans leur voisinage, 
les déblais mettraient au jour quelques vestiges, à ce que 
toute dégradation soit évitée, et qu'avis immédiat vous 
soit donné, afin que vous puissiez prendre les mesures né- 
cessaires en vue de la conservation des objets découverts. 

Veuillez agréer, etc. 

Sifiné : IMBERT. 

Tous les amis de rAntifjuité seront reconnaissants 
h M. Imbert, de sa bienveillante décision. 



399 



KALAA DES BENI HAMMAD 

Notre confrère, M. Blanchet, dont la première 
exploration des ruines de l'ancienne capitale ham- 
madite, a donné en 1897, de si intéressants résultats, 
n'a pu consacrer, cette année, que quelques jours à 
de nouvelles fouilles. En attendant un travail plus 
complet, il a rendu compte à la Société de ses décou- 
vertes par la lettre suivante : 

Monsieur et cher Président, 

Une nouvelle course à la Kalaa, exécutée elle aussi aux 
frais de la Société, me permet d'ajouter deux mots à mon 
article et deux noms à la liste que j'ai donnée des vestiges 
encore apparents de la capitale do Ilammad. J'ai pu, grâce 
à l'aimable concours de M. du Kermont, administrateur- 
adjoint, détaché à Bordj-Redir, retrouver cette année le 
cimetière de la grande ville et le pont sur lequel passait la 
route de M'sila. De celui-ci, il ne reste que la pile centrale, 
fort bien conservée, d'ailleurs, mais celui-là nous réserve 
peut-être des découvertes intéressantes. J'ai pu en enlever 
déjà onze pierres tombales couvertes d'inscriptions, en ca- 
ractères identiques à ceux des boiseries du Beït-el-Idda, 
de la grande mosquée de Kairouan ; ce qui, d'ailleurs, con- 
corde chronologiquement à merveille, et dilïérents frag 
ments de sculpture décorative d'un style franchement fa- 
timite. J'ai rapporté le tout au Musée de Conslantine. 

J'espère pouvoir en faire, dans un des prochains numé- 
ros du Recueil, une étude plus détaillée ; mais je tenais, 
dès maintenant, à vous aviser de celte trouvaille et à vous 
remercier, une fois de plus. Monsieur et cher Président, 
de l'appui constant que vous voulez bien donner à mes 
travaux. 



Veuillez agréer, etc. 

Constantine, I" mai 1898. 



P. BLANGIIET. 



- 400 - 



GUERRARA (Mezah) 

Notre infatigable confcère, M. Jacquot, forcé de 
quitter l'Algérie, à la suite d'une cruelle maladie, 
nous a adressé, de Saint-Jean-de-Maurienne, la note 
suivante : 

M. Messaoud ben Yaya (n. p. Moka), négociant à Sétif, 
et ses employés mozabites ont bien voulu nous fournir les 
renseignements suivants sur des vestiges anciens qui exis- 
teraient dans leur pays. 

A 5 ou 6 kilomètres de Guerrara, et sur la roule de 
Touggourt, on peut voir en plein désert un monolithe 
de 20 à Îi5 mètres de hauteur (^' environ, en iafza (grès) 
de couleur rouge brique veiné de blanc et lisse comme du 
marbre. La section de ce monument donnerait un ovale 
de près de 10 mètres de tour à la base. Le sommet, beau- 
coup plus gros que le pied, rappellerait assez, par sa forme 
arrondie, la tète d'un de ces casse-têtes indigènes dénom- 
més cazoula ou encore, si l'on préfère, la tête d'un os long. 

Ce sommet est toujours fréquenté par les corbeaux, qui 
y ont même édifié des nids ; ce qui laisserait à supposer 
qu'il existe là une cavité plus ou moins profonde. 

Personne n'a jamais remarqué ni dessin, ni écriture 
d'aucune sorte sur cette colonne tant soit peu originale. 
S'il existe quelques traces de sculpliire au sommet, il est 
impossible de les apercevoir d'en bas à cause de la dis- 
tance. 

Au pied du monolithe on voit, rangées en '^^r-l". dix pe- 
tites colonnes de forme cylindrique, variant de 16 3 mètres 
de hauteur, presque toutes brisées et de la même pierre 
que le monument principal. 

La région n'est pas habitée. A peine y pousse t il quel- 
ques herbes maigres et l'on n'y trouve pas une goutte d'eau. 

Des étrangers (un Anglais et un Américain) ont pris la 
photographie de la colonne, que les mozabites ont appelé 
jL'^lrtmf'eaf,,. c'est à-dire le Bâtonnet. 

On ne connaît aucune ruine romaine dans les environs. 



(1) Hauletir de Irpliso do Sélif, mesurée de la base au haut du clo- 
cher, d'après nos mozabites. 



— 401 — 

En revanche, il en existerait à El Goléa d'assez impor- 
tantes. 

Depuis environ un an, un touriste, d'origine allemande 
ou autrichienne, circule dans le pays, cherchant tous les 
vestiges de l'époque romaine et prenant, lui aussi, force 
notes et force photographies. 

L. JACQUOT. 

Nous remercions M. Jacquol, qui paraît regretter 
ses exjiloralions de la région de Sétif : « I^es décou- 
« vertes de la Maurieiine, écrit-il, sont bien jjeu de 
« chose auprès de ce que l'un trouve en Algérie ! 
« Dii'e que j'ai visité plus de :'.()() ruines de toute im- 
« portance, rion qu'en parcoui-ant un rayon de 20 à 
« 30 kilon:îètres, autour de Sitifis » 

Il nous promet de classer et de nous envoyei' les 
nombreux documents recueillis par lui de 1895 à 1898, 
et nous savons qu'on peut compter sur sa parole. 

Dans une lettre du 10 novembre dernier, il nous 
annonce que M. Serfati, de Sétif, a découvert, à cinq 
kilomètres du village d'Aïn-Roua, des ruines romai- 
nes formées de centaines de pierres de taille. Nous 
signalons ces vestiges à nos correspondants de cette 
région. 

TUNISIE 

M. le Capitaine Hannezo a bien voulu nous adresser, 
de sa nouvelle résidence, la note suivante sur une 
nécropole phénicienne de Sousse : 

Note sur la nécropole pliéiiLcieiiue de Sousse 

(Tunisie) 

Pendant le cours de travaux exécutés derniùrement dans 
le camp militaire de Sousse, nous avons pu diriger quel- 
ques nouvelles fouilles dont nous donnons le résultat. 

Un espace, compris outre deux baraques de troupe, d'en- 



— 402 — 

viron 10 mètres de longueur sur 4 mètres de largeur, fut 
l'objet d'un examen attentif. Presque à la surface du sol on 
découvrit des fragments de poteries ou de lampes de l'époque 
romaine, puis à cinquante centimètres la couche de tuf. 
Quatre puits funéraires creusés dans ce tuf furent très rapi- 
dement mis à découvert ; chaque puits conduit, comme 
ceux précédemment décrits'', à une porte de chambre funé- 
raire fermée par des amphores à deux anses de taille 
moyenne ; ces amphores enlevées, la chambre se présente : 
l'intérieur est carré et garni d'un mobilier funéraire. Les 
objets sont mélangés aux fragments de tuf qui sont tombés 
du plafond et ajux terres qui se sont glissées h travers les 
vides mal bouchés existant entre les amphores de fermeture. 

Nous ne voulons pas faire une description détaillée des 
objets recueillis ; disons seulement que nous avons retrouvé 
l'urne à ossements calcinés, les plats ^patera, patella, patina), 
l'ampulla, la lampe noire avec ou sans anse, la liole à par- 
fums imignenterium), le guttus en terre noire ornementée 
et à une anse, etc. 

Nous signalerons particulièrement, comme sujets d'étude 
intéressants, trois nouvelles inscriptions en cursive^-^ sur 
urnes à ossements (nous en donnons le calque) et une série 
de petits objets recueillis au milieu des ossements contenus 
dans les urnes ; ces objets sont: style pour écrire, aiguille 
en os, anneaux de fermeture en os, osselets pour jouer, 
grains de collier en pâte de verre, une petite main en os 
trouée et ayant fait partie d'un collier monnaies frustres en 
cuivre, clous, etc. (nous donnons par photographie un 
spécimen de ces divers objets). 

Dans la chambre, nous avons trouvé également plusieurs 
grands clous de cuivre faisant supposer qu'il y a eu des 
cercueils ou au moins de grands coiïres en bois ; de plus 
des anneaux de suspension ou d'attache pour colïrets ont 
été trouvés. 

A noter aussi, à côté d'un puits funéraire, une série de 
petits cailloux affectant la forme circulaire ou ovale et bien 
unis sur toutes les faces ; ces cailloux paraissent, au pre- 
mier examen, être de simples cailloux roulés ; mais leur 
réunion en un seul point et les échancrures que l'on remar- 
que sur In tranche de l'un d'eux ont donné lieu à croire 
qu'ils auraient pu être utilisés comme poids. 

Capitaine E. HANNEZO. 



(1) Voir Bulletin archéologique, 1889. 

(2) Voir Reouc archéologique, 1889. — Bulletin archéologique, 1892. 



403 



BIBLIOGRAPHIE 



M. de Calassanti Motylinski, ancien interprète de l'Ar- 
mée et professeur ù l;i Cliaire supérieure d'arabe de Cons- 
tantine, nous a donné, cette année, le premier fascicule de 
son travail sur le Djebel-Nefousa. 

En 1885, étant interprète militaire au Mzab, M. de Mo- 
tylinski fit la Connaissance d'un Taleb d'Ifren, qui, sur sa 
demande, composa une « Relation des clieniins du Djebel- 
Nefousa » publiée la même année chez Jourdan. 

Le texte, autographié et écrit en caractères arabes, resta 
lettre morte pour beaucoup d'étudiants en berbère. Du 
moins, IM. de Motytinski en annonçait « un peu prématu- 
rément alors », nous dit-il lui-même, la traduction. 

C'est cette traduction qui parait aujourd'hui; et nous 
n^avons pas trop à nous plaindre du retard apporté à sa pu- 
blication puisque l'auteur a su' mettre à profit le temps 
dont il disposait pour la faire précéder d'une étude très in- 
téressante sur le dialect des Nefousa, lequel n'avait jusqu'à 
présent fait l'objet d'aucune monographie spéciale. 

Ce dialecte est pourtant remarquable à plus d'un titre. 
D'abord, parcequ'il renferme moins de mots arabes et qu'il 
a été moins altéré par la langue des vainqueurs musulmans 
que les dialectes d'Algérie. Puis, — chose très rare en ber- 
bère, parcequ'il a possédé une véritable littérature écrite, 
en caractères arabes, il est vrai, littérature contemporaine 
des Rostemides, dont le Siar, de Chemmakhi, paraît avoir 
été le principal monument. 

L'étude grammaticale est suivie elle-même de la ti-ans- 
cription en caractères latins du texte berbère. Celui-ci est 
accompagné d'une quantité de notes explicatives qui don- 
nent pour ainsi dire l'analyse de chaque mot et sont de na- 
ture à faciliter prodigieusement l'étude du texte. 

Par ce travail, si consciencieux et si neuf, notre confrère 
M. de Motylinski vient d'acquérir de nouveaux droits à la 
reconnaissance de tous ceux qu'intéresse l'étude de notre 
vieille langue africaine. C'est un document des plus im- 
portants qui vient d'être mis en pleine lumière et qui ajoute 
beaucoup ù notre connaissance des dialectes zenatiens. 

G. M. 



— 404 — 



Le Tableau de Gébès. — Version arabe d'ibn Mis- 
kaoueih, publiée et traduite avec une introduction et 
des notes, par M. René Basset, directeur de l'Ecole 
supérieure des Lettres d'Alger. ~ Un petit vol. in-S", 
texte arabe, 36 pages ; introduction, traduction et notes^ 
60 pages. — Alger, imprimerie orientale Fontana et C'®, 
1898. 

On sait que le Gouvernement Général de l'Algérie a en- 
trepris la publication d'une véritable collection orientale 
qui doit comprendre, sous un format commode et peu coû- 
teux, les textes et traductions des œuvres classiques arabes 
les plus célèbres sur la théologie, le droit, la rhétorique, la 
logique, la littérature, la prosodie, la morale et les sciences 
qui forment la base de l'enseignement musulman dans les 
mosquées et les médersas. 

Cette bibliothèque spéciale, appelée à fournir de précieux 
éléments d'étude et de comparaison dans les deux langues, 
non seulement aux étudiants musulmans, mais à tous ceux 
qui s'intéressent aux choses de l'Islam, comptait déjà, 
parmi les ouvrages publiés, un certain nombre de traités 
importants sur la théologie, le droit musulman et la gram- 
maire arabe dus ù M. Luciani (1), chef de Bureau au Gou- 
vernement Général et à MM. Bagard (2) et Sicard (3), in- 
terprètes militaires au Gouvernement Général. 

La collection, si bien commencée, vient de s'enrichir 
d'un élément nouveau et important dû à l'infatigable acti- 
vité de M. René Basset, le savant directeur de l'Ecole su- 
périeure des Lettres d'Alger. 

Le traité grec de morale qui porte le nom de « Tableau 
de Gébès », attribué ù Gébès le Thébain, disciple de Socrate, 
est bien connu des Hellénistes. . 

Gébès se trouve en présence d'un tableau énigmatique 



(Il La Sonoussia. — Petit traité de théologie musulmane, texte arabe, 
avec une traduction française et des notes ; 

La Ra/iliia. — Petit traité des successions uuisulnianes, texte arabe, 
avec une traduction française. 

(2. 1-:i Bina. — Petit traité des formes du verbe, texte arabe, avec une 
traduction française. 

■ 3) Polit traili" do grammaire arabe en vers, par El Attar. texte arabe, 
avec une traduction (ranyaise. 



- 405 - 

peint à l'entrée d'un temple consacré à Saturne. Il cherche 
vainement à pénétrer le sens allégorique de cette peinture 
qui représente trois enceintes, auxquelles donne accès une 
porte, près de laquelle se presse une foule considérable 
d'hommes. A l'entrée, se trouve un personnage qui semble 
faire entendre à la foule de mystérieuses paroles. 

Un vieillard satisfait la curiosité de Gébès et lui explique 
l'allégorie morale que contient le tableau : « L'enceinte re- 
c présente le séjour des hommes pendant toute la durée 
« de leur vie et les peuples, debout à la porte, sont ceux qui 
« vont passer dans cette existence, où ils vivront à leur 
«: guise. Le personnage qui est à l'entrée de l'enceinte est 
« le génie, qui apprend à chacun de ceux qui descendent 
« dans ce monde ce qu'il doit faire pendant son existence 
« et lui montre la voie par laquelle il sera sauvé, s'il la 
« suit. » 

Viennent ensuite, sous forme de dialogue, tous les déve- 
loppements que comporte une matière aussi vaste. Le vieil- 
lard fait défiler aux yeux de Gébès les abstractions, person- 
nifiées par des femmes d'aspect varié, que l'homme ren- 
contre au cours de son existence, comme la vraie Science, 
la fausse Science, l'Erreur, les Vanités, les Délices, les Vo- 
luptés, la Fortune, l'Intempérance, la Débauche, la Flat- 
terie, rinsatiabilité, les Tristesses, les Douleurs, l'Igno- 
rance, etc. 

C'est la version arabe du texte grec, due à Ibn Mis- 
kaoueih (mort en 1030 de J.-G.), que M. René Basset a eu 
l'heureuse idée de nous donner, avec une traduction fran- 
çaise et des notes du plus haut intérêt. 

Dans une savante introduction, après avoir fourni, avec 
sa compétence habituelle, toutes les indications bibliogra- 
phiques et critiques que lui permet le cadre restreint de la 
collection pour laquelle il écrit, M. René Basset discute la 
paternité du Tableau de Gébès et établit que le dialogue 
n'est pas de Gébès le Thébain, disciple de Socrate, auquel il 
est attribué. Adoptant les conclusions de Zeller et de Prœ- 
chter, il admet qu'il a dû être rédigé par un stoïcien, vers 
la fin du l®"^ siècle après J.-G. 

La version arabe du texte grec fait partie d'un recueil de 

morale qui a pour titre : (^j^^ 3 V^*"'' V^^^' '^ «'^ et qui 

comprend, outre le Djaouid'ân Khired', un exposé des doc- 
trines des Perses, des Indiens, des Arabes et des Grecs. 

L'édition que nous donne M. René Basset est basée sur 



— 406 — 



celle d'Elichmann (reproduite sans correction par Lozano 
et Suavi Efendi), mais corrigée à l'aide du texte grec et d'un 
manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Paris. Bien que 
M. René Basset ne la donne pas comme définitive, il suffit 
de constater le soin minutieux qu'il a apporté à la correc- 
tion et à la reconstitution du texte, pour reconnaître qu'elle 
constitue sur les précédentes un progrès très sérieux. 

L'intelligence parfaite de la version arabe n'était pas 
chose facile. Dans la traduction, d'une précision sévère, 
M. René Basset a très heureusement triomphé des diffi- 
cultés réelles qu'offrait le texte. 

Dans des notes, volontairement réduites, mais portant la 
marque d'une profonde érudition, M. René Basset a signalé 
les rapports du texte grec avec le texte arabe en relevant 
soigneusement les lacunes, erreurs, transpositions, confu- 
sions et fausses interprétations imputables au traducteur 
musulman. Elles sont assez nombreuses pour permettre de 
conclure qu'Ibn Miskaoueih était loin d'avoir une connais- 
sance parfaite de la langue grecque. 

En publiant, sous une forme restreinte et à la portée de 
tous, une partie importante des œuvres de ce moraliste 
arabe, M. René Basset a mérité la reconnaissance des ara- 
bisants et des étudiants algériens, qui n'ont pas à leur dis- 
position les trésors des Bibliothèques européennes et pour 
qui, les textes de ce genre, restent généralement inconnus. 

Son « Tableau de Cébès » a un double mérite : il est à la 
fois une œuvre de haute science et un travail utile de vul- 
garisation. 

A. DE C. MOTYLINSKI. 



Marchen iiiid gedichte ans dei* Stadt Tripolis 
in Nordafrika, von Ilans Stumme. — Leipzig, 
J.-C. Hinrichs'sche Buchhandiung, 1898. — Un fort 
vol. in-8o, 317 pages. 

Depuis plusieurs années, le docteur Hans Stumme, pro- 
fesseur à l'Université de Leipzig, a entrepris sur les dia- 
lectes du Nord de l'Afrique une série de travaux très ap- 
préciés par les orientalistes. 



— 407 — 

Sans parler de ses remarquables études sur le dialecte 
Chelha deTazeroualt (1), sur l'arabe parlé dans l'Dued Sous 
Marocain, en collaboration avec M. A. Socin (2), il a publié, 
depuis 1893, des travaux qui nous intércsenl plus directe- 
ment, contes et chants de Tunisie (3), Chants des Bédouins 
de Tripoli et de la Tunisie (4), (traduits en français par 
par M. Adrien ^^'agnon) et enfin une grammaire très com- 
plète de l'arabe tunisien (5). 

Le savant professeur vient de fournir une nouvelle et im- 
portante contribution à l'étude des dialectes vulgaires de 
l'Afrique septentrionale, en publiant un recueil de Contes 
et poésies de Tripoli, qui a aussi sa place marquée dans 
nos Bibliothèques africaines. 

Ce volumineux ouvrage, édité avec un soin tout particu- 
lier, est divisé en deux parties : 

La première, comprend d'abord dix contes, d'une certaine 
étendue (56 pages). L'arabe y est figuré en caractères la- 
tins, à l'aide d'un système de transcription très précis, mais 
assez compliqué ; le texte arabe qui accompagne la trans- 
cription du premier conte, l'Homme et le Lion, permet ce- 
pendant d'arriver, après quelque entraînement, à lire assez 
couramment. 

Quelques-uns de ces contes, pris sur le vif, ont un carac- 
tère indéniable d'originalité. Ils constituent de précieux 
éléments pour l'étude des nuances du langage parlé dans la 
région tripolitaine. 

Les textes poétiques sont en caractères arabes et en 
transcription : ils comprennent dix pièces, plus remar- 
quables par le vocabulaire que par la poésie. Il faut ce- 
pendant citer « les Appels à la Pluie » (pièces 3 et 4), et 
l'énergique protestation du prolétaire tripolitain contre les 
impôts de toute nature sous lesquels l'accablent les repré- 
sentants du Gouvernement ottoman (pièce 3). 



(1) Elf Stiicke in Silha-Dialekt von Tàzenvalt ; 

Marchen dcr Sohluh von Tàzenvalt. — Leipzig 1895; 
Diclitivunst und Gedichte dcr Schluh. — Leipzig 1895. 

(2) Der arabische Dialcitl des Houwara des AVàd Sus in Marokko. — 
Leipzig, 189i. 

(3) Tunisischc Marchen und Gcdiclite. — Leipzig 1893. 

(4) Tripolitanische-tunisisctic Fieduinenlièdor. — Leipzig 1894. 

^5) Grammatik des tunisischen Arabiscli nebst glossar. — Leipzig 1896. 



— 408 — 

H y a là un véritable cri de haine du misérable qui traîne 
péniblement son existence de chaque jour, contre le riche, 
négociant ou propriétaire, qui « égorge un agneau chaque 
(( soir, dont les caisses sont pleines et dont l'impôt est le 
« moindre des soucis. » 

Les textes en prose et en poésie sont tous traduits en al- 
lemand. 

La deuxième partie comprend, sous le titre trop modeste 
d'esquisse du dialecte, une étude méthodique et complète 
sur la phonétique et la morphologie de l'arabe tripolitain, 
accompagnée de nombreuses comparaisons avec l'arabe 
tunisien. 

L'ouvrage se termine par un glossaire, très étudié^ con- 
tenant l'explication raisonnée de près de 400 mots, avec ré- 
férences aux dictionnaires de Dozy, Barbier de Meynard, 
Beaussier, Ben Sedira et autres auteurs. 

Le savant et méthodique travail de M. Hans Stumme est 
le digne complément de ses études si consciencieuses sur 
l'arabe parlé dans la partie orientale de notre Afrique du 
Nord. 

A. DE C. M. 



Cours d'arabe parlé, avec dialogues et lettres, à l'usage 
des étudiants, officiers et fonctionnaires des Adminis- 
trations algériennes, par Jules Baruch, interprète mi- 
litaire. — Constantine, imprimerie librairie-papeterie 
Adolphe Braham, D. Braham fils, successeur, 1898. 
— Un vol. in 8° de 220 pages. 

L'étude de l'arabe parlé doit être la première préoccupa- 
tion des officiers et fonctionnaires, appelés, par les néces- 
sités de leur carrière, à vivre dans noire Algérie en contact 
constant avec les indigènes qu'ils ont à commander ou à 
administrer. 

La connaissance de la langue que parlent nos sujets fran 
çais musulmans, n'est pas seulement utile à ceux qui tien 
nent h ne pas vivre ici comme en pays inconnu et veulen- 
s'initier aux mœurs et coutumes d'un peuple qu'ils cou- 
doient journellement ; elle est surtout indispensable comme 
iiïstrujuent de domination, d'administration, de justice et 



— 40î) — 



de civilisation, ù tous ceux qui détiennent une part quel- 
conque de l'autorité en Algérie. ' 

A ce double point de vue, tous les travaux concernant 
étude des dialectes parles en Algérie, méritent d'être par- 
ticulièrement encouragés. Depuis la conquête, les ouvrages 
sur 1 arabe vulgaire se sont succédés et ont été accueillis par 
le public algérien avec une faveur toujours croissante La 
matière est cependant loin d'être épuisée, et la carrière 
reste ouverte à toutes les initiatives: 

Dans un champ d'études où le terrain est déjà si bien dé- 
blaye 1 essentiel est de faire nouveau et de faire bénéficier 
le public de connaissances spéciales, acquises par une lon- 
gue pratique. ^ 

C'est le but que paraît s'être proposé M. Jules Baruch 
dans son et Cours d'arabe parlé » et qu'il a atteint. 

Dans une courte préface, il annonce modestement que 
son travail est le simple résumé du cours d'arabe élémen- 
taire et pratique qu il a été chargé de faire, pendant plu- 
sieurs années, aux Ofïïciers du 3^ Régiment de Tirailleurs. 
L est dire que nous verrons dominer dans l'ouvrage la note 
militaire. ° 

La première partie du livre, sur laquelle nous ne nous 
étendrons pas, comprend l'exposé des règles essentielles du 
langage parle, avec des notes succintes. destinées à ceux 
qu ont tout à apprendre en matière arabe et musulmane. 
Llle se termine par la série classée des mots usuels et par 
une liste dont il est superHu de démontrer l'intérêt et l'uti- 
lité, des termes géographiques du Tell, du Sahara et d'ori- 
gine berbère, avec l'explication des abréviations des vo- 
cables indigènes figurant sur les cartes de nos régions 



En abordant la deuxième partie, nous entrons de plein 
f,\'LZJZTJ'.i!l'^\^'i'''Jl'' ^'^'^^Snes, suivis de n'otes. 




lexerc.ce. Demande de permission, A Tinstriiction , Au 
Conseil de guerre, Au Bureau arabe ; ces titres sont assez 
éloquents pour nous dispenser d'insister sur la nature des 
sujets traités à l'usage des Olficiers et Sous Ofliciers de nos 
corps d Afrique. 

Le livre se termine par des remarques sur le style em- 
ployé dans la correspondance courante et quelques spé- 
cimens de lettres usuelles. ^ ^ 



— 410 - 

L'ouvrage de M. Jules Baruch a, dans sa spécialité, un 
caractère essentiellement pratique. S'il s'adresse plus par- 
ticulièrement aux militaires, il n'en a pas moins, en raison 
des principes généraux qui y sont exposés, sa place mar- 
quée entre les mains des étudiants et fonctionnaires de tout 
ordre. 

Nous terminons en exprimant le désir de voir M. Jules 
Baruch développer, dans une nouvelle édition, la partie 
originale de son travail, en complétant la liste si précieuse 
des termes géographiques, en augmentant le nombre de ses 
dialogues militaires et en y ajoutant quelques sujets desti- 
nés plus particulièrement aux Fonctionnaires des Adminis- 
trations civiles. 

A. DE C. M. 



Publications de l'Ecole des Lettres d'Alger. — Bulletin de 
correspondance africaine. — L'Atlas marocain, 
d'après les documents originaux, par Paul Schnell, 
docteur es -lettres, professeur à Mulhausen i. Th. 
avec carte. Traduit avec l'autorisation de l'auteur, 
par M. Augustin Bernard, professeur de géographie 
de l'Afrique à l'Ecole supérieure des Lettres d'Alger. 
— Paris. E. Leroux, 1898. Un vol. in-S^de 316 pages. 

En 1892, M. Paul Schnell publiait dans les Mitteiluhgen 
de Petermann, son « Atlas marocain »j qui fît sensation 
dans le monde géographique. 

Ce remarquable travail était le résumé méthodique et cri- 
tique des explorations faites au Maroc et des données di- 
verses fournies sur la géographie de cette région par les 
savants et voyageurs de toute origine. » Discuter et étudier 
« de près les textes et les récits des voyages qui nous sont 
« jusqu'ici parvenus, les comparer les uns aux autres, les 
« rapprocher, rejeter les témoignages suspects pour leur 
« préférer les documents de bon aloi et en tirer par une 
« critique attentive des conclusions qu'ils ne comportaient 
« pas au premier abord », tel était le procédé employé par 
M. Schnell. « C'est ainsi qu'il est arrivé, au prix d'un tra- 
ce vail de plusieurs années, h dresser la remarquable carte 
« de l'Atlas marocain, dont le texte est le commentaire et 
« la justification > (1). 



(1) Extrait de la préface de M. A. Bernard, page vui. 



— 411 — 

Cédant aux instances de ceux oui s'intéressent à la géo- 
graphie d'un pays, « voisin immédiat de l'Algérie», M. Au- 
gustin Bernard vient de faire paraître la Iraduclion fran- 
çaise de l'a Atlas marocain» et de mettre à môme ceux qui 
ignorent la langue allemande, d'apprécier l'œuvre très étu- 
diée de M. P. Schnell et de tirer profit des précieux ren- 
seignements qu'elle renferme. 

L'ouvrage est divisé en deux parties : 

La première partie comprend l'histoire sommaire de l'ex- 
ploration , depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos 
fours, puis la genèse du système de l'Atlas et son articu- 
lation. 

La deuxième partie comprend la description détaillée et 
raisonnée des massifs marocains, d'après les divisions 
adoptées par M. P. Schnell : Haut Allas, Moyen Atlas, 
Anti Atlas, sillon longitudinal entre le Haut Atlas et 1 Anti 
Atlas, Hautes plaines entre le Haut Atlas et l'Océan. 

L'ouvrage se termine par un index des noms géogra- 
phiques, fort bien établi, et une reproduction excellente de 
la carte de l'Atlas marocain et des environs de Maroc, de 
M. P. Schnell, due à M. René de Flotte. 

Sans entrer plus avant dans le détail de l'ouvrage, lais- 
sons aux professionnels le soin d'examiner et de discuter 
les arguments et observations sur lesquels M. P. Schnell 
base ses rectifications. Bornons-nous à constater la part 
immense des voyageurs français dans l'œuvre d ensemble 
concernant une région à laquelle nous avons tant_ de rai- 
sons de nous intéresser et saluons avec un patriotique or- 
gueil, de Foucauld, « le plus grand des explorateurs du 
« Maroc et une des gloires de l'exploration française » (1). 

En donnant la traduction de « l'Atlas marocain », M. Au- 
gustin Bernard a rendu un service signalé à la géographie 
africaine. H fallait sa profonde connaissance de langue al- 
lemande et sa compétence toute spéciale pour aborder et 
mener à bien un travail de si longue haleine. 

Tous ceux que passionnent les études de cette nature, et 
ils sont nombreux en Algérie, lui seront reconnaissants 
d'avoir fourni à la géographie de la Berbéne occidentale, 
une aussi importante et remarquable contribution. 

A. DE C. M. 



(1) Extrait de la préface de M. A. Bernard, page vil. 



— 412 — 

Nous recevons, au dernier monfient, la triste nou- 
velle du décès d'un de nos plus anciens membres 
honoraires, M. Chabouillet, et n'avons que le temps 
d'adresser à la dépouille de ce savant modeste, de 
cet homme de bien, l'hommage de nos regrets, en 
réservant pour le xxxiii® volume une notice nécrolo- 
logique, dans laquelles nous rappellerons ses services 
à la science et sa sympathie pour nos travaux. 

E. M. 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages 

Présidents honoraires. — Composition du 

Bureau pour 1898 m 

Membres honoraires iv 

Membres titulaires v 

Membres correspondants viii 

Sociétés correspondantes xi 

Sociétés étrangères xiv 

Archéologie du canton de Bordj-Menaïel, 

par M. Camille Viré t 

Sur quelques points fortifiés de la fron- 
tière saharienne de l'empire romain, par 
M. Blanchet 71 

Rapport sur les travaux exécutés a la 

Kalaa des BENi-HAMMAD,par M. Blanchet. 97 

L'Edough, par M. le Capitaine A. de Pouy- 
draguin 117 

Les Fouilles du Dar-El-Acheb (Notice sur 
Dougga), par M. le docteur Carton. . . 210 

Fouilles de Dougga (le DarEl-Acheh)^ par 

M. le docteur Carton 237 

Pioches romaines découvertes à Bouhira par 
M. Morel (M. L. Jacquot) 242 

Biar-Haddada (les Souterrains), par M. L. 
Jacquot 245 

Notes sur quelques forteresses antiques 
DU département de Constantine, par M. S. 
Gsell 249 

Lf.s Temples païens de la Tunisie, par M. P. 
Blanchet 298 



— 414 — 



*^°e^^(;#^'"-^ 



Pages 



La propriété indigène en Mag'reb, par M. E. 
Mercier 312 

Inscriptions inédites de la province de^Cons- 
tanline pour les années 1897 et 1898, par 
M. Cii. Vars 341 

Chronique de l'année 1898 : 

Constantine 397 

Mansouria (Choba Municipium) .... 398 

Kalaa des Béni Hammad 399 

Guerrara (Mezab) 400 

Tunisie (Noie sur la nécropole phénicienne de 

Sousse) "^01 

Bibliographie '^03 



Constantine. '^ Imp, D. Brarau 




< 



X 



EXTRAIT DES STATUTS 



DE LA 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DÉ CONSTANTINE 



Article premier. — La Société a été instituée pour recueillir, 
conserver et décrire les rponuments antiques du Département et 
favoriser l'étude de l'histoire, de la géographie et de l'archéologie 
intéressant l'Afrique septentrionale, et, en particulier, l'Algérie. 

Art. 3 et 22. — Pour être Membre titulaire ou Membre 
correspondant, il faut adresser une demande au Président, être 
présenté par deux Membres et reçu par la Société. 

Art. 32. — Chaque. Membre titulaire doit une cotisation 
annuelle de douze francs et paie une somme de cinq francs lors 
de la remise du diplôme. 

Art. 34. — Le prix du diplôme de Membre correspondant 
est fixé à cinq francs. 

Art. 29. — La Société laisse aux auteur?, la responsabilité des 
opinions émises et des Atits avancés dans les travaux insérés 
sous leur signature dans le Recueil. 



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